M INTRODUCTION
porations des métiere ; par leur origine elles si! lient à l'institution des procureurs; par leur juridiction elles se rattachent à la création, ou, plutôt, à la permanence du Parlement de Paris.
Les poésicB et les satires des clercs de la Bazoche nous font remonter aux quatorzième et quinzième siècles, aux époques de transformation de la langue française , à ses nouveaux interprètes : Martial d'Auvergne, Villon , Clément Marot, alors que la poésie commençait à se dégager des langes dans lesquels la tenaient resserrée les chants monotones des troubadours et des trouvères , les subtilités galantes des cours d'amour et la prolixité diffuse des romans de chevalerie.
Le théâtre de la Bazoche , rival heureux de celui des Confrères de la Paasion , est le berceau grossier dans lequel la comédie , dont l'enfance devait durer encore plusieurs siècles , commence à pousser son premier vagissement.
Enfin, les montres et les cérémonies publiques auxquelles. CCS communautés so livraient, trarti-
lions des époques les plus obscures et les plus reculées du moyen âge , souvenirs éloignés, mais évidents , de la fête des Fous , dont elles sont la dernière expression, conservent^ jusqu'au dixhuitième siècle, le caractère à ta fois sérieux et grotesque de cette joyeuse et payenne coutume.
Jusqu'à Philippe-le-Bel le Parlement de Paris était ambulatoire : à certaines époques il parcourait les provinces soumises à sa juridiction, et décidait en dernier ressort de tous les actes d'appel, ('■e fut en 1 30*2 que ce prince le rendit sédentaire. Alors, s'il faut en croire les historiens, le nombre des procès s'était accru dans des proportions imprévues ; les procureurs ne pouvant suflire à l'instruction des causes , demandèrent qu'il leur fût permis de s'adjoindre de jeunes apprentis , étudiant le droit, des clercs, clerici, dénomination qui s'appliquait alors à tous les étudiants fréquentant les écoles laïques ou religieuses.
Cette augmentation d'affaires litigieuses provenait de plusieurs causes. C'était, d'abord, la con-
séquence inévitable de la permanence du l'ai'lcment à Paris. Cette permanence y avait amené, concentré , accumulé tous les procès qui se jugeaient auparavant en province , à l'époque des tournées périodiques. C'était , ensuite , l'importance qu'acquérait, de jour en Jour, cette Cour souveraine depuis les établissements de Sl-Louis et la pragmatique sanction , qui portèrent de si rudes coups à la justice féodale et à la juridiction ecclésiastique. C'était , d'autre part, le fractionnement de la propriété, qui allait toujours croissant depuis l'affranchissement des communes : de ce fractionnement naissaient le conflit et le choc des intérêts privés. C'était, enûn, la suppression des ordalies, des combats judiciaires, des épreuves du feu, du fer chaud, de l'eau bouillante, etc. Toutes ces causes réunies apportèrent un surcroît d'occupations au\ procureurs ou praticiens qui instruisaient les procédures , et justifièrent l'opportunité de la demande qu'ils avaient adressée au Parlement.
l-'Univen»ité do Paris avait déjà pris , do son
INTHOIUCTIUN.
iTJIé, avant le treizième siècle, une telle im|>ortanee, (|u'elle était le centre intellectuel de la France. Les étudiants y allluaient de toutes parte , même des pays étraa^rs : de l'Angleterre, de l'Allemagne, de l'Italie. Elle possédait quatre chaires célèbres : (le théologie , de jurisprudence civile et canoni- (jue, de médecine et des arts. Le manuscrit des Pandectes, trouvé par un soldat dans le pillage de la ville d'Amalphi , vers le milieu du douzième siècle, s'était répandu à un nombre inûni d'exemplaires dans toutes les écoles de l'Europe. Peu (le temps après, le droit romain faisait partie intégrante de l'enseignement de l'Université; toutes les classes de la société : bourgeois, prêtres et nobles , se livrèrent à cette étude avec une sorte d'avide curiosité. On eût dit que le genre humain venait de retrouver le plus précieux de ses titres. On conçoit donc que Paris, avec de semblables éléments d'instruction , attirât vers lui toutes tes forces vives et toutes les intelligences du pays. \ussi la conimunaut(> des clercs prit-elle nn ac-
.\ INTRDDIil'TlON,
cfoissemenlsi rapide, que lu nombre de ses ineinhres s'élevait encore, dans le seizième siècle, au chiFTre de dix mille sociétaires , chitTre énorme , eu égard à la population que renTermait alors la capitale de la France.
