Cache, un peu plus d'un centime
3. Suma, liqueur des dieux et des brahmes, souvent chantée dans le Ri]-Véda. :
LA FOULE
Que viennent faire ici ces vagabonds qui ne peuvent plus se soutenir ?
SOUPRAYA (larmoyant).
Ne laissez pas échapper mon voleur!
LES IVROGNES (chantant).
Nous venons de célébrer la Sakti-Poudjaf. Les belles filles toutes nues se tordaient au milieu des fleurs, et nous avons arrosé avec l'eau do safran mélangée aux cinq parfums leurs seins aussi fermes que ie fruit du manguier.
LA FOULE
Holà! prenons des rotins et chassons d'ici ces mauvais garçons qui viennent troubler cette rue tranquille.
SOUPRAYA.
Mon voleur ! mon voleur !
LES IVROGNES
Ne touchez point aux rotins, honnêtes marchands
de bétel, de miel et de mantèque , si vous ne voulez
1. Sakly-Poudja, fête qui rappelle les salurnales antiques. 2. Beurre clarifié,
être rossés d’importance devant vos chastes épouses. Arrive le cotoual.
LE COTOUAL.
Quel est ce bruit, et pourquoi tous ces cris ?
SOUPRAYAÀ.
Seigneur cotoual, faites arrêter moxz voleur.
LA FOULE
Seigneur cotoual, faites conduire au thana! tous ces mauvais garçons qui viennent troubler notre répos.
LES IVROGNES
Seigneur cotoual, faites taire tous ces braillards qui nous ont arrêtés au passage pour nous insulter.
LE COTOUAL.
Ouais ! vous autres, je crois que vous êtes ivres. TOUS À LA FOIS.
Seigneur cotoual, faites arrêter mon voleur... Seigneur cotoual, faites mettre au thana..
Seigneur cotoual, faites taire...
1, Prison des aliées au villaga.
LE COTOUAL.
Taisez vous tous, et laissez parler le premier ce vénérable brahme.
SOUPRAYA.
e Seigneur cotoual, j'avais enfoui vingt-cinq pagodes! dans un coin de ma paillote, et ce matin, au
soleil levant, en revenant de faire mes ablutions, je n'ai plus rien trouvé.
LE COTOUAL.
Vingt-cinq pagodes, c'est une somme importante..., n'en serait-il point resté quelques-unes dans le trou ?
SOUPRAYA.
Trois seulement.
LÉ COTOUAL.
Remets-les-moi, pieux sannyassis ?, afin que je les examine.
LES IVROGNES
Voilà ton argent bien placé, Soupraya, on ne pourra plus te voler ce qui te reste.
1. Monnaie d’or valant sept francs cinquante centimes. 2. Pénitent, anachorète.
THÉATRE PARIAU. 297 LE COTOUAL.
Qu'est-ce à dire ?
LES IVROGNES
Remettez-nous ces pagodes, seigneur cotoual, afin que nous les examinions à notre tour.
LE COTOUAL.
Taisez-vous, où je vous fais mourir sous le bâton.
LES IVROGNES
Ces pièces seraient plus en sûreté dans nos mains que dans les vôtres, estimable cotoual; vous êtes à jeun, tandis que nous ne pouvons plus boire.
LE COTOUAL.
Vous allez payer cher votre insolence. Holà, tottil LE TOTTI (paraissant).
Me voilà, seigneur cotoual.
LE COTOUAL.
Tu vas conduire tous ces gens-là au thana.
LES IVROGNES
Que le drôle essayc donc de toucher à des com-
moutys {, nous lui casserons les reins, et à toi aussi, cotoual.
LE COTOUAL.
Des commoutys! Je ne vous avais pas reconnus sous cette couche de safran qui couvre vos visages. Salam, seigneurs commoutys.
LA FOULE
Des commoutys! Salam! salam! seigneur commoutys.
LE COTOUAL.
C’est ce drôle qui ne dit rien qui va payer pour tout le monde.
SOUPRAYA.
C’est mon voleur !
LE COTOUAL.
Il y a longtemps que je te surveille, Ranguin, et tu vas recevoir aujourd’hui la punition de tes méfaits.
RANGUIN.
Quoi! vous écoutez ce vieux fou.
LE COTOUAL.
Cette parole te vaudra dix coups de rotin de plus.