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Traditions indo-asiatiques

INDO-EUROPÉENNES ET AFRICAINES. s)

tions, malgré la gravité apparente de leurs raison-

nements, ils semblent avoir constamment tenu à honneur de remplacer l'exactitude scientifique par cette fantaisie lourde et pédantesque, si fort en honneur sur les bords du Rhin, où elle passe pour de la profondeur.

Nous ne méconnaissons point l’érudition germanique, mais nous disons que cette grosse érudition toute composée de compilations dignes des bénédictins, s'exerce souvent sans jugement, sans méthode, sur des sujets d'imagination pure, auxquels elle donne des apparences scientifiques, par un luxe de syllogismes, de considérations étrangères et surtout de citations, qui déguisent assez habilement la faiblesse des prémisses, et le peu de logique de la question principale.

: Voyez Kant, qui fut l’idole de l'Allemagne... après avoir puisé l'idée de la critique de la raison pure dans Pyrrhon et Montaigne, le philosophe se met à détruire une à une toutes les lois de la raison, et repoussant la conscience, la loi moraleet jusqu’à la certitude qui nous vient de nos sens, il éteint le flambeau qui dirige l'humanité, refuse à la raison le droit d'affirmer ses propres raisonnements..…. puis, tout d'un coup, effrayé d’avoir eu tant d’audace, il se met à reconstruire le monument qu'il a dévasté, et remonte à la raison et à Dieu par

des considérations de devoir et de foi idéale.

Après avoir soutenu que nos facultés n'ont rien de légitime, que tout est relatif aux lois de notre esprit et que c’est un cercle vicieux que de prouver l'exactitude de nos jugements par la raison, alors qu’on est ensuite obligé de démontrer l'existence de. la raison elle-même par ses propres manifestations, le philosophe de Kœnigsberg ne voit pas que l’idée du devoir et les notions idéales, auxquelles il se rattache, ne peuvent lui être fournies que par la raison qu’il a repoussée comme criterium de certitude, et qu’il tombe lui-même dans le vice de raisonnement contre lequel s'élève la première partie de son livre.

Première partie. — Nous n'avons rien qui puisse nous démontrer l'exactitude de notre raison, toutes les preuves étant émanées d'elle-même, cela revient à dire que Ja raison est son propre criterium, donc nous sommes dans l'impossibilité de prouver que la raison ne nous trompe pas.

Deurvième partie. — Mais nous avons en nous des notions idéales de devoir, de droit, de bien et de beau à l’aide desquelles nous pouvons reconstituer notre conscience et notre loi morale.

Est-ce que, ‘répétons-le encore, ces notions idéales, en admettant qu’elles existent, ne sont point fournies à l’homme par la raison? et dès. lors pourquoi faire le procès de la raison quand on

veut revenir à elle par des chemins détournés, par la poésie, l'idéal et la foi?

Il manque toujours une chose à la logique allemande... le jagement! Avant de nous taxer d'exagération, qu’on relise le passage suivant de Strauss que nous avons déjà cité dans la préface de la Genèse de l'Humanité :

« La République est rationnellement supérieure à la monarchie, et c'est précisément pour cela qu’il faut préférer la monarchie. Sans doute, il y a dans la monarchie quelque chose d'énigmatique et d'absurde même, en apparence, c'est en cela que consiste le secret de sa supériorité, Tout mystère parait absurde, et pourtant, sans mystère, rien de profond, ni la vie, ni l'art, ni l'État. »

Ce qui est mystérieux et absurde doit être préféré à ce quiest rationnel, parce qu'il n'y a rien de profond sans mystère.

Tout le génie allemand est incarné dans ces quelques lignes. Henri Heine, qui le connaissait bien, a dit qu’il pouvait également se renfermer dans ces deux mots :

« Mysticisme et brutalité! » -

Le même Strauss, après avoir dans sa Vie de Jésus proclamé que les miracles étaient contraires aux lois de la nature, écrit tout un volume pour rechercher si les miracles attribués à Jésus sont possibles.

