‹ Études historiques sur le droit de JustinienChapitre 113 sur 242 · Ci-dessus, n. 1 et Infrà, Chap. VI, Sect. II · texte numérisé non relu

Ci-dessus, n. 1 et Infrà, Chap. VI, Sect. II

3. Voy. notre article : La Carrière de Leontius, professeur de droit à Beyrouth, préfet du prétoire sous Anastase, dans les Comptes-rendus de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1921, p. 77-84.

4. Le passage du texte relatif à Leontius et à Eudoxius est clair. Mais il existe dans la Const. Asowzev et dans une addition à la Const. Tanta (F2S) un second passage qui éveille la suspicion. Il est discuté plus loin, p. 142 et suiv.

xal ANATOAIOr TE 'zu [is';>j.Z7:piZi7-x-zj y.xy{^-pzj, cq or, xat aj-bç r.ap'x Br,p'J-'.ziç ix iz, vi[j.(.)v r.xiOzùv. [y.aJAôi;, àvï;p àx -ptyiviaç <Jî1avt;; '[r,]; -xpà <ï>:'!vt^iv -:ô)v vo[Au>v oi5aa[y,aA{aç y.aTaojaîvwv (àva^épît ysOv [sjtç AtOVTiiv T= y.ai EÙO0Ç12V, i'vopaç [i]~t vôjxitç [j-STà naTp''y.isv tcv t'^ç £'jy.A£Cu^ !j.vr,y.r,ç, y.ja'.7T(.')pt;v y,ai 3:vT'.y.r,vjopa [/.ai AîivTiiv -bv -avî'jçTji^.cv i-b j-xpyu)'/ J-âTWv y.ai -atpîy.tov Tbv ajTSîi Traioa] * [oixaijco; 7sOaj;j.a!j[;.£v[o'jç]).

La traduction de Momniseii serrée de plus près donne :

« et ANATOLIO viro illustri magistro, qui et ipse apud Berytios loges [Mommsen : iuris prudentiam : optime profitetur, \dr ex venerabili iuris doctorum apud Phoenices tertia generatione descendens (nam refertur ad Leontium et Eudoxium qui viri in legiJjus [Mommsen : iuris prudential post Patricium inclutae recordationis [Mommsen : clarae memoriael quaestorium et antecessorem [et Leontium virura gloriosissimum ex praefecto praetorii etj ex consule patricium filium eiusj' celebrantur) ».

Dans la Constitution Tanta, § 9, le même passage est, selon la version pure (F) de la Florentine, réduit aux termes suivants :

sed et Anatolu M viruni illustrem magistrum, qui et ipse apud Berytienses iuris interpres constitutus ad hoc opus allectus est, vir ab antiqua stirpe procedens, cum et pater eius Leontius et avus Eudoxius optimam sui memoriam in legibus reliquerunt.

Le correcteur de la Florentine (F-), suivi par la Vuli:ate (S), a interpolé entre Eudoxius et optimam la phrase :

(Eudoxius) qui post Patricium inclutae recordatio-

1. Le sens des crochets droits [ ] mis par nous ici s'apercevra bientôt.

2. Le sens des crochets droits [ ] mis aux deux bouts de cette phrase est donné plus ba.-.

LES PROFESSEURS DU V' SIÈCLE. 14d

nis quaestorium et antecessorem [et Leontium virum gloriosissiinum praefectorium (-orem F-S) et coiisularem atque patt'icium filium eius] (optimam — reliquerunt).

Il n'est pas douteux que la leçon de F ne soit la bonne. Le texte grec et, d'après lui, le texte de F^S sont inadmissibles en ce qui concerne les détails sur Leontius. Prises à la lettre, ces versions arrivent k cette absurdité : Leontius était le fils de Patricius. Le texte grec, parlant de la descendance d'Anatole et de la triple génération des professeurs de Beyrouth dont il est le dernier membre, a cependant présenté Anatole comme descendant de Leontius et d'Eudoxius ; la version pure de la constitution Tanta précise en le donnant comme le fils de Leontius et le petit-fds d'Eudoxius. Donc, Leontius est bien le fils d'Eudoxius, non de Patricius.

L'absurdité même du passage montre qu'il faut voir une glose dans les phrases insérées en grec et en latin respectivement dans la troisième Préface : /.a- Asivxicv Tsv ':ïavîjç-/;[7.;v y.r.'z 'jr.ipyurf 'J-i-o)v -/.al TuaTpiy.isv xbv abizj -a?oa; « et Leontium virum gloriosissimum praefectovitim et consularem atque patricium filium eius ». C'est pourquoi elles ont été limitées par des crochets droits [ ] dans notre transcription. Les derniers mots de la glose -bv aÙTO'j za'.ca, « filium eius », permettent de découvrir l'attache exacte de cette glose : elle se soudait au nom d'Eudoxius, dont Leontius était le fils.

