IDYLLE SUR L'ÉLECTION DE PIERRE GAUTIER
Celait le mois dont le nom est emprunté de celui des ancêtres , ce mois de mai , où les oiseaux font retentir de leurs chants les bois les plus écartés , et oti les arbres déploient 6 l'envi leurs verts rameaux dans les airs; alors le ciel est riant et serein ; alors la puissante Vénus s'empare des jeunes cœurs , l'amour jette le irouLle dans les esprits, et embrase de ses feux tous les êtres animés, jusqu'aux plus farouches,
A cette époque de l'année les Praticiens se rassemblèrent, suivant leur usage, pour choisir un roi et le placer sur le trône. Les suffrages fiirent unanimes : Pierre Gautier fut proclamé ; nous le jugeâmes digne de cet honneur. 11 appartenait par sa naissance A une race antique et illustre ; et, quoique ses joues ne fussent encore couvertes que d'un léger duvet, il était doué d'une grande sagesse ; car il ne faisait pas consister tout son mérite dans celui
3tiO PflILIBEHTl (.IHINETI.
Et quaiiquâm ittius laiiugo prima (1) legebiil Ora, inurat ccilc sapiens sapientia uienti.
Non otciiiin in sola jionebat origine summani Illuslris tituli puitem ; iialalibus illis .^quabat virluie aninuim.
l'i dolcclirs ah lis e»l , lnii)Osuci'e suis tmmeris, atleque tuleruiit Exlaiitem proceros bini , comitalur el omiiis Illos Pragmaticum cœtus, sceplrumquc tenenteiii Auratum dexlra , solio stalucrc siiperbo.
Ilic agit ore gravi cunclis scnnone canoro ExeultoquG simul grates , talemque futurum Se popiilo spondet , Lyciis Ithadamanlhus in arvi^ Qualis Agcnorides quondam fuit. Inde luinistros E>elegit, et prudens Palrura sapientibus usus Consiliis, tribuit partes et niunera cuique, Ullamen ingenium et mores cojusque ferebani.
Utque fide cuncios sibi nexuit, omine fausto Occepil populus la;los atlolere plausus.
Lœtîtia exultans tola spectatur in urbc. Jucundique chori nec non et ovanlia passim Agminacemunlur; fremitus super aeramiUunt, Proque suo faciunt sanetissima Principe vola. Inierea juvenem, prseerat qui saltibus, altos In montes properare jubet , siWasquc virentes Csedere , et arboreos quam primum mittere in urbem Itamos, queis fieri frondosa umbracula mandat, Per vicos ardeseens avertalur ui testus , Utque simul sit in urbe voluptas ruris et urbis. Cumque his pnodis sudanti cortice lema
PHILIBKBT (ilHlSET. .%l
(If ses aïeux ; sa vertu personnelle égalait la noblesse de son origine.
Dès qu'il eul éli éhl, deux de ses principaux sujets i' élevèrent sur leurs épaules , et , accompagnés de la foule qui les entourait, l'établirent sur un siège magnifique, et mirent dans sa main droite le sceptre doré. Là, d'un ton grave et par des paroles éloquentes, que l'impression reproduisit & l'instant, il remercia l'assemblée, et promit d'être pour son peuple ce que fut jadis dans les champs lyciens Rhadàmanthe , le petit-tils d'Agénor. Il choisit ensuite ses ministres, et, éclairé des lumières de son sénat, il distribua h chacun, suivant son habileté et son caractère, le rôle et l'emploi qui lui convenaient. Dès qu'il se les fut attachés par un serment de fidélité , la foule , en réjouissance de l'heureux avènement , applaudit avec transport. L'allégresse régnait dans toute la ville. On ne voyait partout que danses et groupes joyeux. Leurs cris s'élevaient dans les airs, et de toutes parts on entendait de saints vœux adressés au ciel en faveur du Prince. Cependant celui-ci ordonne à l'un de ses ministres , à qui le soin des forêts avait été confié , d'aller aussitôt sur la montagne, et d'y faire couper des branches chargées de feuilles , pour en construire, dans la cité, des berc^eaux, sous lesquels ou puisse se mettre à l'abii de h
3b'J PHILIBERTI GlRINETl.
