LES INITIÉS ET LES FANATIQUES. — DWIDJA8 ET SANNTA
Gomme hommes, les brahmes étaient tous égaaz^ et le brahmatma lui-même, ne passait point pour être d'une origine plus noble que le dernier des mendiants de la caste des prêtres. Mais, pour l'harmonie hiérarchique de la société sacerdotale, et dans Tintérét de son influence, ils furent divisés en trois grandes classes, dans lesquelles chacun d'eux put être placé, selon ses aptitudes et le degré de son intelligence :
±^ Les brahmes proprement dit, c'est-à-dire les prêtres;
2o Les brahmes gourou, c'est-à-dire maîtres enseignants, théologiens, grammairiens, mathématiciens, astronomes, poètes, etc. ;
d9 Les brahmes sannyassis, ou mendiants cénobites.
Grâce à ces trois divisions, dont les membres les plus répandus étaient les mendiants, — les autres brahmes vivant dans la splendeur, derrière les murailles de leurs palais, et de leurs immenses pagodes, — les prêtres, ces éternels hypocrites pouvaient dire à la foule agenouillée, qui travaillait pour la plus grande gloire de leur luxe et de leur oisiveté : « Voyez si nous ne vous donnons point l'exemple de toutes les vertus. Nous passe iis notre vie à prier Dieu, à étudier, à enseigner, et à vivre d'aumône. >
Jamais trame ne fut ourdie avec plus d'habileté, jamais chaîne ne fut rivée au cou des peuples plus adroitement.
Les deux premières classes seules étaient admises à l'initiation, c'est-à-dire à la connaissance graduelle des vérités scientifiques et religieuses qui assuraient la prédominance de la caste sacerdotale. Quant à la classe des mendiants, elle
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était laissée dans nne ignorance relative» avait pour mission de se mêler au peuple, d'écouter ses plaintes, et sous prétexte de quêter un peu de riz, d'espionner tous ses actes, et de signaler quiconque, dans la foule du troupeau, était capable de velléités indépendantes, et de complot contre Tau* torité brahmanique.
Les habiles, les initiés savaient à quoi s'en tenir sur leur prétendue origine divine, ils avaient trouvé le moyen, en exploitant le nom de Dieu, de so créer une situation à part de paresse et d'abondance, qu'ils ne pouvaient soutenir qu'en frappant la foule par le mystère et les craintes superstitieuses, mais le triomphe de l'art avait été justement de créer cette classe de prêtres mendiants, ignorants et fanatiques, qui dans la conviction où ils étaient que les mortifl* cations seules leur ouvriraient le séjour de Brahma, étonnaient le peuple par leurs austérités, et les supplices mêmes qu'ils s'imposaient.
11 serait difficile d'imaginer mieux, et toutes les sectes religieuses qui so sont succédées depuis, se sont modelées sur ce type-là.
La plus habile, la plus complète peut-être, qui se soit produite depuis celle que nous étudions, est sans contredit la société romaine; elle ne s'est pas borné à l'imitation, elle s'est calqué sur la société brahmanique...
Qu'on nous permette une parenthèse.
Les catholiques romains ont leurs initiés et leurs fanatiques, exactement comme la vieille société sacerdotale de l'Inde, et sur ce point, il faut que nous fassions connaître une des choses qui ont le plus blessé notre conscience, pendant nos voyages dans l'extrême Orient.
On se souvient de la faillite scandaleuse du père jésuite Lavalette! Eh bien, parcourez l'Inde, la Chine, le Japon, rOcéanie; chaque maison de missionnaire, est un comptoir tripotant sur les riz, l'indigo, la soie ou le colon : depuis vingt ans, vous voyez les mômes hommes commerçant, thésaurisant au profit de quelque coffre-fort inconnu... et menant une vie agréable et tranquille au sein do l'abondance de toutes choses; ce sont des initiés!
^70 LBS FILS I>B DIEU.
