‹ Études historiquesChapitre 21 sur 22 · HENRI IV · texte numérisé non relu

HENRI IV

De 1589 à 1610.

Henri III étant mort , Tarmée se divisa. Une partie des catholiques resta attachée à Henri IV; une autre, sous la conduite deVitry et d'Espernon, l'abandonna. Henri IV, obligé de lever le siège de Paris , se retira à Dieppe pour recevoir des secours qu'il attendoit d'Elisabeth. Il étoit alors dans cet état de dénûment qu'il peint à Sully : « Mes che- « mises sont toutes déchirées, mon pourpoint troué «au coude, et depuis deux jours je soupe et dine « chez les uns et chez les autres, d

Les membres de son conseil étoient d'avis qu'il s'embarquât pour l'Angleterre; Biron s'y opposa : « Sortir de France , s'écria-t-il en colère , seulement «pour vingt-quatre heures, c'est s'en bannir pour «jamais!» Mézeray lui prête un rude et éloquent discours.

Combat d'Arqués et du faubourg de Dieppe.

Henri IV y reçut maint coup d'épée, et en rendit autant; il disoit en frappant ce que disaient les rois très-chrétiens en touchant les écrouelles : « Le roi « te touche , Dieu te guérisse. » Le champ de bataille inspiroit le Béarnois; sa vaillance étoit son génie. A la terrible prise de Cahors, où il se battit cinq jours entiers dans les rues, blessé en divers endroits, conjuré par ses soldats de se retirer: «Ma « retraite hors de cette ville , leur répondit-il » sans

a ravoir assurée à mon parti, sera la retraite de ma « vie hors de mon corps. »

A Coutras , il dit aux officiers qui se trouvoient devant lui au moment de la charge : « Â quartier , a ne m'offusquez pas, je veux paroitre. p II dit encore au prince dé Condé et au comte de Soissons : « Vous êtes du sang de Bourbon ; vive Dieu ! je vous a ferai voir que je suis votre aîné, p

Attaqué à la fois par le baron de Frinct et par Château-Renaud, Frontenac abattit le premier d'un coup de sabre , et Henri , saisissant le second au corps lui crie : « Rends-toi, Philistin ! p

Dans une chaude affaire qu'il eut près dTvetot avec les ducs de Parme et de Mayenne , il leur tua trois mille hommes. Tout couvert de sang et de sueur, après le combat, il disoit aux capitaines qui l'environnoient : a Vive Dieu ! si je perds le royaume « de France , je suis en possession de celui dTvetot »

A Ivry, le grand fait d'armes de sa vie, ses mots prirent le caractère élevé de sa gloire. On lui parloît de 86 ménager une retraite : «Point d'autre «retraite, répondit-il brusquement, que le champ de bataille. »

Schomberg lui demanda le paiement de ses troupes : «Jamais homme de cœur, s'écrie Henri, « n'a demandé de l'argent la veille d'une bataille. » Le lendemain, se repentant de ce mot dur : «Mon- « sieur de Schomberg, cette journée sera peut-être « la dernière de ma vie ; je ne veux emporter l'hon- *< neur d'un brave; je déclare donc que je vous re- «connois pour homme de bien, et incapable de

« foire aucune lâcheté : embrassez-moi. p — « Sire , «repartit Schomberg, Votre Majesté me blessa « l'autre jour, aujourd'hui elle me tue. p Schombei^ se fit tuer auprès du roi.

Au moment d'aller à la charge, le Béarnois se tournant yers les siens : « Gardez bien yos rangs ; si «TOUS perdez yos enseignes, cornettes ou guidons, « ce panache blanc que tous voyez en mon armet « tous en servira tant que j'aurai goutte de sang ; «suivez-le; vous le trouverez toujours au chemin « de l'honneur et de la gloire, p

L'officier qui portoit l'étendard royal ayant reçu un coup de feu dans l'œil , se retire de la mêlée ; les troupes royales commencent à fuir. Henri les arrête et leur crie : «Tournez visage, sinon pour « combattre, du moins pour me voir mourir. »

Quand il fut paisible maître de la couronne, il montra un jour au maréchal d'Estrées un des gardes qui marchoit à la portière de son carrosse : « Voilà , «lui dit-il, le soldat qui m'a blessé à la journée « d'Aumale. »

Le vieux cardinal de Bourbon , que l'on appeloit Charles X, mourut dans sa prison de Fontenay en Poitou; il n'aimoit pas les ligueurs, dont il étoit alors le prétendu roi; il disoit : « Le roi de Navarre, « mon neveu, fera sa fortune, et tandis que je suis « avec eux , c'est toujours un Bourbon qu'ils recon- « noissent »

Henri IV, vainqueur de tous ses ennemis, s'approcha de Paris dont il ferma les avenues. Ce siège est fameux par les dernières folies de la Sainte-

Union, par une effroyable famine, et par la générosité du Béamois. La Satire Mérdppée a décrit la grande procession, qu'elle place à Touverture de la Ligue, mais qui est de Tannée 1590. Les ingénieux auteurs ont seulement ajouté aux moines et au clergé les principaux personnages de ce drame tragi-comique.

