DEVOIRS DU CHEF DE FAMILLE
Ier PADYA \-
« Tous les hommes sont égaux sous l’œil de Brahma, le maître souverain n’a créé ni caste, ni pariah, ces préceptes s’adressent à tous les hommes.
« Le père de famille est le soutien naturel de trois sortes de personnes, des brahmatcharis ou novices, qui font le vœu de chasteté pour leur temps d'étude, des prêtres et des pénitents.
« Qu'il leur fournisse la nourriture, les vêtements nécessaires et tout ce qu’ils ont besoin pour se livrer en paix à leurs occupations.
vi LE PARIAH DANS L'HUMANITÉ.
« Le père de famille doit aussi la protection aux pauvres, aux Voyageurs, aux pèlerins; qu’à chaque repas il prélève leur part, et la place sous la vérandah de sa demeure‘.
« Chaque jour il doit s'acquitter des cinq dettes prescrites, envers Brahma, les mânes des ancêtres, tes hôtes, les parents et lui-même.
« A Dieu il doit les oblations et les sacrifices, aux manes des ancêtres le sraddha ou repas funéraire, aux hôtes l’hospitalité, à ses parents son aide dans le malheur, à lui-même les oblations et les purifications de chaque jour.
« Le père de famille qui accomplit avec zèle ces devoirs est sûr de pouvoir acquitter la grande dette des ancêtres, c’est-à-dire d'obtenir un fils qui perpétuera sur sa dépouille mortelle les cérémonies funéraires qui ouvrent au père le séjour céleste.
« Que les deux époux, unis par les liens de l’amour, le soient également par œux de la vertu, et mettent teur bonheur à pratiquer le bien ensemble.
« Qu'ils donnent l'hospitalité à tous ceux qui sont
dans le besoin, et leur union ne sera jamais frappée
1. Ce prélévement de la part du pauvse et du pélerin, à euisté pendant tout le moyen âge dans la plepart des contrées de l'Europe.
de stérilité; secourir le prochain est ce qu’il y a de plus agréable aux dieux. :
« Il n’y a pas sur la terre de bonheur plus grand que celui de deux époux, unis par la chasteté et la pratique de la vertu.
« Le père de famille qui accomplit tous les devoirs de son état doit être plus estimé que le vanaprastha qui se retire dans les forêts, car plus la lutte avec les passions est difficile et plus on a de mérite.
« Les époux qui vivent selon les règles prescrites, sans jamais s’écarter du droit chemin, accomplissent plus de bien, par leurs exemples, que le pénitent qui se retire au désert.
« L'état de sainteté par excellence est celui du mariage ; quand on n’a d'autre mobile que la vertu, on accomplit la volonté des dieux, on perpétue la race humaine, et on se prépare l’immortalité. »
11° PADYA
« Que la femme accompagne partout son mari, prévienue ses désirs, obéisse à ses ordres, et lui soit fidèle jusqu’à la mort.
« Les sages ont dit qu'aucune qualité ne pouvait être reconnue à la femme qui n’était point fidèle.
« Une femme chaste est au-dessus de tous les biens qu’un père de famille puisse désirer.
« Une femme chaste est aussi pure que le calice de la rose ou de la divine fleur du lotus.
« Les prières d’une femme chaste feraient tomber l’eau du ciel sur les moissons altérées, même malgré la volonté des dieux.
« La femme qui aime son mari, veille sur ses actions et conquiert l'estime de tous, peut être égale
aux plus saints et aux plus puissants personnages.
« C’est en vain que vous chercherez à garder la vertu d'une femme à l’aide de murailles épaisses et
de portes garnies de fer, une femme chaste se garde elle-même.
« La plus belle place au séjour immortel de Brahma est acquise à la femme qui, pendant toute sa vie, sera restée fidèle à son mari et lui aura été dévouée, dans la santé comme dans la maladie.
« Le mari dont la femme mène une conduite repréhensible devient la risée des oisifs et fait la joie de ses ennemis.
« D'une mère honnète, sage et fidèle, naissent des enfants vertueux, et c'est là le plus grand bien que
les dieux puissent accorder aux hommes sur cette terre.
