‹ Études historiques sur L'ancienne LorraineChapitre 4 sur 30 · ROIS DE FRANCE · texte numérisé non relu

ROIS DE FRANCE

Henri IV f 1610

Louis XIII. 1643

ROIS D'ESPAGNE

Philippe III f 1621

Philippe IV 1665

ROI D'ANGLETERRE

Jacques I" f 1625

telligence et de la fermeté de caractère, Henri était loin d'avoir recueilli tout l'héritage paternel. Mais il en avait retenu la part qui importait le plus au peuple qu'il allait gouverner. L'impulsion était donnée, il ne s'agissait que de la suivre, tâche facile au respect filial animé des plus droites intentions. Terminer les fortifications qui n'avaient pas encore reçu leur dernier complément, achever la riche ornementation du palais ducal, se rendre comme son père accessible à ses sujets et miséricordieux à toutes les infortunes, jeter à Lunéville les fondements d'un palais et d'une chapelle castrale, poursuivre les constructions de la nouvelle Nancy, y élever à la gloire paternelle une statue colossale, dont il n'y eut d'exécuté que le dessin et le modèle, telles furent, au dedans, les occupations du fils de Charles III. Les sommes considérables absorbées par ces x travaux, et celles que sa bonté naturelle le portait à répandre avec une largesse parfois inconsidérée, ne tardèrent pas à compromettre l'ordre que l'administration précédente avait établi dans les dépenses publiques. Les états se plaignirent de trop de profusion, et n'en votèrent pas moins les aides qui leur furent demandées. Comment répondre won à celui qui n'avait jamais pu, disait-il, apprendre ce mot de sa nourrice? Mais, en se montrant faciles sur le vote, ils défendirent avec énergie les anciennes formes protectrices de leurs droits. Une contestation s'éleva sur les lettres de non préjudice (1), que les ducs, d'après un usage immémorial, accordaient en recevant un subside extraordinaire. Henri, par deux fois, refusa de les signer ou voulut en changer la teneur, et deux fois aussi les états lui en-

Ci) Voir sur les lettres de non préjudice ce qui a été dit, livre III, pages 299 et 300.

voyèrent une députation pour vaincre sa résistance. Il finit par céder, de même qu'avait fait son père dans une occasion non moins importante. Cet exemple prouve qu'au commencement du XVIIe siècle, lorsque l'absolutisme s'éta* blissait partout, les vieilles et libres institutions lorraines n'avaient encore rien perdu de leur vigueur, ni l'esprit public de sa vigilance.

au dehors. Bans ses rapports avec l'étranger, comme dans la conduite intérieure de son Etat, le duc Henri s'efforça de suivre les traditions paternelles. La réputation de droiture qu'il s'était acquise lui mérita l'honneur d'être pris pour arbitre dans un différend entre l'archiduc Léopold et la ville de Strasbourg, puis par les Suisses, les anciens alliés de sa maison, pour régler certaines questions qui divisaient les Suisses catholiques et les Suisses prolestants. En Allemagne,, il fit faire ses reprises entre les mains de l'empereur Rodolphe ; et peu après de l'empereur Malhias, pour les fiers qu'il tenait de l'empire. Les relations avec la France n'avaient encore rien d'alarmant. Loin que Henri IV eût vu de mauvais œil le second mariage de son beau-frère, il l'avait invité, les noces à peine finies, à venir en France, avec la duchesse Marguerite, tenir sur les fonts de baptême la seconde de ses filles. Les dispositions du roi étaient si peu douteuses qu'il intima l'ordre à Sully de ne donner aucune suite aux mémoires que lui avaient adressés les officiers royaux de Vaucouleurs touchant certaines usurpations des ducs de Lorraine sur la Champagne et les Trois-Evéchés. Si l'on n'avait cherché qu'un prétexte, l'occasion était belle. Cependant les historiens lorrains n'en prêtent pas moins au vainqueur de la ligue l'idée fixe d'annexer la Lorraine à sa couronne ; ils attribuent à ce motif la proposition qu'il fit de marier le dauphin avec la petite princesse Nicole, fille unique du duc et âgée tout au plus de

dix-huit mois (i). C'est vraiment lui faire honneur d'une prévision alors bien hasardée (2) ; car, encore qu'il fût consommé politique, il ne prétendait pas au don de lire dansl'avenir. N'est-il pas plus naturel de croire que Henri IV, si précautionneux à l'endroit de ses alliances, voulait sur-* tout s'assurer de la Lorraine par un gage non douteux, pendant l'expédition qui devait le tenir éloigné de ses Etats? Sully le donne clairement à entendre, en mettant ce projet de mariage sur la même ligne que ceux également agités, et dans un but semblable, avec les couronnes d'Angleterre et de Savoie. La succession de Lorraine était une éventualité qu'on ne repoussait pas sans doute, mais non la cause déterminante.