«La procession fut telle. Ledit docteur Roze, ((quittant sa capeluche rectorale, prit sa robe de (( maître ès-arts avec le camail et le rochet, et un « hausscK^ol dessus , la barbe et la tète rasées tout «de frais, Tépée au côté et une pertuisane sur a l'épaule. Les curés Hamilton, Boucher et Lin- « cestre, un petit plus bizarrement armés, faisoient (( le premier rang , et devant eux marchoient trois (( moynetons et novices, leurs robes troussées, ayant a chacun le casque en tête dessous leur capuchon, (( une rondache pendue au col , où étoient peintes (des armoiries et devises desdits seigneurs. Maître «Julien Pelletier, curé de Saint-Jacques, marchoit «à côté, tantôt devant, tantôt derrière, habillé de « violet, en gendarme scholastîque , la couronne et ((la barbe faites de frais, une brigandine sur le « dos, avec l'épée et le poignard, et une hallebarde «sur l'épaule gauche, en forme de sergent de « bande, qui suoit, poussoit et haletoit pour mettre « chacun en rang et ordonnance. Puis suivoient de « trois en trois cinquante ou soixante religieux, tant «cordcliers que jacobins, carmes, capucins, mi- «nimes, bons-hommes, feuillants et autres, tous ^ couverts avec leurs capuchons et habits agrafés ,

«armés à Pantique catholique, sur le modèle des «Épitres de saint Paul; entre autres il y avoit six «capucins, ayant chacun un morion en tête, et au* «dessus une plume de coq, revêtus de cottes de « mailles , Tépée ceinte au côté par dessus leurs ha- « bits ; l'un portant une lance , l'autre une croix , «l'un un épieu, l'autre une harquebuse et l'autre « une arbaleste , le tout rouillé par humilité catho- «lique; les autres, presque tous, avoient des piques «qu'ils branloient souvent, par faute de meilleur «passe-temps, hormis un feuillant boiteux, qui, «armé tout à crud, se faisoit faire place avec une « épée à deux mains et une hache d'armes à sa cein- « turc , son bréviaire pendu par derrière ; et le fai- «soît bon voir sur un pied faisant le moulinet « devant les dames. A la queue il y avoit trois mi- «nimes, tous d'une parure, sçavoirest, ayant sur « leurs habits chacun un plastron à corroyés et le «derrière découvert, la salade en tête, l'épée et «pistolet à la ceinture, et chacun une harquebuse «à croc sans fourchette; derrière étoitlc prieur «des jacobins, en fort bon point, traînant une hal- «lebarde gauchère, et armé à la légère en mortecpaye, je n'y vis ni Chartreux, ni Célestins qui s'é- «toient excusés sur le commerce. Mais tout cela «marchoit en moult belle ordonnance catholique, «apostolique et romaine, et sembloient les anciens « cranequiniers de France. Us voulurent , en pas- «sant, faire une salve ou escoupeterie ; mais le « légat leur défendit , de peur qu'il ne lui mésad- «vînt, ou à quelqu'un des siens, comme au car-

« dinal Cajetan. Après ces beaux pères marehoient «les quatre mendians, qui avoient multiplié en «plusieurs ordres, tant ecclésiastiques que sécu- «liers; puis les Seize quatre à quatre, réduits au a nombre des apôtres et habillés de même comme « on les joue à la Fête-Dieu. Après eux marehoient a les prévôts des marcliands et échevins , bigarrés a de diverses couleurs ; puis la cour de parlement, «telle c[uelle; les gardes italiennes, espagnoles et « wallonnes de M. le lieutenant; puis les cent gentt tilshommes de frais gradués par la Sainte-Union, « et après eux quelques vétérinaires de la confrérie « de saint Éloy. Suivoient après M. de Lyon , tout « doucement ; le cardinal de Pellevé , tout basae- « ment ; et après eux M. le légat , vrai miroir de a parfaite beauté ; et devant lui marchoit le doyen «de Sorbonne, avec la croix, où pendoient les « bulles du pouvoir. Item Tenoit madame de Ne- «mours, représentant la reine-mère, ou grande- «mère {in dubio) du roi futur; et lui portoit la « queue mademoiselle de La Rue , fille de noble et « discrète personne M. de La Rue, ci-devant tailleur «d'habits sur le pont Saint-Michel, et maintenant « un des cent gentilshommes et conseillers d'Etat «de l'Union; et la suivoient madame la douairière « de Montpensier, avec son écharpe verte , fort sale « d'usage , et madame la lieutenante de l'État et « couronne de France, suivie de mesdames de Blin « et de Bussy Le Clerc. Alors s'avançoit et faisoit « voir M. le lieutenant, et devant lui deux massiers « fourrés d'hermines, et à ses flancs deux Wallons

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« portant hoquetons noirs, tout parsemés de croîi «de Lorraine rouges.»