« Une telle femme n’a besoin ni de prières, ni de sacrifices, ni de repas funéraires; elle obtient au séjour céleste la même place que son mari. »
HI PADYA
« Des enfants vertueux doivent être préférés à toutes les richesses que l’on peut acquérir.
« Il peut attendre la mort sans crainte celui qui possède des enfants vertueux, carils lui ouvrirontle séjour immortel par leurs cérémonies funéraires.
« Sachez que les enfants vertueux sont le produit des sacrifices aux dieux, et des austérités méritoires accomplies par leurs parents; l'enfant est une récompense que donnent les dieux.
« Est-il un moment plus doux pour un père que celui où il reçoit de la main de ses enfants la nourriture qu'ils lui ont préparée; la nourriture offerte par les enfants est aussi délicieuse que l’amrita.
« Les caresses que l’on fait à ses enfants de la
LES DEVYOIRS. Li
main montent au cœur pour le réjouir; leurs cris sont une douce musique pour les oreilles.
« Celui qui parle de l'harmonie de la flûte et de la harpe n’a jamais entendu le doux bégaiement d’un enfant.
« Le plus bel héritage que l’enfant reçoit deson père est d'apprendre de lui à vivre en honnête homme.
« Toute l’ambition d’un père doit consister à se voir dépasser par ses fils en science et en sagesse.
. « La mère sent ses flancs tressaillir avec un bonheur plus grand que celui qu’elle a éprouvé lors de
la conception, quand elle entend donner à sonfils le nom de sage.
« Que le fils, en obéissant à son père, fasse dire à tous les. gens de bien : — Par quelles austérités méritoires Ce père a-t-il pu obtenir un tel fils ? »
IVe PADYA
« L'amour conjugal est né d’une pluie de larmes que Brahma, l'Être souverain, a laissées tomber sur la terre.
« Et ïl n’a pas dit que tous les hommes ne seraient pas égaux sous cette rosée féconde.
« Tous les hommes l’ont reçue, comme les plantes, les arbres et les fleurs reçoivent la rosée du matin.
« Iln’y a pas d'hommes purs et d'hommes impurs par leur naissance ; l’homme est pur ou impur selon qü’il agit bien ou mal.
« Tous les hommes sont frères sous la rosée diyine tombée des célestes paupières de Brahma.
« L'amour unit non-seulement l’homme et la
L] e ° | femme, mais il unit tous les atomes et tous les Corps. |
« C’est par les liens d’une chaîne amoureuse que tousles grands corps célestes sont maintenus dans l'espace; ils brûlent l’un pour l’autre d’un amour immortel, toujours renaissant, toujours inassouvi.
« Par l'amitié les hommes se protégent entre eux, par l'amour ils accomplissent la loi divine et conservent l’humanité.
« L'amour donne à l’homme les moments les plus heureux qu’il puisse passer sur la terre; les époux bien unis ne seront pas séparés dans les sphères immortelles où règne Indra.
« L'amour attire la vertu et repousse le mal, comme le soleil attire à lui tous les germes de la vie et dessèche toutes les substances inutiles.
« Le mariage sans l’amour, ont dit les sages, est comme l'arbre que l’on plante dans le sable.
« Si l’amour n’attire pas les âmes, à quoi sert l'union des corps? l’amour c'est la vie, Se d'amour c'est la mort. »
Ve PADYA
« Sachez qu'un hôte, voyageur, pèlerin -ou mendiant, est toujours envoyé par les dieux.
« L'homme a vécu d’abord seul dans les forêts avec sa compagne, puis il a bâti des villes, amassé des richesses, qu'il sanctifie les biens qu'il areçus de da fortune en recevant bien les hôtes que le ciel Jui envoie,
. « Gelui qui repousse un hôte est méprisé par tous les gens de bien, il faut donner même aux méchanis, les choses nécessaires à la vie.
« Maudits soient coux qui, en se réunissant et en bâtissant des villes, on dit : il y a des hommes impurs qu’il faut repousser de notre toit et chasser de la ville.
« Maudits soient ceux qui ont dit à leurs frères :
allez demander l’hospitalité aux bâtes fauves dans l’intérieur des bois et dans les réduits secrets de ln
jungle.
« Maudits soient ceux qui les ont repoussés du bûcher et leur ont refusé l'hospitalité de l'urne funéraire {.
