‹ Études historiquesChapitre 18 sur 22 · L'ESTOILE · texte numérisé non relu

L'ESTOILE

Henri 9 roi de Navarre , épouse Mai^erite de Valois. « Après que le roi eut fiait la Saint-Barthé- « lemy , il disoit en riant et en jurant Dieu à sa ma- «nière accoutumée , et avec des paroles que la puideur oblige de taire, que sa grosse Margot, en se « mariant, avoit pris tous ses rebelles huguenots à « la pipée. » (L'ESTOILE.)

Maurevert blesse lamirald'un coup d'arquebuse; les huguenots sont massacrés le jour de la Saint- Barthélémy.

Coligny est tué le premier: « Besme, Haustefort, «Hattain, trouvent Tadmiral sur pied en Tappré- «hension de la mort; les admoneste d'avoir pitié «de sa vieillesse; se sentant leurs épées glacées «dans son corps, il prolonge sa vie, embrasse la % fenestre pour n'être pas jeté en bas , où tombé il « assouvit les yeux du fils dont il avoit fiait tuer le a père. » (Tavannes.)

Le même historien ajoute : « Le roi de Navarre « et le prince de Gondé sont menés au roi. 11 leur «propose la messe ou la mort, menace le prince «deCondé, qui ne sepouvoit feindre. La résolu- «tion de tuer seulement les chefs est enfreinte : « plusieurs femmes et enfants tués à la furie popu- « laire; il demeure deux mille massacrés. »

Tavannes avoit voulu que le massacre ne tombât que sur les chefs des huguenots , et que Von gagnât ta bataille dans Paris, soutenant «que cette exé- « cution devoit être nette de toute répréhension , « ayant été faîte par contrainte , enfilée d'un acci- « dent à l'autre; que les enfants, ces princes et ma-

« réchaux de France (le roi de Nayarre , le prince «de Gondéy les maréchaux de Montmorency et de «Danville), et pauvres personnes, et ne dévoient a pas pàtir pour les coupables les jeunes princes « innocents »

Le maréchal de Retz maintenoit le contraire; il disoit : «Qu'il falloit tout tuer; que ces jeunes « princes , nourris en la religion , cruellement offen- « ses de la mort de leur oncle et de leurs amis, s'en « ressentiroient ; qu'il ne Mloitpoint offenser à demi; « qu'en ces desseins extraordinaires il falloit con- «sidérer premièrement s'il estoit nécessaire, con- « train t ou juste; les ayant jugez tels, il ne les falloit « rien laisser qui peust causer la ruine du but de «paix où l'on tendoit; que, s'il estoit juste en un « chef, il l'estoit en tous; puisque des parties joinctes a dépendoit l'effet principal de l'action , il les falloit « couper, à ce que les racines ne restassent; aussi, «s'il n'estoit juste, il falloit s'en distraire du tout, «et n'entreprendre rien; au contraire que si on «rompoit les lois, il falloit les violer entièrement «pour sa seureté, le péché étant aussi grand pour «peu que pour beaucoup. L'opinion du sieur de ccTavannes subsista pour être plus juste, et que « l'on croyoit celle du maréchal de Retz ambitieuse « des états qu'il vouloit faire à son profit »

Voilà la doctrine des assassinats nettement exposée; elle ne date pas de nos jours.

Depuis le massacre de la Saint-Barthélémy^

" Je ne donne presque aucun détail sur la Saint-Barthëlemy ; en \oici la raison : Buonaparte avoit fait transporter à Paris les

Charles IX pami tout changé, et disoit-on qu'on ne lai voyait pbts au visage cette douceur qu'on avait accauiumé de lui voir. (BRANTOME.)

Cette exécrable journée ne fit que des martyrs ; elle donna aux idées philosophiques un avantage qu*elles ne perdirent plus sur les idées religieuses» et en rendant les catholiques odieux elle augmenta la force des protestants. En 1 573 , une quatrième guerre civile éclata par le soulèvement de la ville de Montauban. Le sénéchal de Périgord, André de Bourdeille , écrivoit au duc d'Alençon , le 1 3 mars 1574 : «Si le roi, la reine et vous, ne pour- « voyez aux troubles de TÉtat autrement que par « le passé , je crains de vous voir aussi petits com- « pagnons que moi. »

Le siège fut mis devant La Rochelle par le duc d*Anjou. Quatrième paix , avantageuse aux huguenots. Le duc d'Anjou ^depuis Henri III) alla prendre la couronne de Pologne, et raconter dans les forêts de la Lithuanie à son médecin Miron, les meurtres dont la pensée Fempéchoit de dormir : « Je vous ai fait venir ici pour vous faire part de « mes inquiétudes et agitations de cette nuit , qui

arehÎTet du Yaticaii ; immense et précieux trésor qui, bien fouillé^ pourroit changer en grande partie Thistoire moderne. Quoi qu'H •n toit , quelques recherches dans ce dépôt sur Tépoque de la Saint-Barthélémy m'ont mis en possession des dépêches de Salviati , alors chargé d'affaires de la cour de Rome à Paris. Ces dépêches, tantôt en chair, tantôt chiffrées avec la traduction interlinéaire, aont d'un grand intérêt. Je les publierai peut-être un jour, en y joignant, par forme d'introduction l'histoire complète de la Saint-Barthélémy.

