CHAPITRE VIIL
BRAHMATMA. — BOUDDHI. — ZERDUST. — MIKADO. — LAMA. — PAPB.
Le brahmatma (en samscrit, la grande àme), dont nous avons déjà eu occasion de parler, fut le chef religieux placé par les brahmes à leur tète, comme une manifestation visible et permanente de Dieu sur ia terre.
Selon la légende, le brahmatma sortit du cerveau de Brahma, et reçut de lui le pouvoir de créer les prêtres.
Suivant des annales authentiques, basées sur la chronologie astronomique, on pourrait remonter de brahmatma en brahmatma jusqu'à vingt«cinq mille ans environ, au delà de notre ère.
Sans qull nous sort possible de rien affirmer à cet égard, — on conçoit que nous ne puissions à nous seul, traduire toute rhistoire brahmanique, ^ nous pouvons dire qu'une pareille antiquité nous paratt d'autant moins invraisemblable, que nous avons pu nous-môme fixer, et cela d'une manière certaine Félection de Yati-Richi à ce poste suprême, ft Tannée treize mille trois cent avant Jésus-Christ. Autorité sans bornes, sans contrôle au spirituel comme au temporel pendant toute la période qui nous occupe, ce souverain reflgieux, ne perdit plus tard, à Tavénement des rois, son pouvoir temporel, que pour voir croître encore, si cela eut été possible, son prestige spirituel. r
On peut dire que, s'il n'exerça plus la souveraineté direc- ^ tement, il n'en fut pas moins le maître le plus absolu en 1 toutes matières, puisque les rois ne furent que des esclaves» | qu'il avait le droit de déposséder suivant son bon phôdr.
26i LBS FILS DB DIJBU.
Il était impossible de résister aux manifestations même les plus insensées de son autorité* du moment où il ne pouvait faire un geste ou prononcer une parole qui ne fussent immédiatement attribués à Dieu lui-même. \'
L'bistoire des temps primitifs de l'Inde, est pleine de récits curieux sur les mortlûcations, austérités et punitions, imposées par les brahmatmas aux rois qui avaient eu quelques velléités de reconquérir leur indépendance.
Et cependant, comme nous le verrons par la suite, ce fut par des révoltes d'aryas contre l'autorité brahmanique, que la royauté s'établit dans l'Inde... Mais, comme il arrive toujours en ces circonstances, prêtres et rois ne se tinrent pas rancune longtemps, et le peuple paya la réconciliation par un surcroit de corvées et d'impôts somptuaires. . . et le prestige religieux aidant, les rois ne tardèrent pas à retomber sous le joug qu'ils avaient secoué... les prêtres n'en furent que plus puissants^ n'ayant plus à prendre aux yeux du peuple, la responsabilité des mesures arbitraires qu'ils faisaient endosser par leurs esclaves couronnés.
Le brahmatma vivait invisible, au milieu de ses femmes et de ses favoris dans son immense palais; ses ordres aux prêtres, aux gouverneurs de province, aux brahmes et aux aryas de tous ordres, étaient portés par des messagers qui avaient aux bras des bracelets d'argent ciselés à ses armes, et qui lui rendaient compte de l'exécution.
Lorsque ces officiers du brahmatma passaient dans les villes, dans les aidées, et dans les campagnes, montés sur leurs monstrueux éléphants blancs, couverts de tentures de soie et caparaçonnés d*or, précédés de nombreux coureurs qui annonçaient leur présence par le cri sacré : ahovala! ahovatal... les populations s'agenouillaient sur le bord des routes et des rizières, ne relevant la tête que quand le cortège avait disparu.
Les brahmes avaient le droit de rester debout, ils devaient seulement, lorsque passait devant eux l'éléphant consacré, qui portait au front les armes du brahmatma sculptées en or, porter la main sur leur tête et sur les lèvres en signe de respect.
l'indb brahmakiqus. 265
Lorsque le brahmatma lui-même sortait, il ne pouvait le faire que dans un haoudah fermé à tous les regards par des rideaux tissés de cachemire, de soie et d'or, porté par Téléphant blanc éonsacré à sa personne, que nul autre que lui n'avait monté, et qui ployait littéralement sous l'or massif, les tapis du Nepaul, les pierreries et les perles fines. La trompe de l'animal était ornée de plusieurs bracelets, merveille de patience et d'orfèvrerie, à ses grosses oreilles pendaient d'énormes diamants d'une valeur inappréciable, et quant au haoudah» il était en bois de sandal inscruté d'or.
Le service du palais de ce représentant de Dieu sur la terre dépassait tout ce qu'il serait possible à l'imagination la plus féconde de réver« et les descriptions que les brahmes ont laissées du palais d'Asgartha laissent bien loin derrière elles les merveilles de Thèbes, de Memphis, de Ninive et de Babylone, qui n'étalent du reste qu'un écho affaibli de celles de leurs ancêtres Indous.