« Tous ceux qui n’exercent point l'hospitalité, verront leurs bonnes actions s’en aller en fumée, leurs richesses disparaître comme les herbes sèches que brülent les bergers, leur postérité s’amoindrir par les maladies et la lèpre.
« La fortune aime à se reposer sous le toit des hommes de bien qui reçoivent leurs hôtes avec honneur.
« Celui qui, au repas du soir, sert ses hôtes avant sa famille et lui-même, voit fleurir les moissons dans ses champs quand même il n’y a rien semé.
« La récompense est mille fois supérieure à la peine que l’on prend pour bien recevoir un hôte, celui-là est un ignorant qui craint de se ruiner en exerçant l'hospitalité. .
1, On convient que les brahmes n’ont eu rien de plus pressé en adoptant l'ouvrage de Tirouvallouva que de supprimer ces passage accusaleurs.
« Ainsi que la fleur amatlé se flétrit à l’ombre, de même se flétrit le bonheur de celui qui se cache quant il voit au loin, sur la route, un hôte qui se dirige vers sa maison, fatigué et couvert de poussière, »
VIs PADYA
« Le père de famille qui pratique la vertu, qui est attaché à sa femme par les liens de l'amour, qui aime ses semblables et pratique l'hospitalité, est toujours d’une humeur égale, et juste dans toutes ses actions. |
« C'est avec des paroles agréables et un visage souriant que l’homme de bien gagne l'affection de tous, plus encore que par la générosité.
« Parler toujours d’un air aimable, traiter tout le
monde d’une humeur égale, est le signe du véritable mérite.
« La pauvreté qu’engendre la tristesse n’atteindra jamais celui qui sait joindre aux services qu’il rend les douces paroles qui en doublent le prix.
« Les plus beaux ornements que l’homme doit ambitionner sont la simplicité et l’affabilité.
« Avec des paroles aimables on touche le cœur des gens les plus pervers, il faut toujours mettre un. gracieux visage au service de la vertu.
« La vertu n’est point farouche, et le meilleur Jnoyen de combattre le mal est de ne point semer des épines sur le chemin du bien.
« Ge sont surtout les paroles et les actes qui conduisent le prochain vers le bien, qui, après avoir fait le bonheur de cette vie, seront appréciés dans l’autre par les dieux.
« Les douces paroles sont les signes extérieurs des sentiments simples et honnêtes, pourquoi donc se servir de paroles amères?
« Mange-t-on des mangues vertes et aigres quand on peut s’en procurer de müres? »
VIIs PADYA
« Quelle que soit la reconnaissance dont on ait fait preuve, la dette que l’on contracte envers un bienfaiteur n’est jamais éteinte ni sur cette terre, ni dans le ciel.
« Quelque minime que soit le service rendu, celui qui le reçoit doit le considérer comme aussi grand que l'univers.
« Ne dites pas, quand le besoïn a cessé : celui qui m'est venu en aide ne m’a donné que les grains de riz tombés de sa tiselle ; médire de celui qui donneest * le plus grand des crimes pour celni qui a accepté de recevoir.
« Le service rendu simplement, sans esprit de retour, est aussi vaste que l'Océan.
« Ne serait-il gros que comme un grain de mil, que celui qui l’a demandé le regarde comme aussi gros que le fruit du cocotier.
« Il ne faut jamais apprécier un service à l'effort que fait celui quile rend, mais bien aux besoins de celui qui le demande.
« L’ingrat perd l'estime des honnèêtes gens, il n’y a pas de crime plus grand que d'oublier celui qui nous a secouru dans la misère, et assisté dans le malheur.
« La mort même du bienfaiteur ne nous délivre point de la reconnaissance que nous lui devons ; malheur à ceux qui n'offrent pas le repas funéraire, à chaque auniversaire de sa mort.
« Conserver le souvenir des bienfaits et oublier le mal est le propre des grandes âmes; celles-là n’ont rien à craindre de leur transformation dernière, les cieux d’Indra s'ouvrent pour les recevoir.
« Il y a des purifications pour tous les crimes, des oblations qui effacent toutes les souillures. Il n'y a’pas de prières ou de sacrifices qui effacent | l'ingratitude. » |
VIIIS PADYA
« La justice, dans ses règles éternelles, doit ètre égale pour tous. Soyez toujours juste dans vos décrets, qu’il s’agisse de vous, de vos amis, de vos ennemis ou des étrangers.
