‹ Études indianistes (volume 2)Chapitre 16 sur 134 · L'ANCIEN PERSE. == UNE OPINION SUR LES CUNÉIFORMES · texte numérisé non relu

L'ANCIEN PERSE. == UNE OPINION SUR LES CUNÉIFORMES

Nous ne connaissons cette langue que par quelques inscriptions conservées sur les ruines des vieux palais Acheménides: c'est encore à un Français, l’'immortel Burnouf, dont nous avons parlé au chapitre précédent, que l’on doit le déchiffrement des caractères du vieux perse qui avaient échappé jusque-là à toute tentative d'interprétation, ainsi que la reconstitution grammaticale de cette langue perdue.

Les diverses inscriptions qu'il eut en sa possession, ne lui fournirent guère plus de cinq cents mots; sans se laisser abattre par des difficultés jusque-là insurmontables, il se mit au travail, et de même que Georges Cuvier, avec quelques débris végétaux et animaux, retrouvait, à peu près vers la même époque, un monde naturel disparu, Eugène

Burnouf déchiffrait des caractères dont nul n’avait la clef, reconstituait une langue oubliée, et comparant sa grammaire à celle du zend et du sanscrit, assignait à cette langue sa véritable place dans la grande famille des idiomes indo-européens issus de la langue sacrée des brahmes.

L'écriture de l’ancien perse est cunéiforme. Et cela n’a rien qui doive nous étonner, car, selon nous, le caractère cunéiforme est l’ancêtre de tous les caracttres de l’Extrême-Orient. Nous nous réservons de donner à cet égard, dans un mémoire spécial, toutes les preuves que nous avons pu obtenir des pundits de l'Inde et par nos propres recherches; qu’il nous suffise d'établir aujourd’hui, afin de faire prendre date à cette opinion et de nous en assurer la paternité dans le monde scientifique, les propositions de ce mémoire auquel nous travaillons depuis de longues années.

1° De même que toutes les langues ont passé par l’état rudimentaire du monosyllabisme pour arriver à l'agglutination, puis à la flexion, tous les modes d’écritures ont eu un état rudimentaire qu'il s’agit de rechercher et de définir.

2° Toute écriture à l’état d'enfance est idéographique, c’est-à-dire exprimant une idée; par le progrès elle devient phonétique, c’est-à-dire exprimant un son.

3 La première tentative d'écriture phonétique s’est faite à l’aide de simples barres droites, inclinées à droite ou à gauche, dans tous les deprés compris entre la ligne horizontale et la ligne verticale, c'est ainsi que, encore aujourd’hui, on apprend à écrire aux enfants; ce début si simple est fatal: toute science, même celle de l’écriture, devant forcément passer par l’état simple pour aller à l'état composé. ù

4 Ce passage de l’état idéographique à l'état phonétique, a eu lieu dans un état de civilisation déjà relativement très avancé, et l'on s’est servi, pour figurer les caractères phonétiques, de l'objet le plus vulgaire, de l’objet qui se trouvait dans toutes les mains, c'est-à-dire du clou à tête triangulaire dont on se sert encore dans tout le sud de l'Inde, qui repousse énergiquement les importations européennes. |

5° Au point de vue historique, cette opinion a pour elle l'autorité des pundits, ou brahmes savants, du sud de l’'Indoustan, qui se bornent à constater un fait de tradition, auquel ils n’ajoutent aucune importance, s'intéressant peu à ces questions d'écriture qui passionnent la science européenne, mais qui les laissent complétement indifférents. Il ressort de là qu'ils n'ont pu inventer cette tredition.

6° Il y a dans l'Inde et notamment dans la pagode de Chelambrum, des planchettes de granit noir, sur lesquelles sont indiquées toutes les transformations, très-simples du reste, qu'ont subi les signes cunéiformes pour arriver aux signes devanagari actuels. Nous en possédons une copie que nous publierons.

7° Nous avons vu nous-mêème dans le Carnatique, les brahmes apprendre à écrire aux petits enfants avec des clous, arrangés en signes, avant de leur confier une feuille de palmier et un stylet, comme ils leur apprenaient à compter avec de petits coquillages nommés cauris, avant de leur indiquer les signes des nombres.

Page 1