Rien ne saurait mieux faire éclater la différence qui existe entre le génie allemand et le génie françals.

Dans la patrie de Voltaire, quand on a déclaré une chose rationnelle, on n'ira point lui donner comme supérieure une chose énigmatique et absurde, et, de même, pas un homme sain d'esprit, ne consacrera un volume à examiner lu possibilité de faits, qu'il aura tout d’abord reconnus contraires aux lois de la nature.

Nous pourrions multiplier les exemples, mais nous sortirions du cadre que nous impose cet ouyrage.

Le cerveau allemand, et cela résulte de toutes ses productions, ne paraît point frappé par la valeur intrinsèque d'un raisonnement; on lui a appris à raisonner suivant les vieilles formules de la scolastique, et il faut qu’il y soumette sa pensée, il fait de la gymnastique suivant des règles établies, ettoute proposition si absurde, si énigmatique qu’elle soit, a don de le séduire, dès qu’il a pu la courber sous les règles du syllogisme.

La phrase de Strauss, citée [plus haut, quoique

n’affectant pas la forme d'école de ce raisonnement, est un pur syllogisme germain.

Tout ce qui est profond doit paraître mystérieux et absurde; or la monarchie parait... etc.

Il est inutile d’insister.

Lorsque les Allemands quittent le terrain métaphysique ou idéal pour celui des sciences exactes, ils y transportent leurs procédés de raisonnements, de là vient qu’à côté de patientes et laborieuses recherches, de résultats acquis d’une incontestable valeur, on rencontre des légèretés scientifiques qui ne sont point données comme d’ingénieuses hypothèses, mais bien comme d'indiscutables vérités. Ainsi, pour entrer dans le vif de notre sujet, ils en sont en ce moment à propos des langues indo-européennes, malgré tous les faits ethnographiques qui contredisent leurs théories, à repousser le sanscrit comme type commun de ces langues, ettenter la reconstitution d’une langue inconnue, dont il ne reste pas un monument, pas une inscription, dont rien, ni dans l’histoire, ni dans la tradition ne vient aflrmer l'existence, et qu'ils donnent comme ancêtre au parler indo-européen.

Avant de combattre cette prétention, à de prouver que le véritable type primitif et commun de toutes les langues indo-européennes est bien le sanscrit, il nous paraît naturel et juste de donner la parole

à nos adversaires et de leur laisser le soin d’exposer leurs idées. |

Un linguiste d’un incontestable mérite, M. Hovelacque, mais qui, suivant nous, a le tort d'admettre beaucoup trop aveuglément les opinions de Schlei-

cher, Curtius, Kuhn, Spiegel, etc., ayant résumé le système de ses maîtres, va nous le faire connaître assez brièvement pour que nous puissions le citer.

Esquissant un tableau général de cette prétendue langue commune antérieure au sanscrit, qui aurait donné naissance aux divers idiomes indo-européens, il s'exprime ainsi :

« On connaît assez cette langue dans son ensemble pour qu’il soit possible de représenter sa physiono- ‘ mie générale parfois même plus que cela. A la vérité, ce n’est qu’une langue reconstituée, une langue dont il ne reste aucun monument écrit, mais la comparaison des différents idiomes auxquels elle a donné naissance enseigne suffisamment ce qu’il y a d’organique et de primitif dans chacun d'eux, ce qu'ils contiennent -chacun du fond commun qui leur a donné naissance, ce qu’il faut penser de leurs variations phonétiques et de leurs formations diverses. C’est ainsi que le philologue peut restituer la forme

primitive d’un manuscrit perdu, dont il possède sim.

plement un certain nombre de copies fautives ou incomplètes 1. |

« La langue commune indo-européenne possédait les trois voyelles a, i, u, et leurs langues d, {, à. Le sanscrit et certaines langues slaves, le croate, par exemple, ont une voyelle linguale, un r voyelle que l’on regarde ordinairement comme tout à fait secondaire. Certains auteurs, et nous sommes de ce nombre, ont pensé que la langue commune indo-européenne avait possédé, elle aussi, une voyelle r, mais ce fait, soumis à controverse, n’a point à nous occuper ici, et nous ne le mentionnons que pour mémoire.