N'ecla abies , quarum subprsefecti uiia severi Miignificas lerra; ante œdes infixa Perati , Quo nemo est recti, nenio observantior atqui, .Kquabal gelidas viridante cacumiiie nube& ; Altéra, quaiD null^ pot^senl superare sa^tUe, Amplis Tignali pr^efixa est acdibus , sequas Uui legcs callet, cultor sanclissimus idem (Juique est illanim, cœlo digiiissimus alto.
Tertia vestibulum decorabal Principis auUe >[agnanimi, celso quae vertice sidéra puisât (1).
Très Thetis (i) iiitidos glaucis émiserai undis Caiia dies, populus Divûm cum templa petivil, Vota soluturus quœ sunl pro Principe vola ; Ipseque consequitur, proceres comitantur eunlem , Panaque, vitifero quae sunt in colle beati, Devcniimt, Jusli, quos lœla fronte sacerdo^ Excipit Aniistes, sacra comilanle caterva(3). Occurreiis , factoque sacro , succedit in œdes lllius Princeps , magno convivia lu\u (4)
Inilimllir. npdlliqw
PHILIBERT GIRINET, libô
chaleur, et jouir k la fois du plaisir des champs et de celui de la ville. Trois sapins sans nœuds , à l'ëcorce résineuse, sont également transportés. Le premier, dont la cime verdoyante louchait les nues , on le plante devant la demeure magnifique du lieutenant du Peyrat (') , ce fidèle et austère amant de l'équité ; le second , dont le trait le mieux lancé ne pourrait atteindre la hauteur, est Cwé contre la vaste maison de Tignat ("), ce juge intègre el vénérable, qui possède si bien les équitables lois, qui s'est voué A leur culte saint, et qui est si digne des cieux ; le troisième, dont la haute flèche va frapper les astres, décore la façade du palais du prince magnanime qu'on vient d'élire.
La blanche Téthys avait vu trois fois le soleil s'élancer des vertes ondes, lorsque le peuple dirigea ses pas vers tes temples sacrés pour y acquitter les vœux faits en faveur de son roi. Ce dernier se met aussi en marche ; les grands de sa cour l'escortent ; ils arrivent au temple construit sur la colline du bienheureux Justus , colline
;)l'>^ l'JIlLlUbKTl tllJlLVETI.
Iiiïlmxtl, laulusque iiilra sua tocta piii-alus. Conveniunl iiiullîe inaiidato Principis illo Maires atque nurus (1); forma pneslaiite puelhc Non deei'ant molles generoso saiiguiriR creUe (-i;. Inde abieiis Priiiceps, quo non esl largior aller. N'ec minus admîralor opuni quibus affluit, illi (ii; Ouucia jubct niysltB per eos impensa rcpendi , Cura gravis quibus esl pi-eliosî crédita fisci. Hinc animum Princeps ad estera templa Deormn Advertit, cupiens non prœicmiittere quemquani Quem non ipse adeat supplex reverensque salulel.
Ilaud prucul urbe locus , labens quem tluminis und» I.eiiti Ai-aris eingit, vêtus esl, cui Barttam nomi'ii Itisuhi. Tantus houos veris fromicntis in illa n multi allirnient Pcneia Tempe (4) siilubii Vincoro tcnipcrio; viridan» assurgil utiiiiquc Collis, quorum unus Bacclieia dona (5) fereiiles Eduiril viles ; hcrbosis snilibus altcr l'enilis esl, slabulis ))or <|tiON armentn rorlusis
PHILIBERT r.lRINET. 3*)')
iiux vignes fertiles. Entoura de son clergi', le ministre des autels , qui préside en ce lien , se hflle d'aller à leur rencontre et leur fait un accueil plein de grilco. Apr(:s le sacrifice, il les reçoit dans sa maison. Là était préparé un riche et somptueux banquet pour le prince, qui avait convié des mères et leurs belles-filles, ainsi qu'une foule de jeunes vierges, d'une exquise beauté cl du plus noble sang. A son départ, le Prince, que nul ne surpasse en générosité, et qui n'est point ébloui de l'éclat de ses immenses richesses , ordonne à ceux auxquels est commise l'importante administration de ses finances , de restituer toute la dépense qui vient de se faire. Il s'occupe ensuite de parcourir les autres temples, désirant n'en omettre aucun et offrir dans tous à la Divinité ses prières et ses hommages.