Au-dessous d'eux, est un certain nombre de fanatiques irrachés à la charrue, que Ton a préparés selon la formule, et qu'on adresse par fournée, et selon les besoins, à chaque succursale... De temps en temps, lorsque les fidèles tournent Toreille du côté de l'Orient, se demandant où en est la caléchisation du Japon, et autres lieux; à point nommé, on envoie cinq ou six de ces pauvres diables soulever au nom du Christ, quelque village de l'intérieur de la Chine ou de la côte de Corée, — on connaît les bons endroits, — le coup ne manque jamais, et au bout de quelques Jours, la foi compte cinq ou six martyrs de plus... £t voilà toute la catholicité en liesse, et Rome en a pour plusieurs années à sanctifier et à béatifier. Nous engageons quiconque serait tenté de nous accuser de calomnie en lisant ces lignes, à s'adresser à quel* qu'un qui ait vécu en Chine, au Japon et en Corée, et il en apprendra plus que nous n'oserions jamais en écrire.
Quant au commerce, ces messieurs le font notoirement et au grand jour, ce qui produit le plus triste effet moral qui se puisse imaginer. Quant aux sommes habilement prélevées sur la crédulité, pour le rachat de petits Chinois qui n'ont jamais été à vendre, peu de peuple ayant autant de tendresse pour leurs enfants^ nous pouvons a£&rmer, en fermant cette trop courte parenthèse, qu'il n'y a là qu'une escroquerie jésuitique
Voici comment s'opéraient les choix que les brahmes faisaient entre eux, pour les diUérentes fonctions dont nous avons parlé.
Tous les enfants de la caste brahme, sans exception, étaient réunis dans Tintérieur des temples, et recevaient par les soins des brahmes enseignants, les premiers éléments d'une instruction destinée surtout, à renseigner le professeur sur la valeur intellectuelle de ses élèves.
Les moins intelligents étaient rejetés dans la classe des mendiants ou sannyassis, ceux qui venaient après dans une moyenne ordinaire, étaient affectés au service journalier de la pagode, à l'entretien des ornements sacerdotaux, des vases et instruments du sacrifice, et de tous les objets destinés au service du culte; pour «eox-ci, Tinitlatioa ne dépas-
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sait pas la lecture et le commentaire général de TËeriture sainte, dans le sens ûxé par les prêtres de l'ordre supérieui qui entouraient le brahmatma.
Après eux, venaient les brahmes desservants et officiants, constamment occupés aux cérémonies et aux sacrements, dont nous indiquerons bientôt la forme et Tesprit. C'étaient les initiés du second degré, ceux qui étaient chargés de raconter aux peuples, les mystères, les sortilèges, les miracles, lea superstitions inventées pour le terroriser, et le conserver dans une utile et respectueuse dépendance.
Lorsque le brahme prêtre était arrivé à l'âge de cinquante ans, sans avoir commis aucune faute grave, soit contre la hiérarchie, soit en matière de dogme et de croyances religieuses, il était admis parmi les initiés du troisième degré, et il n'existait plus de secrets pour lui. Il s'adonnait alors, au milieu d'an luxe asiatique qui n'a pas eu son pareil au monde, aux études élevées que les brahmes de cette classe s'étaient réservées, et il devenait selon ses goûts, professeur, historien, philosophe, poète, astronome, mathématicien, et capable à son tour d'être nommé brahmatma, s'il pouvait réunir les suffrages des autres initiés.
Dans rinde entière l'initié du troisième degré était révéré à l'égal d'un dieu; partout où il se trouvait, il représentait le brahmatma, avait le droit de parler en son nom et de se faire obéir des princes aryas, auxquels était confiée l'admi* nistration temporelle.
C'était lui également qui ordonnait et consacrait les prêtres et les initiés du second degré.