Ces burlesques misères aidèrent quelque temps le peuple à supporter la feim, qui bientôt se fit sentir dans toute son horreur. Après s'être nourri de tous les animaux, chats, chiens et autres, et des peaux de ces animaux ; après avoir dévoré des enfants , on en vint à moudre des os de morts dont on fit de la poussière et non de la farine : ce pain conservoit sa vertu ; quiconque en mangeoit mouroit Madame de Montpensier refusa d'échanger avec des joyaux de la valeur de plus de deux mille écus, un petit chien qu'elle se réservoit comme sa dernière ressource. Trente mille personnes succombèrent; les rues étoient jonchées de cadavres; les demi-vivants se trainoient parmi. Des prostitu* tions impuissantes, payées de quelques aliments vils à des mains décharnées , avoient lieu dans ces cimetières sans fosses. La vie de l'homme rampoit à peine ainsi, avec des couleuvres, sur les corps gisants.

« M. de Nemours, sortant de sa maison pour aller «visiter quelques postes vers les murailles de la «ville, rencontra un homme qui, d'un air effaré, «lui dit: Où allez-vous^ monsieur le gouverneur? « n'allez plus outre dans cette rue; j'en viens, et j'ai «trouvé une femme demi-morte, ayant à son cou « un serpent entortillé , et autour d'elle plusieurs « bétes envenimées. » ( L'ESTOlLE. )

Pendant ce temps , Henri IV laissoit ses soldats monter au bout de leurs piques des vivres aux

Parisiens ; il faisoit relâcher des villageois qui avoient amené des charrettes de pain à une paterne; il leur distribuoit quelque aident, et leur disoit : «Allez en paix; le Béarnois est pauvre, s'il « avoit davantage, il vous le donneroit » Et le Béar^ nois négocioit, attendoit le duc de Parme, oublioit ses soucis avec l'abbesse de Montmartre , commençoit une passion nouvelle avec Gabrielle d'Estrées, se déguîsoit en paysan pour l'aller voir à Cœuvres, au milieu de tous les périls.

Le duc de Parme oblige Henri IV d'abandonner le blocus de Paris. Sixte-Quint meurt fatigué de la Ligue. Grégoire XIV , qui le remplace , publie des lettres monitoriales contre Henri. Le chevalier d'Aumale est tué dans Saint-Denis, qu'il avoit voulu surprendre. La Noue est tué pareillement devant le château de Lamballe , en combattant pour le roi : «Grand homme de guerre, disoit Henri, et plus « grand homme de bien. » Le duc de Mercœur foisoit la guerre en Bretagne pour son propre compte, et d'accord avec Philippe II. Le jeune duc de Guise, fils du Balafré, s'échappe de sa prison : les Seize lui veulent faire épouser l'infante d'Espagne, et lui livrer la couronne. Brisson, Larcher et Tardif sont pendus par les ligueurs. Le duc de Mayenne revient à Paris, et fait pendre à son tour quatre des Seize. La finit l'autorité de ce comité de sûreté de la Ligue : il n'avoit été ni sans audace ni sans génie; mais la multitude des puissances supérieures à la sienne l'empêcha d'agir. Les membres de ce comité, au lieu d'accomplir leurs projets ouvertement, tel

quun pouvoir reconnu, furent obligés d'agir en secret comme des conspirateurs , ce qui les rapetissa. Ils ne tendoient point à la liberté; ils visoient au changement de dynastie ; ils ne firent plus rien après les supplices de leurs compagnons : la potence les déshonora.

Le duc de Parme rentre en France pour foire lever le siège de Rouen , et il réussit. Le vieux maréchal de Biron est tué à la bataille d'Épernay. Le duc de Parme meurt dans les Pays-Bas : grand capitaine, qui fixa Fart moderne de la guerre. Le duc d'Espernon , sentant que les affaires du Béarnois s'amélioroient , revient à la cour ou plutôt au camp ; car alors le Louvre de Henri IV étoit une tente. (1590, 1591, 1592.)

États de la Ligue convoqués à Paris , ruinés par le ridicule et par les prétentions de divers candidats à la couronne. Les Espagnols demandoient Fabolition de la loi salique, afin de faire tomber le sceptre à leur infante. Le parlement rend un arrêt en faveur de la loi salique, et remporte la victoire sur les états. Le duc de Mayenne , mécontent des Espagnols, ouvre des conférences à Surène avec les catholiques. Henri abjure dans l'église de Saint- Denis, le 25 juillet 1593, et se fait ensuite sacrer à Chartres ; on y rapiéceta son pourpoint pour une somme de quelques deniers, dont le reçu existe encore : ces lambeaux-là n'alloient pas mal au manteau royal tout neuf du Béarnois.