Non loin de la ville est un antique lieu qu'entourent les eaux du paisible Arar, et qui porte le nom à'Ile Barbe. Le printemps , qui redonne aux bois leur parure , y est si doux , que plusieurs le préfèrent à celui qui règne à Tempe, sur les bords du Pénéc. De chacun des eûtes du fleuve s'élève une colline verdoyante , l'une produisant en abondance les dons de Bacchus, l'autre couverte de frais bocages ofi les pasteurs , en jouant sur leurs chalumeaux d'agréables airs , conduisent leurs troupeaux , dont ils ont ouvert les étables. Là sont de frais ruisseaux, là sont des prés émaillés de fleurs, ombragés d'arbres fer-
'MM PHILIBEHTI GIRINETI.
Pastor agil lereti referons levé cannen aveiia. Hic gelidi fontes, hic sunt floreatia prala (1), Pœcundis uinbrata , genusque ferentibus omne Arboribus fruclus ; avium conccnlus in illis Auditur laetus , ripa gciminanle canora Fluminis, hinc voces sllvis el coUibus illinc. Hic colilur Marîœ saxo fundala vetusto (3) jïdes Christipara cclsis innixa columnis.
Fluclibus adversis Lugduno si quis ab urbe Naviget, hic alli videal mox culmina templi.
Hic quoque sancta Lupi venerantur numina divi , Ditia cui posuil quondam délabra vetustas, Nec non et Chrisli Solcris visitur Annae Hic aviae tompluin , ejus ubi veneranda quiescuiil Ossa subaurata reverenlcr condila capsa, Supplicibus toto quœ voiis orbe fréquentes Mortales adeuiit, pictis opuleniaque ponunt Dona (3) iholis , votivaque dant Panchaia Ihum.
Mente pia Princeps illo quoque destinât ire , Aptantque jubel classera (i), ac ad littora cogi Naulas, qui, toto incumbentes pectore, longas Ocyus a curvo deducunt littore naves (5) ,
(I) Hic gilldl loDltt; hlF mailla pnU. . . (Vlrglt. Eçlog. X. 42., [i] llauil proml hlni uio incolilor tsndita vatutii.
OrWl AglIllBB sedo .... (TIrill. ^». TIII. t1*-iU.) (S) Doni tnlll , il qm Ipw
SupcDdliu Ihalo IVlrail, .Un. II. Un-tOS. T. Scrvlu
[ij iDtcn» cliHcin ï«ll. iiiUr* Jubelut, (ïlrill, .fn. IH. 413.} 13) TBiDTero T«<Ki1 Ineambaiil, it lUlatecclHi
DMlBiunl lo» o«ïM. [ïlrfil, .£>. H. SK-ÏS8.) Tum IHtort cnrïo. ;\'lrfl!. -ffn. UI.SM.)
PHILIBERT GIRINET. 3ti7
liles portant toute sorte de fruits ; les oiseaux y font entendre de joyeux concerts qui retentissent sur les deux rives du fleuve, et qui semblent donner des voix aux bois et aux coteaux. C'est là que se trouve un temple consacré au culte de la mère du Christ , terople fondé dans le roc et soutenu par de hautes colonnes. On en aperçoit bienl<!it te faite élevé , lorsqu'on est parti de Lyon, et que, luttant contre le cours des flots, on navigue vers l'Ile. Saint Lupus est aussi honoré en ce séjour, ob un temple antique est également dédié à sa mémoire. Ou y voit encore celui de sainte Anne, aïeule du Sauveur, et dont les os y sont conservés dans une châsse dorée , objet de vénération pour les fidèles , qui viennent souvent suspendre aux brillantes voûtes de précieuses offrandes, et faire fumer l'encens promis par leurs vœux.
3(jS l'[|[LlBEItT[ GIRINETI.
Subducuiitque seaphas, cliivosque leveM|iie sagaci Explorant rcmos cura; armamenlaque cuiicta .Enea, et horrendo feriunl qua: sidéra bombu, Navibus impoitant, tormciita aptissima bello.