« La fortune acquise d’après les règles de la justice se conserve dans les. familles jusque dans la postérité la plus reculée.
« Il faut quitter sur-le-champ les biens mal acquis, quand bien même on devrait se trouver dans la plus profonde misère, car un plus grand mal en résulterait par la suite.
« Le bien comme le mal nous suit dans notre descendance, et, par ce qui arrivera d’heureux ou de malheureux à nos enfants, on verra si nous avons blessé ou suivi les règles de la justice; l’homme de
bien verra s’accroiître ses richesses, la fortune du malhonnête homme disparaîtra comme les vapeurs du matin.
« L'homme de bien met tous ses soins à ne jamais faire prédominer ses intérêts sur la justice ; quant à celui qui ne s’inquiète que de ses intérêts, on peut dire qu’il ne connaît ni le bien ni le mal, puisqu'il croit que l'injustice peut être profitable.
« Celui qui abandonne les règles de la justice agit comme s’il préparait sa perte de ses propres mains.
« Si le malheur vient à frapper l’homme juste que rien n’a jamais pu détourner du droit chemin, les pundits sont d'avis que ces épreuves méritoires termineront pour le sage la série de ses migrations en ce monde.
« La justice est comme les plateaux d'une balance dont le moindre poids dérange l'équilibre, aussi le sage doit-il appliquer sa raison à ne la point blesser. |
« La justice ne doit point seulement se borner au langage, elle doit exister également dans le cœur.
« Ceux qui amassent des richesses par l'échange ou la vente mériteront le nom d'hommes de bien, s'ils ne blessent jamais les intérêts d’autrui. »
IX° PADYA
« Le ciel appartient à ceux qui maîtrisent leurs sens, l’enfer attend ceux qui ne cherchent qu’à les satisfaire.
« Sachez qu'il n’est pas d'action plus humble pour l’homme que celle de maitriser ses passions.
« Deux chemins s'ouvrent à l’homme au début de la vie, l’un parait hérissé de difficultés, l’autre couvert de fleurs, mais le premier procure au voyageur qui le parcourt des jouissances infinies, c'est celui de la vertu; le second conduit à des abimes sans fond, c’est celui du vice.
« On arrive au premier en mortifiant ses sens et en domptant ses passions, les plaisirs déshonnètes et la satisfaction des sens conduisent au second.
« Celui qui vit au milieu du monde en se conduisant d’après les règles prescrites plane au-dessus des autres hommes comme l’aigle chéri de Covinda qui s'élève majestueusement au-dessus des montagnes. |
« Une sage simplicité, qui sait goûter les plaisirs honnêtes sans jamais aller jusqu’à l’abus, est le meilleur complément de la puissance et de la richesse.
« Chaque fois que tu crains de blesser la vertu par un de tes cinq sens, refrène tes désirs comme la tortue qui rentre ses cinq membres sous sa carapace à la moindre apparence du danger, par cette conduite tu mériteras d’arriver au séjour immortel.
« Si, par malheur, il t'arrive de pécher, sache ne point parler de peur qu'après avoir causé du tort à toi-même, tu n’en canses encore aux autres par l'exemple.
« Toutes les fois que, de propos délibére, tu causeras quelque tort à tes semblables, tout le bien que tu auras acquis dans tes vies antérieures et dans ta vie présente s’envolera comme la poussière soulevée
par le vent.
« Blesse ton prochain avec un fer rouge, et il
pourra l’oublier, blesse-le avec ta langue, et il ne te le pardonnera jamais.
« Brahma lui-même descendra du ciel pour venir admirer l’homme qui aura su acquérir richesses, honneur, science, sans blesser ni la justice ni la vertu.»
X° PADYA
« C’est aux bonnes mœurs que l’on reconnait le véritable honnête homme, et, plutôt que de les perdre, il vaudrait mieux abandonner la vie.
« Celui qui possède des bonnes mœurs agit sur tout ce qui l'entoure, comme le bois de sandal qui parfume tout ce qui le touche.
« Il n’y a pas en ce monde de naissance servile, uul homme n’est impur parce qu’il appartient à telle ou telle classe ; une vie pure relève l’homme de la plus basse extraction, une conduite désordonnée rabaisse l’homme le plus puissant.