11 est facile d'apprécier les motifs qui portèrent les clercs à se grouper et à se former en société ; ils ne faisaient qu'obéir prudemment à l'usage et aux nécessités de l'époque. I.'homme , l'individu, comme être isolé, était incapable de se proléger contre les empiétements de toutes espèces , contre les vexations sans nombre auxquelles il était en butte de la part d'une inflnité de petits pouvoirs , jaloux les uns des autres , et qui croyaient faire acte de puissance en se faisant sentir d'une manière des|)otique. Pour l'artisan ou le bourgeois la loi était inefficace quand elle n'était pas arbitraire : il ne trouvait protection et sûreté qu'au milieu de ces grands êtres collectifs qui prirent le nom de corporations, lueurs privilèges étaient comme un remparl, un palladium, derrière lequel
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chaque sociétaire abritait ses biens et sa famille; associations utiles au point de vue de la sûreté individuelle et des intérêts privés, mais nuisibles au point de vue général, en ce qu'elles organisaient le monopole, supprimaient la concurrenee , et, par cela même, étaient exclusives de tout progrès. Ce vice, inhérent à l'associalion des métiers, n'àiTectait pas d'une manière égale la communauté des clercs , qui était une institution purement libérale; cependant elle portait en elle-même le germe d'un monopole, et nous verrons que les luttes nombreuses qu'elle soutint contre les procureurs avaient principalement pour but le règlement des conditions du stage , la délivrance des certificats d'aptitude et l'obligation , de la part des titulaires d'office , de choisir des successeurs dans le sein de leur communauté. Ces luttes se prolongèrent pendant cinq siècles , autant que durèrent les associations de clercs ; et si ces dernières résistèrent toujours avec avantage , il faut l'attribuer à la vigueur de leur organisation.
Ml INTHulll<Tl"N,
La princijKile sociéUt des clercs de Paris était (•elle des clercs de procureurs au Parlement, désignée sous le nom de Royaume de la Bazuclie. Mais elle n'était pas la seule ; il en existait d'autres : <'elle des procureurs à la (iuur des comptes, connue sous le nom d'Empire de Galilée ; celle des clercs du Chàtelet , qui était la plus ancienne ; celles de Lyon , de Toulouse , d'Orléans et des principales villes (le France. Toutes ces associations seront, tour à tour, l'objet de notre attention spéciale.
L'étude que nous allons entreprendre se divise en trois parties bien distinctes , non moins importantes les unes que les autres. La première sera consacrée à l'organisation judiciaire . à la juridiction exceptionnelle que les rois de France et le Parlement concédèrent à ces sociétés. Nous lerons connaître, en même temps, leurs coutumes et leurs cérémonies , depuis Philippe-le-Bel jusqu'à la révolution de 178!).
Dans la seconde nous nous clTorcerons de déterminer d'une manicrr précise rintervention de
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ces communautés dans le mouvement dramatique du moyen à^.
Enfin , nous clicrcliet^ns quels furent les écrivains et les poètes qui sortirent de leur sein. L'examen rapide de leurs écrits jusqu'à la fin du seizième siècle nous mettra à même d'apprécier l'influence qu'elles exercèrent sur les lettres. Cet examen formera la troisième jKirtie de notre travail.
11 est hors de doute que l'organisation du Parlement et la permanence de cette cour à Paris firent nutre l'association des clercs de la Bazoche, sorte d'école pratique à laquelle se formaient les jeunes gens qui se destinaient au barreau et à la magistrature. Les statuts de 1586, les autorités que rapportent l'historien Miraulmont , (iastier , Duluc , le Becueil de Jurisprudence de Guyot et le Dictionnaire de Brillon^ ne laissent aucun doute à cet égard. Les nombreux arrêts du Parlement , que nous aurons occasion de citer, lèveront toutes les incertitudes , s'il pouvait en exister encore. Nous verrons que Pliilippe-ie-Bel,
\iV INTHOIUTTIIIS.
