CHARLES IX
De 1660 à 1574.
Les états d'Orléans de 1560 se voulurent séparer à la mort du roi , disant que leurs pouvoirs étoient expirés ; ils furent retenus d'après le principe que le mort saisit le vif, et que l'autorité royale ne meurt point. Ils rendirent l'ordonnance sur les matières ecclésiastiques , le règlement de la justice, et les substitutions réduites à deux degrés. Les ordonnances ou décrets des états lioient si peu l'autorité royale , que Charles IX révoqua par sa déclaration de Chartres, 1562, l'article l*' de Tordonnance d'Orléans qui rétablissoit la pragmatique.
Catherine de Médicis , sans être régente du royaume sous la minorité de Charles IX, jouit d'une autorité qui se prolongea pendant tout le règne de ce prince et celui de Henri lU. On a tant de fois peint le caractère de cette femme, qu'il ne présente plus qu'un lieu commun usé ; une seule remarque reste à faire : Catherine étoit Italienne, fille d'une famille marchande élevée à la principauté dans une république ; elle étoit accoutumée aux orages populaires, aux factions, aux intrigueSt aux empoisonnements, aux coups de poignard; elle n'avoit et ne pouvoit avoir aucun des préjugés de l'aristocratie et de la monarchie françoise , cette morgue des grands , ce mépris des petits , ces pré-
tentions de droit divin , cet amour du pouvoir absolu en tant qu*il étoit le monopole d*une race; elle ne connoissoit pas nos lois et s*en soucioit peu : elle Youloit £aire passer la couronne à sa fille. Elle étoit incrédule et superstitieuse ainsi que les Italiens de son temps ; elle n'avoit en sa qualité d*incrédule aucune aversion contre les protestants; elle les fit massacrer par politique. Enfin , si on la suit dans toutes ses démarches, on s'aperçoit qu'elle ne vit jamais dans le vaste royaume dont elle étoit souveraine qu'une Florence agrandie, que les émeutes de sa petite république , que les soulèvements d'un quartier de sa ville natale contre un autre quartier , la querelle des Pazzi et des Médicis dans la lutte des Guise et des Chàtillon.
Triumvirat du duc de Guise , du connétable de Montmorency et du maréchal Saint-André. Le roi de Navarre fortifie ce triumvirat Colloque de Poissy , où le cardinal de Lorraine plaida pour les catholiques^ et Théodose de Bèze pour les huguenots. Le prince de Condé est absous par arrêt du parlement, de la conjuration d'Amboise, au fond de laquelle il étoit pourtant Marie Stuart retourne en Ecosse. Elle eut un secret pressentiment de teê adversités.
« Icelle n'étant quasi , par manière de dire, que « née , et étant aux mamelles tettant , les Anglois « vindrent assaillir l'Ecosse , et fallut que sa mère « l'allAt cacher par crainte de cette furie de terre
« en terre d'Ecosse Et ce nonobstant la
«fallut mettre sur les vaisseaux et l'exposer aux
d YBgaes, orages et yents de la mer; allft pasâer en « France pour sa plus grande sûreté. ... 4 . » La a maie fortune la laissa , et la bonne la prit par la a main. » (Bnmtdme.)
Ce ne fut pas pour long-temps. Veuve de François II, il lut fallut retourner dans une contrée demi-sauvage 9 le cœur plein de l'image du jeune époux qu'elle avoit perdu ; elle portolt le deuil en blanc , chantoit les élégies qu'elle composoit elle* même , en s'accompagnant du luth :
Si je suis en repos, Sommeillant sur ma couche , J'oy qu'il me tient propos, Je le sens qui me touche :
En labeur, en reçoy, Toujours est près de moy.
Elle s'embarqua à Calais dans les premiers joum de septembre 1561 , au commencement du printemps; elle vit périr un vaisseau en sortant du port Appuyée sur la poupe de sa galère, et les jeux attachés au rivage , elle fondit en larmes quand la terre s'éloigna; elle demeura cinq heures entières dans cette attitude, répétant sans cesse : Adiea, France l adieu , France l Lorsque la nuit fut venue : « Adieu donc , ma chère France , que je perds de « vue , redisoit-elle , je ne vous verrai jamais plus. » Elle refusa de descendre dans la chambre de la galère; on étendit un tapis sur le château de poupe; elle s'y coucha sans prendre aucune nourriture. Elle commanda au timonier de l'éveiller au point du jour, si l'on apercevoit encore les c6tes de
Franceé En effet , la terre restoit visible au lever de Taurore^ et Marie Stuart la salua de ces derniers mots : Adieu la France l cela est fait ; adieu la France 1 je pense ne vous voir jamais plus. [Brantdme.) Une autre exilée, plus malheureuse encore , a pu prononcer les mêmes paroles en allant demander un abri solitaire au palais de Marie Stuart.