H»r*ge Quoi qu'il en soit, François de Bassompierre, que son HT T ori&ine ,orralne rendait propre à un tel emploi, vint à

Xoie"6 Nancy, chargé de la négociation du mariage. Il a raconté lui-même dans son journal, peut-être avec plus de complaisance pour sa vanité que de parfaite exactitude, dans quelles étranges perplexités tomba le duc en apprenant les intentions du roi. Semblable demande venait précisément

(1) Il en est même qui, pour mieux accabler le perfide Bourbon, sous le poids de leur indignation patriotique, lui font demander pour le second de ses fils Ta main de la princesse Claude, qui naquit plus de deux ans après l'attentat de Ravaillac.

(2) Ne jugeons pas d'après l'événement, reportons-nous au temps et aux circonstances. Marié en i606, le duc de Lorraine avait eu, dans les deux premières années de son mariage, un fils qui ne vécut pas, une fille, cette même Nicole d'abord destinée au dauphin. Qui donc pouvait prévoir, en 1609, qu'à ces deux enfants se bornerait la fécondité de Marguerite de Gonzague, ou qu'il ne naîtrait plus d'elle que des filles ? A la vérité, la seconde hypothèse se réalisa : la duchesse devint mère deux fois encore, et chaque fois d'une fille. Mais bien habile qui aurait pu le prévoir, et mal avisé le roi qui aurait assis sa politique sur une base si peu certaine.

de lui être adressée par le roi d'Espagne en faveur de son fils, l'infant D. Philippe. Si la prudence défendait de mécontenter Philippe III, il était plus dangereux encore d'offenser le roi de France. Cette dernière considération l'emporta. On raconte qu'un conseiller lorrain fixa l'irrésolution de son maître en lui rapportant l'apologue oriental d'un médecin qui avait promis de faire parler un âne au bout de dix ans, comptant davantage sur le bénéfice du temps que sur l'aptitude de son élève. L'âge de la jeune princesse assurait un répit plus long encore. Henri II donna donc son consentement et demanda le secret ; il ne put être si bien gardé que le comte de Vaudémont n'en eût connaissance. C'était un homme ambitieux et emporté, en tout d'un caractère différent de celui de son frère. Au fond, il avait sujet de prendre l'alarme. A défaut d'hoirs mâles, la petite Nicole, en vertu du droit de succession des femmes, portait le duché dans une maison étrangère, frappant du même coup sa famille et sa patrie. La, descendance de Gérard d'Alsace, bien que florissante dans les fils du comte de Vaudémont, pouvait être évincée par là de son héritage ; on courait le risque de revenir au temps où un autre Vaudémont disputait aux princes angevins le droit de succession, avec cette différence que le compétiteur étant le roi de France, une lutte n'était pas possible. Evidemment la saine politique, si on avait été libre de la suivre, conseillait l'union par mariage des deux branches de la maison ducale, afin de se mettre à l'abri de toute éventualité. Ce fut aussi le langage que fit entendre à son frère le comte de Vaudémont. Mais au lieu de l'envelopper de formes amicales et déférentes, il y apporta tout l'emportement de la passion, sans tenir compte delà contrainte morale à laquelle le duc n'avait pu se soustraire, ni des circonstances d'âge et de temps, qui en rendaient les suites moins à craindre.

Cette violente altercation n'eut d'autre résultat que de laisser dans l'àme bienveillante de Henri un souvenir amer qui ne s'est jamais effacé.

Le pian do a travers ces débats, l'horizon, au dehors, se chargeait J^^'J.jde nuages. On sait que la mort du dernier duc de Clèves i» Lorraine ?et de Juliers fut , dans l'empire, un brandon de discorde, attisé par le conflit des prétentions particulières des princes et des intérêts généraux de la politique. Tout autres eussent été les conséquences de cette mort, si le couteau de Aavaillac n'eût arrêté, par un coup bien funeste, les desseins que le chef des Bourbons s'apprêtait enfin à réaliser avec les ressources d'une armée nombreuse et d'un trésor opulent. En quoi et de quelle manière la Lorraine devaitelle être affectée par un remaniement général de l'Europe ? Le duc Henri cntra-t-il dans le secret que son royal allié emporta dans la tombe, ainsi que l'avancent quelques auteurs, sans en donner de preuves ? Cela n'est guère probable. Henri IV se ménageait des alliés et n'avait garde de prendre des confidents. Sa correspondance avec les princes de l'empire, notamment avec Maurice le Savant, témoigne qu'il ne se dévoilait pas même à ceux dont il attendait une efficace coopération, tout en s'appliquant à les gagner par les séductions de son esprit. Ce qu'il y a de certain, au milieu des ténèbres dont ce problème historique restera toujours couvert, c'est qu'aucune idée d'annexion de la Lorraine par voie de conquête n'entrait dans les vues de l'ami de Sully. Nous en avons pour garant Sully lui-même, qui, dans son exposé du grand dessein, dit que la Lorraine devait rester ce qu'elle était, continuant à relever de l'empire, mais de l'empire enlevé à la maison d'Autriche, devenu simple primauté élective, et n'étant plus un épouvantait pour la France (1). On a traité de chimérique le

