Dans une communication amicale dont nous le remercions
Sabinum d'Ulpiea a été déterminée approximativement à l'aide du calcul suivant. A la lin du fr. 2 se trouve la note y.a' [= 21) qui indique que le folio a appartenu au cahier 21 ; comme à cet endroit était expliqué le livre 36 ad Sab. et comme l'œuvre entière d'Ulpien comporte 51 livres, on peut conjecturer que le commentaire grec tenait en tout une trentaine de cahiers environ *.
D'autre part, la Const. Omnem fait allusion (§ 1) au programme des études de droit suivi jusqu'à ses réformes. Elle montre que l'on étudiait, avant Justinien, dans les Écoles, dont Beyrouth était la plus célèbre, les ouvrages suivants : les institutes de Gains, Ulpien ad Sabinum^ liv. 1-7 (ou 11), 17-25, 34-39, Ulpien a^^t^zc^wm, liv. 1-32. 8 livres des Responsa de Papinien et 23 livres des Respoma de Paul, en tout 87 ou 91 livres et 60.000 lignes-. Pareil nombre de livres qui, certes, ne retenait qu'une petite partie de la production classique, est encore imposant pour une période de décadence, telle que l'est le V siècle. Le total s'augmente d'ailleurs des livres des trois Godes, Grégorien, Hermogénien et Théodosien, dont le commentaire était regardé comme très important puisqu'il prenait à lui seul une cinquième année d'études. A ces livres du ius et des leges, les maîtres de Beyrouth appliquent le procédé offert par les débris fragmentaires que constituent les Scholia sinaitica. Qu'on étende donc par la pensée aux centaines de libri du programme les résultats que donne le procédé, qu'on restaure par la pensée la longueur des Indices et des -rrapaypasa' suivant parallèlement les 60.000 lignes des libri des classiques, plus les milliers de lignes des trois Codes, on s'imagine facilement quelle masse énorme de scolies représente le travail des jurisconsultes de Beyrouth; et, soit dit inci-
1. Alibrandi, op. cit., t. I, p. 448. — L'auteur parle du fr. 8 en suivant le numérotage de Dareste ; nous avons transposé le chiffre d'après le numérotage courant des recueils de textes.
2. Krueger, p. 397, n. 25 (trad. franc., p. 470, n. 1) ; Suprà, p. 230.
demment, on mesurera mieux et d'une façon plus précise, la prééminence qui appartient, dans la science du Bas- Empire, à rOrient sur l'Occident où n'existe trace d'aucun
V. — Encore faut-il ajouter que les Beyrouthins ne se sont pas bornés à employer le procédé que j'appellerai de la « scolie simple ». Si les plus anciens des « maîtres œcuméniques » ont pratiqué cette méthode, ceux qui sont venus après eux ont pu très bien, à la manière d'autres scoliastes, greffer sur leurs scolies, à eux les anciens, de nouvelles scolies, utiliser le procédé des « scolies complexes » pour ainsi parler, le procédé des « catènes » ou (' chaînes » de scolies chevauchant les unes sur les autres, dont Peters, s'inspirant des travaux modernes sur les scolies des sources théologiques, a lancé le premier l'idée dans le monde des romanistes.
Déjà, les Scholia sinaitica nous montrent une « chaîne » à deux séries d'anneaux : la série de l'Anonyme complétant la série de HaS. = Sabinus'. On peut imaginer que les <( chaînes » se sont grossies de multiples séries d'anneaux, à mesure que se développait la production juridique du type nouveau. On peut concevoir que, au lieu du « Prédigeste » de Peters, composé de fragments latins disparates comme le sera le Digeste de Justinien, Tactivité scientifique des plus illustres maîtres de Beyrouth prolongée pendant 70 ou 80 ans ait abouti à la confection de plusieurs ouvrages grecs constitués par des « chaînes » de scolies tirées de leurs œuvres. Ne serait-ce pas dans ces répertoires de « chaînes » que les commissaires du Digeste et du Gode auraient trouvé la source de quantité d'interpolations^? Ne serait-ce pas sur ces collections que
2. Sans vouloir aborder ici le problème encore si obscur des « chaînes » grecques sur les œuvres classiques et leur pénétration dans l'œuvre de Justi-
les professeurs de Beyrouth ou de Byzance au vi" siècle auraient composé leurs œuvres dont les fragments, conservés aux Scolies des Basiliques, gardent trace de l'enseignement des « maîtres œcuméniques »?
nien, je signalerai, seulement pour prendre date, qu'on en découvre les traces dans certains textes du Digeste. Le célèbre fr. 5, Dig. 19, 5, interpolé presque en entier, n'est autre chose qu'une « chaîne » sur les Quaestiones de Paul, comme je l'ai démontré à mes Conférences d'Agrégation (1922) et c'est l'exemple le plus facilement discernable et le plus typique qu'on en puisse donner, mais non le seul.
SECTION III
Quelques mots suffiront pour indiquer les travaux des trois professeurs qui ont certainement enseigné à Beyrouth au vi* siècle : Dorothée, Anatole, Julien, et pour rappeler ceux des professeurs supposés.
I. — Dorothée ^ — Dorothée a participé à la rédaction du Digeste, des Institutes et du second Code ^ Il a composé, après 542 ^ un Index sur le Digeste avec 7i:apaY paçaî que Mathieu Rlastarès qualifie de « entre les deux* », c'est-à-dire un traité qui n'est ni étendu comme celui de Stéphane, ni bref comme celui de Cyrille (le jeune).
II. — Anatole ^ — Anatole fut l'un des commissaires du Digeste ^ L'auteur d'un Index du Code, le plus concis de tous, selon Mathieu Blastarès \ est plus probablement le même professeur qu'un homonyme plus jeune*.
1. Heimbach, Proleg. Basil., Bas., t. VI, p. 12; P. Krueger, op. cit., p. 408 (trad. franc., p. 483); Laborde, op. cit., p. 114-117.
3. Krueger, p. 408 (trad. franc., p. 483) ; Dorothée connaît la Nov. 115 (an. 542) ; cf. Scol. 'Eàv piaivo;j.ïpw, Bas. III, 773.
4. Math. Blastarès, Suvrayi^* "^wv xavdvwv, npoôetup^a (Migne, P. G., t. GXLIV, col. 996) : AtopoOeoî jji£ar) lâ^zi èypr^coTO.
5. Heimbach, t. VI, p. 13; Krueger, op. cit., p. 413 (trad. franc., p. 489); Laborde, op. cit., p. 118-120.