HYMNE A AGNI
PAR DIRGHATAMAS.
« Pour celui qui réside dans le lieu saint, qui habite vos demeures, pour le brillant Agni, apporte le foyer, lequel est pour ainsi dire le trône de Dieu. Ainsi que d’un vêtement, couvre de la prière Agni pur et lumineux, au char resplendissant. Agni tue les ténèbres.
« Il naît sous deux formes, il reçoit ici-bas une triple nourriture, et cette nourriture ensuite va augmenter le corps de l’astre qui roule autour du monde. Sous une de ces formes, il est près de nous, et il crott de ce que sa langue consomme. Sous l’autre forme, il inonde de rayons bienfaisants ses
serviteurs que d'en haut il couvre de sa protection.
{ Marquées de teintes noires, et vivement agitées l'une contre l’autre (les deux tiges de bois frottées l'une contre l’autre qui produisent le feu), ses deux mères produisent leur nourrisson, lequel tourne vers l'Orient sa langue qui, dans sa marche tremblante, rapide, tortueuse, réclame de grands soins et s’engraisse des libations de son père.
« Arrivent les flammes vives et légères, salutaires à Manou quand il veut poursuivre son œuvre; traçant un noir sillon, s’avançant d’un pas inégal et pressé, poussé par le vent et précipitant leur course fougueuse.
« Bientôt Agni prend une forme noire, large, énorme, ses flammes en tremblant courent çà et là. De proche en proche il gagne du terrain, soufilant, trémissant, il s’avance avec bruit.
« Il s’attache aux branches comme la parure au bras. Il vient en mugissant tel que le taureau qui court vers ses maîtresses. Il soumet à sa force tous
les corps, et apparaît terrible, insaisissable, ayant l’air d’agiter ses cornes menaçantes.
« Agni se concentrant, en se divisant, embrasse les branches et quand une fois ils se sont connus mutuellement, le dieu ne les quitte plus. Cependan les flammes s’augmentent, s'élèvent, et changent la face divine des deux aïeuls du monde {le ciel et la terre).
« Ces flammes en se courbant forment autour d'Agni une espèce de chevelure. Tantôt elles semblent se dresser, tantôt tomber et mourir. Agni revient les sauver de leur perte; il fait entendre son grand souffle et les rappelle à la vie.
« Agni dévorant les libations que répand sur lui le maître du sacrifice, prend une vigueur nouvelle et poursuit son triomphe. L'un augmente la nourriture du dieu qui marche toujours (le soleil), l’autre la consomme et laisse après lui un noir sentier.
« Agni brille dans nos demeures riches en of-
frandes! qu'on entende ton souffle, généreux Da- . moûnas! brille en répandant tes flammes qui sont comme tes nourrissons ; et pour nous couvrir dans les combats, deviens notre cuirasse.
« O Agni, que cet hymne que nous avons composé pour toi, soit à tes regards plus précieux que tel autre hymne qui n’a pas eu le don dete plaire, que cette partie de ton corps qui brille pure et lumineuse nous procure les biens que nous désirons.
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« O Agni, pour que notre maison traverse heureusement ce monde, tu peux nous donner un vaisseau dont les rames marchent sans jamais s’arrêter, un vaisseau qui transporte à l'abri du naufrage nos guerriers, nos princes, notre peuple.
« Agni accepte cet hymne. Sur le ciel et la terre, que les mers avec leurs ondes impétueuses les reçoivent aussi. Que les rougeâtres aurores nous accordent de longs jours et une heureuse quantité et d'orge et de vaches. »
Cette hymne célèbre la naissance du feu sous ses
deux formes : dans l’une il préside à la lumière, il est Sourya, il est le soleil « qui inonde de rayons bienfaisants ses serviteurs », et dans l’autre «il brille dans les temples et les demeures et préside aux sacrifices. »
Les deux fêtes du soleil et du feu sacré ont passé dans toutes les traditions religieuses de l'antiquité.