(1) Un agrandissement territorial était si loin de la pensée de

plan d'une vaste république chrétienne, composée d'Etats se tenant en équilibre tant par l'égalité respective de leurs forces que par la haute dictature morale confiée, comme au moyen-âge, au Souverain-Pontife. Mais, lors même que cette grande pensée n'eût pu recevoir son plein accomplissement, toujours est-il que les mesures les plus habiles étaient prises pour que les deux branches autrichiennes, dont les immenses possessions enlaçaient l'Europe, cessassent de lui être un danger permanent. La mort de Henri iV ajourna rabaissement des Habsbourg ; elle eut bien d'autres conséquences encore, petites et grandes. La projet de Marie de Médicis, dans un revirement subit contre narine mi lequel protestèrent les princes français, organes cette fois sompu* des sentiments nationaux, ne songea qu'à s'appuyer sur l'Espagne par une double alliance de famille ; elle abandonna le mariage lorrain, et le duc de Lorraine, dégagé d'une promesse qu'il n'avait souscrite qu'à regret, redevint maître de marier sa fille selon le besoin de sa politique ou le penchant de son cœur. C'eût été le moment d'adopter le projet de fiançailles que le comte de Yaudémont avait eu le tort de soutenir avec trop de hauteur ; mais, outre que l'injure n'était point pardonnée, Henri n'ignorait pas qu'il avait dans son frère un censeur de ses prodigalités et un adversaire des droits de sa fille. Le refroidissement des deux frères laissa dormir la question de mariage. D'ailleurs, rien ne pressait ; l'âge de la petite Nicole ouvrait bien des chances à l'avenir, et le duc conservait encore l'espoir qu'il lui naîtrait un fils.

Henri IV, qu'il abandonnait la Franche-Comté et l'Alsace à la république helvétique, et que les pays d'Artois, Hainaut, Namur, etc., qui, dans le futur partage, ne pouvaient convenir qu'à la France, devaient recevoir chacun un souverain à part, pris, il est vrai, parmi les princes français.

Le prinee VaudémoDt profita de ce temps pour conduire son fils ^aQr^*d&ela Charles à la cour du roi Louis XIII. La France ne lui étant France, plus un obstacle, il aspirait à s'en faire un appui. 11 suivait en cela les traditions de sa famille. N'était-ce pas à la cour de nos rois que, depuis le sage Antoine, tous les ducs de Lorraine, à l'exception de Henri, avaient fait leur apprentissage dans l'art de connaître les hommes et de les gouverner ? Envoyer le jeune Charles à la même école, c'était appeler sur lui l'attention et presque inaugurer d'augustes destinées. Le comte ne négligea rien pour que son fils, qui touchait à peine à l'adolescence, parût sur ce grand théâtre avec quelque éclat. Une suite nombreuse lui fut donnée, il eut sous ses ordres deux compagnies de gendarmes, dites Lorraine ei Vaudémont. Les Guise , déchus de génie et de puissance, ne pouvaient plus étendre sur leur jeune parent la splendeur dont ils avaient autrefois illuminé la jeunesse de Charles III. En revanche, l'absence des princes du sang, que des bouderies tenaient éloignés de la cour, y rendait l'accès plus facile à un prince étranger. Malgré son jeune âge, Charles, si célèbre depuis sous le nom de Charles IV, sut se comporter dans cette position délicate de manière à gagner rapidement la confiance du roi, qui n'avait que trois ans de plus que lui, et les bonnes grâces de la reinemère. La nature ne l'avait pas traité en marâtre : un esprit vif et pénétrant, des saillies heureuses, une mâle énergie, un courage précoce, une adresse singulière à tous les exercices du corps, l'élevaient au-dessus du vulgaire des princes. Les défauts qui devaient faire de lui plus tard un détestable souverain, n'apparaissaient pas encore ; ils étaient cachés sous les dons brillants qui promettaient un digne rejeton d'une race fertile en grands hommes. Dans son ardeur juvénile, il s'offrit à Marie de Médicis pour marcher, à la tête de ses deux compagnies, contre le prince de Condé,

qui faisait mine de recommencer la guerre civile. La reine n'accepta que la moitié de celte offre : les gendarmes lorrains, sous le commandement de Bassompierre, rejoignirent l'armée du maréchal de Bois-Dauphin ; et Charles, plus fété que jamais, suivit la cour à Bordeaux, où devaient s'achever les mariages espagnols. La bienveillance de la nouvelle reine ne lui manqua point non plus ; on a même avancé qu'il y eut de part et d'autre les indices d'un sentiment plus tendre, supposition gratuite qui n'a pu naître que dans l'oisiveté et le caquetage des cours. Enûn un soufflet donné publiquement au comte de Soissons (I) acheva de mettre en relief ce jeune homme aussi habile à se pousser auprès des reines et à captiver un roi morose, qu'intrépide à défendre son honneur, u C'est dommage, disait « Louis XIII, que Monsieur, Monsieur (ainsi nommait-il m le fils de Vaudémont), soit un si grand prince, j'aurais le w plaisir de faire sa fortune n.

