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naturel de raison» de boii jugement et de bienveillance, qui réioignait de toute exagération et le portait à Timpartialité. Tel il était» lorsqu*en 1791, son père le fit appeler dans son cabinet, et, sans autre explication, lui annonça qu*il devait le lendemain partir pour Tarmée des princes. Son père avait cette gravité de chef de famille, cette sévérité d'affection qui n'étaient déjà plus dans les mœurs du temps. La pensée de risquer une objection, de présenter une réflexion ne pouvait venir à M. d'Haussonville. 11 n'hésita pas un moment; son entourage ne manqua point à l'approuver et à le féliciter; il partit. Le père, après avoir envoyé son fils à Faccomplissement de ce qui, à ses yeux, était un devoir, resta pour remplir le sien, pour se dévouer à la défense du roi. L'un et l'autre se faisaient peu d'illusions; ils n'avaient point les frivoles espérances qui avaient décidé l'émigration. Le père, au péril de sa vie, ne quitta point le roi, pendant toute la journée du 10 août; le fils alla défendre la cause qu'il croyait juste; déplorant une guerre civile, où son parti avait le malheur d'être auxiliaire des armées étrangères.
Il aimait à raconter comment sous ce drapeau, qui n'était plus celui de la patrie, les souvenirs de la France étaient toujours chers et présents; comment on en conservait les mœurs et les sentiments; comment, aux émigrés vaincus, fugitifs, proscrits, les triomphes de nos armées inspiraient un orgueil tout national ; comment nos généraux renvoyaient les prisonniers, afin de les dérober aux lois de cette époque sanglante : repoussant ainsi cette solidarité, qu^aujourd'hui veulent établir quelques écrivains, entre la gloire de nos soldats et les crimes de la terreur.
Après la conquête de la Hollande, M. d'Haussonville se retira en Angleterre. Là, il se retrouva au milieu d'une société de compatriotes et d'amis. Il supporta comme eux, avec une résignation facile, la vie d'exil, de privations, de pauvreté; il goûtait la consolation que l'esprit français
cherche toujours dans sa sociabitité. Les habitants des sa* Ions de Versailles et de Paris, jetés sur la terre étrangère, passant de la richesse au dénûment, réduits à demander des ressources au travail, semblaient jouer, pour leur amiisement, les scènes de quelque drame, en plaisantant sur le rAle, accepté pour un jour. Les femmes vendaient les ouvrages de leurs mains; les hommes donnaient des leçons; l'hospitalité anglaise s'empressait à accueillir cette élégante aristocratie, qui subissait, avec tant de bonne grâce, de si dures épreuves.
M. d'Haussonville trouva une occupation auprès du duc d'Harcourt, qui résidait à Londres avec une mission des princes émigrés : puis, dans son loisir, il refit ses études classiques, que les distractions imposées à sa jeunesse avaient laissées très-incomplètes. Cette tâche lui plut beaucoup. Il s'y livra avec assiduité, si bien qu'après quelque temps, il devint une sorte de docteur, parmi l'émigratioo. Lui aussi se mit à donner des leçons, mais ce fut aux enfants de ses amis, leur épargnant une dépense qu'ils n'auraient pu faire. Longtemps après il retrouva quelques-uns de ses élèves sur les bancs de la pairie; entre autres le duc de Mortemart.
Dès qu'il fut possible de rentrer en France, M. d'Haussonville se hâta d'y revenir. Ce lui fut une impression hcnreuse de revoir la terre natale, d'apercevoir, sur sa route, les symptômes du bon ordre, de la sécurité, de la (Nrospérité renaissante. Il était loin de s'attendre à ce contentement; il avait imaginé que les terribles années qui venaient de passer, avaient dû laisser des traces plus déplorables, il retrouva son père, qui, après l'emprisonnement et la confiscation, avait été rétabli dans sa fortune personnelle, jouissait paisiblement de Taflection et du respect de ses voisins à h campagne, et vivait à Paris dans une société d'amis que l'échafaud avait épargnés ou que l'exil n'avait pas éloignés. M. d'Hausspnville ressentit dès lors une reconnaissance et
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une admiration sincère pour le grand homme qui donnait h la France tout Téclat de la gloire, en même temps qu'il la rendait à la civilisation et aux conditions d*una (société ré*gulière.
