‹ Études historiques et biographiquesChapitre 8 sur 23 · CATHELINEAU. Ô · texte numérisé non relu

CATHELINEAU. Ô

ques chefs étaient absents à cause de leurs blessures, ou parce qu'ils étaient occupés ailleurs. 11 y eut des fautes et des malentendus dans Tattaque, et la défense fut vive et courageuse. Pendant un jour tout entier, le 28 juin 1793, les Vendéens tentèrent avec obstination de pénétrer dans la ville; ils ne purent y réussir et furent constamment repoussés. Les chefs essayèrent vainement de donner aux paysans encore plus d*ardeur et d*élan ; ils se précipitaient sans cesse au milieu du feu, sans pouvoir déterminer un mouvement décisif. Gathelineau, après avoir fait toute la journée les efforts les plus courageux, tomba atteint d*une balle dans la poitrine. Déjà M. de Fleuriot, commandant de la division de M. de Bonchamp, avait été tué; les Vendéens se découragèrent ; leur armée se dispersa, abandonna la rive droite et traversa la Loire. Le général fut emporté mourant à Saint-Florent; il ne survécut que de douze jours à sa blessure, et expira honoré des regrets de toute son armée.

La nombreuse famille de Gathelineau avait suivi son exemple et pris parti dans l'insurrection : un de «es frères, après le passage de la Loire, se mit à la tête d'une petite troupe, et s'y distingua; il périt. Depuis, deux autres frères, quatre bèaux-frères et seize cousins germains de Gathelineau, moururent les armes à la main. Il laissa une veuve pauvre et un fils que la gloire de son père n^avait point tiré de son état obscur jusqu'à l'époque de la Restauration. Alors il fut appelé comme oflicier dans la garde royale; il y vivait modeste, pauvre, oublié, sans exigence et sans murmure. Après la révolution de juillet, il revint en Anjou, et se trouva enveloppé dans de malheureuses et imprudentes tentatives de guerre civile. Surpris par un détachement militaire dans une ferme où il se dérobait aux poursuites, les soldats tirèrent par une trappe qui recouvrait le réduit où il était blotti. Il fut ainsi tué sans défense: victime héréditaire des discordes civiles et de son dévouement à la cause où son père s'était sacrifié quarante ans auparavant.

Artus de Bonchamp, né en Anjou d'une famille noble et considérée, avait trente-trois ans lorsque la guerre civile éclata en Anjou, au mois de mars 1793. Il avait servi avec distinction dans Tlnde pendant la guerre que soutint la France pour l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Au moment où la révolte commença, il habitait tranquillement son château; ses opinions étaient fort modérées; il ne contribua en rien à soulever les paysans. Mais après qu'ils se furent révoltés, ayant même déjà remporté quelques avantages sur les troupes qu'on avait envoyées contre eux, ils voulurent avoir pour chefs les hommes pour lesquels ils avaient du respect et de la confiance : ils' forcèrent partout les seigneurs à se mettre à leur tête. M. d'Elbée et M. de Bonchamp furent portés au commandement dès le commencement d'avril; ils eurent d'abord des revers, mais, après avoir fait leur jonction avec M. de La Rochejaquelein que les paysans d^un autre canton avaient pris pour chef, ils acquirent une supériorité marquée sur les Républicains. Bressuire fut pris; M. de Lescure, qui y était prisonnier, fit soulever une nouvelle portion du pays; ou marcha sur Thouars, et M. de Bonchamp contribua beaucoup à forcer le passage de la rivière qui défendait cette ville*

Ce fut là le commencement de la prospérité des Vendéens ; ce fut alors que cette guerre prit une grande im-> portance, et sembla un instant devoir décider du sort de la France. Tous les habitants de la rive gauche de la Loire en

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Anjou» de la portion du Poitou appelée Bocage, du comté de Nantes, des marais qui bordent la câte vers Tembou* chure de la Loire, étaient soulevés, et avaient battu et chassé les troupes républicaines. Cette vaste révolte était composée d*un grand nombre de i>etites armées qui n'agissaient pas de concert, dont les chefs se connaissaient à peine et n'avaient aucune supérioritéde commandement les uns sur les autres. Cependant toute l'insurrection de la rive droite de la Sèvre, ayant des intérêts communs, forma bientôt une armée qu'on appela la grande armée vendéenne : c'était là que se trouvaient les chefs qui ont acquis le plus de gloire; c'est cette armée qui remporta les grandes victoires, qiii a pris toutes les villes environnantes, qui poussa des excursions loin du territoire révoltét et fit trembler le gouvernement républicain.