Le baron Les succès du prince Charles à la cour de France engad'Ancervinog£rent son ^re ^ je fajre revenjr en Lorraine, où se pas-

cdoom saient d'étranges choses. Un rival qu'on n'eut jamais imavtudemont. giflé pouvoir le devenir, car c'était un bâtard, menaçait de déjouer les vues du comte de Vaudémont sur la princesse Nicole. Louis de Guise, fils du cardinal de ce nom tué à Blois, connu d'abord sous le titre modeste de baron d'Ancerville, et ensuite sous celui de prince de Phalsbourg, aspirait hautement à la main de la jeune princesse, appuyé par le duc Henri, dont il avait gagné toute la faveur. Au-

(1) Un jour que le roi s'a ppr étant à monter à cheval, Charles lui tenait déjà rétrier, le comte de Soissons repoussa rudement le jeune prince. Celui-ci riposta par un soufflet ; le comte mit l'épcc à la main, Charles également; mais le roi s'empressa d'arrêter les suites de cette incartade.

cun héritier masculin n'était venu reléguer dans l'ombre la fille ainée de Henri II. Ses droits d'hérédité, en sortant ainsi de l'incertitude, donnaient à son mariage une importance politique, dont l'exemple ne s'était encore présenté qu'une fois dans les annales lorraines. A la vérité, le duc Charles II, dans une situation analogue, avait repoussé l'alliance de l'héritier masculin collatéral, au risque d'une collision ; mais l'intérêt du pays le commandait impérieusement. Ici rien de semblable : au lieu de duché à réunir à la couronne, le baron d'Ancerville n'apportait en présent de noces que son pâle écusson barré : du reste, homme de bonne mine, de manières agréables, qui ne manquait ni d'esprit, ni de courage, toutefois un peu terne, à qui- l'on ne pouvait reprocher que la honte de sa naissance. Le duc, craignant de marier sa fille à un étranger, et moins enclin encore a se rendre aux exigences de son frère, avait saisi ce moyen terme qui souriait à la fois à sa faiblesse et à ses répugnances. Afin de mieux préparer la grandeur future de son favori, il ne se contenta point de le combler de richesses et de dignités; il le rendit le principal instrument de toutes les grâces, le canal par lequel il fallait passer pour les obtenir. Le contrat de mariage, croit-on, était prêt et signé. On s'était assuré que la France n'y mettrait aucun empêchement : Marie de Médicis n'avait garde de mécontenter le duc de Lorraine dans un moment où les princes français se liguaient contre elle. De son côté, Nicole semblait se prêter sans effort au désir de son père. Elle n'en fut pas détournée par l'arrivée du prince Charles ; le bruit qui déjà se faisait autour de ce nom, ne lui en imposa point. Elle reçut les soins peu empressés de son cousin d'aussi mauvaise grâce que lui-même en mit à les rendre, au mépris des recommandations paternelles.

Mais ni l'engouement affiché de Henri, ni ses précautions

m ÉTUDES SUR LA LORRAINE.

pour en assurer l'effet, ne suffirent à vaincre la défaveur de l'opinion publique. Moins aveuglé par la passion, le bon duc eût reculé devant le double outrage qu'une telle alliance préparait à sa famille et à son peuple. Vaudémontse chargea d'autant plus volontiers de l'en faire souvenir, qu'en cédant à sa propre impulsion , il se rendait en même temps l'interprète d'un sentiment général. Seulement, incapable de se modérer, il éclata dans les termes de la plus vive indignation. Une nouvelle scène eut lieu entre les deux frères, plus irritante que la première. Le comte ne s'en tint pas à des paroles de colère et de menaces. Bientôt, par son ordre, des pamphlets se répandirent, dans lesquels, soutenant la thèse de la masculinité lorraine, il se posait, lui et son fils, comme les seuls et légitimes héritiers du duché. La rupture fut complète. Nul n'en put douter en voyant le comte de Vaudémont se retirer près du duc Maximilien de Bavière, son beau-frère. Charles également s'éloigna d'une cour où nulle sympathie ne l'attirait ni ne le retenait ; il ne tarda pas à trouver dans les troubles auxquels l'Allemagne était en proie une occupation plus conforme à son humeur.

Troubla Les discordes religieuses heureusement assoupies pendant les règnes de Ferdinand 1er et de Maximilien II, s'é-

i empire. ta|enl réveillées, dans l'empire, ainsi que dans toutes les possessions autrichiennes, sous la folle administration de Rodolphe H, grand alchimiste, habile astronome, excellent écuyer, mais empereur déplorable. Les deux partis, rassemblant leurs forces, se préparèrent au combat par deux confédérations célèbres : l'union protestante de Hall, et la ligue catholique de Wùrtzbourg, la première ayant pour chef l'électeur palatin et pour général le prince Christian d'Anhalt, l'autre placée sous la direction et le commandement du duc Maximilien de Bavière. On arma de part et