Une fois par an le brahmatma se laissait voir au peuple, il faisait à pied le tour de la pagode de la ville d'Asgartha où il résidait, suivant l'arche colossale sur laquelle étaient gravés les principaux signes mystérieux du culte, accompagné par les danses des devadassi, vierges chargées de la garde du feu sacré dans le temple.
À sa mort, son corps était brûlé sur un trépied d'or, ses cendres jetées dans le fleuve sacré, c'est-à-diredans leGange, et les prêtres accréditaient dans le menu peuple le bruit qu'il avait disparu au milieu de la fumée des sacrifices pour aller s'absorber dans le sein de Brahma.
Avant de mourir, le brahmatma désignait aux prêtres celui d'entre eux qui lui paraissait le plus digne de lui succéder.
Telle est, à grands traits, la figure de ce chef religieux, sur la tète duquel les brahmes avaient fait reposer tout leur système, et que, dans notre désir de donner un ensemble de celte société sacerdotale, que toutes les autres ont copiée à l'envi, nous prenons à peine le temps d'esquisser.
Chacun de nos chapitres donnerait aisément plusieurs vo-
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lames de recherches et d'étodes^ le leciear nonu saura gré des efforts que nous faisons pour coudenser la matière et loi donner en un seul» une id^ générale, «ne y«e rapide, maia juste» de cette vieille sodôté et des emprunts qui lui ont été faits.
Ainsi le brahmatma» dans, la religion brahmanique, était la clef de yoûte religieuse et civile de Tédiûce. Représentant de Dieu sur la terre, chef visible et infaillible de l'Église, tout droit émanait de lui» toute solution de sa part^était sans iq>pel, chaque brahme était son délégué, et les princes du temporel ses serviteurs...
N'est-ce point cette situation que l'Ëglise romaine a tentée au moyen âge de conquérir pour son pape?
Lorsque Bouddah tenta de ravir aux brahmes leur puissance, et que, chassé de l'Inde, il se réfugia à Ceylan, en Tartarie, au Thib^ et en Chine, chacune de ces contrées où s'étaUit son culte, qui ne fut qu'une copie de celui des brahmes qu'il avait voulu renverser^ admit un chef religieux, — re présentant de Dieu à l'imitation du brahmatma, comme lui émanation céleste, pouvoir absolu et irresponscÛDle, gardian de toute vérité civile et reliipieuse; ce chef se nomma à Ceylan le bouddki, en Tartarie et au Thibet le lama.
Zoroastre (Souryastara), ce brahme poursuivi par ses frères jusqu'à la cour de Perse, où il dévoilait aux yeux d'Isfendiar les mystères réservés dans l'Inde aux initiés, donna aussi au magisme un chef suprême du culte appelé le zerdufit, mais son pouvoir resta toujours circonscrit dans le cercle des choses religieuses; mtlgré tous les efforts qu'il ât pour étendre sa dominatioik, les rois de Perse ne se laissèrent point Bftettre en tutelle...
Le Japon, dont la religion est un mélange de bouddhisme et de brahmanisme, — de même que sa langue n'est aussi qu'un dérivé du samscrit, — eut également son chef religieux sous le nom de dalri-sama, c'est-à-dire émanation du Seigneur,— sama et sami sont deux mots qui signiffent Dieu en samscrit.
Ce souverain religieux, qui a résisté à toutes les révolutions, se nomme aujourd'hui le mikado.
l'indb brahmaniqur. fiG7
Voici dans quels termes en parle M. de Jancigny, rancien aide de camp du roi d'Aoude :
t Ce souverain règne par droit divin, comme descendant des dieux,.., il déifie et canonise les grands hommes après leur mort sur la proposition du taïcoun (chef civil); il a seul le droit de déterminer le jour où doivent être célébrées les fêtes mobiles, nomme ou confirme les supérieurs des différents ordres monastiques, et règle sans appel toutes les questions thélogiques. •
Enfin les fondateurs du christianisme, après avoir empruntô au brahmanisme sa trinité, ses mystères, le nom et las aventures de ses incarnations, la vierge mère^ et, ainsi qme nous le verrons, jusqu'à l'huile saiate, jusqu'au feu de 1 autel, à l'eau bénite et aux cérémonies, tinrent sans doute m^^"®'^ encore mieux leur fiUaiiott en poussant la servilité de la copie jusqu'au bout.
Aj^ès avoir fait de lezeus Cairistna, Jésus-Christ; de la vierge Devanaguy, Marie; du brahmatma, ils fireiàt le papo.