M. de Bonchamp faisait partie de la grande armée, et habituellement combattait avec elle; cependant il n'a jamais reconnu positivement les ordres d'aucun chef. Il commandait les Angevins des bords de la Loire et quelques Bretons qui étaient venus se joindre à lui en traversant le fleuve. De tous les chefs vendéens, il était le plus habile dans l'art militaire, et l'on avait une extrême déférence pour ses conseils. £n effet, cette armée, où l'on trouvait plus de courage que de science, plus d'ardeur que de bon ordre, n*était guère commandée que par des jeunes gens qui ne connaissaient pas la guerre, des vieillards qui manquaient de force, des propriétaires de campagne, des bourgeois des petites villes, et des paysans un peu intelligents. Un officier qui avait l'expérience de son métier devait, surtout dans les commencements, avoir un grand avantage sur les autres. D'ailleurs, M. de Bonchamp avait les meilleurs soldats de l'insurrection ; ils avaient plus d'élan et d'intelligence que les autres; l'Anjou, plus riche et plus civilisé que le Poitou, avait aussi fourni un bien plus grand nombre d'officiers, et la division Bonchamp était toujours mieux

guidée que les autres. Le caractère du chef contribuait à lui donner non pas de Tinfluence, il n'en cherchait pas, mais une certaine autorité due à la confiance et au respect. M. de Bonchamp était sans ambition, sans vanité, entièrement dévoué au succès de la cause ; il n'avait rien de bruyant, ni d^éclatant dans le caractère; s'il n'excitait pas l'enthousiasme, il obtenait toujours sans aucune contradiction l'approbation générale. Il ne fut jamais mêlé dans aucune intrigue, dans aucune rivalité. Il était doux aux vaincus, et l'on ne cite de lui aucun trait de rigueur cruelle. L'armée fut souvent privée de sa présence : il était malheureux dans les combats, et allait rarement au feu sans être blessé; il l'avait été légèrement dès le commencement de la guerre.

Après la prise de Thouars, il ramena sa division en Anjou, tandis que les autres chefs allaient attaquer Fontenay. Cette entreprise échoua. Elle fut renouvelée huit jours après, et cette fois M. de Bonchamp s'y trouva; il entra des premiers dans la ville et y fut grièvement blessé : c'était vers la fin de mai; il ne reparut qu'au milieu de juillet, après que l'armée vendéenne eut pris Saumur et Angers, et qu'elle eut été repoussée de Nantes. Au premier combat, M. de Bonchamp eut le coude fracassé. Quelques jours après, M. d'Elbée trouva moyen de se faire élire généralissime. Tous les bons esprits de l'armée désiraient appeler M. de Bonchamp au commandement; il ne le regretta pas, mais il trouva ridicule qu'on eût choisi le plus médiocre de tous les chefs. Vers le mois de septembre, le gouvernement républicain, après avoir tant de fois échoué dans ses entreprises contre les Vendéens, fit de plus grands efforts et envoya contre eux des armées nombreuses, des soldats aguerris, des généraux habiles; le Bas- Poitou fut bientôt envahi, et l'armée de M. Charette arriva, dispersée et battue, sur les bords de la Sèvre, implorer le secours de la grande armée. Les chefs sentirent bien qu'il s'agissait du salut de la cause. L'armée entière se rassembla; elle avait affaire à la brave

garnison de Mayence, qui venait d'obtenir une capitulation honorable, et que les puissances étrangères laissaient librement combattre contre les insurgés, sans avoir songé à les comprendre dans les conditions imposées à la garnison.