d'autre, il y eut quelques hostilités, suivies d'un semblant de pacification qui ne pacifia personne. Au milieu de cette agitation, l'archiduc Mathias remplaça son frère sur le trône impérial. Il était sans enfants , de même que ses deux frères Albert et Maximilien. Qui succéderait à Mathias? De cette question à résoudre dépendait la grandeur de la maison d'Autriche, et il importait de la décider d'un commun accord, afin de ne pas ajouter des dissensions de famille à la gravité des événements. Philippe III, chef de la branche espagnole, fixa le choix de l'empereur sur l'archiduc Ferdinand, l'ainé de la branche de Styrie, prince d'uue capacité peu commune, mais élevé dans les maximes de l'Espagne. Ce choix significatif fut reçu par les états protestants de l'empire comme une menace et presque une atteinte à leurs libertés, tant était grande la défiance qu'éveillait le chef désigné des Habsbourg. Une sourde rumeur, présage d'une crise prochaine, circula depuis la Bohême jusque sur les rives du Rhin. Les ligues catholique et protestante, sans en venir encore aux mains, se suscitèrent Tune à l'autre mille difficultés. On sentait que la première étincelle atlumerait un incendie : l'étincelle jaillit en Bohême, et l'incendie dura trente ans. Les états ecclésiastiques de ce royaume avaient fait abattre sur leurs terres plusieurs temples luthériens, prétextant que la liberté de religion, accordée par Rodolphe et confirmée par Mathias, ne regardait que les terres du domaine royal. Il n'en fallut pas davantage pour soulever tout le parti protestant, sous l'excitation du comte de la Tour, esprit factieux, doué de talents supérieurs. Les mutins s'en prirent au conseil du roiv ils jetèrent deux conseillers d'Etat et le secrétaire du conseil par les fenêtres du château de Prague, à une hauteur de quatre-vingts pieds. C'est ce qu'on appelle la défenestration de Prague, et le singulier de l'affaire fut que

les coupables prétendirent, dans leur manifeste, justifier cet excès, conforme suivant eux à leurs lois et coutumes, et autorisé par les exemples de l'antiquité. Au plus fort de cette crise, mourut l'empereur Mathias (1619) , laissant à son cousin d'immenses embarras.

n Le moment semblait venu d'écraser la maison d'Autriche v ou du moins de lui enlever, peut-être sans retour, la couronne impériale. Le duc de Bavière, porté à l'empire par les électeurs, était riche, puissant, habile ; il jouissait de la confiance des catholiques et n'attendait qu'un signal de la France pour se mettre sur les rangs. Ferdinand était perdu, si la France disait un mot, et chose bien étrange ! non seulement elle ne dit pas ce mot, mais elle favorisa l'élection de l'Autrichien, loin de la traverser. Le cardinal de Richelieu ne dirigeait pas encore le conseil du faible Louis XIII, et Luyncs, son favori, vendu aux Espagnols, fut le premier à se déclarer pour leur candidat. Elevé sur le trône par ce secours inattendu, Ferdinand n'était encore qu'à la moitié de sa tâche. L'insurrection avait gagné la Hongrie, elle agitait la Haute Autriche; en Bohème, elle ne connaissait plus de frein. Les états, assemblés à Prague* déposèrent solennellement leur roi, comme n'étant pas monté sur le trône par des voies légitimes ; ils élurent en sa placé l'électeur palatin Frédéric Y, chef de l'union protestante, jeune homme sans expérience et de peu d'énergie. Il était gendre de Jacques 1er, roi d'Angleterre. Les vives instances de sa femme, plus que sa propre ambition, prévalurent sur les sages conseils de l'électrice sa mère, des princes protestants, du duc de Bavière, son parent, et même du roi Jacques. En acceptant le dangereux présent qui lui était offert, le nouveau roi avait compté sur le secours de l'union, sans s'apercevoir que l'union, minée par Ferdinand qui déployait une merveilleuse habileté, affaiblie par

les haines de sectaire a sectaire, était vaincue avant de combattre. La France lui porta le dernier coup ; ette intervint à Ulm auprès des chefs des deux ligues et leur fît promettre, aux catholiques de ne pas attaquer le Palatinat, aux protestants de ne prendre aucune part aux affaires de Bohême. C'était vouer l'électeur à une perte certaine et renier absolument la politique de Henri IV. On a écrit que Louis XIII laissa percer le désir d'humilier un prince dont la maison avait été le principal appui des calvinistes français. L'inexpérience du fils de Henri IV et l'impérilie de son favori Luynes, qui le gouvernait avec un empire absolu, suffisent à toute explication.

,e prince Pendant qu'infidèle à ses traditions séculaires, la France uarics cd désarmait ainsi l'union évangélique, le duc de Bavière, généralissime de la ligue, armait contre Frédéric et demandait du secours aux Etats catholiques. Beau-frère de Maximilien et animé du zèle religieux le plus fervent, le duc de Lorraine avait plus d'un motif pour répondre à cet appel. Cependant il ne remua point. La guerre, bien qu'il l'eût faite avec honneur dans sa jeunesse, répugnait à ses goûts paisibles, et n'allait pas à l'affaiblissement déjà sensible de sa santé. Mais le comte de Vaudémont, que les mêmes considérations ne retenaient pas, accepta, sans que son frère y mit obstacle, le titre de général de la ligue en deçà du Rhin. A la téte de huit mille hommes de pied et de quinze cents chevaux, il se tint quelque temps en observation dans son comté de Salm ; puis, son fils l'ayant rejoint, les deûx princes passèrent le Rhin à Brisach, et se réunirent au duc Maximilien, devenu le bras droit de Ferdinand, après en avoir été le rival. Charles de Vaudémont avait alors un peu plus de quinze ans. La fortune lui ouvrait la carrière qui souriait le plus à son ambition : apprendre le noble métier des armes sous un général habile