. iTUUBSHlSTOBlQUJtS. T. IV. 14

a ont troublé mon repos , en repensant à l'exécution « de la Saint-Barthélémy. » En quittant la France , le duc d'Anjou avoit été moins poursuivi du souvenir de ses crimes que de celui de ses amours ; il écrivoit avec son sang à Marie de Glèves, première femme de Henri 1% prince de Condé.

Dans l'année 1574 se forma le parti despoliliqaes ou des centres , qui l'emportèrent à la fin , comme dans toutes les révolutions, parce que c'est celui des hommes raisonnables, et que la raison est une des conditions de l'existence sociale. Les politiques avoient pour chefs le duc d'Alençon et les Montmorency : la faction la plus foible, celle des huguenots 9 s'attacha naturellement aux politiques. La Mole et Coconas furent décapités pour intrigues ; le premier étoit aimé de la reine Marguerite, le second d'Henriette de Clèves, duchesse de Nevers.

Charles IX languissoit depuis deux années ; il se fiélicitoit de n'avoir point de fils , de crainte que ce fils n'eût été aussi malheureux que lui. Ayant appris un soulèvement des princes : « Au moins , dit-il , «s'ils eussent attendu ma mort; c'est trop m'en « vouloir. ï) Il mourut au château de Vincennes le 30 mai 1574. Deux jours avant qu'il expirât, les médecins avoient fait retirer toutes les personnes de sa chambre, «hormis trois, savoir : La Tour, « Saint-Pris et sa nourrice , que sa majesté aimoit « beaucoup, encore qu'elle fût huguenote. Comme «elle se fut mise sur un coffre, elle commençoit «à sommeiller; ayant entendu le roi se plaindre, « pleurer et soupirer , s'approche tout doucement

«du lit, et, titrant sa custode, le roi commença à «lui dire, jetant un grand soupir, et larmoyant si « fort que les sanglots lui coupoient la parole : Âh , « ma nourrice ! ma mie , ma nourrice , que de sang « et que de meurtres ! Ah ! que foi suivi un mé- ^ chant conseil I O mon Dieu! pardonne - les - moi ,

« s'il te plait Que ferai -je ? je suis perdu , je le

« vois bien. Alors la nourrice lui dit : Sire, les meur- « très soyent sur ceux qui tous les ont fait feire ! «mais de vous, sire, vous n'en pouvez mais; et « puisque tous n'y prêtez pas consentement et en «avez regret, croyez que Dieu ne vous les impu- « tera jamais , et les couvrira du manteau de la jus- «lice de son fils, auquel seul faut qu'ayiez votre « recours ; mais pour l'honneur de Dieu , que votre « majesté cesse de larmoyer. Et sur cela lui ayant « été quérir un mouchoir pour ce que le sien étoit « tout mouillé de larmes, après que sa majesté l'eut « pris de sa main , lui fit signe qu'elle s'en allât et « le laissât reposer, d

Ce roi , qui tiroit par les fenêtres de son palais sur ses sujets huguenots, ce monarque catholique, se reprochant ses meurtres, rendant l'âme au milieu des remords en vomissant son sang, en poussant des sanglots, en versant des torrents de larmes, abandonné de tout le monde, seulement secouru et consolé par une nourrice huguenote ! N'y aurat-il pas quelque pitié pour ce monarque de vingttrois ans, né avec des talents heureux , le goût des lettres et des arts , un caractère naturellement généreux , qu'une exécrable mère s'étoit plu à dépra-

Ter par tous les abus de la débauche et de la puissance ? Charles IX aToit dit à Ronsard, dans des -vers dont Ronsard auroit dû iniiter le naturd et l'élégance :

Tout deux également nous portons des couronnes; Mais, roi, je la reçois; poSte, tu la donnes.

Heureux si ce prince n'avoit jamais reçu une couronne doublement souillée de son propre sang et de celui des François , ornement de tête incommode pour s'endormir sur l'oreiller de la mort 1

Le corps de Charles IX fut porté sans pompe à Saint-Denis , accompagné par quelques archers de la garde, par quatre gentilshommes de la chambre et par Brantôme , raconteur cynique qui mouloit les yices des grands comme on prend l'empreinte du visage des morts.

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