« Le pariah qui possède de bonnes mœurs est au-dessus du brahmeë corrompu et débauché.
« Tu peux acquérir de nouveau des richesses
après les avoir perdues, mais la chasteté et les mœurs pures ne reviennent plus quand on les a chassées.
« Le prodigue ne peut pas plus s'enrichir que l’homme dissolu ne peut prétendre à l’honnéteté.
« Jamais les pundits et les hommes qui ont possédé la véritable science n’ont mené une conduite qui pôt les exposer au mépris des gens de bien.
« Les bonnes mœurs sont des semences qui germent sur la terre, mais dont on ne récolte les fruits que dans l'autre vie; les unes apportent avec elles le bonheur et l’immortalité, les autres rejettent l’âme humaine parmi les auimaux inférieurs.
« L'homme pur se reconnaît surtout à la chasteté de son langage, jamais rien ne s'échappe de sa bouche qui puisse blesser les oreilles des enfants et des femmes. |
« C'est en vain que tu chercheras à remplacer les bonnes mœurs par l’étude et la science, le savant débauché est au-dessous du chaste ignorant. »
XIe PADYA
« Que celui qui tient à son honneur, à la conservation de ses richesses et à la prospérité de sa race ne recherche jamais la femme de son prochain.
« Parmi tous les hommes vicieux et méchants, le plus mauvais est celui qui provoque à l’inconduite la femme d’un autre.
« Le seul désir de satisfaire sa passion pour la femme d’un ami rend l’homme plus impur qu’un cadavre.
« Honneur, richesses, bonnes actions antérieu. res, disparaitront comme un grain de poussière soulevé par le vent, pour celui qui aura séduit la femme d’un autre.
« Le crime sera d'autant plus grand aue le cou-
pable aura profité de sa situation dans la maison pour le commettre facilement.
« Celui qui a convié au péché la femme d’autrui, sera où mis à mort sur la plainte des parents et l’ordre du roi; ou méprisé par tous les gens de bien et chassé de sa caste, ou frappé d’éléphantiasis et de lèpre, et à l’heure de la mort il retombera dans les migrations les plus infimes.
« L'homme qui à aucune époque de sa vie, n’a jamais convoité, même par simple pensée, la femme de son prochain, doit être vénéré comme étant l’image même de la vertu.
« Et chez les puissants de la terre, dont les tentations sont constantes, et pour qui le crime est si facile dans son exécution, le respect des femmes des autres est la plus pure gloire qu'ils puissent acquérir.
« Il n’est aucun bien sur cet univers qu'entourent les vastes mers, dont ne soit digne l’homme qui n’a jamais souillé un lit conjugal.
« Quelles que soient les fautes qu’un homme aura. pu commettre, il lui sera beaucoup pardonné, si pendant le cours de son existence il a toujours respecté la femme d'autrui. »
XII PADYA
« De même que la terre supporte ceux qui lui déchirent le sein avecle coutre de la charrue, de même
devons-nous supporter .ceux qui nous ont fait du mal.
« Ilest bien de ne jamais chercher à se venger du mal que l’on a reçu, mais il est encore mieux del’oublier complétement.
« Ne pas exercer l'hospitalité est le plus grand de tous les crimes ; supporter les injures sans se plaindre est la plus grande des vertus.
« Sache donc acquérir un caractère égal, et mets tous tes soins à ne jamais oublier que la patience est le commencement et la fin de la sagesse.
« L'homme impatient a sans cesse la raison troublée, l'homme patient n’agit qu'avec conscience de ce qu’il fait; son jugement est estimé des gens de bien, c’est un or pur qui doit éviter tout alliage.
« La satisfaction que l’on retire de la vengeance est aussi passagère que l’insulte que l'on a reçue; celui qui dédaigne de se venger acquiert une gloire immortelle.
« Celui qui est victime d’une injustice doit plaindre le malheureux qui s’est rendu coupable envers lui, pour les misères qu’il se prépare dans les migrations futures.
« Tu dois forcer au respect ceux qui t'insultent, par la sérénité de ton cœur.