Henri IV se trouva, dès sa naissance, et par les hasards de sa vie , à la tête de la réformation et des

idées nouyelles; mais la réfbrmation étoit en minorité contre l'ancien culte et les vieilles idées. Les François catholiques rejetoient un roi protestant, malgré son titre héréditaire; ils en avoient le droit, comme les Anglois protestants eurent le droit de repousser un roi catholique. La Ligue, coupable envers le dernier des Valois, étoit innocente envers' le premier des Bourbons , à moins de soutenir que les nations ne sont aptes à maintenir le culte qu'elles ont choisi et les institutions qui leur conviennent Le péril étoit imminent : les états, illégalement convoqués sans doute, mais redoutables, car tout corps politique, dans un moment de crise, a une force prodigieuse, l'Espagne, appuyée de la cour de Rome, et des préjugés populaires, étoient prêts, en s'alliant au prince lorrain, à disposer du trône. L'héritier légitime ne se pouvoit défondre qu'avec des soldats étrangers, triste ressource pour un roi national; les protestants qui l'appuyoient étoient en petit nombre , et plutôt inclinés à l'aristocratie qu'à la monarchie ; les catholiques attachés à sa personne ne le suivoient que parce qu'il avoit promis de se faire instruire dans leur religion. Il ne restoît donc évidemment à Henri IV qu'un seul parti à prendre , celui d'abjurer : ce fut une affaire entre lui et sa conscience ; s'il vit la vérité du côté où il voyoit la couronne, il eut raison de changer d'autel. II est fâcheux seulement qu'il écrive à Gabrielle à propos de son abjuration : « C'est di- « manche que je ferai le saut périlleux. »

Une fois réuni au clergé et aux grandes masses

populaires , il n'eut plus qu'à marchander un à un les capitaines qui commandoient dans les villes. Les gentilshommes s'étoient emparés des forteresses et des cités, ainsi qu'au commencement de la race capétienne; on auroit vu renaître les seigneuries, si les mœurs avoient été les mêmes , et si le temps n'eût marché. Henri IV reprit plusieurs châteaux, comme Louis-le-Gros , et acheta les autres. L'esprit aristocratique expiroit. Paris ouvrit ses portes à Bourbon le 22 mars 1594. Le pouvoir absolu qui commençoit supprima tous les écrits du temps, et en défendit, sous peine de la vie, l'impression et la vente. François T' avoit senti le premier instinct contre la liberté de la presse ; Henri IV en conçut la première raison.

En 1 594, Jean Ghàtel blesse Henri IV d'un coup de couteau à la lèvre, et les Jésuites sont bannis de France. En 1595, rencontre de Fontaine-Françoise, une des plus furieuses qui fut jamais. Henri combattit tête nue, avec toute la verve d'un jeune soldat. 11 écrivit à sa sœur : a Peu s'en faut que vous n'ayez «été mon héritière.»

Le roi est absous par le pape. Le duc de Mayenne se soumet (1596). Lorsque Henri entra dans Paris, la seule vengeance qu'il exerça contre madame de Montpensicr fut de jouer aux cartes avec elle; la seule vengeance qu'il tira de son frère le duc de Mayenne , replet et lourd, fut de le foire marcher vite dans un jardin.

Édît de Nantes. Traité de Vervins (1598). Mariage de Henri avec Marie de Médicis, la première

fcXUDSS HXSTOaiQOXS. T. IV. 20

306 ANALYSE RAISONNÊE

année du dix-septième siècle. Comment n*éloit-on

pas las des Médicis ?

Conspiration du maréchal de Biron. Mort d'Elisabeth, reine d'Angleterre. Le premier Stuart, Jacques T', arrive à la couronne de la Grande- Bretagne à l'époque où le premier Bourbon venoit de s'asseoir sur le trône de France. Etablissement des manufactures de soie, de tapisserie, de faïence, de verrerie. Colonisation du Canada. On ne croyoit faire que du commerce , et l'on faisoit de la politique; la propriété industrielle vit de liberté, et, en accroissant l'aisance, elle accroît les lumières. Henri IV, qui tentoit partout des passions, qui ne fut écouté ni de madame de Guercheville, ni de Catherine de Rohan, ni de la duchesse de Mantoue, ni de Marguerite de Montmorency, vit le prince de Condé, mari de la dernière, se retirer avec elle à Bruxelles.Ce prince de Condé étoît-il fils de Henri IV, par Charlotte de la Trémoille, accusée d'avoir empoisonné son mari pour cacher une grossesse? On prétend que Marguerite de Montmorency, pressée par Henri IV, lui avoit dit : «Méchant, vous voulez « séduire ^ la femme de votre fils , car vous savez «bien que vous m'avez dit qu'il l'étoit. » [Mémoires pour servir à l'histoire de France.)

