‹ Études historiques. Le tombeau de Champlain et autres réponses aux questions d'histoire du Canada proposées lors du concours ouvert en juin 1879 par son excellence m. le comte de Prémio-RéalChapitre 4 sur 11 · SI · texte numérisé non relu

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seraient illustrés de quelque manière que ce fût. M. de Montmagny manifesta clairement son intention à cet égard, quand il ordonna que le P. Raymbault y fût enterré à côté de Champlain, à raison de l'estime particulier qu'il lui portait.

Les registres et les relations de l'époque ne font mention de la chapelle . et du sépulchre de Champlain qu'en 1641 et 1642, c'est-à-dire, six années après leur construction probable. L'incendie .de 1640 avait détruit les registres de Québec, et avec eux l'acte de sépulture de Champlain. Depuis 1636, on ne peut donc pas établir qu'il y a eu d'autres personnes enterrées dans la chapelle du G-ouyerneur ; mais on voit dans les registres de 1641, que M. G-andfut aussi inhumé le 21 mai, en la chapelle de M. de Champlain. Voici l'acte de sépulture.

"Le 20 de Mai le lendemain de la

Li Pentecôte 1641 mourut François de Ré

" dit Mr. G-and, Commissaire G-énéral au

" magasin de Kébec, et ce en la chambre,

'; qui est sous la Sacristie, et chapelle " da dit Kébee, où il avait passé l'hiver. ,; Le même jour on chanta les vêpres " des trépassés pour lui, et le lendemain " 21 du même mois après l'office des " morts et la messe chantée solennelle- '% ment il fut enterré en la chapelle de i: M. de Champlain."

A cet acte, il ne faut pas donner une portée qu'il ne comporte pas ; il ne dit pas que M. Grand fut enterré dans le sépulchre particulier de Champlain.

On voit dans les registres de Québec de 1642, que " le 22 d'octobre fut enterré " dans la chapelle de M. de Champlain

i; le P. Charle Rimbault " Et la

relation de 1643 nous apprend, à l'occasion de cette mort, que Champlain fut enterré dans un sépulchre particulier :

Ci M. le G-ouverneur, y est-il dit, qui " estimait sa vertu, désira qujil (le P. " Raymbault) fût enterré près du corps " de feu M. de Champlain, qui est dans " un sépulchre particulier, érigé exprès ci pour honorer la mémoire de ce signalé

" personnage, qui a tant obligé la Noix- " velle-France." (Relations des Jésuites, 1643, p. 3.) Ce jésuite fut donc inhumé à côté de Champlain, dans la même voûte. La chapelle du Gouverneur ou de Champlain, incendiée en 1840, fut rebâtie par les soins de M. de Montmagny, et en 1649, nous la trouverons encore debout au même endroit.

-Où était située la Chapelle de Champlain ?

Nous pouvons dire aujourd'hui sans avoir à redouter la contradiction, que cette chapelle était située à la Haute- Ville, dans le voisinage de Notre-Dame de Recouvrance. Il ne s'ensuit pas de là qu'elle fut attenante à l'église paroissiale ; au contraire, elle était placée à une certaine distance de cette dernière. Nous avons la preuve de cet avancé dans nu document puisé dans les papiers originaux légués à ITIniversité-Laval

par feu M. Faribanlt. Nous donnons la

copie de ce document daté du 10 février

1649, et signé par M. Daillebout, alors

gouverneur. Cette pièce authentique,

trouvé par M. l'abbé Casgrain, porte

pour subscription ces mots écrits sur le

revers de la feuille :

Une place située dans îa grande place de Québec r*' serrée par M. ie gouverneur.

PIÈC K AUTHENTIQ UE.