« Un fait, important à noter, est celui de la variation de la voyelle radicale. Cette variation a lieu de deux façons. L’un de ces procédés est ce qu’on appelle la gradation de la voyelle ; il consiste en ce fait : qu’un a bref s’introduit devant la voyelle radicale : la voyelle radicale à devient donc ai, la voyelle u devient au, et la voyelle a devient d, lequel correspond à deux 4. Ainsi la racine i, aller, donne au mode indicatif du temps présent la forme organique ati, il va, d’où le sanscrit éti, le latin it pour eif, le lithuanien

eiti. Cette première gradation de la voyelle radicale

T. Cette image n’est point juste, ce manuscrit n'est pas perdu puisqu'il en existe des copies quoique fautives, et il ne reste rien de la langue que les linguistes allemands prétendent reconstituer.

a-t-elle été la seule qu’ait connue la langue commune indo-européenne, n’en a-t-elle pas également connu une seconde consistant en une nouvelle insertion de la voyelle a, d’où di pour aai, du pour aau, c’est ce qu’il est difficile de décider. |

« Il n’est pas moins difficile en tout cas de reconnaître en quelle façon cette modification dela voyelle radicale apporte un changement quelconque à la signification même du mot. Y at:il bien ici une véritable flexion, une flexion au sens vrai du mot, c'est-à-dire, comme nous l’avons vu plus haut, une modification interne de la racine ? Le fait est possible, mais ce rapport n’est pas encore démontré.

« Quant au second procédé de la variation des voyelles, il constitue à n’en pas douter une véritable flexion. Il consiste en ce fait : que la voyelle a des éléments pronominaux ta, na, etc., se changeant en si, u, ces éléments de dérivation deviennent actifs de passifs qu’ils étaient. Un exemple rendra la chose très-intelligible : soit la racine ma, penser, à laquelle on suffixe en tant qu'élément dérivatif le pronom démonstratif ta. Il en résulte la forme mata, pensé, ce qui est pensé, chose pensée; que la voyelle du pronom dérivatif devienne i, le sens du mot devient actif de passif qu’il était, et mati signifie l’acte de penser. C’est le sanscrit mala et mati. Il ne peut y avoir d'exemple plus frappant de la flexion, c’est-à-dire

de cette faculté de changer le mode de relation d’une racine au moyen d'une variation interne de cette même racine.

« Le système des consonnes de l’indo-européen commun était des plus simples. Il se composait de trois explosives k, t, p, de leurs correspondantes faibles 9, d, b, et des aspirées 9h, dh, bh, en tout neuf explosives; des deux nasales n, m, l’une dentale, l’autre labiale ; de la vibrante r ; de la sifflante dentaleset d’un v, non point celle du w anglais. Prononcé de la sorte, c'eût été une demi-voyelle. L’idiome indo-européen possédait notre y, c'est là, on le voit, un système fort peu compliqué. Les différents idiomes indo-européens y ajoutèrent tous plus ou moins. Les langues de l'Inde, les langues éraniennes et les langues slaves virent naître chez elles les articulations dites chuintantes, nos tch, dj, et différentes espèces de sifflantes. Le grec changea les aspirées faibles gh, dh, bh, en aspirées fortes fkh, th, ph. Les langues germaniques, les langues celtiques et le latin demeurèrent plus fidèles au système primitif des consonnes; mais ces idiomes virent naître, eux aussi, des articulations nouvelles, f, par exemple. L'indo-européen commun ne connaissait point la vibrante l; elle se dégagea plus ou moins rapidement de l’ancienne vibrante r dans tous les rameaux de la famille.

