HYMNE A CELUI QUI REPRÉSENTE TOUS LES DIEUX PAR DIRGHATAMAS
« Le Dieu ici présent, notre fortuné patron, notre sacrificateur, a un frère qui s'étend au milieu de l'air. Il existe un troisième frère que nous arrosons de nos libations de beurre liquide. C'est lui que j'ai vu maitre des hommes et armé de sept rayons.
+ % « Sept rênes servent à diriger un char qui n’a qu’une roue et que traîne un seul cheval qui brille de sept rayons. La roue a trois moyeux, roue
immortelle, infatigable, d’où dépendent tous ces mondes.
156 LES TRADITIONS * M « Parfois aussi, ce char a sept roues, sept chevaux
le traînent, et sept personnages le montent, accompagnées des sept nymphes fécondatrices des eaux. 5"
« Qui donc peut se vanter de l’avoir vu naître, prendre un corps pour en former d’autres à tout ce qui n’en possédait pas? Où était l'intelligence, où était le sang, où était l'âme de la terre? Qui donc a vu ce Dieu puissant face à face et a osé lui poser cette question ?
« Faible ignorant, je veux sonder ces mystères divins. Pour s’élever jusqu’à la conmaissance de ce premier né de qui le temps et l’immensité sont émanés, les poètes ont déjà déroulé les sept trames de leurs chants.
« Ignorant et inhabile pour arriver à la science, j'interroge ici les poètes savants. Quel est donc cet Etre incomparable qui, sous la forme de l’astre immortel, a fondé ces six mondes lumineux ?
« Qu'il le dise l’homme instruit dans le mystère
du Dieu fortuné qui traverse les airs. Les vaches célestes prennent le lait de celui dont la tête est si noble; elles couvrent sa face, et avec leurs pieds elles répandent leur breuvage dans l'espace (les nuages et la pluie, lait de la terre).
+ « Au moment du sacrifice, la Mère née par la prière, accueillit le Pére ; celui-ci qui est l’âme de la prière s’est uni à elle, et la Mère reçoit dans son sein le germe du fruit qu’elle doit mettre au monde. Et les prêtres continuent leur sacrifice et leurs chants d’allégresse.
« La Mère a enfanté et son fruit grandit au milieu des sacrifices, et l’enfant a crié à sa mère, comme le veau mugit après la vache. IL apparaît dans trois états, il revêt trois formes diverses.
Æ + « Toujours Un, quoique ayant trois formes à la double nature (masculine et féminine), il s’élèvel Et les prêtres offrent au Dieu dans l’acte du sacrifice
leurs prières qui arrivent aux cieux portées par Agni.
« La roue d’Agni pourvue de douze rayons (les douze mois) tourne dans le ciel sans jamais s’arrêter. O Agni, sur ton char peuvent trouver place les trois cent vingt jumeaux blancs (les jours) et les trois cent vingt jumeaux noirs {les nuits).
« Leur père reçoit le nom de Pouroucha, quand il se trouve dans la partie méridionale du ciel, où il dirige cinq fractions du temps et douze formes. Dans la partie septentrionale il porte le nom d’Arpita, et sous une forme différente il se meut sur le char qui a sept roues et six rayons.
« La roue à cinq rayons tourne donc avec tous les mondes. L’essieu quoique chargé n’est jamais fatigué ; le moyeu est parfaitement attaché et doit durer sans connaître la vieillesse.
« Garnie d’une jante immortelle, la roue tourne ; à l'extrémité du joug, sont attelés dix porteurs (dix points cardinaux); l'œil du soleil s’avance couvert de splendeur, par lui s’éclairent tous les mondes.
INDO-EUROPÉENNES ET AFRICAINES. 159 "x « De ce Dieu sont nés six couples de richis, mâles et femelles, (ce sont les mois); une septièmenaissance leur a donné un frère unique (le treizième mois que l’on intercale dans le système indou, comme nous avons nos années bisextiles), chacun a sa place distincte, d’où il dépense ses biens, chacun a sa forme différemment brillante.
Pr « D’autres représentent comme de pieuses femmes ces richis auxquels j’accorde la double nature. L'homme qui a des yeux voit ce que ne comprend pas l’aveugle; l’enfant qui comprend cette distinction mérite d’être le père de son père.
s 4 «La vache du sacrifice se lève, soutenant son nourrisson de son pied qui, tour à tour, va de bas en haut et de haut en bas (image de la chaleur qui vient du soleil à la terre, et du feu du sacrifice qui va de la terre aux cieux), agitée et remuante, tantôt
elle sort en s'étendant d’une moitié, ; tantôt elle s’'augmente et se gonfle intérieurement.