Louis Daillebout lieutenant-général du roi et gouverneur dans toute l'étendue du Grand Fleuve Saint-Laurent en la Nouvelle-France rivière et lacs y descendants et lieux qui en dépendent. En vertu du pouvoir à nous donné par Messieurs de la Compagnie de la Nouvelle-France et sous le bon plaisir d'icelle, en faisant la distribution d'une place située dans l'enclos de Québec, Nous nous sommes réservé une place située dans le dit enclos contre la Chapelle Champlain contenant un arpent de terre ou environ tenant du côté du nord-est à un chemin qui court sud sud-est et nord-ouest qui est entre la dite terre et les terres de l'Eglise paroissiale de ce lieu, d'autre côté au sud-ouest aux terres non concédées d'un bout au nord-ouest à un chemin piésente qui est entre la dite terre et la Grand place pour en jouir par nous du dit arpent de terre ou environ nos successeurs ou ayant cause à toujours pleinement et paisiblement aux charges qu'il plaira à Messieurs de

la dite Compagnie nous ordonner, faite au fort Saint Louis de Québec ce dixième jour de février mil six cent quarante-neuf.

Daillsbout.

Où était situé ce terrain réservé dans l'enclos de Québec par le gouverneur Daillebout ? C'est ce que va déterminer un acte de vente dont voici la teneure :

Contrat de rente foncière due par Jean Jobin k M. Ls. D'Aillebout— 3® juin 1G53.

Par devant Jean Baptiste Peuvret Notaire de la Nouvelle-France et témoins soussignés fut présent en sa personne messire Louis D'Ailleboust chevalier seigneur de Coulonges gouverneur et lieutenantgénéral pour le Roi en ce pays étendu du fleuve Saint- Laurent, Lequel a reconnu et confessé avoir baillé/ cédé, et transporté à titre de rente foncière de bail d'héritage annuelle et perpétuelle non rachetabie du tout à toujours et promet garantir de tous troubles et empêchements généralement quelconques à Jean Jobin Mtre tailleur d'habits habitant de ce pays à ce présent preneur et acquéreur au dit titre pour lui; ses hoirs et ayants cause, une place sise en cette ville de Québec, contenant demi arpent de terre ou environ faisant moitié d'un arpent de terre au dit seigneur bailleur appartenant appartenant, Joignant d'un côté à la rue qui passe entre l'église paroissiale et la dite terre, d'autre côté à Jacques Boissel en partie et à Louis Côté, d'un bout à une rue qui passe entre le fort des sauvages et la dite terre, Et d'autre bout à

la place d'Abraham Martin en partie et aux terres non concédées, au dit seigneur bailleur appartenant par concession qu'il en a prise le dixième jour de février mil six cent quarante neuf, ratifiée et signé e par Monsieur de Lauzon ci-devant gouverneur de oe pays le vingt deuxième jour d'avril mil six cent cinquante deux.

Il appert, d'après ce contrat, que le terrain réservé par M. d'Aillebout était borné comme suit : d'un côté par la rue qui passe entre l'église paroissiale et le terrain réservé, c'est-à-dire, la rue Buade actuelle ; d'un autre côté, par la rue qui passe entre le fort des sauvages et le dit terrain, ou la rue du Fort ; au nordouest, par un chemin qui est entre le terrain réservé et les terres de Jean Côtér c'est-à-dire la rue du Trésor, qui alors n'était qu'un sentier ; enfin, le quatrième côté était borné par la Place d'Armes ou par la rue Sainte Anne.

Le nom de Chapelle Champlain se trouve mentionné deux fois dans le document du Gouverneur d'Aillebout.

lo. " Nous nous sommes réservé une " place située dans le dit enclos contre la

Chapelle Champlain"... 2o. Cette place " tient du côté sud sud-est à un chemin " qui est entre la dite terre et la dite " Chapelle Champlain" et les mots la dite Chapelle Champ lain sont ratturés et remplacés par les mots la Grande place U enclos était ce vaste terrain compris entre la rue Buade, la côte de la montagne, en gagnant le sud, jusqu'à un endroit quelconque dans les environs de la Place d'Armes. Le terrain réservé, d'un arpent de superficie, était donc compris dans cet enclos, et avait pour limite sud sud-est, la rue du Fort, qui le séparait d'avec la chapelle Champlain. Or, comme cette chapelle n'occupait qu'un espace restreint de l'autre côté de la rue du Fort, sur la grande Place, elle ne pouvait seule servir de borne à un terrain qui avait une étendue peut-être trois ou quatre fois plus considérable que celle de la chapelle. Voilà comment on peut expliquer ces mots la dite Chapelle Champlain biffés et remplacés entre lignes par les suivants la grand place.