Postquam inlcUexît Prinœps classcm esse paratam, Conscendil juvenum magna stipaiite calerva (1) Nobilium, a Phœbo in Zephynim vergcnle tepentem, Atque hic adversum huiic remis superabimus ainnem Post tKduum. Ast hodie in parle bac qua claudiltir urlu' [n morem stagni mitis placidœque paludis (?) Exspaliemur, ait; solvunt retinacula iiautae, Atque hue alque illuc classcm deducere certant , Verrentes ()]) placidum remis stridcntibus amncm. Hune populus seqnilur : pars panis vecta carînis Ctrcumstat classt^m lapidoso in margine ripœ; Pars slat prospeclans speclacula Principe digiia ; Namque ubi cœperunt oonvulsis funibus undas Adnixi nautœ remis torquere loquaces.
Machina lerrifico simulante tonitrua bombo Ilorrisona in vacuos jaeit lerea fulmina campos. Née cœli sonitus navis praïtoria vaslos Sola imitatur; amœno (4) verum in litlore mulla- Astra sonis paribus qualientes aurea cœli Machina- erant , illuc mandato Prineipis aclae ; Hic cœlum tremulos de navi vidimus ignés Ane fabrcfaclos operosa scandere sponte;
PHILIBERT CIRINET.
Quand le Prince vit que tous ces apprêts étaient termi- . nés, suivi de sa jeune noblesse, il s'embarqua ; le soleil penchait alors vers le couchant , et il régnait un tiède zéphir. « Dans trois jours , dit-il, nous remonterons le fleuve à 11 force de rames. Aujourd'hui, que notre flotte se promène « en cet endroit où il est contenu par la ville, et où ses » eaux sont calmes comme celles d'un tranquille marais n ou d'un paisible étang. » Les nautonniers détachent les bateaux , et ils conduisent l'embarcation çft et là , sillonnant avec leurs rames la surface paisible du fleuve. Le peuple les suit; les uns, dans des barques légères qui cAtoyent la rive , entourent la flotte ; les autres restent debout, attentifs à des spectacles dignes d'un prince ; car, aussitôt que les nautonniers eurent délié les câbles et que les avirons eurent commencé A agiter les flots , une machine lança dans les airs des foudres d'airain avec un bruit pareil A celui du tonnerre. Ce ne fut pas seulement du bateau principal que ces foudres partirent; sur le rivage, des machines semblables, placées lA par l'ordre du Prince, firent aussi retentir les échos. Nous vîmes également des feux tremblotants , artiflciellemenl composés , s'élever du navire et monter spontanément ; nous les vîmes descendre
370 PHILIBERTI CIHINETI.
De cœlo in lluviuiii rursus descendere visi , Atque <liu sicci madidis iirdere sub undis.
Inde dedere sonum stridentes œre recurvo (1) Vocali clangoi-e tubie, liluique sonori.
Hic quoque rimosas hominum penelrabat ad aures Tibicen varius , muiccns coiicentibus auras.
Dein plausus fi'emitusquc virum feril aetbera , collis Pulsatusque Fori Veneris clamore résultat (2). Plura poteiis Princeps illuc speclacla (3) dcdisset, Sed Nos roriferis obscura advenerat a!is (4).
Jamque dies , alterque dies proc«ssit , itemque Terlius et qiiartus primo surrexil Eoo (5), Quo Chrisli in cœlum ascensiis mirabilis altum Morte triumphantis victa celebratur ab omni Chrislicola, solennîs nonos adhibetur et illi. lUo clare , die laxaras , Phœbc, rubcnles Quadrupèdes , cœlum la?to splendore serenans. Mollibus e slratis Princeps suiTe]dt{6), eratque Omnis jam niveis excitus miles in armis ; Mre cavo (7) sparsos jamdudum ad signa maniplos Tympana puisa manu crcpitu reboaiite vocabant. Egreditur Princeps regalia lecta , cilamque Conscendit navim, procerum cingente corona Nobilium solidœ fidei , virtuiis et œquœ ,
. FnlMll «iIlM clamoH mniunl. (V<rgll.^ii. V. ilt-IM.) Il ilil iwriclNn, cl Vlrg. elirl«
.01 rnll, ft riurli IflInKin ■mplHtlliir ill>. (Vlrg. .£n. VIU. s ■wift» 1BDI4US ilM iirin» sonieMl Fj». (ïli«il. Jih, IU. SS».)
