‹ Études historiques sur les clercs de la BazocheChapitre 14 sur 44 · DE LA D.IZ0CI1E · texte numérisé non relu

DE LA D.IZ0CI1E

liculicres, indi/feremment , sans respect ny exception dei pei-sonnes.

II faut infime admettre qu'ils jouaient déjà depuis longtemps, car c'est de 1443 que datent les premières défenses du Parlement. LesUcences que se permirent les clercs de la Bazoche ne s'introduisirent que peu à peu. On ne peut admettre que , dès leurs débuts , ils se soient exposés aux rigueurs de la justice. On verra par la suite qu'il y a lieu de croire que leurs représentations commencèrent vers le milieu du quatorzième siècle.

Voici, au surplus, ce qu'en dit l'abbé d'Âubignac dans son Traité de la pratique du théâtre ;

Or, en Fruce, Il comédie a commencé par qiieIi{Uca praliqurs lie piélc, étant jouées dans les temples , et ne représentant que des histoires saintes. Hais elle dcgcnér* bientôt en satires et bouffonneries , antant contraires à l'IioDcftetc des nueurs qu'à la pureté de la religion. Elle fut quelque temps ainsi raalLraitée par les bazochlcns , qui furent comme les preoùers comédiens en ce royaume , et enfin parmi les bateleurs publies , etc.

L'abbé d'Aubignac avait raison de tenir ce tangage. Dès le début, les clercs de la Bazoche, aussi bien que les Enlants Sans Souci , produisirent sur leur théâtre des pièces 0(1 une critique sensée , sans aigreur et sans fid , s'alliait à un esprit naif, comme l'était alors te langage de nos pères. Railleurs, mais sans cesser d'être moraux, ils ne choquaient ni l'honnêteté , ni la pudeur. Plus tard , soit que les mœurs de ces comédiens se fiissent relâchées, soit que l'époque de guerres civiles et de dissensions au milieu desquelles ils donnaient leurs représentations leur eût fait prendre une direction moins

t5(i LES CLEKCS

l'ùscnéc , ils jouÈrent dos pièces icllcmGnt immorales , que la lecture en esl insoulenable. Leur satire dégénéra en invectives violentes et en insultes si grossières , que plusieurs fois le Parlement fut obligé d'interposer son autorité : Quorum ingeniis, dit Duluc , semppr htec Ubertm concessa fuit ul in commimem hominum vilam saliJnis impuni Itiderent. Sed licenlia tn rabiem exeunte et vetere comediâ redintegrari incipiente necessarium fuit amplissimum ordinem parlas suas inlerponere.

Au nombre de leurs meilleures pièces il faut ranger les moralités. Dans ces drames sans art il y avait un côté profondément moral : les bazochiens personnifiaient les vertus et les vices, dépeignaient ces derniers dans toute leur horreur, et montraient au spectateur l'avantage que tout homme de bien retire en suivant la vertu. Mais il parait que le genre de ces pièces se rapprochait trop du caractère des mystères , et contrastait trop vivement avec la licence et le relâchement des mceurs de l'époque. Aussi le succès des moralités ne fiit pas do longue durée ; les farces les firent tomber dans un complet abandon. Ces pièces singulières n'étaient pas sans mérite ; elles ridiculisaient d'une façon vive et plaisante les vices de l'espèce humaine , tels que l'avarice , la fou^ bci-ie et la débauche. Puis, abandonnant cet excellent fonds de comédie , les auteurs mirent en scène les tours de jeunesse de quelques clercs de la Bazoche, ou les scandaleuses aventures de certains personnages mal famés. Enfin , ce fut un déchaînement intolérable contre les piiitrcs et la religion , conli-e la niagistratui-o , la noblesse et contre l'autorité royale rllc-mém'\

Cesi surtout sous les rCgnes de Charies V[ ei de Charles VII que l'abus fut porté ft son comble; pendant les guerres civiles et les guerres étrangères qui désolèrent la France à cette époque , les lois n'étaient plus écoutées , et le PaHement avait autre chose à faire qu'à s'occuper des clercs et de leurs représentations. Enfin , Charles VII , après avoir chassé les Anglais , fit son entrée dans Paris au milieu des acclamations universelles. Alain Chartier, son historien , raconte que :

Tout «u long <lc la grandie rue St^Denis , auprè» d'un jrt de pierre l'un de l'autre , eslolent faicts cschifliults bien et richïment tendus , où estoicnt faicts pu- personnages l'Aïuion- Htlion Nostrc Dame, la Natjvilc Nostre Seigneur, sa Kcsurrcclion et pentecosh: . ri te jagmient qni léoil trh bien , car il «!■ JBÛoU devant U CkmleM où eit ta juttice du Bnif ; et mjme la ville «voit plusieurs jeux de divers mystères qui seroient trop longs è racompteri et là venoient gens <lc toutes parts, criint Swl et les autres pleuraient de joie.

