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DANS L’ANTIQUITÉ

AVANT-PROPOS

On s’est déjà occupé, à diverses reprises, du travail que nous entreprenons (1) ; mais on Ta fait pour Hippocrate d’une manière si sommaire, qu’il est permis de dire qu’à l’égard de cette première période de la médecine mentale, tout est véritablement à reconstruire.

Une telle œuvre est-elle utile ?

Les systèmes en médecine ont succédé aux systèmes, succombant et se remplaçant tour à tour. Liée à un vaste ensemble de connaissances, l’aliénation mentale ou plutôt la science de ce nom, en a subi les changements et les vicissitudes. Or, suivre à travers les âges la marche incertaine et variable de l’esprit humain, n’est pas, il nous semble, une vaine curiosité.

(1) Fodéré, Traité du délire; Trélat, Recherches historiques sur la folie; Archambault, Introduction historique et statistique à la traduction d'Ellis; C. Pinel, Du traitement de l’aliénation mentale aiguë ; Morel, Traité des maladies mentales, etc., etc.

AYANT-PROPOS

Outre l’attrait inhérent à ce genre d’études, l’histoire de la folie attire et captive surtout l’attention par ses intimes rapports avec la civilisation et les doctrines philosophiques régnantes. La philosophie, en effet, n’a pas seulement fourni à la médecine mentale , depuis plus de deux mille ans, l’idée mère qui la domine, mais encore sa hase générale d’application, ses théories et ses méthodes. D’autre part, l’aliénation mentale n’a pu, en se développant, faire abstraction, par suite d’impérieuses connexités, des sciences physiques et chimiques. Quelques considérations, à ce sujet, trouveront donc ici leur place naturelle.

.s, «Les idées dominantes dans chaque siècle, dit Esquirol, influent puissamment et sur la fréquence et sur le caractère de la folie (1). »

Ainsi, signaler le mouvement de la médecine mentale dès l’époque où il est devenu saisissable, c’est signaler le mouvement des faits et des découvertes qui s’y rattachent. Cette étude comporte une instruction réelle, car les problèmes ayant de tout temps suscité des controverses, l’analyse des opinions constitue en partie la science même. Par la somme des arguments réciproques, on peut mieux apprécier, d’ailleurs, la valeur des solutions, éviter les erreurs et aussi les illusions trop communes qui portent à donner comme originales des idées anciennes et des théories oubliées.

On ne saurait guère remonter, dans le sujet qui nous occupe, au delà d’Hippocrate. Tout est vague dans cet obscur et lointain berceau de l’aliénation. Aussi les écrits auxquels, en général, nous nous a^Têterons et qui nous serviront de point de départ, sont-ils ..eux connus et groupés sous le nom du médecin de Cos.

(1) Des maladies mentales, t. I, p. 43.

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Il nous eût été facile, sans nul doute, d’emprunter des exemples de folie aux époques fabuleuses de la Grèce. La Bible nous en aurait fourni d’assez nombreux. Mais personne ne contestant et ne pouvant contester que la folie comme la raison dont elle est une déviation morbide, ne soit aussi vieille que l’homme, ces exemples, pris à la Fable ou à l’Écriture, n’ont dès lors qu’un intérêt symbolique, et il nous a paru plus scientifique de circonscrire nos recherches sans déployer le stérile étalage d’une facile érudition.

Hippocrate, ainsi que ce travail le démontrera, a posé les bases de la psychiatrie, et ses divisions (ou celles qui se rencontrent dans ses œuvres), adoptées par ses successeurs, forment encore le fond des classifications actuelles.

Mais si les divisions du divin vieillard ont survécu ou sont restées à peu près les mêmes, à côté de ses descriptions imparfaites, les théories mentales ont été l’objet de fréquentes variations, en raison des changements éprouvés d’un siècle à l’autre, par les doctrines philosophiques. Nous aurons, par conséquent, à examiner quoique brièvement ces doctrines et l’ascendant qu’elles ont exercé sur les opinions médicales contemporaines.

Si l’on a pu, à bon droit, contester à Hippocrate le nom de père de la médecine, l’Égypte, l’Asie, la Grande-Grèce, ayant possédé, avant l’époque où il parut, des écoles célèbres, on ne saurait lui refuser équitablement celui de père de la médecine scientifique ; car, le premier, il sépara notre science des conceptions métaphysiques des philosophes, et l’éleva au-dessus de l’empirisme. C’est sans doute dans ce sens que Celse a écrit cette phrase, si souvent citée : « Ab studio sapientiæ hanc dis- > ciplinam separavit (1). » Mais, en isolant jusqu’à un certain

(1) Celse, liv. I. Préface.

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point la médecine, Hippocrate ne blâmait pas la philosophie ; il voulait seulement que chacune d’elles, sans briser entièrement une alliance nécessaire, eût son domaine comme elle avait sa mission.

Les idées religieuses, elles aussi, ont exercé une action considérable, au point de vue mental, sur les théories médicales du passé ; les possédés ne datent pas d’hier- Nous assignerons historiquenient sa part à cette influence.

Deux périodes se partageront notre rapide esquisse, Hippor crate, ou plutôt la collection à laquelle son nom est attaché, remplira la première. Non pas que d’autres auteurs n’aient écrit sur l’aliénation mentale dans les, quatre derniers siècles antérieurs à l’ère chrétienne; mais si rhistoire a recueilli, avec le témoignage de leur existence, la formule ébauchée de leurs opinions, leurs ouvrages, en somme, sont perdus, et, à leur égard, aucune évocation sévère n’est possible.

Celse ouvrira la seconde période que l’on ferait dater avec plus de justice d’Asclépiade de Bithynie, si les œuvres de ce médecin célèbre, et qui jouit à Rome d’une renommée exceptionnelle, n’avaient également disparu. Arétée de Çappadoce, Galien et Cælius Aurelianus la compléteront. Avec eux, finit à proprement parler, le travail actif des anciens, et commence l’ère inféconde des compilations.

Plus tard , nous reprendrons ces études, en essayant de dégager le mouvement de la science mentale des annales confuses du moyen âge.

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