Premier édit en faveur des huguenots ; le par^ lement refuse d'abord de l'enregistrer. Première ^erre civile à la suite du massacre de Vassy. Le prince de Condé, déclaré chef des protestants ^ s'empare de la ville d'Orléans. Rouen tombe au pouvoir des huguenots : Antoine , roi de Navarre , père de Henri IV, blessé devant cette place, le 16 octobre 1562, meurt, par intempérance , des suites de cette blessure ; il avoit été protestant , et s'étoit fait catholique. Jeanne d'Albret , sa femme , de catholique qu'elle avoit été , s'étoit changée en huguenote très forte, dit Brantôme.
Bataille de Dreux que perdent les huguenots.
Les deux généraux des deux armées furent faits prisonniers , le prince de Gondé chef de l'armée protestante, et le connétable de Montmorency , chef de l'armée catholique. Le maréchal de Saint-André fut tué. Le duc de Guise décida la victoire , et le soir partagea son lit avec le prince de Gondé, son prisonnier : le prince de Gondé ne put dormir ; le duc de Guise ne fit qu'un somme ( 1 562 ).
Le duc de Guise est assassiné devant Orléans par Poltrot U est probable que l'amiral de Goligny connut les projets du meurtrier^ Les dernières pa*
rôles de Guise à Poltrot , bien que connues de tous, ne doivent jamais être omises; il les fiaut redire en vers pour rappeler à la fois la mémoire de deux grands hommes :
Des Dieux que nous senrons connots la différeDce : fje lien t'a commaDdë le meurtre et la renf^noe; lie mien , lorsque ton bras vient de m'assassiner, H*ordonne de te plaindre et de te pardonner.
François de Guise fut supérieur à son fils Henri, quoique non appelé à jouer un aussi grand rôle. D faut remonter jusqu'aux Romains pour retrouver cette hérédité de gloire et de génie dans une même famille. C'est ici le point le plus élevé de la seconde aristocratie ; elle jeta en expirant autant d'éclat que la première; elle étoit moins morale , mais plus civilisée et plus intelligente.
Le 19 mars 1563^ première paix entre les catholiques et les huguenots. Ceux-ci donnent les premiers l'exemple d'appeler les étrangers à leur secours; ils livrent aux Anglois le Havre-de-Gr&ce , qui est repris par Charles IX. Clôture du concile de Trente : ses décrets de police et de réfbrmation ne furent point reçus dans le royaume.
En 1564 , l'ordonnance du château de Roussillon, en Dauphiné, fixa le commencement de Tannée au 1 ^''janvier. L'année s'ouvroit auparavant le samedisaint , après vêpres, ce qui, par la mobilité de ce jour , produisoit des aberrations chronologiques. La société moderne étant née du christianisme, l'année en avoit pris l'ère ; elle renaissoit avec le Christ
L'histoire des monuments et des arts veut que
Ton parle de$ premiers travaux de 1564, pour la construction du palais des Tuileries; élégante architecture que gâtent les ouvrages lourds dont elle a été élargie et écrasée.
C'est en 1565 qu'eut lieu à Bayonne l'entrevue du roi et de Catherine de Médicis avec Isabelle de France, femme de Philippe U, et le duc d'Albe. On a dit que le massacre des chefe huguenots fut confirmé dans cette entrevue , après avoir été conçu au concile de Trente en 1563, par le cai*dinal Charles de Lorraine. La reine, en levant des troupes après le voyage de Bayonne, alarma les protestants régnicoles et étrangers, fit naître la deuxième guerre civile en France, et commencer les troubles des Pays-Bas.
On remarque à peine dans ces temps l'abandon du siège de Malte par les Turcs ; de même que , sous Louis XIV, on ne fait guère attention au siège de Candie que par la mort du héros de la Fronde. Pourtant les infidèles étoient plus formidables que jamais, mais l'esprit des croisades n'existoit plus. D'Âubusson, l'Isle-Âdam et La Valette, représentants de la chevalerie, étoient comme ces rois sans états, non sans gloire, qui survivent à leur puissance.
Une première ordonnance de Moulins réunit et assimile les domaines possédés par le roi aux domaines de la couronne. Autre ordonnance de Moulins, pour la réformation de la justice : elle feit encore aujourd'hui le fond du droit commun dans le nouveau Code (1566).