Henri IV, ou dans le dessein de poursuivre l'objet de sa nouvelle passion , ou pour réaliser un projet de république chrétienne , alloit porter la guerre dans les Pays-Bas, sous le prétexte de la succession

» Ce nVsi pas la francbiso du texte.

de Clèves et de Juliers , lorsqu'il fut arrêté par un de ces envoyés secrets de la mort qui mettent la main sur les rois (14 mai 1610). Ces hommes surgissent soudainement et s'abiment aussitôt dans les supplices , rien ne les précède, rien ne les suit: isolés de tout, ils ne sont suspendus dans ce monde que par leur poignard; ils ont Texistence même et la propriété d'un glaive ; on ne les entrevoit un moment qu'à la lueur du coup qu'ils frappent. Ravaillàc étoit bien près de Jacques Clément : c'est un fait unique dans Thistoire, que le dernier roi d'une race et le premier d'une autre aient été assassinés de la même façon, chacun d'eux par un seul homme , au milieu de leurs gardes et de leur cour, dans l'espace de moins de vingt et un ans. Le même fanatisme anima les deux assassins; mais l'un immola un prince catholique, l'autre un prince qu'il croyoit protestant. Clément fut l'instrument d'une ambition personnelle; Ravaillac, comme Louvel, l'aveugle mandataire d'une opinion.

J'ai fait observer plusieurs fois que la seconde aristocratie vint finira Arques, à Ivry, à Fontaine- Françoise, comme la première à Crécy, à Poitiers et à Azincouil. Elle disparut de fait et de droit, car Henri IV publia un édit, en vertu duquel la profession militaire n anoblissoit plus. Tout homme d'armes, sous Louis XII, étoit gentilhomme , ainsi que tout bourgeois qui avolt acquis un fief noble et le desservoit militairement Le 258* article de l'ordonnance de Blois, de 1579, avoit détruit la noblesse résultant du fief. Louis XV, en 1750, ré-

tablit la noblesse acquise au prix du sang; mais le coup étoit porté. Henri IV, ce soldat , ayoit voulu que les armes restassent en roture : Farmée , devenue plébéienne I laissa à la gloire le soin de Tennoblir.

On s'est fait une fausse idée de la manière dont les Bourbons parvinrent au trône. D'un côté , on n'a vu que les massacres de la Saint-Barthélemy, que les fureurs de la Ligue, que les intrigues de Catherine de Médicis, que les débauches de Henri Ui, que l'ambition des princes de Lorraine ; de l'autre côté, on n'a aperçu que la bravoure, l'esprit et la loyauté de Henri IV ; on a cru que tous les partis avoient été fidèles à leurs doctrines, qu'ils avoient constamment suivi leurs drapeaux respectifs , que les services avoient été récompensés , les injures punies, qu'enfin chacun avoit été rétribué selon ses oeuvres : telle n'est point la vérité historique. Tout se passa comme de nos jours ; on céda à des nécessités, à des intérêts créés par le temps; le vainqueur d'Ivry ne monta point sur le trône, botté et éperonné, en sortant de la bataille : il capitula avec ses ennemis, et ses amis n'eurent souvent pour toute récompense que l'honneur d'avoir partagé sa mauvaise fortune.

Brissac, La Châtre et Bois-Dauphin , maréchaux de la Ligue , furent confirmés dans leur dignité ; ils avoient tous vendu quelque chose. Laverdin, Villars, Balagni, Villeroi, jouirent de la faveur de Henri IV. Par l'article 10 de l'édit de Folembrai, les dettes même du duc de Mayenne sont payées

et déclarées dettes de la couronne. Le Béamois étoit ingrat et gascon , oubliant beaucoup et tenant peu. «Montez, dit la duchesse de Rohan, dans son « ingénieuse satire apologétique , montez les degrés , « entrez jusque dans son antichambre : tous oyrez « les gentilshommes qui diront : J'ai mis ma vie a tant de fois pour son service, je Tai tant de temps «suivi, j*aî été blessé, j'ai été prisonnier; j'y ai u perdu mon fils , mon frère ou mon parent : au « partir de là il ne me connoit plus ; il me rabroue

« si je lui demande la moindre récompense

a Ses efPets parlent et disent en bon langage : Mes « amis, offensez-moi , je vous aimerai ; servez-moi, « je vous haïrai. »

Henri laissa mourir de faim le fidèle bourgeois qui avoit favorisé sa fuite , lorsque lui Henri étoit à Paris prisonnier de Charles IX. Â la mort de Henri UI, Henri iV avoit dit à Armand de Gontaud, baron de Biron : Cest à cette heure qu'il faut que vous mettiez la main droite à ma couronne; venez-moi servir de père et d'ami contre ces gens qui n'aiment ni vous ni moi. Henri auroit dû garder la mémoire de ces paroles; il auroit dû se souvenir c[ue Charles de Gontaud , fils d'Armand , avoit été son compagnon d'armes; que la tête de celui qui avoit mis la main droite à sa couronne avoit été emportée d'un boulet de canon : ce n'étoit pas au Béamois à joindre la tête du fils avec celle du père. Le grand-maître des échafauds , Richelieu , désapprouvoit celui de Biron comme inutile.

Mais la bravoure de Henri IV, son esprit, ses

àlO ANALYSE RAISONNÉE

mots heureux, et quelquefois magnanimes, son talent oratoire, ses lettres pleines d'originalité, de vivacité et de feu, ses malheurs, ses aventures, ses amours , le feront éternellement vivre. Sa fin tragique n'a pas peu contribué à sa renommée; disparoitre à propos de la vie est une condition de la gloire. Henri IV étoit encore un fort bon administrateur ; il montra son habileté à faire vivre en paix des hommes qui se détestoient , particulièrement ses ministres, hommes de capacité, mais antipathiques les uns aux autres , et sortis de partis divers. Les Bourbons n'ont compté que cinq rois dans leur courte monarchie absolue ; sur ces cinq rois, ils ont deux grands princes et un martyr. Ce sang n'étoit pas stérile.