« Nous insisterons peu sur le procédé de formation des mots. La dérivation indo-européenne est des plus simples : elle a lieu, en général, par la suffixation d’un élément d’une origine pronominale à un élément d’origine verbale, par exemple mata-mati, cités ci-dessus. Le tiret dont nous faisons suivre ce mot indique qu'il ne représente qu’une forme radicale ou, pour mieux dire, une forme thématique, en d’autres termes, qu’il n’est qu’un simple thème. Nous verrons tout à l'heure comment les suffixes casuels ou les suffixes personnels, s’adjoignent à la forme thématique, au thème, et en font un véritable mot, c'est-à-dire un nom dérivé ou un verbe conjugué. La dérivation est dite dérivation à base verbale lorsque l'élément dérivé, celui auquel s’accole l’élément dérivatif, est une racine verbale ; elle est dite, au contraire, dérivation à base pronominale lorsque l’élément dérivé est lui-même une racine pronominale. Pour être moins fréquent que le pré-

cédent, ce cas est loin d’être rare. Nous pouvons ci-

ter, par exemple, le thème aika, d'où le sanscrit éka, un, un seul, seul et méme, et le latin æquo, au nominatif masculin æquus, égal, uni ; l'élément dérivatif est le pronom relatif i (latins, td), devenu ai par gradation, par préfixation d’un a selon ce que nous avons dit ci-dessus. Ajoutons que la dérivation peut être faite encore au moyen d’un élément verbal, non plus

d’un élément pronominal, mais ce cas est beaucoup plus rare et nous ne faisons que l'indiquer. En tout cas, remarquons bien que dans les langues indoeuropéennes la dérivation a toujours lieu par suffices, jamais par préfixes. Ceci est caractéristique. »

— Bien que notre intention soit de ne répondre qu'après avoir laissé nos adversaires exposer complétement leurs doctrines, nous ne pouvons cependant laisser passer, sans protester, cette grosse erreur, que dans les langues indo-européennes, la dérivation a toujours lieu par suffixes et jamais par préfixes. Bien que les préfixes soient en petit nombre en sanscrit (vingt-quatre à vingt-cinq au plus) et plus rarement employés que les suffixes, ils concourent néanmoins à la formation des mots.

Ainsi, de la racine kr qui exprime l'action l’on obtient au moyen de suffixe : kartum, faire; — karitri, agent; — karman, œuvre faite. De la même racine kri, avec le préfixe anu, on obtient :.anukartum, imiter: — anukara, imitation.

« La dérivation des mots se fait au moyen des préfixes, des suffixes et des flexions. »

(E. Burnour, Méthode de sanscrit.)

Nous poursuivons notre citation :

« La déclinaison de l’indo-européen commun comportait les trois genres, masculin, féminin, neutre; les trois nombres, singulier, pluriel, duel, et huit cas. En principe, c’est par la désinence indicatrice du cas que le genre lui-même est désigné. Ainsi, daps les thèmes finissant par un a, l'élément du cas nominatif au singulier est s, au neutre cet élémentest m, le même que celui de l’accusatif. Exemple : akvas, le cheval (en sanscrit acvas et en latin equus), yugam, le joug (en sanscrit yugum, en latin jugum). Le signe du pluriel suit en principe celui du cas, mais ce signe n’est pas toujours le même et souvent il est fort difficile de découvrir sa forme primitive. En bien des cas, c’est simplement la consonne s, reste d’un élément qui se montrait jadis dans sa forme intégrale. Il ne faut pas l'oublier, ces suflixes indiquant le cas et ces autres suffixes indiquant le nombre ont été primitivement des formes indépendantes ; ce n’est que par la suite des temps que ces formes en sont arrivées à n'être plus que des éléments secondaires, des éléments destinés à indiquer les relations et les modes d’être d’une autre racine. On a souvent cherché à découvrir la forme primitive de ces éléments ; toutes les tentatives sont demeurées sans résultat certain. L'on a proposé des conjectures plus ou moins probables, mais en réalité la solution de ce difficile problème est encore à trouver. Au moins le

but auquel il faut tendre est constant, bien établi et vraisemblablement on l’atteindra un jour ou l'autre.