De la version grecque ainsi débarrassée d'un membre de phrase parasite, il reste un texte qui se tient : (àvaçépei Y-uv [e]lq AscvT'.sv -i -m'. Eùcsçiov, à'vopaç [àjz't vi[ji.ciç [xeià lJaxpr/.iov Tcv --^ç E'j/,A£OJi; [AVi^fX"/;;, /.uaKTToiptov y.ac àvTtyvrjVo-opa \icÀ la glose] [div.7.(](j)q Tc6au[xa{jpiv[ouç] et que nous traduisons : « (nam refertur ad Leontium et Eudoxium, qui viri in legibus post Patricium inclutae recordationis quaestorium et antecessorem [ici la glose] celebrantur) ».

Mais la version grecque ainsi reconstiluée ne concorde pas encore absolument avec la version latine de F, puisque celle-ci ne prononce aucunement le nom de Patricius. Faut-il donc penser que la Const. Aî^wxev l'omettait également, ou, en d'autres termes, que les mots (xs-i OaTpfyaov xbv tï;ç eitv.hso-jç [j.vv^y.r^ç, y.j^i'.TTojp',:-/ y.x\ àvTiy.r^vtjopa (post Patricium inclutae recordationis quaestorium et antecessorem) sont, eux aussi, une interpolation?

Le caractère parasitaire que, dans la Const. Aécwy.sv, présente le passage sur Leontius n'entraîne nullement à voir dans la phrase sur Patricius une addition également. Celle-ci se présente, à la différence de l'autre, avec toutes les garanties d'authenticité. Grammaticalement, elle est à sa place. Logiquement, elle se conçoit comme appelée par le souvenir de cette ancienne et florissante Ecole de Beyrouth que le nom d'Anatole suggère. Enfin et surtout elle est indispensable pour donner un sens complet, et même un sens, au contexte auquel elle appartient. Sans elle, en effet (une fois supprimée la glose sur Leontius), le passage se réduirait à ceci : àyoc'iépei y-^v [cjlç Aécv-ruv y.al E'j$i;icv, àvopaç [k]TÀ vôfAOïç [ov/.(xi]u)ç ir£6a'j[;.a!7[^.£v[ouç] (nam refertur ad Leontium et Eudoxium, qui viri in legibus celebrantur). La phrase deviendrait insignifiante en ce qu'elle ne ferait que préciser la phrase principale sans marquer le temps où ces hommes ont brillé dans la culture du droit.

Par conséquent, la version pure de la Const. Aéîwy.sv était la leçon donnée par la Florentine, moins la glose sur Leontius; elle contenait bien la phrase sur Patricius.

La différence qui existe entre la version ainsi rétablie de la Const. Aéowxsv et la version correspondante de la Const. Tanta, toute surprenante qu'elle soit, s'explique. D'une manière générale, la Const. Tanta n'est pas une traduction de la Const. Aécw/.ev'; elle en est une interpré-

1. Al. Girard, à la p. 227, n. 1 de l'article cité plus bas, p. 145, n. 2, dit « traduction médiocre ».

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tation libre. La confrontation des deux versions du morceau du § 0 relatif à Anatole, en particulier, fait ressortir ce caractère. Entre les deux, cVst certainement le texte grec qui est l'original ou, si Ton veut plus de précision, qui est le texte représentant en première ligne la pensée du Conseil de l'Empereur*, puisque, bien plus complet en général, il donne au cours de son développement des détails précis qui manquent dans le texte latin-. Pour le § 9, c'est lui encore, à notre avis, qui fait foi.

On peut découvrir maintenant la provenance de l'addition de F'S. Elle dérive de la Const. Aésw/.sv interpolée :

F'-S Const. Ascor/.£v

<qui>> post Patricium ;j.£tà Ua-piv.io/

inclulae recordationis tbv t^ç cj-aasouç tj.vôy.oç,

quaestorium et antecessorem 7.jaisTtôp',cv -/.a': àvTiy.r^vŒopa

et Leontium /.a- Aîiv-ricv

virum gloriosissimum Tbv TTavsjoYjy.cv

praefector2//m et à-b ■j-ô:pyuy/

consularem atque b-i-uy/ -/.y':

patricium tiliiim eius Tratp'y.'.ov xbv aù-sj -aTia.

Le rédacteur ne s'est pas aperçu, d'abord, que l'interpolation sur Leontius n'était pas à la bonne place. Mais en plus il ne s'est pas aperçu que sa traduction ne cadrait en aucune manière avec la version originale de F. En effet, l'interpolation sur Leontius une fois enlevée, son texte devient : « qui post Patricium inclutae recordationis quaesto-

1. Je précise pour justifier la non inexactitude du terme d'original employé par Joers, v» Digesta, dans Pauly-Wissova, t. V, 1 , col. 488, terme qui déplaît à M. Girard, à la p. 227, n. 1 de ses Mélanges, cités plus bas, n. 2.

