PRÉFACE XI
prenons garde, si les langues ne finissent pas par se délier pour parler clair et net; si l’on s’obstine à professer sans pratiquer, nous irons tous échouer sur le récif des deux doctrines : la doctrine publique et officielle et la doctrine secrète que l’on n'expose qu'entre amis, sous le manteau de la cheminée. Est-il bien sûr que personne n’ait rien à se reprocher à cet égard? Ne trouvent-elles pas peut-être de l'écho dans plus d’un cœur, les paroles de saint Paul, reprenant vertement saint Pierre, qui ne marchait pas de droit pied? St doi, qui es juif, vis comme les gentils, et non pas comme les juifs, pourquoi contrains-tu les gentils à judaiser ?* On est prudent par tempérament, c’est entendu; mais est-ce une raison pour désavouer le voisin imprudent qui s’est compromis en faisant hardiment ce que l’on était soi-même appelé à faire mieux que lui? On ne doit pas porter la nouvelle théologie en chaire, cela va de soi, pas plus que l’ancienne. Mais au moins faudrait-il s'arranger toujours de façon à parler du point de vue de sa théologie, en prenant bien garde de ne pas renier en public ce que l’on professe au besoin entre intimes.
Vous en parlez à votre aise, dira-t-on sans doute. Comment pourrait-il être question d’exposer les résultats de la critique biblique devant