XXVI PRÉFACE
après plus de vingt ans de séparation, à la suite d’un deuil cruel, les habitants de Thiat envoyèrent à leur ancien pasteur un touchant témoignage de sympathie. Nous avons oublié de dire que pendant un court séjour en Saintonge, Le Savoureux avait rencontré une compagne fidèle et dévouée qui le complétait bien; elle lui fut ausst une aide précieuse pour son ministère.
En 1851, le jeune pasteur échangea le poste de Thiat contre celui de Limoges. Le nouveau ministère fut pénible au milieu d’une population malveillante et des tracasseries des autorités. En vue de mettre un terme aux procès et aux condamnations et pour faire rouvrir les écoles, les lieux de culte fermés, Le Savoureux fit plusieurs voyages à Paris, espérant obtenir de l'empereur une audience, toujours promise et tou- | jours ajournée. Il fallut à diverses reprises prendre la besace du collecteur, parcourir pendant des mois l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande pour trouver l'argent nécessaire à des constructions diverses. Le Savoureux mérita de nouveau le titre de constructeur de temples que lui avaient déjà conféré ses paroissiens de Thiat.
Tous ces travaux extérieurs ne faisaient pas perdre de vue l’œuvre proprement spirituelle; notre ami fut un pasteur infatigable pendant ces
PRÉFACE XXVIT
onze années qu'il passa à Limoges. Le dimanche, à neuf heures, culte à la maison centrale, dont il fut pendant neuf ans l’aumônier bénévole; à onze heures, école du dimanche, composée d’autant d'adultes que d’enfants; à trois heures, grand culte; à huit heures, grande réunion, explication de la Bible. Pendant tous ces services c'était lui qui, de sa belle voix, entonnait et dirigeait le chant. Rentré à la maison, il faisait souvent la lecture, à haute voix, à sa femme et à ceux de ses enfants qui ne dormaient pas encore.
Ce zèle plein d’entrain ne fut pas sans produire des résultats positifs dont le souvenir longtemps après faisait encore la joie d'Eugène Le Savoureux, d’ailleurs si difficile pour lui-même et pour les autres en matière de statistique religieuse. Deux de ses anciens élèves sont devenus d’actifs et dévoués ministres de l'Évangile. D’autres, restés dans la vie civile, n’ont cessé de lui attribuer un rôle considérable dans leur culture morale. ,Le peu qu'il y a de bon en moi, disait dernièrement une de ses anciennes ouailles, c’est à lui que je le dois.“ Bien que le pasteur de Limoges eût à cette époque des opinions dogmatiques très tranchées, son action sur les âmes était surtout morale et même personnelle. Entier,