‹ Études historiques et biographiquesChapitre 7 sur 23 · CATHELINEAU · texte numérisé non relu

CATHELINEAU

Àu'mois de mars 1793, la Convention nationale ordonna une levée de trois cent mille hommes ; ce nombreux recruînt, le premier qu'on eût demandé, parut un rude sacrifia au peuple, à qui Ton avait tant répété que la Révolution afeit été faite pour son bien-être. En beaucoup de provinces, il y eut d'abord quelques désobéissances : dans les provinces de l'Ouest , où les paysans avaient déjà vu avec chagrin des innovations contraires à leurs habitudes antiques et heureuses, où la tyrannie révolutionnaire s'était déjà exercée en persécutant les prêtres chers au peuple, où de premières séditions s'étaient déjà manifestées peu de mois auparavant, le soulèvement fut général ; il éclata à la fois dans plusieurs lieux de l'Anjou, du Poitou et de la Bretagne.

A Saint-Florent, en Anjou, le tirage avait été indiqué pour le 10 mars; les jeunes gens s*y rendirent dans le dessein presque arrêté de ne point obéir. Au lieu d'essayer à les ramener, on les menaça; ils se mutinèrent; on tira sur eux; le combat s'engagea : les jeunes gens eurent le dessus, mirent en fuite les autorités et les gendarmes, pillèrent THôtel de Ville; puis, sans nulle prévoyance, ne songeant pas à la ter-

rible vengeance qu'ils venaient d'attirer sur eux, ils retournèrent chez eux.

Dans le village du Pin-en-Mauge, près de Saint-Florent, vivait un payfeati marchand de laine, nommé Jacques Cathelineau : c'était un homme d'environ trente-quatre ans, rempli de piété et respecté de tout le canton par la gravité de ses mœurs et de son caractère. Il était marié, et la loi du recrutement ne l'atteignait point. Il était tranquillement dans sa maison à pétrir du pain, quand on vint lui raconter ce qui s'était passé à Saint-Florent. Il sentit tout de suite la conséquence de cette mutinerie, songea à la façon impitoyable dont le pays allait être châtié, et résolut de réparer cette imprudence, en prenant un parti grand et prompt. Sa femme le supplie de ne pas former un tel projet; il n'écoute rien ; essuyant ses bras, il se hâte de rassembler les habitants du village, et leur parle avec force du châtiment qui les attend, s'ils ne se révoltent pas plus ouvertement.

Gathelineau était un homme sage, d'une grande autoiùté sur ses camarades; les jeunes gens le croient et prennent leurs armes. 11 marche à un autre village, sonne le tocsin, persuade ceux-ci, comme il avait persuadé les premiers; quand sa troupe est au nombre d'environ cent hommes, il attaque hardiment un poste militaire, l'emporte et se saisît d'un canon. Le lendemain il se présenta devant la petite ville de Chemillé et s'en empare aussi, malgré deux cents hommes de garnison et trois pièces d'artillerie. Le canon n'eHVayait pas ces courageux paysans ; sitôt que la lumière leur annonçait une décharge, ils se jetaient par terre pour l'éviter, se relevaient sur-le*champ , couraient en avant pendant qu'on rechargeait les pièces, se baissaient encore pendant l'explosion, de cette façon arrivaient sur la batterie et combattaient les canonniers corps à corps.

La troupe de Gathelineau, après s'être réunie à quelques autres paysans des cantons voisins qui s'étaient aussi révoltés, se hasarda à attaquer Cholet, principale ville du

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pays, et parvint encore à en chasser les Républicains.

Cette révolte devenait par là si importante, que les paysans voulurent se donner des chefs plus considérables; ils allèrent chercher dans leurs châteaux M. de Bonchamp et M. d'Elbée et les forcèrent, pour ainsi dire, de se mettre à la tête de cette insurrection d* Anjou; mais Cathelineau et Stofllet, qui les premiers avaient conduit leurs camarades à la victoire, restèrent fort importants dans une armée qu'ils avaient créée. Elle fut d'abord moins heureuse qu'elle ne l'avait été sous leurs ordres : les insurgés perdirent presque tout le territoire d'Anjou et furent chassés jusqu'à la Sèvre. M. de La Rochejaquelein, ayant mieux réussi de son côté, vint au secours des Angevins. Alors commencèrent les grands succès de l'armée vendéenne.

La révolte fît des progrès décisifs et embrassa un vaste pays. Au milieu de tous les gentilshommes qui s'étaient rangés en foule dans cette armée, et qui conduisaient les paysans au combat, Cathelineau continua à être l'objet d'une haute estime, et nul n*était plus considéré; c'était l'homme le plus doux et le plus modeste; on avait pour lui d'autant plus d'égards, qu'il se mettait toujours à la dernière place. Il avait une éloquence entraînante, une intelligence extraordinaire de la guerre, ' le talent de diriger les paysans et de leur faire tout exécuter, un coup d'œil habile, une résolution prompte : on a entendu des Vendéens dire qu'aucun de leurs chefs n'avait montré plus de talent que Cathelineau. Les paysans lui portaient une vénération extraordinaire, à cause de sa piété et de sa régularité, tellement qu'ils l'appelaient le saint d'Anjou, et se plaçaient, quand ils le pouvaient, auprès de lui dans les combats, pensant qu'on ne pouvait être blessé à côté d'un si saint homme.

Après la prise de Saumur, dans le moment où les Vendéens étaient au comble de leur prospérité, M. de Lescure, l'un des chefs les plus sages, proposa de ne plus laisser sans général et sans ordre une armée qui devenait si importante;

car jusqu'alors de braves paysans avaient suivi au combat des hommes en qui ils avaient confiance, et qui, sincèrement dévoués à la même cause, s'accordaient entre eux sans avoir d'autorité Tun sur l'autre : c'était ainsi qu'avaient été remportées de grandes victoires. M. de Lescure ajouta en même temps qu'il donnait sa voix à Gathelineau; ce choix fut ratifié avec applaudissement par tous les autres chefs. Le bon Gathelineau en parut confus et surpris. Rien n'était plus juste et plus raisonnable que cette élection : il était de tous les chefs celui qui exerçait le plus d'influence sur les paysans; c'était lui qui avait commencé la guerre, soulevé le pays et gagné les premières batailles; c'était un homme rempli de sens et de modestie; l'on était assuré qu'il rechercherait toujours avec déférence les conseils des gens prudents. En outre, nommer général en chef un simple paysan était une démarche politique, au moment où l'esprit d'égalité et un vif sentiment de jalousie contre la noblesse contribuaient en grande partie au mouvement révolutionnaire : c'était se conformer au penchant général, et attacher de plus en plus les paysans au parti qu'ils avaient embrassé. On se tromperait, si l'on croyait que cette nomination fut une vaine comédie : c'était sincèrement et de cœur que les chefs Vendéens respectaient CatheUneau et se mettaient sous ses ordres; si ce n'eût été qu'une apparence et qu'un jeu, l'on n'en eût recueilli aucun fruit; les hommes ne se laissent pas facilement duper par de faux semblants ; pour leur persuader les choses, il faut les croire ou du moins renoncer à l'amour-propre de s'en moquer.

Gathelineau conduisit l'armée vendéenne de Saumur à Nantes, qu'on devait attaquer de concert avec M.Gharette, qui commandait l'insurrection du Bas-Poitou. Gette expédition fut mal combinée : les paysans, lorsqu'on partit de Saumur, étaient déjà en campagne depuis quelques jours, et leur ardeur se ralejitissait toujours, dès qu'il fallait passer une semaine loin de leur cabane et de leur famille ; quel-

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