lollJbut « ilnlli sutHI. tvirell. .£». VIII. (I3.|
Wdvo. Hr(ll..f;n. UI.ÏIO,
PHILIBERT GIRINET. 371
du ciel dans le fleuve , ei briller même sous tes ondes. Des irompettes et de bmyanls clairons firent ensuite entendre leur son aigu el perçanl ; des flûtes d'cspÈces diverses formèrent aussi d'agréables concerts. Puis les applaudissements et les cris de la foule leur succédèrenl, La coltine de Four\-ière retentit de ces clameurs. Le Prince eût donné encore d'autres spectacles , mais l'obscure Nuit arriva , portée sur ses ailes chargées de rosée.
l'IllLlBERTI GIRINETI,
Inlei' i|uos laiiia fujgcbant luce Peratus Suppriefectus , et is cognomen qui capil Hugo A Puleo, slellas quanta inter luna minores (I). Armis instructus milns fulgcnlîbus illos InstKjuilur partim lerra partîmque volucri Navigio vectus, ductorcs signiferique PrKslaiitcR aiiimis , acres et Martis in armis. Paulo post Priiiceps quam navem ingrcsRUs et uudaR Sollicilus cœpil remis impcHere nauta ('2), Accensa; horrifico longe lonuere boatu Machinfe , et c&ilcm tubicen fidit sere canoro Acra, lortilibus lituis elisus et œther; Nec non et rarum crcpiiantia tympana cœliini Concussere simul; rcboat cœleslis Olympus; Labitur acta abies remis (3), miratur amœnum Flumen, et humcnti saliccs in Uttore natœ Miraiitur colles , vîtes mirantur in illls Agrestes olim quas consevere coloni ; Mirantur silva? arma vinlm fulgcnlia (4) late ; Per fluvium pictas mirantur nare cannas.
Paulum progrcssis tuires atque ardua tecta Tempbrum apparent (5) ; remis llatuque secuado Perventunt tandem , sed non ad littus apncum (ïralas proras nauUe advertere, prius quara Insula circuita est inflexis tota carinis ; Hic ctcnim mos est longo servatus ab aevo.
EgrediturPrinceps, inlrat sublimia lempla^ Sacra jubut fieri, queis noslro ex more peraclis Dona tholis fixit pretiosa piissimus allis.
PHILIBERT GIRINET. 373
diligents nautonniers agitent leurs rames et font voguer la barque. Les machines guerrières font entendre au loiu un bruit horrible ; les flûtes , les clairons et les timbales i-emplissent les airs de leurs sons ; le céleste Olympe en retentit. La flotte marche au gr6 des aviron»; le fleuve s'ëlonne â sa vue , ainsi que les saules nés sur l'humide livage, ainsi que les collines, ainsi que les vignes plantées autrefois par d'agrestes cultivateurs ; les forôls admirent l'éclat que répandent au loin les armes des soldais ; elles admirent ces bateaux brillants qui nagent sur les ondes. .4 mesure que la flotte avance , les tours et les faites des lemples apparaissent ; enfm elle arrive , grâce aux rames l't aux venls propices ; mais les nautonniers ne lounienl point vers le rivage leurs proues d'aii'ain avant d'avoir fait le tour de l'Ile , car c'est un usage consacré par le temps. Le Prince descend , il entre dans les temples , U oi-donne que le sacrifice commence, el, lorsque le sacrilice est teiminé selon nos rils , il suspend pieusement aux voûtes de précieuses offrandes.
374 PHELIBERTI GIRINETI.
Mox curauiri solvunt hinc corpora laute.
Est ampla in medio spatio domus insuhe et ttrbis In collis radice , parum quie distat înerti , A fluvio, arboribus gratam pnebentibus umbram Circumctusa , vagis et lenc fluetilibus, bacque Atque Ulac rivis vitreis de fontibus ortis.
Hic variœ volucres lucoque et flmninis alveo (I) Cœruleo assuetie , circumquc supraque volantes In nubem resono mulcebant acra cantu.
Hic et odorati flores in moUibus hortis , Atque in formosis viridantia gramina pratis.