« Les cas de l’Indo-Européen commun, nous l'avons dit, étaient au nombre de huit; deux cas directs : nominatif, accusatif:; six cas indirects : locatif, datif, ablatif, génitif, un double instrumental. Voici quelle était au singulier la forme organinique de ces suffixes. La désinence du nominatif était s. Certaines lois phonétiques ont fait parfois disparaître cette consonne dans les langues dérivées de la langue indo-européenne commune, mais on peut dire qu’en général elle a persisté. Accusatif : les thèmes finissant par une consonne prennent la désinence am, ceux qui finissent par une voyelle prennentla désinencem”.C'estceque nous voyons par exemple dans le latin sororem, dont le thème est soror, et Sitim, dont le thème est siti. La désinence du locatif singulier est i; nous verrons que le grec a fait passer le locatif à la place du datif, et que le latin ne l’a pas entièrement rejeté. Le datif singulier a pour désinence at que les langues de l'Inde et le zend ont seuls conservés rigoureusement. La désinence de l’ablatif est tantôt af, tantôt f, celle du génitif est ordinairement as , parfois s. Lorsque le thème se termine en 4, cette désinence est sya. Le premier in-

struméntal a pour terminaison d, le second bhi. Ces | 4

diverses désinences s'appliquent à Hous les noms, qu'ils soient, selon leur sens, ou substantifs, ou adjectifs, ou participes. Cette triple division n’a rien à faire avec la forme même du mot qui seule nous occupe ici. Quant au vocatif, ce n’est point un cas; en principe, 1l n’avait d'autre forme que la forme même du thème: akva, 6 cheval; ovi, 6 mouton; agni, 4 feu. Ce n’est que par la suite que certaines langues, dérivées de l’indo-européen commun, l’ont assimilé parfois au nominatif, ou, pour parler plus exactement, ont parfois employé le nominatif en tant que vocatif.

« Le verbe indo-européen possède deux voix, l’une transitive, j'entends, je frappe, l'autre intransitive, je m'entends, je me frappe, mais toutes deux actives. C'est dans l’élément pronominal placé à la suite du thème verbal qu'il faut chercher l’expression même de cette différence.de sens.Ilyaenun mot deux sortes de suffixes personnels, transitifs et des suffixesintransitifs. C'est ainsi, par exemple, qu’à la troisième personne du singulier, le suffixe de la voix transitive est ti et que celui de Ja voix intransitive est tai; on reconpait la forme grecque tai, appelée passive par les grammairiens, qui, en effet, a ce sens dans la langue grecque, mais dont le premier sens était simplement intransitif, réflectif. Il n’y a point de doute que les suffixes personnels de la voix intransitive ne

procèdent des suffixes de la voix transitive ; celui de la première personne veut évidemment dire je me, celui de la deuxième tu te, celui de la troisième ül se (en latin ego me, tu te, ille se); la démonstration de ce fait n’est peut-être pas rigoureusement établie, mais il semble difficile qu’elle ne le soit pas un jour ou l’autre.

« L’indo-européen commun possédait six temps; quatre de ces temps étaient simples, les deux autres étaient composés. Le présent a pour forme la plus simple la racine tellequelle, suivie du suffixe personnel.Parfois la voyelle dela racine asubi cette augmentation dont nous parlions ci-dessus; 'par exemple, la racine f#, aller, devientai-aiti, il va (sanscrit eti, lithuanien eïfi}. Parfois la racine verbale est dérivée; il s’agit de conjuguer une forme complexe, par exemple, le thème bhara dont l'élément bhar est radical et dont l'élément a n’est qu’un élément dérivatif. De là le présent bharati, il porte. Quoi qu’il en soit, le présent est toujours un temps simple, qu'il s'agisse de conjuguer la racine elle-même ou un dérivé de la racine.