qui était son proche parent, et dans une guerre d'un si haut intérêt, que pouvait-il désirer de mieux ? Mais ce fut Fétoile malheureuse de la Lorraine, qui le conduisit sous les tentes impériales, car l'exaltation du triomphe et les premières fumées de la gloire à un âge où elles enivrent, lui inspirèrent ce goût immodéré des batailles, qui, dans «ne âme dépourvue de grandeur, est un penchant funeste, et dans un homme appelé à commander aux autres, un malheur public. La campagne de Bohème fut pour le neveu du duc Henri une épreuve brillante, qui ûxa ses inclinations encore incertaines. En cette première page de sa vie sérieuse, se lit déjà sa destinée future, et celle que devra subir le petit Etat soumis à sa domination.

MaximiUen, ayant reçu ses contingents et gardant auprès de lui son neveu, avec la cavalerie lorraine, entra d'abord dans la Haute Autriche, qu'il remit sous l'autorité de l'empereur. Pénétrant ensuite en Bohême avec les troupes impériales réunies à celles de la ligue, il vint asseoir son camp devant Prague. Le trouble y régnait. On eût dit que Frédéric ne pensait qu'à précipiter sa chute : son intolérance calviniste avait éloigné de lui les luthériens non moins que les catholiques. Manquant de cœur au moment décisif, il laissa ses lieutenants soutenir l'attaque de la montagne Blanche (près Prague), pendant qu'enfermé dans le château de cette ville, il s'oubliait dans d'ignobles plaisirs. L'inégalité des avantages entre les assaillants et les défenseurs ne permettait guère que la victoire fut longtemps disputée. Un carme espagnol, que nous retrouverons tout-à -l'heure en Lorraine, joua dans cette occasion un rôle singulier. II se nommait Dominique et se disait inspiré : on le voyait au premier rang des guerriers, portant pour armes une image de la sainte Vierge. Ses exhortations presque impérieuses déterminèrent les impériaux à attaquer les Bohèmes dans

leurs retranchements de la montagne Blanche. L'événement donna gain de cause au prophète. Dans cette journée, où se consomma la ruine de rélecteur et du parti protestant, le prince Charles, dont l'ardeur martiale avait mérité déjà les applaudissements de l'armée, se distingua particulièrement par les qualités qui présagent les hommes de guerre: le calme dans le danger et la présence d'esprit dans la chaleur de l'action. Maximilien, qui s'y connaissait, annonça que son neveu serait un jour un grand capitaine. Quant à Frédéric, fugitif et proscrit, il n'eut plus d'aide à attendre que de deux aventuriers célèbres, le bâtard de Mansfeld et Christian de Brunswick, lesquels continuèrent à soutenir sa cause, moins par fidélité, que pour se rendre importants en prolongeant les troubles. Mansfeld s'étant jeté sur l'Alsace, où il fut ensuite rejoint par Brunswick, le duc Henri prit des mesures , afin de préserver ses Etats de ce dangereux voisinage. Il ne put toutefois s'opposer au passage des troupes allemandes par la Lorraine, non plus qu'aux affreuses déprédations qu'elles y exercèrent. Après la défaite de leurs bandes à Fleurus, nombre de ces pillards, qui s'étaient sauvés dans le Luxembourg et jusqu'en Lorraine, périrent de la main des paysans qu'ils avaient rançonnés, ■tartre du Les lauriers cueillis en Bohême par Je prince Charles ne omte de je mirent pas sur un meilleur pied à la cour de Lorraine. nrg'Au contraire, son oncle en prit ombrage : il craignait que l'intervention assez probable de l'empereur et du duc Maximilien ne rendit un refus plus difficile à prononcer. Dans cette préoccupation, il fit partir pour les cours d'Allemagne le comte de Lutzelbourg, avec mission d'y préparer les esprits au mariage qui lui tenait tant à cœur. Le point délicat de cette négociation concernait, le duc de Bavière qu'on savait imbu d'idées bien différentes. En arrivant à Munich, l'envoyé lorrain y trouva le comte de Vaudé-

mont, c'est-à-dire celui même dont il venait déjouer les combinaisons. Charles voyageait alors en Italie; après la bataille de Prague, il s'était dirige sur Venise dans l'inlention de se rendre auprès de la grande-duchesse de Toscane, sa tante, et avait poussé jusqu'à Rome, où il vit l'exaltation du pape Grégoire XV. Quoique le comte de Lutzelbourg, en s'acquittant de son message, veillât à ne s'écarter en rien du respect qu'il devait au frère de son maître, Vaudémont s'irrita d'une démarche considérée par lui comme une bravade jointe à une injure personnelle. H voulut s'en venger, et la vengeance fut aussi lâche qu'odieuse. Riguct, capitaine de ses gardes, reçut l'ordre, qu'il exécuta ponctuellement, de suivre l'ambassadeur à son départ, et de le tuer partout où il le rencontrerait, hors du territoire de Bavière.