Eu égard aussi à la distance entre la rue du Fort et la chapelle, celle-ci ne pouvait pas être une borne exacte au terrain du gouverneur Daillebout.

Il s'ensuit donc, que la Chapelle de Cliamplain s'élevait quelque part dans le carré compris entre les rues du Fort et Port-Dauphin d'une part, le sommet de la côte de la Montagne d'autre part, et une ligne qui se prolongerait de la rue Sainte-Anne jusqu'au mur d'enceinte, près de la Terrasse-Frontenac. Ce lieu nous semble avoir été bien choisi. De l'autre côté de la côte de la montagne reposaient dans le champ mortuaire les ossements des personnes de moindre condition ; en deçà, et presque en face, dans un endroit dominant d'où l'on pouvait facilement apercevoir le vieux cimetière, dormaient dans une chapelle spéciale, les héros, laïcs comme religieux, morts au service de la religion et de la patrie.

§ 8. — Qu'est devenue la Chapelle de Champlain ?

D'après la teneure du document cité plus haut, il est certain que la chapelle de Champlain existait encore à la date du 10 février 1649. Le fort des Hurons, qui servit de refuge à un débris 'de cette vaste tribu dispersée, dut être construite a côté de cette chapelle, qui semble après cette époque être tombée en ruines, puisqu'il n'en est fait mention nulle part. M. de Montmagny avait quitté le Canada en 1648, et son successeur M.

D'Aillebout ne mit peut-être pas autant de soins que son prédécesseur à conserver ce monument précieux. Toujours est-il qu'elle a dû ou être abandonnée à la destruction, ou brûlée, ou démolie, lors des premières constructions qui furent faites plus tard le long des rues Buade et du Fort.

c 9. — Le sépulchre particulier et le corps de Chamilain.

On se perd en conjectures sur le sort qui fut réservé à ce sépulchre et aux ossements qu'il renfermait. Il est probable que voyant la ruine de la chapelle, des particuliers achetèrent les terrains de la Grande place où ils se taillèrent des lots à bâtir. Les autorités religieuses, prévoyant la démolition du sépulchre, préférèrent transporter ces ossements dans un lieu plus sûr. En 1649, l'église paroissiale ne faisait que sortir de ses ruines, mais, lorsqu' elle fut terminée en 1651, l'édifice pouvait offrir un lieu propice à l'inhumation de M. de Champlain.

Nous terminerons, en citant ces belles paroles de M. l'abbé Gr. Côté qui semble s'accorder avec nous sur le fait que la Basilique de Québec couvrirait de son égide puissante les dépouilles du premier et du plus illustre gouverneur de la Nouvelle-France.

" Qui sait s'il n'est pas absolument " soutenable qu'elle (la Basilique) ait eu " un jour l'honneur de recevoir dans son " sein les ossements du fondateur de " Québec? Car, si jamais, après l'abandon " ou la ruine de la chapelle de Champlain, " ces ossements furent tirés de leur " premier tombeau, (en quelque endroit i: d'ailleurs que nos archéologues se " décident à le placer), ne pourraît-on " pas, sans témérité, supposer que des " translations successives auraient fini " par les confier à l'église paroissiale, qui " plus que toute autre semblerait avoir " eu un droit spécial à ce glorieux " privilège ? Mais ce ne sont là que de " simples suppositions ou tout au plus u de douces espérances qui seraient à la " fois la personnification et le couronne- " ment des gloires du passé."

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