Tous les généraux vendéens étaient là réunis; ils firent des prodiges de valeur, et maintinrent pendant quelques heures leurs soldats en face d*un ennemi redoutable; M. de Bonchamp, encore souffrant de sa blessure et le bras en écharpe, arriva avec sa division et décida la victoire; elle fui complète : les Républicains, entourés de toutes parts dans un pays sauvage et couvert, abandonnèrent leur artillerie et leur bagage. Le lendemain, M. de Lescure et M. Gharette battirent une autre division républicaine à Montaigu; emportés par le succès, ils poursuivirent la route qu'ils avaient prise, et remportèrent une nouvelle victoire, le jour d'après. Mais on était convenu d'un autre plan : toute Tarmée vendéenne devait se rassembler et attaquer la garnison de Mayence dans sa retraite. M. de Bonchamp ne fut pas averti assez tôt du changement de projets; il attaqua avec l'armée d'Ânjon toute seule, et au lieu d'une victoire complète, qui était à peu près assurée, on fit seulement éprouver un léger échec aux Républicains. Ce fut une grande source de reproches et de division entre les chefs vendéens; leur mésintelligence, et, surtout, la manière dont M. Gharette voulut séparer entièrement sa cause de celle de la grande armée, contribuèrent à hâter la chute de la Vendée, qui pouvait difTicilement résister aux armées dont elle était assaillie de tous côtés. Ghâtillon, qui était comme le centre de la guerre civile, fut pris; par un dernier effort, on en chassa encore les Républicains.

Pendant ce temps-là, les Mayençais plus nombreux avançaient du côté de Mortagne ; M. de Lescure leur livra bataille à La Tremblaye : il fut mortellement blessé et ses troupes défaites, avant que M. de Bonchamp pût arriver à son secours. Les Républicains s'avancèrent jusqu'à Cholet.

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Il était facile de voir qu'une bataille allait décider du «M de rarinée. M. de Boncbamp pensa qu'il fallait ge ménager une ressdurce, et conseilla de se retirer, en cas de dé*faite, sur la rive droite de la Loire : il y avait de Tinfluence, il savait que la Bretagne était prête à se aoulever; il était entouré d'officiers angevins que cette idée n'effrayait pas plus que lui. Quant aux chefs poitevins, ils ne concevaient pas qu'on pût quitter le sol de la Vendée ; ils savaient que leurs soldats ne voulaient combattre que pour la défense de leurs foyers, et ils insistaient pour qu'il ne fût pas question de s'en éloigner.

L'avis de M. de Boncbamp l'emporta» et l'on détacha quelques troupes pour assurer le passage de la Loire. Le 27 oo« tobre 1793, les armées en vinrent aux mains devant Cholet* Les Vendéens combattirent longtemps et avec plus de courage et d'acharnement qu'on ne leur en avait encore vu ; mais enfin, M. de Boncbamp étant tombé atteint d'une balle dans la poitrine, M. d'Elbée aussi blessé à mort, il fallut quitter le champ de bataille.

Les Républicains avaient acheté la victoire trop chèrement pour poursuivre leurs ennemis et pour troubler le passage de la Loire, M. de Boncbamp ne put voir cette triste retraite; il passa vingt-quatre heures dans l'agonie; il ex* pira comme on le descendait de la barque dans laquelle on lui avait fait traverser le fleuve; jamais il n'avait été aussi nécessaire à l'armée; on avait compté sur lui, pour la diriger dans un pays qu'il connaissait; il n'avait expliqué à personne les projets qu'il avait conçus. Au milieu de l'bor* rible détresse de cette population fugitive, à peine eut-on le loisir de songer à une si grande perte, tant on était abîmé par les malheurs passés et par la terreur de l'avenir. M. de Boncbamp fut enseveli au bord de la Loire; quelques jours après, les Républicains exhumèrent son corps et lui cou* pèrent la tète.

Cinq mille prisonniers républicains avaient été amenés

jusqu'à la Loire, et Tarmée vendéenne ne pouvait les conserver avec elle; ils allaient être massacrés. M. de Bonchamp était expirant; il appela ses principaux officiers, et donna Tordre de sauver la vie aux prisonniers. < Mon ami,

< ajouta-t-il en s'adressant à M. d'Àutichamp, c*est sûre-

< ment le dernier ordre que je donnerai ; laissez-moi Tas- « surance qu'il sera exécuté. » Du moment que cette intention du général fut connue des Vendéens, on entendit s'écrier de toutes parts : « Grâce, grâce, Bonchamp le veut. » Et les prisonniers furent mis en liberté.

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