Recouc.iia- En apprenant fe meurtre qui s'était accompli presque uoD de» aux portes de sa capitale, Henri, malgré son extrême mander frères. S(J£jU(je^ emra jes transports de colère. Il jura qu'il ne verrait plus le comte ni son fils, il se répandit en menaces ; il voulait qu'à l'heure même Nicole épousât le bâtard de Guise ; ce dernier se mit à la recherche de l'assassin, des troupes marchèrent pour arrêter la comtesse de Vaudémont et sa fille dans le château où elles s'étaient réfugiées. Cette surexcitation des natures faibles, qu'une cause imprévue transporte hors d'elles-mêmes, a pour l'ordinaire d'autant moins de durée que la crise a été plus violente. Ainsi en arriva-l-il au bon duc Henri. Il s'apaisa, mais non pas entièrement. On eut besoin de mettre en jeu quantité de ressorts pour opérer une réconciliation enire les deux frères. Le duc Maximilien, la grande duchesse de Toscane, l'empereur, le pape, s'en mêlèrent, mais personne avec plus de succès que ce même religieux visionnaire que nous avons vu monter à l'assaut de la montagne

Blanche. Il avait gardé du jeune prince de Lorraine le souvenir le plus favorable ; de retour à Rome, il parlait de lui sans cesse avec des louanges outrées ; cl lorsqu'à la prière du comte de Vaudémont il vint à Nancy plaider la cause de son héros, il s'y présenta comme un émissaire et presque un légat du Saint-Siège. Le comte, aussi tenace à poursuivre son but que peu scrupuleux dans ses voies, savait par quels moyens on pouvait agir sur un esprit pieux et timide. Avec l'influence que lui prétait sa grande réputation de sainteté, le moine fit intervenir le Ciel dans ses pressantes sollicitations ; il évoqua l'arrêt vengeur prêt à châtier un refus opiniâtre. Ce manège eut l'effet désiré : le duc frémit aux menaces que Dieu même lui faisait entendre par une bouche prophétique. Aux terreurs religieuses vint se joindre la raison politique. Les états assemblés parlèrent des vœux de la nation. Vaincu par tant d'efforts réunis, Henri donna son consentement, mais il y mit une condition. En rompant les engagements pris avec le baron d'Ancerville, ne fallait-il pas le dédommager? Or, aux yeux de son protecteur, ce dédommagement devait cire la main de Henriette, fille ainée du comte de Vaudémont, princesse dont on vantail les grâces et la beauté. Au premier mot que le duc en dit à son frère, celui-ci bondit de surprise et d'indignation, u Jamais, s'écria-l-il, ma fille n'épousera « ce fils de prêtre. — Eh bien, s'il n'épouse pas votre fille, « il épousera la mienne. — Qu'il l'épouse donc, s'il l'ose n ! Ce fut là tout son consentement. Vaudémont restait jusqu'au bout tel qu'il s'était montré d'abord, allier, fougueux, intraitable, mais avec le sentiment énergique de sa propre dignité et de l'honneur de sa race. Ainsi se dénoua ce long drame domestique, ce duel entre deux pères, où l'un combattait pour le bonheur de sa fille, non sans y mêler ses faiblesses personnelles, et où l'autre, plus résolu, poursuivait à outrance l'élévation de son fils.

Mamge de Si la raison d'Etat triomphait, en revanche les inclinaaiariesetdejjons ^e ceux ^on^ ene enchaînait le sort, n'étaient guère

N,co,c' écoutées. Qaand Charles revint d'Italie, son père l'accueillit par ces paroles péremptoires : u Maintenant, il faut aimer et obéir n. Pareille injonction aurait pu s'adresser à Nicole, de qui les préférences n'étaient ignorées de personne. Pour compléter le singulier de la situation, ce baron d'Ancerville, regretté de l'héritière de Lorraine, n'inspirait à la princesse de Vaudémont qu'une parfaite déplaisance. Il n'en fallut pas moins obéir de part et d'autre. Restaient à régler les articles du contrat, question de nature à soulever de nouveaux débats, car les deux frères interprétaient la loi de succession au trône d'une manière diamétralement opposée. Mais le comte satisfait de sa victoire, et ne voulant pas en compromettre le fruit, accepta sans résistance apparente les conditions qu'il plut au duc de dicter ; il se contenta de protester en secret, lui et son fils, pardevant l'évèque de Toul, contre toute dérogation qui serait faite au droit de masculinité. U fut donc stipulé que Nicole et Charles régneraient conjointement, qu'ils figureraient ensemble dans les actes publics et sur les monnaies ; que Claude, sœur de Nicole, dans le cas où celle-ci n'aurait pas d'enfants après dix ans de mariage, épouserait Nicolas- François, second Gis du comte de Vaudémont, mais que ladite Claude deviendrait la seconde femme de Charles, dans l'hypothèse du décès de Nicole avant l'expiration des dix années. On voit, sans qu'il soit nécessaire de s'y arrêter, que deux pensées également importantes présidaient à ces stipulations, l'une de conserver intacts les droits d'hérédité des princesses Nicole et Claude, conformément au droit public national, l'autre de multiplier les précautions afin que, dans aucune éventualité, la couronne ne fût portée dans une maison étrangère par les filles de Henri II. Toutes choses étant convenues, on se hâta de procéder à

la célébration du mariage, sans même attendre l'arrivée des dispenses. Le P. Dominique prétendit qu'il en était porteur, et passant outre, bénit les conjoints dans une des chambres du palais, le 22 mai 1621. Une seconde bénédiction nuptiale leur fut donnée, le lendemain, en la collégiale de Saint-Georges, et une troisième, avec plus de solennité, par Févéque de Toul, muni des dispenses pontificales. Charles prit le titre de duc de Bar, et le bâtard de Guise s'appela prince de Phalsbourg et de Lixheim, l'empereur , ayant consenti, sur la demande du duc de Lorraine, à ériger la terre de Lixheim en principauté. D'immenses largesses en argent, bijoux, meubles précieux, consolèrent le favori de la haute fortune qui lui échappait.