Au surplus, tout le siècle de Louis XIV se tut sur l'aïeul des BourbonSé Le grand roi ne permettoit d'autre bruit que le sien. A peine retrouve-t-on le tiom de Henri IV dans un pamphlet de la Fronde qui établit un dialogue entre le Roi de Bronze et la Scunaritaine ; Fouvrage de Péréfixe étoit oublié. Un poëtequi a tant fait de renommées avec la sienne, Voltaire, a ressuscité le vainqueur d'Ivry : le génie a le beau privilège de distribuer la gloire.

Depuis le commencement de la troisième race jusqu'aux Valois, il n'y avoît point eu en France de guerre civile proprement dite. Les guerres féodales étoient des guerres de souverain à souverain, car les seigneurs étoient de véritables princes indépendants. Si la moitié de la France prit les armes contre l'autre sous Charles V, Charles VI et

Charles VII , c'est que la France étoit partagée entre deux souverains , le roi de France et le roi d'Angle^ terre. Une guerre civile s'alluma sous Louis XI et sous Charles VIII , mais ne dura qu'un moment Malheureusement ce fut la religion qui donna naissance aux longues guerres civiles de la Ligue, Toutefois ces espèces de guerres qui causent de grands maux à l'espèce sont favorables à l'individu; elles mettent en valeur les qualités personnelles ; jamais il n'apparoit à la fois autant d'hommes remarquables que pendant les discordes intestines des peuples. Presque toujours les temps qui suivent ces discordes sont des temps d'éclat, de prospérité, de progrès, oonmie de riches moissons s'élèvent sur des champs engraissés.

Quelques faits principaux constituent la révolution de l'époque que nous venons de parcourir.

La seconde aristocratie perd le reste de sa puissance; les gentilshommes ne vont plus être que les officiers de l'armée démocratique prête à se former sous Louis XIII et Louis XIV.

La monarchie des états finit avec les Valois : elle ne se montre un moment sous Louis XIII que pour rendre le dernier soupir.

La monarchie parlementaire atteint le plus haut degré de son pouvoir, et vient expirer, par abus de sa force , dans les démêlés de la Fronde.

La monarchie absolue monte donc en effet sur le trône avec le premier Bourbon ; il ne restoit plus à cette monarchie qu'à renverser quelques obstacles que balaya Richelieu.

Les états, pendant les guerres chriles, ne répondirent point à ce qu'on devoit attendre d'un aussi grand corps , soit qu'il repoussât , soit qu'il adoptât les nouvelles opinions ; ce qui prouve qu'ils n'étoient point entrés dans les moeurs ou dans les libertés du pays. Ces états firent des actes remarquables de législation civile et administrative , mais ils ne montrèrent aucun génie politique; ils furent maîtrisés par les caractères individuels. Quand l'ordre reparut sous Henri IV, l'esprit humain , après avoir remué tant d'idées , après avoir passé à travers tant de crimes .. s'étoit agrandi , mais le gouvernement s'étolt resserré. Le parlement, rival victorieux de la représentation nationale , rendoit des arrêts politiques, disposoit de la régence, refusoit où ordonnoit l'impôt; il y avoit deux pouvoirs législatifs. Les savants , les gens de lettres , les écrivains attachés de préférence à la robe, faisoient opposition à l'autorité des trois ordres. Les états de la Ligue achevèrent de déconsidérer des assemblées qui, luttant sans cesse contre les abus de la féodalité, de la couronne, du parlement et du peuple, n'avoient jamais pu contenir le despotisme royal , refréner les injustices aristocratiques, arrêter les empiétements de la magistrature, enchaîner les violences populaires.

L'édit de Nantes constitua l'état civil et religieux des protestants ; ils obtinrent un culte public, des consistoires, des écoles, des revenus, et jusqu'à des forces militaires pour protéger leurs établissements. Les quatre-vingt-douze articles généraux

de redit 9 et les cinquante- six articles particuliers ^ reproduisoient à peu près les dispositions de Tédit de Poitiers , et des conventions de Flex et de Bergerac. Un codicille secret permettoit aux calvinistes de garder quelques places de sûreté pendant huit ans.

Les concessions n'étoient malheureusement quW troyées; Henri IV les respecta , mais Richelieu et Louis XIV pensèrent que ce qui étoit accordé sç pouvoit reprendre. Les protestante soutinrent trfià guerres contre Louis XIU. Le duc de Rohan, leur chef, appela les Anglois à leur secours; ils furent battus; La Rochelle tomba , et Louis XIV, après une longue série de séductions et de persécutions , révoqua Tédit de Nantes en 1668.