L'association des gueux j pour s'opposer à Tétii»
blissement de Tiaquisitioa, aoulève les Pays-Bas. Le prince d'Orange fuit; Tannée d'après, le ducd*AIbe fiait trancher la tête au comte de Horn et au comte d*Aiguemont
La bataille de Saint -Denis signala la seconde guerre ciyile. Le connétable, Anne de Montmorency, commandoit l'armée royale ; l'armée protestante marchoit sous la conduite du prince de Condé et de l'amiral de Coligny. Le connétable reçut huit blessures, et cassa du pommeau de son épée les dents de Jacques Stuart, qui lui tira le dernier coup de pistolet II avoit vécu sous quatre rois , et étoit âgé de soixante-quatorze ans. C'est ce connétable, homme borné, grossier et rigide, qui fait en partie la gloire nationale des Montmorency. Cette maison étoit un débris de la première aristocratie, resté au milieu de la seconde (1567).
Voici une anecdote qui peint l'homme et les temps : le connétable, grand rabroueur de personnes, étoit à Bordeaux; Strozzi lui demanda la permission de dépecer un vaisseau de trois cents •tonneaux, appelé le Mont-Héal , quil disoit vieux, pour en chauffer les gardes du roi. Le connétable y consentit : les jurats de la ville et les conseillers de la cour réclamèrent, disant que le vaisseau étoit bon et pouvoit encore servir.
« Et qui étes-vous, messieurs les sots, s'écria le « connétable , qui me voulez controller et me remon- « strer ? Vous êtes d'habiles veaux d'estrê si hardis a d'en parler. Si je faisois bien , j'envoyerois tout à « cette heure dépecer vos maisons , au lieu du navire. »
Brantôme , dans un transport d'admiration , s'écrie : a Qui furent estonnez, ce furent ces galands « qui tous rougirent de honte. Et le nayire fut dé- «fait dans une après-dinée, qu'on ne vit jamais si « grande diligence de soldats et de goujats. »
A qui appartenoit le vaisseau ? A l'État ou à des particuliers ? Voilà les idées qu'on avoit alors de la propriété publique ou privée , de l'autorité des lois et des magistrats. On sent, dans les paroles du connétable, le mélange des deux époques, l'insolence aristocratique et le despotisme monarchique.
Seconde paix de 1568, appelée la petite peux, suivie immédiatement de la troisième guerre civile. Aventures et mort tragique de don Carlos , et d'Elisabeth de France. La reine Elisabeth fait arrêter Marie Stuart, réfugiée en Angleterre. Le chancelier de l'Hospital se retire de la cour.
Bataille de Jarnac, gagnée le 13 mars 1569, par le duc d'Anjou , depuis Henri III, sur Louis I^, prince de Condé , tué après le combat par Montesquieu. L'amiral de Goligny et le prince de Béarn (Henri IV), déclaré chef du parti, rassurent les huguenots.
Bataille de Moncontour , du 3 octobre de la même année, perdue par l'amiral de Goligny.
Troisième paix, conclue à Saint-Germain, au mois d'août 1570. En 1571 , le mariage de Henri de Bourbon, prince de Béarn, est proposé avec Marguerite, sœur de Gharles IX et de Henri III.
Ges batailles de nos guerres civiles religieuses, qui firent tant de bruit, disparoissent aujourd'hui
entre les grandes batailles de raristocratie sous la féodalité, presque toutes perdues contre les étrangers, et les grandes batailles de la démocratie pendant la révolution , presque toutes gagnées sur les étrangers.
De Tépoque des Valois, il ne reste qu*une seule bataille dont le souvenir soit européen; c'est celui de la bataille de Lépante : là se retrouvèrent en présence les deux religions qui, depuis neuf siècles, n*avoient pu terminer leur querelle. La Grèce esclave vit du moins humilier ses tyrans; elle put avoir un pressentiment du dernier combat naval qui lui devoit rendre à Navarin la liberté qu'elle avoit jadis conquise à Salamine.
L'année 1572, sortie des entrailles du temps toute sanglante, garda et n'essuya point le sang de l'enfantement maternel. Jeanne d'Albret , reine de Navarre, vient à Paris marier son fils Henri avec Marguerite de Valois. L'amiral de Goligny et les seigneurs protestants s'y rendent pour assister à ces noces et pour conférer de la guerre des Pays- Bas. La reine de Navarre meurt, peut-être empoisonnée : «Reine, n'ayant de femme que le sexe, «l'âme entière aux choses viriles, l'esprit puissant «aux affaires, le cœur invincible aux adversités.»