« L’imparfait est formé du thème du présent, soit simple, soit dérivé, auquel se préfixe l’augment a; de plus, les désinences personnelles sont écourtées, ti de la troisième personne devint f, mi de la première devient m. Ainsi le présent bharati, il porte, a

pour imparfait abharat, il portait. L’aoriste simple est caractérisé comme l’imparfait par l'emploi de l’augment et des suffixes personnels écourtés; il s’en distingue simplement par ce fait qu’il ne tient pas compte de la forme du présent. En grec, par exemple, la racine the, poser, se redouble au présent et donne tithete, vous posez; l'imparfait préfixe l’augment a cette forme redoublée et fait efithete, vous posiez. L’aoriste simple ne tient pas compte du redoublement et fait ethete. Le parfait a pour caractéristique le redoublement de la racine. À ces quatre temps simples s'ajoutent, avons-nous dit, deux temps composés. Le futur est l'un de ces deux temps. Il est composé de la racine verbale et d’un élément asya, sya dont le sens premier semble avoir été celui de tendre à étre, de là, par exemple, le sanscrit ddsyati, il donnera. L’aoriste composé que le sanscrit, le zend, les langues slaves et le grec ont conservé — ce dernier sous le nom d’aoriste premier, — a pour caractéristique l’élément sa.

« Ges six temps sont complétés dans l’indo-européen par trois modes : l'indicatif, le conjonctif et l'optatif. L'indicatif n’a aucune caractéristique; au mode indicatif, la forme du temps reste telle quelle. Il en est différemment des deux autres modes. Le conjonctif a pour caractéristique un a placé entre le thème et le suffixe personnel; l'indicatif du temps

présent étant asti, il est, le conjonctif du même temps sera .asati. On donne parfois à l’optatif le nom de potentiel. Ce mode est formé par l’intercalation d’un élément ya ya, entre le thème verbal et le suffixe personnel écourté : asya*t, puisse-t-il être.

« Le tableau que nous venons de donner des différentes formes organiques du système indo-européen primitif est sans doute bien peu développé. Il peut suffire cependant, nous semble-t-il, à faire saisir l’esprit général de ce système. »

Voilà, exposées dansleurentier,les théories à l’aide desquelles des linguistes franco-allemands de l’école de Schleicher, prétendent avoir reconstitué une langue qui serait l'ancêtre du sanscrit et de toutes les langues indo-européennes, dont il ne reste, suivant leur propre expression, aucun monument écrit, et ajouterons-nous pour notre part, dont on ne trouverait aucune trace dans les antiques annales de l’Indoustan.

Nous allons démontrer que cette langue est née d'une pure hypothèse et qu'elle n’a été imaginée que pour donner plus de poids aux conceptions germaniques, qui attribuent la colonisation et la civilisation de l'Inde à un peuple fabuleux, qu’elles placent sur les rives de l’Oxus, l’Amoun-Daria actuel.

Langue et peuple n'ont pour eux ni la tradition ni l'histoire, ni la légende ni l'écrit, et quand on demande à leurs auteurs d'appuyer leurs prétentions de la moindre preuve, ils ne nous répondent que par le silence, le dédain ou l’injure, trois formes de raisonnements qu'adoptent assez facilement les Allemands modernes, depuis qu’ils se sont décerné le le titre d'éclaireurs de l'esprit humain.

Un des leurs, en effet, disait, il n’y a pas deux ans, en pleine université d’Heidelberg.

« La recherche de la vérité dans la philosophie, comme l'imagination dans la poésie, doit être indépendante de toute entrave. Les Allemands sont les éclaireurs de l'esprit humain : ils essayent des routes nouvelles, ils tentent des moyens inconnus, comment ne serait-on pas curieux de savoir ce qu'ils disent au retour de leurs excursions dans l'infinit?»

Avions-nous raison de dire, au début de ce chapitre, que les Allemands transportaient dans la science leurs formes mystiques et nuageuses de raisonnement, les voilà maintenant qui s’en vont à la recherche de la vérité, avec l'imagination, et les promenades dans l'infini.

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