A compter depuis la conjuration d'Amboise, 1560, jusqu a la publication de Tédit de Nantes, en 1599, s'écoulèrent trente-neuf années de massacres, de guerres civiles et étrangères, entremêlées de quelques moments de paix ; c'est à peu près la période qu'a parcourue notre dernière révolution. Ce temps de la Saint-Rarthélemy et de la Ligue est le temps de la terreur religieuse , d'où sortit la monarchie absolue, comme le despotisme militaire sortit de la terreur politique de 1793. Il ne coula guère moins de sang f rançois dans les guerres et les massacres du seizième siècle que dans les massacres et les guerres de la révolution, a Durant ces guerres «( (de la Ligue) sont morts prématurément, et avant aie temps, plus de deux millions de personnes, « tant de mort violente que de nécessité et pauvreté,

a par famine et autrement » ( Za vie si déportements de Henri le Bécurnois. )

Un capital immense fut dissipé; les dettes de rÉtat se trouvèrent monter^ sous Henri IV, à trois cent trente millions de la monnoie de ce temps , sans parler de toutes les autres sommes absorbées et non constituées en dettes publiques , comme on le va voir par les autorités suivantes : a Le pauvre «peuple avoit été tellement pillé, vexé, saccagé, «rançonné et subsidié, sans aucune relâche ni « moyen de respirer, qu'il ne lui restoit plus aucune « facilité de vivre , étant comme désespéré et résolu « de quitter le pays de sa naissance pour aller vivre «en terre étrangère; car, depuis ledit temps, la ville «de Paris et pays ci rcon voisins avoient fourni tt trente-six millions de livres , outre autre somme de soixante millions de livres ou environ , qui a avoient été fournis par le clergé de France , sans « les dons , emprunts et subsides levés extraordi- « nairement, tant sur ladite ville que sur les autres « pays et provinces du royaume : somme suffisante « non-seulement pour conserver l'état de la France, a mais aussi , avec la terreur de l'ancien nom des «François, en rendre le nom formidable à tous les «autres princes, potentats et nations » [Vie et mort de Henri de Valois.)

Dans les pays qu'ils occupoient, les huguenots détruisirent les monuments catholiques et s'emparèrent des biens du clergé. Beaucoup de prêtres se marièrent, et restèrent néanmoins catholiques; leurs mariages furent sanctionnés par la cour de

Rome, et leurs enfants légitimés. La cour, de son côté , ne se fit faute des biens ecclésiastiques.

a Son règne ( de Charles IX ) a aussi esté taché «c d'avoir esté soubs lui les ecclésiastiques fort vexez, <K tant de lui que des huguenots : les huguenots les «avoient persécutez de meurtres, massacres, et «expolié leurs églises de leurs saiâctes reliques; «et lui avoit exigé de grandes décimes, et aliéné «k et vendu le fonds et temporel de TÉglise , de la- « quelle vendition il tira grand argent. » (BRANTOME.)

Les députés du clergé de France, assemblés à MeluUy représentèrent à Henri III, «qu'en plusieurs « archevêchés et évéchés il n'y avoit aucun pasteur ; te et quant aux autres abbayes et aux autres grands «bénéfices étant aussi sans pasteurs, le nombre en a étoit quasi infini , mémement que de cent trentettcinq diocèses qu'il y a en Languedoc et en «Guienne, par non-résidence d'évéques et par ma- <i ladie des autres , et principalement par faute « d'évéques pourvus en titre, on avoit été quelques «années sans y faire le Saint -Chrême, tellement « qu'il étoit tous les jours besoin de l'aller mendier « de là les monts en Espagne. Au surplus , nul roi a par avant lui ( Henri UI ) n'avoit été cause de tant « d'œconomats , constitutions de pensioiis pour les «femmes (voire la plus grande partie courtiscuies) ^ «et autres personnes laïques, sur les biens de «l'Église, et, qui pis est, il souffroit traâquer des bénéfices, vendre, engager et hypothéquer le do- « maine de Dieu. Faisant autoriser et justifier ces «choses par jugement et lois publiques en son

« grand conseil , où de l'argent provenu de la vente « d'un évéché ont été acquittées les dettes du ven- « deur^ et en son conseil même une abbaye y aua roit été adjugée à une dame, comme lui ayant été « baillée en don • avec déclaration qu'après son dé- « ces ses héritiers en jouiroient par égale portion. » ( Fie et mort de Henri de Valois. )

Ces choses 9 que les catholiques reprochoient amèrement à Henri III , ils les approuvoient dans Charles IX.