Ainsi M. d'Haussonville ne s'associait point à cet esprit frondeur, ni à l'opposition des salons où il vivait. $on impartiale appréciation des hommes et des circonstances n^ subissait pas cette influence. Nulle vue intéressée n'agissait sur ses opinions; il n'avait aucune ambition ; 1^ pensée d'entrer dans un service public ne lui venait jamais. Peu de temps après son retour en France, il avait épousé mademoiselle de Lablache, qu'il avait connue en émigration; ce mariage, décidé encore plus par un choix mutuel que par les convenances de fortune et de situation, donnait à M. d'Haussonvilleune situation commode. La maison de son père était le centre d'une famille nombreuse; cette vie lui était douce; il ne souhaitait, il ne regrettait rien.
£n 1810, après le mariage de l'empereur avec l'archiduchesse Marie-Louise, le nom de M. d'Haussonville fut placé mr une liste nombreuse de chambellans. Il n'avait point songé à solliciter cette position. Il eut préféré un gradç dans Tarmée. Sans consulter son entourage de famille ou de société, sachant bien qu'il ne serait pas approuvé, après mûre délibération avec lui-même il accepta cette nomination. Il ne dit point qu'il avait cédé à la contrainte; il ne se réserva point la déloyale faculté de railler et dénigrer le souverain qu'il allait servir, ni le gouvernement auquel il se rallait librement et avec sincérité.
L'Empereur ne le connaissait point; mais tarda peu à lui faire un gracieux accueil, à lui témoigner de la bonté. Les manières à la fois respectueuses et faciles de M. d'Haussonville, l'obéissance ennoblie par un ton de liberté, lui plaisaient. Une circonstance attira plus particulièrement son attention bienveillante. Parmi les usages de l'ancienne cour que rEmi>ereur voulait faire revivre, il n'oublia point la
chasse. Il n'avait aucun goût à ce divertissement et n'y entendait rien. Un jour qu'il courait le cerf, il vit que M. d'Haussonville avait plus d'expérience que lui ; toujours curieux de bien savoir les choses, il se fit expliquer toute la conduite d'une chasse, ses épisodes, ses accidents; il fit ainsi un cours sommaire du grand art de la vénerie ; de sorte que dès le jour même, il commença à se moquer du maréchal Berthier, son grand veneur, aussi ignorant que lui et qui n'avait pas trouvé une si bonne occasion de sMnstruire.
Il y avait, à voir de près l'Empereur, à l'entendre, à assister à sa vie journalière, un intérêt puissant de curiosité. A part toute opinion, tout jugement, peut-être même encore plus lorsqu'on avait l'esprit libre, on se sentait comme fasciné par le charme d'observer de près celui dont le nom remplissait le monde, dont la volonté était la loi de tous, dont les déterminations faisaient le sort du moindre individu, comme des plus grands États; dont en même temps le langage était si vif, l'esprit si rapide, le sens si clair, la conversation si diverse et si séduisante. C'était avoir, pour spectacle, la plus grande scène d*histoire des temps modernes.
M. d'Haussonville goûtait vivement ce plaisir d'observation ; il recueillait, dans sa mémoire, les discussions au conseil d'État, les entretiens de l'Empereur avec les hommes distingués par leur position ou leur esprit, ses colères calculées, ses paroles incisives, les réceptions des rois et des princes. Au milieu de cette atmosphère d'adoration, où les pensées les plus intimes perdaient leur liberté, il conservait assez bien un esprit indépendant et un discernement conciliable avec l'admiration et le sentiment du devoir.
Lorsqu'après les désastres de Russie, l'Empereur rétablit la garde nationale de Paris, il nomma M. d'Haussonville lieutenant-colonel de la dixième légion. Mais au moment 011 les alliés occupaient Paris, lorsque la garde nationale eut à accepter le gouvernement de la Restauration, M. d^Haus-