Villmt't ne fait pas remonter au delà de Charles VI

l'origine des moralités :

Environ vers )c miiac temps , les clercs des procureurs du Parlement , connus sous le nom <lc baiochiens , firent éelorr une autre espi'er de drame appelé roorallté. Des êtres purement illégoriques v piraissaient mêlés indistinctement avec des [tersonnes. Ces coni|iositions , qiu; la froideur de l'allégorie devait rendre insipides , avaient besoin d'être n-chauffécs par des scènes plus piquantes. Les aetcurs de tu Bazoche transigèrent avec les Enfants Suis Souey et le Prince des Sols, qui leur permirent de représenter des sottises et farces et reçurent en érhsnRe lu lilierlé d'inlroduire la morale sur leur théâtre. Les elere'^

du Cbitclct , et même ceux de 1* Chambre des comptes , dis lingucB sous le titre de Juridiction du Saint Empirr , imitèrent i l'envi ceux du PaUis ; mais leurs «uccés ne furent ni si constants , ni si brillants. Plusieurs particuliers , qui n'étaient point praticiens de profession, représenlatent avec les buocbiens. On trouve dans le nombre de ces associes volontaires des hommes célèbres, tels que Jean île Serre et le fameux Clément Harol, qui composa pour In Bizochc , ainsi que pour les Enfants Sans Soucy. La licence des guerres civiles qui survinrent presque immédiatement après l'établissement de ces sociétés introduisit dans leurs jeux une criLque amère et une satire personnelle que les désordres du temps autorisèrent.

Villaret regarde Clément Marot et De Serre comme des associés volontaires aux représentations de la Bazoche. Nous verrons par la suite que cet historien commet une erreur, et que ces deux célébrités appartenaient à la communauté des clercs du Parlement. Quant A la date qu'il donne A l'origine des moralités, elle est acceptée en général; toutefois, nous avons de fortes raisons de croire qu'il faut la rechercher plus haut, même avant le roi Jean. Les moralités ont précédé les forces et sotties; elles se lient à la représentation des mystères avec lesquels elles ont beaucoup de rapports. Elles sont, comme le trait d'union , la transition, en quelque sorte , entre le drame hiératique et les pièces entièrement profanes. Notre conviction est que les farces commencèrent k ëlre jouées par les bazochiens plus d'un demi-siècle avant la charte octroyée aux Confrères de la Passion. Nous aborderons plus loin celte importante question.

DE LA BAzOCHE. ITl!)

En 1443 , le Parlemenl rendit un arrft, le 14 aoûl, par lequel il condamna les bazochicns à quelques jours de prison, au pain et à Teau, pour avoir joué mal^ - la défense qui leur en avait été faite.

Duluc meiitioiine cet arrêt du Parlement, mais il le donne à la date du 9 septembre 1449.

[taquc IX calcnd. $ept«mb. HCCCCXLII. Buochios tliquot ejus criminis compertos , ctreere jejnnioque cocrceri placnit, et pane aquiqur permissis , cœlcris omnibus intcrim abstiDerc. VcUtum prclcrei saliras ampliùs ac cdcrcot, nisi qnis ab ipso ampliss. ordinc comprobslas actuarius subnotassct.

Cet arpôt peut, ft bon droit, être considÉré comme la première manifestation de la censure dramatique.

Le 13 mai 1473', il en rendit un autre dont le motif (itait tout contraire. 11 enjoignait à la Bazoche la continuation de ses jeux, et comédies , et de ne se départir de cet usage que par une permission de la Cour. Le ti mai 1475, il défendait aux bazochiens de jouer une comédie nouvelle sans la permission de la Cour. En 1476 , autre arrêt du Parlement qui défend à tout clerc, tant du Parlement que du ChAtelct, non seulement de représenter des farces et des sotties, mais même de demander la permission de les jouer (1). L'année sui-

(I) U Conr, pour cciiilnn einin ) «U moniani, i d«iTenitn tt dcTTend i

Htt uMt ifa'lli HiJciil, que domniTinl li> m \aurnt païllqneouinl niiti

et aolm ]«ni k «HirociUon de peupla, ur çtiat ds MnnlsKmnit da « roTiDma ri d« «nllKaUon dt loos Iran bleni ; il qn'ili ne drmandnil congi^ da « latn à ladlllc conr, oa aotm , mr pcfn* d'citre prlm t tuiKlonn, tint

itiO LKS CLERCS

vnnlc Jcnii L'Éveill<J, Roi de lii Bazoclie, demanda i.'nit(! pei-missiou au Parlement , qui , par son an*i du 19 juillet 1477, réitira les défenses, sous peine. au contrevenant, d'Mre battu de verges parles carrefours de Paris et bannis du royaume (1).

Après la mort de Louis XI les clercs recommenctrenl leurs représentations ; mais de nouvelles licences ne tardfcrent pas à leur atlirer de sévôivs punitions. En i486, ils dirigèrent, dans une de leurs pièces, quelques traits satiriques contre le gouvernement de Charles VUl. Le Roi fit arrêter cinq des plus coupables, qui furent emprisonnés au Châtelet, puis A la Conciergerie. L'èvCt|ue de Paris intercéda en leur faveur ; ils furent relftchés, après un mois de prison, en donnant caution. L'histoire nous consen'e les noms de ces bazochiens; ils s'appelaient Baudc, Regnaux, Savin, Duluc et Dupuis. Interrompus sous Charles VIll, les spectacles recommencèrent de plus belle sous un monarque plus indulgent.