La vente» saisie et jouissance des biens de l'Église par des laïques, étoient accompagnées de la saisie» jouissance et vente des biens des particuliers, comme dans la révolution. Plusieurs édits et déclarations ordonnent la confiscation des biens des huguenots. Le parlement, en 1589, rendit un arrêt pour faire procéder à la vente des biens de ceux de

la nouvelle opinion cfin qu'on ne soit pas

privé du fruit et secours espéré des saisies et ventes des biens et héritages de ceux de la nouvelle opinion

Un règlement du duc de Mayenne , de la même année, exige le serment à Funion catholique par le clergé, la noblesse, le tiers -état, les habitants des villes et des campagnes, etc. Ce serment doit être prêté dans la quinzaine du jour de la publication du règlement. L'article IX porte : « Après la- «dîte quinzaine passée, seT^ procédé à la saisie des nubiens meubles et immeubles de tout ceux qui se « trouveront refusant ou délaiant faire ledit serment, «soit ecclésiastique, noble, ou du tiers -état; et «si, dans un mois après ladite saisie, ils ne le

a Youdroient faire , ou n'auroient proposé excuse va- «lablede leur absence et légitime empêchement , « seront tenus et réputés pour ennemis de Dieu et «de rÉtat, et passé outre à la vente desdits meu- ^bles,etc.jt

On voit que les massacres , les injustices , les spoliations, ne sont pas, comme on l'a cru, particuliers à nos temps révolutionnaires. Les terroristes de la Saint-Barthélémy et de la Ligue étoient des aristocrates nobles , des rois , des princes , des gentilshommes , Charles IX , Henri UI , le due de Guise , Tavannes, Clermont, Coconnas, La Mole, Bussy d'Amboise, Saint-Mesgrin, et tant d'autres : nonseulement ils lâchèrent les bourgeois de Paris sur les huguenots, mais ils trempèrent eux-mêmes leurs mains dans le sang. Les septembriseurs et les terroristes de 1792 et de 1793 étoient des démocrates plébéiens : au-delà des meurtres individuels qu'ils commirent, ils inventèrent le meurtre légal , effroyable crime qui fit désespérer de Dieu; car si la justice de la terre peut jamais être armée du fer de l'assassin, où est la justice du ciel? Que reste-t-il aux hommes ?

La terreur de la Saint-Barthélémy et de la Ligue (ut approuvée par la grande majorité de la nation. On regarda aussi cette terreur comme nécessaire. On ne trouve pas contre Charles IX , qui nous fait tant d'horreur aujourd'hui , un seul écrit de se^ contemporains catholiques ; il est loué au contraire , de presque tous les homfnes de mérite de

cette époque. Du Tillet, Brantôme, Ronsard, tandis que Henri III est accablé d'outrages.

J'ai souvent cité les pamphlets de la Ligue , parce qu'on y suit mieux le mouvement des opinions. C'est la première fois que la presse a joué un rôle important dans les troubles politiques; par son moyen la pensée étoit devenue, ainsi que de nos jours, un élément social, un fait qui se méloit aux autres faits, et leur donnoit une nouvelle vie. La plume étoit aussi active que l'épée. Comme chacun avoit la liberté entière dans son parti, et n'étoit proscrit que dans l'autre , il y avoit réellement liberté de la presse. Les imaginations audacieuses de Rabelais, le Traité de la servitude volontaire de la Béotie, les Essais de Montaigne, la Sagesse de Charron, X^l République de Bodin, les écrits polémiques, le Traité où Mariana va jusqu'à défendre le régicide , prouvent qu'on osa tout examiner. Comme la succession à la couronne étoit contestée, les catholiques , en se divisant à ce sujet , examinèrent hardiment les principes de la monarchie , et les protestants révèrent la république aristocratique. I^ liberté politique et la liberté religieuse eurent un moment pleine licence , en s'appuyant à la liberté de la presse, leur compagne, ou plutôt leur mère. Mais cet horizon , qui s'ouvrit un moment dans l'esprit humain, se referma tout à coup. La réaction qui suit l'action , quand l'action n'est pas consommée , précipita la France sous le joug*

En résumé, les guerres civiles religieuses du seizième siècle, qui ont duré trente -neuf ans, ont

engendré les massacres de la Saint - Barthélémy, ont versé le sang de plus de deux millions de Fran cois, ont dévoré près de trois milliards de notre monnoie actuelle , ont produit la saisie et la vente des biens de l'Eglise et des particuliers, ont fait périr deux rois de mort violente, Henri III et Henri IV, et commencé le procès criminel du premier de ces rois. La vérité religieuse , quand elle est faussée , ne se livre à pas moins d'excès que la vérité politique lorsqu'elle a dépassé le but.

Maintenant je vais cesser de raconter les faits et les mœurs qui n'ont plus rien de caractéristique et de pittoresques. Les mœurs du dix-septième siècle j non les opinions ^ étoient à peu près celles qui précédèrent immédiatement l'époque révolu-^ tionnaire. Les François qui parlèrent la langue 4e Louis XIII , de Louis XIV et de Louis XV, sont si près de nous, qu'il semble que nous les soyons vus vivants. Il n'y a pas long-temps que sont morts des vieillards qui avoient connu Fontenelle. Fontenelle étoit né en 1657, et d'Espernon étoit mort en 1642. La veuve du duc d'Angouléme, fils naturel de Charles IX, ne trépassa que le 10 août 1715. Quelques réflexions générales sur les quatre règnes de la monarchie absolue termineront cette anatyse raisonnes de notre histoire-

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