« Celui qui connaît le père du monde, avec ses
rayons inférieurs, doit aussi connaître tout cet uuivers, à l’aide des rayonssupérieurs. Marchant sur le pas de nos poëtes, qui peut ici célébrer ce Dieu d’où est née l’âme du monde?
Pa « Il est des étres, dit-on, qui viennent vers nous et s’en retournent; des éfres qui s’en retournent et qui reviennent. O Indra, Ô Soma, les mondes éthérés portent nos œuvres, comme un char son fardeau.
Pa « Deux esprits, jumeaux et amis, hantent le même arbre: l’un d'eux s’abstient de goûter le fruit de cet arbre appelé pippala, l’autre le trouve doux et le
cueille.
« Le Seigneur, maître de l’univers et rempli de sagesse, est entré avec moi, faible et ignorant et m'a formé de lui-même, dans ce lieu où les esprits obtiennent, avec la science, la jouissance paisible de ce fruit doux comme l’ambroisie.
« On appelle donc pippala le doux fruit de cet arbre sur lequel viennent les esprits qui aiment la
science, et où les dieux produisent toutes les merveilles. Ceci est un mystère pour qui ne connaît pas le père du monde.
« Que les poëtes observent et connaissent bien le. sujet mystérieux etimmortel qu’ils doivent traiter, soit dans leurs gayatris et leurs trichtoubles, soit dans leurs djagatis (mètres différents de vers).
« Avec la gäyatri se compose l’area, avec l'area le säman, avec le trichtouble le vaca, avec le vaca l’anou vaca (hymnes et recueils d’hymnes), les sept mesures poétiques se composent de l’akchara, qui forme deux ou quatre pados.
x + « Avec la djagati, le poëte consolide l'océan céleste, avec le bathantara il a suivi le soleil dans sa
révolution. La gayatri a, dit-on, les trois foyers, de là vient qu’elle l'emporte en force et en grandeur.
+ « J'invoque donc cette vache féconde. Qu'elle
donne son lait à celui qui doit le recueillir. Que Sà-
vitri obtienne la meilleure des libations; que notre H
feu brille d’une nouvelle force ; que ma prière retentisse.
« L’épouse des foyers d’Agni au milieu des prières mugit après son nourrisson qu'elle recherche et s'approche de lui. Que cette vache donne son lait pour les Aswins, qu’elle croisse pour notre plus grand bonheur.
« La vache en mugissant vient vers son nourrisson, dont l’œil est à peine ouvert, et lui lèche la tête. Elle étend sur lui sa langue chaude ; son mugissement se prolonge pendant qu’elle lui prodigue
son lait.
« Cependant le nourrisson fait aussi entendre sa voix; il se couche sur sa nourrice qui mugit toujours, abattue qu’elle est sur le pâturage, et c’est ainsi que, par ses œuvres, la vache du sacrifice parvient à former le dieu mortel; elle se fait lumière, et lui donne un corps.
« L'être actif reposait donc; il revient à la vie et s'établit au sein de nos demeures. Il était mort; la
vie Jui est donnée par les libations. L’être immortel était dans le berceau de l’être mortel.
+ X + « J'ai vu le gardien du monde suivant ses voies diverses à son lever, dans sa station inaccessible et à son coucher, tantôt s’unissant aux rayons lumi-
neux, tantôt les quittant, il va et revient dans les mondes intermédiaires.
* * + « L'homme agit, et sans le savoir n’agit que par ce maître; sans le voir, il ne naît que pour lui. Enve-
loppé dans le sein de sa mère, et sujet à plusieurs naissances, il est au pouvoir du mal.
+ * + « Le ciel est mon père, il m’a engendré. J’ai pour famille tout cet entourage céleste. Ma mère c’est la grande terre, la partie la plus haute de sa surface,
c'est sa matrice. C’est là que le père féconde le sein de celle qui est son épouse et sa fille.
