‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 12 sur 134 · Forme dor:que · texte numérisé non relu

Forme dor:que

INDO-EUROPÉENNES ET AFRICAINES. ol

Le sanscrit est le seul qui ait conservé dans son verbe auxiliaire étre la forme organique de la racine as, et dans cet exemple, destiné à le combattre, ilse trouve qu’il représente le véritable type primitif, le type commun de toutes les autres langues.

Tous les faits linguistiques que l’on pourrait citer à l'encontre du sanscrit n’ont pas plus de valeur que celui que nous venons de combattre; nous avons vu du reste, dans le précédent chapitre , sur quelles faibles bases reposent les prétentions allemandes à l’'exhumation de cette langue qui se serait éteinte, épuisée par sa propre fécondité.

Une dernière observation, et nous clorons cette discussion peut-être un peu longue, mais qui était d’une nécessité absolue pour démontrer que le véritable instrument de transmission de toutes les traditions indo-européennes est bien le sanscrit, et qu’il faut renvoyer dans le domaine de l’exégèse d'imagination la création d’un type antérieur à cette langue, type qui, s’il a existé, n’a pas laissé la moindre trace qui puisse se permettre une constatation scientifique.

Le but des Allemands, nous l’avons déjà dit, est de faire parvenir directement sur leur sol et la langue et la civilisation, en repoussant la maternité de l'Inde, ils se prétendent les frères immédiats des envahisseurs de l’Inde ; pendant qu’une portion de

leur race descendait vers le sud, eux apportaient la civilisation aux contrées d'Occident, sous prétexte de science, les gens du pays de la bière ne soulèvent qu’une vulgaire querelle de race.

Nous désirons terminer ces considérations en signalant, une fois de plus, les procédés du raisonnement germanique.

Après avoir conclu à l'existence d’une langue antérieure au sanscrit, sous prétexte que ce dernier n'aurait pas conservé certaines formes organiques, que seul au contraire il possède dans toute leur pureté (nous n’avons examiné que la forme de la racine as parce que notre adversaire n'en citait pas d’autres à l'appui de son axiome), M. Max Muller, dans ses études mythologiques, considère comme prouvé le point en litige, à savoir : l’existence d’un type antérieur au sanscrit, et, partant de là, toutes les formes communes aux diverses langues indoeuropéennes vont être portées à l’acquit de cet idiome fabuleux.

Étant donné le tableau suivant :

Sanscrit. Zend. Grec. Latin. Gothique. Slave. Irland.

Pèro.. pitar patar TATLO pator fadar ....... Athair

Mère.. mâtar mâtâr uhrm mater ......... mati mathair Frère. bhrâtar brâtär ppaTs) frater brôthar brat”. brothair Sœur.. svasar ganhar .,....,,,. soror svistar sestra siur

Fille.. duhitar duhgdhar Oryarne …..... dauhtar ,,...... dear

le professeur d'Oxford s’écrie : Comme cela indique bien l’existence d’un type commun disparu.

Nous avouons ne plus comprendre ! Quoi, voilà le sanscrit qui possède toutes ces formes, dont les autres ne sont évidemment que de simples dérivés, et vous sentez le besoin d'imaginer un type commun antérieur dont il ne reste pas la moindre trace ? Un type commun dont vous ne pouvez pas ajouter les formes perdues à ce tableau, pour prouver sa paternité en même temps que son existence ?

Ce procédé s'accentue encore davantage, peutètre, dans les lignes suivantes, du même auteur :

« Si nous trouvons en sanscrit le mot poutra, fils, et en celtique paotr, fils, la racine et le suffixe étant semblables, quoique aucun des autres dialectes aryens n’ait conservé la même forme, une telle idenuté ne peut être expliquée qu’en supposant que poutra était un mot aryen connu longtemps avant qu’aucune branche de la famille se fût séparée du tronc commun. »

Ainsi le mot poutra est sanscrit, racine et suffixe sont sanscrits, le mot passe dans le celtique, et l’on croirait que notre auteur va conclure à la maternité du sanscrit; pas du tout, pour lui ce mot de poutra appartient à l’idiome aryen disparu. et il va même

jusqu’à dire que ces identités entre le sanscrit et le celtique ne pourraient s'expliquer sans cette supposition.

Il yaun moyen bien simple d'éviter toutes ces suppositions : Possédez-vous le moindre monument linguistique ou littéraire émané de cette langue supposée? Non, n'est-ce pas! Eh bien, tenez-vous-en au sanscrit qui, dans ses formes organiques comme dans ses formes modifiées ou composéss, qui peuvent toutes se ramener aux formes simples, suffit à lui seul pour expliquer l'origine du système commun indo européen.

Vos théories pèchent bien plus encore contre l’histoire que contre la linguistique. Car l’histo're n’admet pas les suppositions.

1] est certain que les émigrations grecques, latines, celtiques, slaves, germaniques, scandinaves, etc., n’ont point quitté l’Inde à la même époque, et cependant les mythologies, les panthéons, les croyances religieuses de ces différents peuples sont toutes puisées au même fond indo-asiatique. Toutes ces traditions que l’on retrouve dans les immenses richesses de la littérature sanscrite, n’ont pu se conserver, se transmettre, que par la langue commune à toutes ces émigrations ; cette langue commune n'avait pu arriver à toutes ces conceptions idéales, à tous ces symboles métaphysiques, sans hymnes, sans chants,

ILDO-EUROPÉENNES ET AFRICAINES. çÿ

sans poésies, sans moyen de transmettre les idées d’une génération à une autre, sans littérature enun mot... Que vient donc faire sur ce terrain vofre langue inconnue, qui serait morte sans littérature, sans moyen de transmettre ses conceptions, et à qui vous faites jouer le rôle le plus important qu'aucune langue mère ait jamais joué dans le monde?

Cherchez donc une langue mère qui ait disparu sans laisser plus de souvenirs qu’un grain de poussière, après un effort aussi gigantesque.

La langue et la littérature sanscrite sont si bien le lien commun de toutes les traditions linguistiques, mythologiques et légendaires des nations indo-européennes, qu’on ne pourrait les anéantir sans faire immédiatement la nuit sur les origines communes de ces nations.

N'est-ce pas Max Muller lui-même qui a dit :

« Celui qui ne part que du sol de la Grèce et de l'Italie n'atteindra jamais ces profondeurs, n’arrivera pas jusqu’à ces terrains primitifs, jusqu’à ces couches les plus anciennes de la pensée et du langage mythologique. S'il y a une nouvelle lumière à projeter sur la période la plus ancienne et la plus intéressante de l'histoire de l'esprit humain, la période où les noms ont été donnés aux choses, et où les mythes ont été créés, c'est des Védas seuls que peut venir celte lumière. »

tn LT MST ET Te OS Te ATEN de Cie CD PRET dt Ua ee Te 2 eue mes ee NS FE en Bee pese)

Cette citation, empruntée à notre adversaire, nous sert de conclusion contre lui-même, car on ne pourrait, après l'avoir combattue, revendiquer plus for. mellement la paternité du sanscrit. :

Si en effet les Védas appartiennent à la période la plus ancienne ct la plus intéressante de l'esprit humain, à la période où les noms ont élé donnés aux choses, et où les mythes ont été créés, que dire du sanscrit, qui est la langue dans laquelle ces ouvrages ont été écrits, du sauscrit qui est la langue dés Védas ?

Page 1