[HJuruiicuuragerKîs clercs, leur accurilu le privilôfTC consitléraltle de n'i^tpc ju8ticial)les que d'euxniêmos. Nuii» cherclitiroii» quelle était l'étenduide la juridictiun de leurs tribunaux, suit au civil, soit au criminel. Les décisions de la cour suprême, que nous invoquerons, établiront d'une manière irrécusable que cette juridiction était très-sérieuse. Nous verrons leurs puissantes sociétés gouvernées par un Koi ou par un Empereur entou-' rés d'une espèce de cour de justice se composant d'un CUancelier, de Maîtres des requêtes ordinaires et extraordinaires , de Procureurs généraux, Trésoriers, Avocats, Greffier, organisation scmblableà celle du Parlement. Nous trouverons ce lloi, frappant une monnaie à son efTigle, et, maître presque absolu de ses sujets pendant l'année que durait sa royauté, diriger les travaux judiciaires des clercs, ses suppôts, et être, en même («mps, l'ordonnateur de leurs jeux et de leurs cérémonies. On est surpris, toutefois , en se livrant à cette étude, de rencontrer, au quatorzième siècle, unt^
IMHODUCTION. XV
(lérogatiuii au principe d'unité de justice et d'adininistration, à une époque oij tous les efTorts concouraient à l'établir. Cette anomalie s'explique : les rois de France, depuis saint Louis, s'appuyaient sur le Parlement pour affaiblir l'autorité féodale et contrebalancer les juridictions ecclésiastiques. \a protection dont l'autorité royale entourait les sociétés de clercs , les prérogatives et les privilèges qui leur furent successivement accordés n'ont d'autre cause que la faveur dont jouissait le Parlement. On y reconnaît l'intention évidente de grouper autour de ce corps judiciaire une armée assez forte pour en imposer aux adversaires de la royauté et de la justice, et, en même temps, le dessein de fournir aux jeunes praticiens tous les éléments d'instruction nécessaires à de futurs magistrats. Philippe-k-Bel faisait l'essai d'une nouvelle organisation judiciaire; il voulait la renforcer en l'entourant d'une jeunesse laborieuse et instruite; et cette sorte de stage, de noviciat, auquel il assujétissait les clercs, était lu
conséquence n^-cessaii-e de ses vues politiques.
Nous assisterons donc aux audiences de la Bazoche , qui se tenaient deux t'ois par semaine , et qui étaient remplies par la discussion de questions purement personnelles et , le plus souvent encore, de contraventions aux réglementa, à l'observation desquels les dignitaires veillaient avec une rigueur excessive. La cour bazocliiale i-endait aussi des arrêts dans des causes lictives, sortes de conférences sur les lois et les coutumes, qui avaient pour but de familiariser les jeunes clercs avec les législations en vigueur, et de les préparer aux luttes du barreau en les accoutumant à la plaidoirie.
Mais l'autorité du Parlement ne nous guidera pas seulement dans cette partie de notre étude, elle nous fournira des documents précieux suites mœurs , les coutumes et les cérémonies des clercs de la Bazoche. Nous verrons cette cour souveraine encourager, payer, et , en quelque sorte, réalenienter les divertissements des clercs de la
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Bazoche, jusqu'à obliger ces jeunes gens à faire, une fois tous les ans, la montre f;énérale des sociétaires de la communauté. Celte montre, qui n'était autre chose qu'une procession ou revue, présentait, au moyen âge, le double caractère d'un spectacle public et d'une manifestation de force. Les rois de France honorèrent plusieurs fois de leur présence la montre générale des clercs du Parlement. Ce devait être, en effet , un curieux spectacle que ce cortège de huit à dix mille hommes promenant dans les rues de Paris, sous ses mille bannières, ses travestissements militaires et religieux. Il faudrait la plume d'un poëte pour représenter le Koi de la Bazoche à cheval , en costume de cour, entouré de ses officiers, pour dépeindre ces fantassinsdivisés par bandes, accoutrés des costumes les plus bizarres, les plus divers et les plus naïfs, commandés par des capitaines et des chefs de légion, défilant devaut le Roi au son des hautbois et des fifres , puis terminant la journée par des représentations au Pré aux Clercs ou dans la grande
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salle du Palais de Justice , sur la table de marbre.
Nous suivroDS aussi la Bazoche du Pariement dans une des forêts royales, soit à Bondy, soit à LÎTry, et là dous assisterons aux préparatifs de la plantation du mai. Nous y trouverons Messieure de la Chambre dos Eaux et Forêts présidant à cette solennité après avoir rendu un arrêt en forme autorisant l'enlèvement des arbres qui devaient orner la cour du Palais de Justice, cérémonie présentant, comme les montres, un mélange de gravité et de bouffonnerie, accompagnée de formalités nombreuses, donnant lieu à des discours interminables, fête payée par le Parlement, et qui durait huit jours.
Nous étudierons aussi les clercs de la Bazoche dans leur vie privée, dans leurs relations journalières avec les patrons; comme, aussi, nous dirons un mot de leurs rivalités et de leurs querelles avec les moines de l'abbaye de St-Germain, querelles qui prenaient des proportions que les mutineries d'écoliers n'ont jamais atteintes depuis ,