Æ % « Je te demande où est le commencement de la
terre, où est le centre du monde; je te demande ce que c’est que la semence du coursier fécond, je te
demande quel est celui qui le premier a reçu la parole divine.
x + « Cette enceinte sacrée est le commencement de la terre; ce sacrifice est le centre du monde. Ce
soma est la semence du coursier fécond. Le prêtre est celui qui le premier a reçu la parole divine.
« Déchirant le sein de leur mère, sept rejetons de Vischnou naissent, prêts à accomplir leur destinée. Sages dans leurs pensées et dans leurs œuvres, ils nous entourent de tous côtés.
* * + « Je ne sais à quoi ressemble ce monde. Je suis embarrassé et vois comme un prisonnier de sa pensée.
Quand le premier né du sacrifice arrive vers moi, alors je prends ma part de la parole sacrée.
« Entrainé par le désir des offrandes, de l’Orient il passe au Midi; l’Etre immortel est dans le berceau de l’Etre mortel. Les deux esprits éternels vont et viennent partout : seulement les hommes connaissent l’un sans connaître l’autre.
« Ces stances portent en tête un titre qui annonce qu’elles sont consacrées aux viswadévas (c'est-à-dire à tous les dieux). Celui qui ne connaît pas l’Etre que je chante dans toutes ses manifestations, ne comprendra rien à mes chants; ceux qui Le connaissent ne sont pas étrangers à cette réunion.
+ + « O vache respectable "nourrie d’une herbe grasse, sois heureuse et rends-nous heureux ! goûte la dou-
ceur d'un bon pâturage, et dans ta course bois d’une onde pure (image de la parole sainte).
« La vache, en mugissant, attire les ondes de la libation ; elle se montre sur un pied, sur deux, sur quatre, sur huit, sur neuf. Elle peut avoir telle forme, qu'elle offrira jusqu’à mille mamelles (allusion aux différentes mesures de la poésie destinées à chanter la parole sacrée).
« Par elle coulent les ondes célestes, par elle vivent les quatre régions du ciel ; par elle s'ouvrent d’intarissables sources, par elle tout ce monde existe.
« Mais je viens d’apercevoir une épaisse fumée, sortant de la partie inférieure du foyer; on a répandu sur Je feu le brillant soma. C’étaient là les premiers devoirs à remplir.
« Nos yeux distinguent trois feux à la belle chevelure. L’un dans l’astre qui roule au ciel, échauffe la terre. L'autre préside aux sacrifices. Du troisième nous ne voyons que la voie et non la forme.
« Les enfants des prêtres qui sont instruits connaissent les quatre sujets qu’embrasse la parole sainte. Les hommes ne distinguent pas trois de ces sujets mystérieux, volés à ce monde ténébreux. Ils donnent au quatrième le nom de sourya.
« L'Esprit divin qui circule au ciel, on l’appellé Indra, Mitra, Varouna, Agni. Les sages donnent à l’Etre unique plus d’un nom, c’est Agni, Yama, Matariswan.
Pa
« Mais les chevaux ailés l’emportent sur le char
noir de la nuit, et les vapeurs qui couvrent le ciel. Ils sortent de la demeure d’Agni et la terre est aussitôt arrosée d’un beurre abondant.
* # x « Qui dira ce que c’est que les douze rayons, la roue unique, les trois moyeux ? Sur cette espèce de char sont
élevés à la fois trois cent soixante écuyers, qui sont en quelque sorte immobiles dans leur mobilité.
« O Saraswati, tu viens de nous ouvrir ton sein fortuné qui renferme tant de choses précieuses, qui contient tant de biens, de trésors, et de présents magnifiques.
« Que les Devas mortels ajoutent sacrifices sur sacrifices : tels sont leurs premiers devoirs. Par ces œuvres généreuses ils obtiennent le ciel où sont les anciens devas, les Sadhyas (anciens hommes devenus parfaits et élevés aux cieux).
« L’onde céleste descend égale à l’onde de nos libations. Si les nuages réjouissent la terre, c’est que les feux d’Agni ont réjoui le ciel.
« J’appelle à notre secours le Divin, le Grand habitant de l'air, celui qui produit les eaux et les plantes, l’illustre maître des ondes, qui dispense la pluie au moment convenable. »
Nous reviendrons sur cet hymne extraordinaire, en appréciant dans leur ensemble tous les chants védiques que nous proposons de donner, et nous démontrerons qu'il contient dans son essence toutes les traditions cosmogoniques et religieuses sur lesquelles vivent les temples et les prêtres, depuis des milliers d'années.
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