Louis XII, appelé le Père du peuple, rétablit les

l'A U Cnnd'Ctaanilirr, In fbambrt* UMmlil^; tAï |>tr la Cour, la reqnnte Milln- 1 iiclll par l» clrru d» prâudsillt si loiHeJllf n de ladite Cour, ol aiual

virlUJ,uT dlunl Boy de la Buocbr, Martin IIo«h> , Tbrâdarl te Conlnanpran , rt aulrn a<aiu penonoaiiM, de ioiirr lare», monlitcs oa wlisrii. auFiltia

DE LA BAZOCHE IGl

IhéiUrfs tt i-eiidit aux clei'cs de la Bazoche loulcs les liliertés dont ils a\-aicnt joui antËrieurcmcnt ; il aurait même souffert les satires personnelles, s'il faut s'en rap- |)Orler i"i son historien. Jean Bouehet raconte:

(ju'il pcnDit les Ihéîtrcj libres cl voulu! que «ur iccux on jouast librement les abus qui $v commet toient , tant en sa eour comme en son royaume ; pensant par là apprendra cl sçivoir l>CBUcoup de choses , lesquelles autrement il luy estoil impossible d'enicnttre.

Voici la réponse que fit ce prince à ses courtisans qui se plaignaient des licences que se permettaient les clercs :

Je veux qu'on joue en liberté el que les jeunes gens dérlarent les abus qu'on fait i ma cour , pubquo les confesseurs et antres , qui font les sages , n'en veulent rien dire ; pourvu qu'on ne parie pas de ma femme . car je veux que l'honneur des feouncs soit gardé.

Brantârae rapporte ainsi le même feil :

Le [toy l'honorait ( su femrue ) de telle sorte , que lui estant n^porté , un jour, que les clercs de la Bazoche du l'alais et les cseolliers aussy avaient joue des jeux où ils parloieiit du Roy, de sa cour et de tous les grands, il n'en lit autre semblant, sinon de dire qu'il falloil qu'ils passassent leur temps . et qu'il leur permettoit qu'ils parlassent de lui et de sa cour . non pourtant dérèglement, mais surtout qu'ils ne parlassent de la Reyue , sa femme , en façon quelconque ; autrement , qu'il les feroit tous pendre (1),

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Il leur accorda , entre autres grâces , celle de jouer sur la fameuse table de marbre qui c:Listait dans la grand' salle du Palais avant l'incendie de 1618.

Il ne faudrait pas conclure de cette autorisation donnée par Louis XII que les clercs n'avaient jamais joué leurs pièces au Palais de Justice j ce serait une grave erreur, dans laquelle on ne peut tomber à la lecture de l'arrêt du 19 juillet 1477, déjà cité. Cet arrêt dit, en effet , qu'Us ne soient si hardis de jouer farces , moralités, publiquement au Palais, ne ailleurs. C^tte autorisation de Louis XII ne doit donc être considérée que comme la consécration d'un droit ou d'un usage en vigueur avant lui.

Celte table de maître avait été construite dans la grand'salle du Palais, et servait aux festins d'apparat que tes rois de France donnaient aux souverains étrangers qui venaient leur rendre visite. Voici la description qu'en donne Sauvai dans son Histoire des Antiquités de Paris:

Autrefois , dut» la grand'sillc du Palais , il éUtit dresse une table qui en occupoit presque toute la largeur , et qui , de plus, portail tant de longueur, de largeur et d'épaisseur, qu'on tient que jamais il n'y en a eu de tranche de marbre plus épaisse , pins large ni plus longue.

Il faut donc tenir pour certain que les représentations des clers de la Bazoche se donnaient , tantôt au Palais, avec les clercs de procureurs au Parlement, tantôt au Chfttelet, avec tes sociétaires de sa Bazoche, dans les maisons particulières comme dans les lieux publics , et, plus tard, au Pré aux Clercs.

Non sculemeni le Parlement ne fut pas loujours rigoureux envers les bazochiens , mais encore de nombreux documents émanés de lui établissent qu'il leur vint en aide fort souvent pour faire face aux frais de leurs représentations.

Sous le règne de François 1*' la Société de la Bazoche fut entourée d'une grande faveur. A son avènement au trône, ce monarque fil son entrée à Paris, suivi de toute sa cour, et se rendit à l'Hôtel de Ville, où il assista à un splendide festin qui lui avait été offert par le prévôt des nurchands et les échevins. Les bazochiens représentèrent une ferce et exécutèrent des danses dont le Roi fut très-satisfait. Encouragés par ces succès, ils se préparaient à jouer de nouvelles pièces, mais le Parlement s'y opposa par le motif que le deuil du feu roi Louis Xll n'était pas encore expiré. CeUc opposition inopinée dérangea les projets des clercs qui s'adressèrent directement à François 1", et lui présentèrent une épltre que Clément Marot avait composée pour eux.

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