« Le père de famille qui, dans la vie mondaine, se sanctifie par la pratique de toutes les vertus, et qui ne se laisse jamais aller à la colère ou à la vengeance, acquiert plus de mérite que les religieux qui se sont retirés dans les forêts.
« La vertu qui se conserve au milieu des luttes et des soucis de la vie, doit être plus estimée que celle qui se retire du monde par crainte du combat. »
Le en, Lane
XIII PADYA
« Celui qui veut atteindre à la véritable perfection doit s’efforcer de chasser l'envie de son cœur.
« Si on maitrise l'envie et surtout si l’on n'’éprouve aucune jalousie du bien qui arrive à ses amis, on est récompensé en ce monde par l'estime de tous, et dans l’autre par une transformation supérieure.
« L’envieux n’est jaloux du bonheur et de la
vertu des autres que parce qu'il n’est digne ni du bonheur ni de la vertu.
« Il n’est pas d’être plus méprisable que celui qui convoite la récompense sans s'être donné la peine de la mériter.
« L’honnête homme ne laisse jamais l’envie se
glisser dans son cœur; car, s’il connaît la récompense qui attend le sage, 1l sait aussi quel châtiment encourt le méchant.
« Quand même l’envieux obtiendrait tous Îles avantages qu'il a désirés, il n’est jamais plus près de sa chute que quand tout paraît lui sourire.
« L’envie ronge les fortunes et la prospérité des familles comme les fourmis cariahs rongent les piliers des maisons qui s’écroulent à la saison des pluies.
« Celui qui fait le mal à autrui, par envie, sera frappé dans ses richesses et dans ses enfants qui seront réduits à vivre d'aumône.
« N'oubliez jamais qu’il faut bien peu de chose pour que la déesse de la misère chasse la déesse de la fortune.
« Les sages savent ce que valent les richesses de l’envieux et le malheur de l’homme de bien; tout cela n’est qu’une image trompeuse, une illusion de la vie présente, ce n’est que dans l’autre vie que se trouvent la réelle justice et la réelle vérité. »
XIV® PADYA
« Celui qui convoite le bien d’autrui édifie de ses propres mains sa ruine et celle de sa famille, car il n'existe aucun moyen honnête de s’emparer de ce qui ne nous appartient pas.
« Quiconque respecte la justice n’est jamais attiré à la blesser dans ce qu’elle a de plus sacré, par les satisfactions mensongères qu’il pourrait retirer en s’emparant du bien d'autrui.
« Quelle satisfaction peut procurer à l’homme juste la jouissance de ce qui ne lui appartient pas?
« L'homme juste est maître de ses passions, il met son bonheur dans l'étude des sciences sacrées,
la misère lui est aussi indifférente qu’une fourmi à un éléphant.
« La science serait inutile si elle n'inspirait pasà ses adeptes le mépris des moyens déshonnètes, dans l’acquisition des richesses.
« L'homme qui s’est marié pour acquitter la dette des ancêtres, et exercer l'hospitalité du père de famille, doit savoir que les principales vertus découlent de lacharité, et que c’est blesser la charité que de commettre des actions répréhensibles pour s’emparer du bien d autrui.
« De même que l’arbre mal cultivé ne donne jamais de bons fruits, le bien acquis par les voies détournées ne profite jamais à celui qui s’en est emparé.
« Ce que l’on doit rechercher sur la terre, c’est à abréger la série des transmigrations progressives imposées à l’homme pour parvenir au séjour d'Indra ; ce n’est pas en lassant la fortune de ses prières et en ne vivant que pour amasser, qu'on se prépare à la transformation suprême.
« C’est ainsi que chaque existence sur la terre est le produit fatal des actions bonnes ou mauvaises accomplies dans les vies antérieures.
« Celui qui est bien persuadé de cette vérité possède la science du passé et de l’avenir‘et c’est pour cela qu'il ne court jamais à sa perte certaine en s'emparant du bien d'autrui. » |
XV° PADYA
« Quand même tu soumettrais tous les actes de ta vie aux sévères prescriptions de la vertu, tous tes efforts pour parvenir à la justification seront inutiles si tu ne fuis la médisance.
« Abandonner la vertu pour le vice est un grand crime, mais il est peut-être encore plus blamäble de présenter au prochain un visage empreint d’une hypocrite bonté, alors qu’on n'attend que son absence pour le dénigrer.
