CHAPITRE PREMIER
QUEL EST LE TYPE PRIMITIF DES LANGUES INDO-EURO- . PÉFENNES. — OPINIONS DES LINGUISTES. — L'EXHUMA- TION D'UNE LANGUE. — MÉCANISME DU SANSCRIT.
Les sciences exactes, et notamment la linguistique, n’ont pas de plus terrible ennemi que l’hypothèse; car il n’est pas du tempérament humain, en face d’une difficulté dont la solution n’a été supposée que pour examiner si elle cadrait avec la somme des faits acquis ou considérés comme tels, d’abandonner aisément la solution qu’il aimagiuée.
Ce ne sont pas les vérités clairement démontrées, __et qui finissent par faire partie du bagage commun, qui attirent le plus l’homme d’études, mais bien les lacunes de la science, que chacun tient à honneur de combler. Sur ce terrain, l'hypothèse reste rarement dans un rôle prudent et réservé; à peine estelle née, que celui qui l’a mise au jour la caresse comme l'enfant chéri de ses veilles; plus il rencontre d'obstacles sur sa route, plus il a de difficultés à combattre, et plus il s’y attache. L'hypothèse ne tarde pas à produire un système ; si son auteur est de haut parage, elle devient officielle, fait école et conserve ses adeptes longtemps après qu’elle ne compte plus dans la science; et c’est ce qui fait qu'il est peut-être plus facile de découvrir une vérité, que de déraciner une erreur.
Les linguistes de l’école allemande, dont nous avons déjà étudié les théories! sur l’origine du langage, ne se sont pas bornés à introduire dans la linguistique pure, des hypothèses anthropologiques que rien ne justifie dans l’état actuel de nos connaissances, ils ne se sont pas contentés d'inventer le gorille perfectionné ou primate, ancêtre de l’humanité et créateur du langage articulé; marchant d'hypothèse en hypothèse, de suppositions en supposi-