Fleclere iter nautis prorasque advertere Princeps Imperat , huicque loco laetus succedit amœno (i)- Instrnilur domus haec regali splendida luxu , Perque asdes totas convivia lauta parantur(3). Dat manibus crystallus aquas (4), piclisquc tapetis Discu[iibunloaines(5); Cereris ilaventia menais Dona laboratEB (6) ponuntur ; fronte ministri La;ta, multiplici distingunt ordine curas ; Pars hilares dapibus mensas onerabat opimis, Pocula pars miscet , generosaque vina propinat , Millenacus ager quœ autumno mittit aprico , Quseque ci'cat Cosonus agcr felicior illo ; Iliaque quse priscis non sunt scriptoribus olim
PHILIBERT GIRINET, 375
Bient6t , songeant aux délices du Teslin qui l'attend, ta troupe entière descend sur le rivage.
Dans le milieu de l'espace qui sépare l'Ue et la ville, au bas d'une colline, à peu de distance du paisible fleuve, est une maison entourée d'arbres qui procurent un agréable ombrage , et près de laquelle coulent et serpentent des ruisseaux aux sources limpides. Là mille oiseaux divers, accoutumés à voltiger dans ce bocage et au-dessus des eaux du fleuve , remplissent l'air de leurs aimables chanls. Là des fleurs semées sur un tendre gazon répandent leurs doux parfums , et la pelouse réjouit la vue par sa verte couleur. C'est là que le Prince ordonne de prendre terre, et, joyeux, il entre dans ce lieu charmant. La maison respire un luxe vraiment royal , ei on y prépare un splendide repas. Le cristal fournit l'eau destinée à l'ablution des mains ; les convives sont couchés sur des tapis brodés ; on sert les dons préparés de la blonde Cérés ; des serviteurs au fipont riant ont chacun leurs emplois divers : les uns couvrent les tables de mels exquis ; les autres versent l'eau et les vins généreux, les vins qu'ont produits les coteaux de Millery et les coteaux plus heureux encore
QniiMIiiiFlnli iBlna fa
376 PBILIBERTI GIRIKETI.
Nota , qitibus tamen assurgunt Campaca ^ema : lUic haud ulli deerant Belnensia \'iDa.
Viscera damanim per mensas tosta feniiitur : Non desunt celeres ceni , caprea?que fugaces , Fluminese nec aves , qam terra altriceque gaudeiit. Turba mbistronim nuiic bac, nunc volvilur illac, Et vanos misccnt spatiosa per atria motus Maires atquc nurus , fonnaque décente puellœ Quas Princcps haie ad convivîa Isela vocari Jusseral ; inunolis prœstantem fronlis honorem Ipsius inspectant oculis , vultusque decoros Nliranlur, ceco percussœ vulneve pectus ; Antc annos ejus mores animumque sagacem Et graviter juvenili ex ore cadeutia veitia Mirantur proceres , teuui laudantque susurro.
Est epulis ardor poslquam compressus edendi (1 ), Incipiunt animos fando exhilarare, capaces
Craterasque mero plenas siccare jocoso.
Cunctorum lepidis implel Mauritius aures Dictis Scœva potens blando sermone , sacerque Vates , sunt cujus dignissima tempora lauro Phœbea, Martis cantet seu durapolentis Arma, umbrosos seusaltus, seu florea rura ("2) , Seu teneros nullus quos non intelligit ignés ; EKÎguum illius, non armis utile, corpus Iiigenio natura parens pensavit et arte (3).
Vocales alii pulsabant pectine nervos (4);
l'HILIBERT OIBINET, 377
de Couzon , et d'aulrcs vins inconnus aux anciens , et auxquels doil céder le Faleme ; ceux de Beaune ne manquaienl non plus à personne. On apporte des daims rdlis; on sert aussi du cerf et du chevreuil , et les oiseaux des fleuves et ceux qui se nourrissent sur la terre. La troupe des serviteurs se porte çà et là. Los mères et leurs belles-filles, et de jeunes vierges aux traits gracieux, que le Prince a conviées, circulent dans les vastes appartements; leurs yeux se fixent sur le Prince , dont elles admirent la grflce et la beauté ; leurs cœurs s'enflamment à sa vue. Les grands admirent ft leur tour ses manières , son esprit précoce et les paroles qui tombent avec gravité de sa jeune bouche , puis ils font entendre un murmure flatteur.