« Celui qui passe sa vie à attaquer les absents, alors qu’en leur présence il prend toujours un air souriant, renaitra après la mort dans le corps d’un de ces tristes oiseaux de la nuit, dont les yeux ne peuvent supporter la lumière du soleil.
« Quelles que soient les injures que tu as reçues de
ton prochain, ne te laisse pas aller à le dénigrer en son absence, la punition ne se ferait pas attendre.
« Combien il est plus beau de cacher avec charité Jes fautes d'autrui; celui-là n’est point réellement vertueux qui n’agit pas ainsi.
« Lorsque vous dévoilez les fautes des autres, ils s’attachent à vos pas, vous épient, et changent en scandale public vos actes les plus secrets.
« Celui qui vit de médisances fait tort à tout ce qui l’approche et il finit par voir sa famille et ses meilleurs amis s'éloigner de lui.
« Que réservent-ils donc à leurs ennemis ceux qui ne peuvent laisser un seul jour s’écouler sans dénigrer leurs amis”?
« Tout, dans les cieux et sur la terre, ne se soutient que par l'amour et la charité; l’amour unit l'homme et la femme pour la perpétuation de l’espèce humaine, la charité unit tous les hommes.
« Lorsque tous les hommes mettront autant d’empressement à se soutenir qu'ils en mettent à s’attaquer, l'hypocrisie et la médisance disparaitront pour toujours de la terre. »
XVI° PADYA
« Celui qui se répand en tous lieux en paroles ‘ futiles ne récolte que le mépris des honnêtes gens.
« Celui qui ne se distingue dans les réunions et les fêtes que par des discours oïiseux, devient la risée même de ses amis.
« Garde-toi par-dessus tout de paroles inutiles, car il n’y a rien qui soit plus difficile que de faire revenir le monde sur son opinion quand il a taxé une fois une homme de légèreté.
« Si tu prononces desdiscours vides de sens dans une réunion d'hommes sérieux, tu perds immédiatement l’estime de tous.
« C’est ainsi que les puissants perdent souvent
toute valeur aux yeux de la foule qui a l’habitude d’honorer peu ce qu’elle ne respecte pas.
« Les paroles futiles sont le meilleur indice d’un caractère sans consistance; ceux qui possèdent un semblable caractère ne sont jamais pris au sérieux par leurs semblables.
« Comme le vaste Océan, l'humanité possède son écume que le vent de l’indécision et du hasard balaye à son gré.
« L'erreur est plus excusable que la légèreté.
« Les sages qui passent leur vie dans la contemplation de l'infini et à la recherche des vérités immortelles, n'ont jamais perdu leur temps à de vains propos. |
« C’est le propre de la vraie science et de la vérible sagesse de ne parler que de ce qu’elle sait, et de ne jamais rien dire d’inutile.
« Toute parole inutile, par cela même est nuisible.
« Habitue donc ton esprit à ne te présenter que des images sérieuses, et quand tu prends la parole, fais choix dans tes idées de celles qui, en intéressant ton auditoire, lui seront également profitables. »
XVIIe PADYA
« Ainsi que, dans la saison des pluies l’eau qui, cependant n'attend rien de la terre, revient périodiquement pour la féconder, ne te lasse jamais de répandre autour de toi tes bienfaits, sans en attendre aucune récompense.
« L'homme, ici-bas, ne peut sanctifier les richesses qu'il a amassées qu’en comblant de ses largesses les pauvres, les infirmes, les hôtes, ses amis et ses parents.
« Il n’est pas au séjour céleste d'Indra'une qualité qui sera plus prisée et qui attirera de plus hautes faveurs que la libéralité envers tous ceux qui souffrent et tous ceux qui ont besoin.
« Celui qui fait un noble usage de ses richesses
doit être considéré comme deux fois né, car il ré-
pand autour de lui le bonheur et la vie, tandis que l’avare est comme s’il n'existait pas, car il n’est utile à personne, c’est un cadavre.
« De même que de grands/réservoirs ont été ménagés pour conserver l’eau de la saison des pluies, qui ira féconder les champs aux temps de sécheresse, de même les hommes riches ne sont que des réservoirs qui doivent laisser s’écouler leurs richesses sur les malheureux. |
« L'homme riche est un arbre chargé de fruits sur les bords du chemin où les voyageurs, les passants, les pauvres, les pélerins, trouvent l’ombrage et la nourriture :
« Ou comme l'arbre vangou dont les feuilles calment la fièvre et près duquel chacun vient chercher la santé.