L'opinion publique, longtemps inquiète, manifesta son retour à la sécurité par des réjouissances qui se communiquèrent de la capitale à toutes les villes du duché. Ces joyeuses démonstrations n'eurent qu'un faible écho dans l'âme attristée du duc Henri. H savait trop bien à quoi s'en tenir sur son frère et son neveu pour ne pas redouter ce qui se passerait après lui. Son anxiété paternelle lui Ût prendre les précautions qu'il jugeait les plus propres à garantir les droits de sa fille. Il lui recommandait dans son testament de se souvenir toujours qu'e//e était la première, ayant hérité de tous les duchés. Il exigea des hauts fonctionnaires, des chefs de l'armée, des gouverneurs de place, le serment de n'obéir un jour au duc Charles qu'en tant que mari de la véritable souveraine. Les dernières années de Henri se consumèrent dans ces pénibles appréhensions qu'adoucissaient un peu les actes de plus en plus multipliés d'une dévotion sincère. Ce cœur, d'une bonté suprême, dont le premier besoin était de répandre le bonheur autour de lui, n'était pas heureux ; il acceptait avec une pieuse résignation les chagrins domestiques, contre lesquels il

avait vainement lutté, et qui, après avoir tourmenté sa vie, s'étaient finalement assis à son foyer pour ne plus le quitter. C'est de même avec une impression de tristesse

que l'historien arrive à cette partie de sa tâche. La Lorraine a vu luire avec Charles III ses jours les plus brillants, elle n'en connaîtra pas de plus doux et paisibles que ceux de Henri. Abusée par une longue succession de souverains dont elle n'a eu qu'à bénir la mémoire, elle rêve une continuité impossible ; elle se fie en ce jeune homme, qu'un précoce rayon de gloire semble annoncer comme un digne successeur des Antoine et des Charles. Et cependant c'est lui qui va la perdre ; avec lui, va çommencer une longue période de souffrances et d'humiliations. Cette épreuve, sans déraciner l'attachement de la Lorraine pour ses princes, scellé par tant de générations, lui fera regretter davantage le dernier de ceux qui l'avaient rendue prospère et florissante.

Non de Assailli par des infirmités prématurées, dont l'effet s'aug- Henriii. mentait par le chagrin, Henri mourut le 31 juillet 4624, dans la soixante-deuxième année de son âge. Un seul mot le caractérise et suffit à son éloge : il fut bon. La bonté lui tint lieu et en quelque sorte le dispensa des autres vertus du souverain. Elle était chez lui portée si haut que ses sujets ne lui désirèrent rien au-delà, si ce n'est peut-être un peu plus de tempérance dans le plaisir de donner. Il convenait lui-même de sa trop grande facilité : u Mais, rén pondait-il, c'est le péché originel de ma maison «. Sachant que son frère ne se contraignait guère pour le blâmer, il disait : u D'autres viendront après, qui ne me ressemble- » ront pas, et alors on verra ceux qui auront le mieux u gouverné u. Sa politique, moins éclairée que celle de son père, marcha dans le même sens. Comme Charles III, il saisit les occasions d'assurer ses frontières et d'étendre son

territoire. Il acquit de la duchesse de Vendôme, héritière du duc de Mercœur, le marquisat de Nomeny, le ban de Delmc et des droits de régale sur différents bailliages. H régla, par des transactions avec l'électeur de Trêves et le comte de Nassau -Sa rbrûck, diverses prétentions de souveraineté, qui étaient depuis longtemps un sujet de contestation. Tout en gardant les ménagements convenables avec l'empereur et les princes germaniques, il maintint soigneusement ses bons rapports avec la France, attiré vers elle par ses souvenirs et ses affections de jeunesse, non moins que par les intérêts de sa politique. Il possédait un hôtel à Paris, tenu sur un piefd convenable, et Tannée se passait rarement sans qu'il y fit acte de présence. Lorsque, après la mort de Henri IV, la France, mise au pillage, fut de nouveau troublée par les factions, Henri prit une mesure qui n'est pas, si Ton veut, à l'honneur de la moralité du temps, mais dont il se trouva bien : ce fut de s'assurer par de fortes pensions le bon vouloir et au besoin l'appui des favoris du jour. Le mauvais gouvernement de Marie de Médicis était pour la Lorraine un gage de sécurité ; mais ce gage éphémère allait lui échapper. L'entrée de Richelieu au conseil de Louis XIII et l'avènement de Charles IV ouvrent une situation nouvelle.

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