2. Cf. P.-F. Girard, La Date de VÉdit de Julien, dans .V. R. H., t. XXXI\, 1910, p. 5-40 — Mélanges de Droit romain, t. I, Paris, 1912. p. 21^-248. Le § 18 de la G- Aiôto/.sv contient l'indication précise qu'Hadrien se trouvait « dans la vieille Rome » pour promulguer l'Édit perpétuel; la G. Tanta ne note pas ce détail capital. — Dans le même sens, Fr. Ebrard, Bas zeitliche Rangverhaeltnis der Konstitutionen De confirmatione Digestorum « Tanta » und « Aï'ôw/.cv » dans Z. S. S'., t. XL, 1919, p. 113-135.

146 CHAPITRK QUATRIÈME.

rium et aiitecessoi'em » {sic). La phrase a pour sujets certains (( Leontius » et « Eudoxius » de F. Elle se relie bien dans la pensée de son auteur au verbe « reliquerunt » de F, son qui, le seul mot qu'il ajoute à son modèle, le prouve. Mais, si l'on réintégrait le passage entier dans F, on ol)tiendrait une reconstitution stupide, car, qui devenant le sujet de « reliquerunt », ce seraient les mots « cum et pater eius Leontius et avus Eudoxius » de la Const. Ta?ita qui demeureraient en suspens. Le passage de F^S tout entier est donc un passage démembré, inarticulé, dont la bizarrerie résulte de son caractère propre, jurant avec le caractère ordinaire de la Const. Tanta : le passage est la traduction littérale de la Const. Aécw/.cv dans la mesure où elle vise à la fois Patricius dans son texte premier et Leontius dans son interpolation.

Les renseignements à tirer du §9 de la troisième Préface du Digeste, dans l'une ou l'autre version, ont leur prix.

1' Les deux versions font connaître deux noms de professeurs: Eudoxius et Leontius ; elles nous apprennent, en donnant la généalogie d'Anatole. qu'Eudoxius était le père de Leontius, lequel, à son tour, était le père d'Anatole;

2° La version originale de la Const. Assov/.£v, imitée par F-S, mentionne un troisième nom de professeur, Patricius, et apporte cette précision inestimable, au point de vue chronologique, que Patricius avait brillé avant Eudoxius et Leontius;

3° La glose grecque sur Leontius, traduite par F*S, révèle enfin que Leontius porta les titres de vir gloriosissimus, d'ex praefecto praetorio, de consularis et de patricius. La seconde Préface du Code qui les énonce est la source de cette glose.

La critique du texte sera achevée après une remarque faite pour mémoire. On a écrit autrefois que Leontius était le fils de Patricius '. Cette croyance provenait

1. Encore en ce sens, chose extraordinaire, P. Krueger^, p. 361, n. 2 (trad, franc, p. 426, note 3). — Hase, p. 117, se trompant sur l'interpré-

uniquement de ce qu'on rapportait les mots xbv a^Tou T.aXèx [fdiuni eius) du second passage de la Const. Tanla (F"S) -Aéoor/.sv, § 9, au professeur nommé dans la phrase précédente, Patricius. La reconnaissance d'une glose dans le passage qui contient ces mots et la découverte qu'elle occupe dans le § 9 une mauvaise place, dissiperont l'erreur. L'édition de Mommsen consultée par les auteurs récents leur eût évité cette erreur, en particulier à M. Paul Krueger, le propre continuateur de Mommsen, et il faut renoncer à faire de Leontius le fils de Patricius tout autant qu'à imaginer l'existence de deux Leontius, l'un, fils d'Eudoxius et l'autre, fils de Patricius '. Un seul Leontius a été professeur à Beyrouth et il était le fils d'Eudoxius '. Le document dont nous allons maintenant invoquer l'autorité ôte à tout jamais le doute.

Il, — Un témoignage d'une valeur infinie a été apporté depuis peu sur l'enseignement de Leontius à Beyrouth et à la date précise de 487 ou 488 : il émane du texte hagiographique syriaque : la Vie de Sévère par Zacharie le Scholastique ^

Zacharie relate qu'il est arrivé à Beyrouth (dans l'automne de 487 ou 488), un an après Sévère. Débutant à l'École comme Dupondius et redoutant les brimades [ludi] des Edictales, il se félicite d'avoir rencontré en son condisciple et ami. Sévère, un protecteur, et il raconte ainsi son entrée à l'Ecole :

« Le premier jour que j'entrai au cours de Leontius, fils d'Eudoxius, qui enseignait alors les lois et était en grande réputation près de tous ceux qui s'occupaient du droit, je

talion du § 9, croyait à l'existence d'un Leontius, préfet et consulaire, et d'un Patricius, tous deux fils de Patricius, tous deux parents et ancêtres des célèbres professeurs Anatole, Leontius et Eudoxius, disait-il.

1. En ce sens, Hase, p. 117, et encore H. Peters, op. cit., p. 68-70.

2. En notre sens, P. de Francisci, Vita e studi a Berito (cité), p. il.

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