Lorsque la faim commença à s'apaiser, on se livra à de gais entretiens , et on vida de laides coupes pleines d'un vin qui inspirait la joie. Les oreilles de tous furent charmées par les discours de l'éloquent Maurice Scève, ce poète sacré, dont les tempes sont si dignes d'être couronnées du laurier d'Apollon, soit qu'il céltbre les exploits du puissant dieu de la guerre , soit qu'il chante l'ombre des bois, ou les champs émaillés de fleurs, ou ces tendi'es feux que tout le monde comprend ; la nature l'a dédommagé de la petitesse de la taille et de la faiblesse du corps par le don du génie. Les uns pincent les cordes harmonieuses de la Ivre avei' le dé d'ivoii-e ; les aulii's marienl
378 PHILIBBRTI GlRINETl.
Assa alii modules concordes voce canebant :
Parte alia numéros difFundit tibia dulees
Buxea ; non pauci genialia nabla frequenlani ;
Talibus atque aliîs se oblectant; deinde relictis
Consurgunt mensis cuiicti , vinoque cibisque
Distenti; fremitus IslaKjue per alria voccs (1)
Ampla volant ; strcpitu ingcnti tectum omne repleiui(3).
Hinc alii subeunt umbras et amœna vireia (3) ,
Fragrances alii horCos , prala alii herbida calcant ;
Pars Testas dicit chorea^ , pars desidet herba
In molli , dura exercet pars membra palœstra (i) ;
Contendunt alii plenis dulcedine ludis.
Inde urbem repetunt , magno cum Vesper Olympo (5)
Umbrifcr inciperet ruere ei componere lucem.
Sollicitant fluvium remis (6) , urbique propinquant (7)
Machina fumifero vomit serea fulmina bombo
Es arce in petra quae est olim condita csesa.
Tum sese sludio matresque nurusque videndi
Longfevique senes , juvenes , comptaeque puells
EfTmidunt ; vicos ramosaque compila (8) replent ;
Cumque alacri a cunctis escepto Principe plausu,
Itegia moK ipsum comJtantur tecta petentem.
(■i) . TKlnm oiuDf npiFMI. (ïitiitl. .C». vil, SOÎ.)
(1) ftEipncro lucris irius et imsiM ilr»li. (ïirgll. -fin. VI. ew.) (I) FanptdlliiuiiraDiliiBtcbonK. .... ,Vlrgll. j£a. V]. Cll.j
CoaleudadUudo .Mr|1l. •£"- M. Ui-etJ.)
(lirgll. trlBS. \l.*t; ,*'■. l. ST4, M\IU. ÏMI.
riDTluiiiH! pmplnquanl. (Virtil. ,£ii. VI. îtl.;
IrhhioP pr«i>iiiqii*nl. i'Irgll. -fi». VIJI. 101.)
■impulnqur prapImiiMI. ^Vlntll. .Kn. ^. HT-.)
nipvqnc prpptnqHil. (vlmLI. ^fi/t. M. 110,;
Forlhlnqur iimiiinqiltilt. IVlrril. tlti. M. tHI.}
PHILIBERT GIRtNET. 37!'
leurs voix dans d'agréables conc«rts ; ailleurs la flûte rend ses doux sons ; quelques-uns emploient le mélodieux psaltërion. Ccst à ces plaisirs et à d'autres encore que se livrent tes convives. Ils quittent tous enfin les tables , largement repus de mets et de vin ; les salles retentissent des accents de la joie; le bruit en résonne dans toute la maison. De là ceux-ci se rendent sous de délicieux ombrages et sous des berceaux de verdure ; ceux-là parcourent des jardins parfumés , ou foulent aux pieds de fraîches prairies. Les uns dansent, d'autres se reposent sur le tendre gazon , d'autres enfin se livrent aux exercices du corps, ft la lutte, à des jeux divertissants. Ils reprennent ensuite le chemin de la ville lorsque Vesper commence à descendre du haut Olympe et à obscurcir le jour. Les rames fendent les flots ; on approche de la ville. Une énorme machine , du haut de cette citadelle construite sur le rocher de Pierre-Scise , vomit à grand bruit, à travers la filmée , des foudres d'airain. Les mères et leurs brus, les vieillards, les vierges élégamment parées , les jeunes gens, se répandent çà et là, poussés par le désir de voir; ils remplissent les rues et les carrefours sinueux. Partout le Prince recueille des applaudissements; la foule bientôt le ramène en triomphe jusques à son pabls.