« Celui qui vient à perdre ses richesses doit être bien moins sensible à cette privation qu’à l’impossibilité où il va se trouver de faire le bien.
« Il n’y a pas de plus belle pauvreté que celle de l’homme qui s'est ruiné en assistant ses semblables. Cette pauvreté fera sa richesse au séjour céleste. »
XVIIIe PADYA
« L’aumône est la plus vertueuse des libéralités, car, s’adressant aux pauvres, c’est la seule qui soit faite sans qu'on y recherche un avantage terrestre.
« Les richesses sont un chemin difficile pour parvenir au séjour de Brahma; car ce n'est qu’en les dépensant en libéralités que l’on peut y atteindre.
« Lorsque, à l’heure où le soleil se couche, attiré par le bruit du pilon qui prépare les grains pour le repas du soir, le pauvre pénètre sous la vérandah de ta demeure, malheur à toi si, au lieu de subve-
nir à ses besoins, tu réponds que tu ne peux rien lui donner.
« L'homme libéral lui donne immédiatement de
quoi apaiser sa faim, au lieu de le laisser errer de demeure en demeure pour quêter quelques poignées de grains.
« Les anachorètes se font une gloire de mépriser la faim, mais ne la citent pas ironiquement en exemple à ceux qui souffrent et implorent la pitié : faire l’aumône vaut mieux que de nourrir les gens avec des maximes.
« Quand tu donnes aux pauvres tu places pour le ciel.
« Celui qui fait l’aumône est sûr, lorsque ses migrations terrestres ne sont pas achevées, de ne jamais souffrir de la faim dans les différentes existences qui lui restent encore à parcourir.
« Celui qui meurt au milieu d’inutiles richesses, qu’il n’a jamais employées à faire le bien, renaîtra pendant mille générations dans le corps d’un animal rampant.
« Malheur à celui dont la natte du repas! est toujours solitaire, car les dieux ne lui accordent ni une vieillesse heureuse, ni une nombreuse postérité.
1 Les Indous mangent assis par terre sur une natte.
« Ne dites pas : cet homme est un être impur, un pariah, je ne veux rien lui donner, car il souillerait l’aumône. Tous les hommes sont égaux dans la vie, car ils sont égaux dans la mort. »
XIXe PADYA
« On doit surtout avoir à cœur d'acquérir en cette vie la réputation d’un homme vertueux et libéral, car c’est ainsi seulement que l’on juge, si l’on a rempli tous ses devoirs envers ses semblables.
« La louange des sages est la plus belle récompense que l'on doive ambitionner ici-bas. Cette fortune ne craint point l’adversité.
« Les dieux oublient les joies pures de leur denieure céleste, pour regarder l’homme vertueux, dont les actions réjouissent leur cœur.
« L'homme ainsi se prépare une place glorieuse au séjour de l’'immortalité, pour lui la mort ouvre les portes de la vie, et c’est par la vertu qu'il est ainsi transformé.
« Il vaudrait mille fois mieux qu'il ne fût pas né, l’homme qui n'apporte en ce monde que des instincts pervers. °
« Puisque la vertu donne l’immortalité, pourquoi chaque homme ne mettrait-t-il pas toute son ambition à acquérir un bien aussi précieux, qui laisse de lui sur cette terre un glorieux souvenir et lui procure dans l’autre un bonheur éternel?
« Sila vertu venait à disparaître de la terre, le soleil cesserait de la chauffer de ses rayons bienfaisants, et la matière perdrait sa fécondité.
« Le souvenir de l’homme vertueux se perpétue d'âge en âge, son nom vit dans toutes les mémoires, ses exemples portent des fruits toujours nouveaux; ainsi l'arbre sandal, quand il est abattu, voit ses rejetons pousser de tous côtés et envahir la forêt.
« Tous les hommes sont égaux sous l'œil de Brahma, le maître souverain n’a créé ni castes ni pariahs, c'est pour cela que ce qui vient d’être écrit s'adresse à tous les hommes. »