Une fois par an, il faisait partie d'un conseil secret tenu et présidé par le brahmatma, dans lequel toutes les grandes questions qui avaient pu se soulever dans l'année étaient décidées, en matière religieuse et civile; nul parmi les brahmes, les aryas, et plus tard les rois, ne pouvait se soustraire à l'autorité de ce tribunal mystérieux et inquisitcMriaL
Quiconque, parmi les initiés du troisième degré, révélait à un profane une seule des vérités, on seul des secrets eooAés à sa garde, était mis à mort. Gekd qui avait reçu la eonfi- ^tonce subissait le même airt.
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Enfin, pour couronner cet habile systôme, il existait un mot consacré qui, en lui seul, suivant les brahmes, renfermait toute la science divine et humaine, un mot qui rendait celui qui le possédait presque égal à Brahma, et dont le brahmatma seul avait la connaissance*
Ce mot inconnu, dont aucun pouvoir humain ne pourrait encore aujourd'hui, que l'autorité brahmanique est tombée sous rinvasion mogole et la conquête européenne, aujourd'hui que chaque pagode à son brahmatma^ obtenir la révélation, était gravé dans un triangle d'or et conservé dans un sanctuaire du temple d'Asgartha dont le brahmatma seul avait les clefs. Aussi ce dernier portait-il sur sa tiare deuxclefs croisées supportées par deux prêtres agenouillés, signe du précieux dépôt dont il avait la garde. Ce mot et ce triangle étaient gravés sur le chaton de la bague que portait ce chef religieux comme un des signes de sa dignité; il était également encadré dans un soleil d'or sur Fautel, où chaque ma« tin était offert le sacriûce du sarvameda.
Voici ce signe dont, malgré toutes nos sollicitations, au^ cun brabme n'a jamais voulu nous indiquer le sens, se retranchant derrière cette affirmation, que le brahmatma de la pagode en possédait seul la signification.
Les lettres et combinaisons de syllabes de ce signe appartiennent bien à l'alphabet samscrit, seul reconnu comme alphabet devanaguerri, c'est-à-dire donné par Dieu, par les brahnâes savants du sud de l'Inde; mais il est impossible de leur donner aucune signification, d'après la manière dont elles sont assemblées dans ce triangle.
On peut supposer cependant, avec une apparence de rai« son, que le triangle était une figure de la trinité, le signe
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inscrit au centre doit représenter la première syllabe mystérieuse du nom de chacun des dieux qui la composent. Mais nous n'osons rien affirmer sur ce point.
Ainsi trois classes de brahiues : mendiants, prêtres et professeurs, et hommes de science, et trois classes d'initiés concouraient à former celte redoutable armée sacerdotale admirablement disciplinée, qui, sous les ordres suprêmes du brahmatma, a^^servit llnde à tous ses caprices pendant des milliers d'années.
. Le monde ancien tout entier se modela sur cette forme théocralique; il était impossible que quiconque ût profession de vivre d'habileté, de jongleries et de mensonges, ne se ralliât pas à ce moyen énergique d'attirer à soi le travail des autres, et de mettre son exploitation et son oisiveté sous le patronage et la garde de Dieu.
Le monde moderne a porté le jougpendant plus de dix-sept siècles. La liberté religieuse, l'indépendance de la raison ne sont nées que d'hier ; mais que de luttes encore pour que ces vérités si simples, sans lesquelles la responsabilité humaine ne se peut concevoir, puissent devenir la règle de conduite de certaines nations, héritières plus directes de l'intolérance sacerdotale...
Nous ne voulons y mettre ni circonlocution, ni réticences, c'est de notre pays, c'est de la France que nous parlons, et notre cœur saigne quand nous voyons l'étranger signaler la patrie de Voltaire et du bon sens, comme le foyer le plus ar^ dent de tous leségolsmes de caste et de toutes les intolérances cléricales...
c Depuis quelque temps vous parlez beaucoup de passer TAtlan tique,... me disait un Américain, membre du Congrès, et vous permettez à un fonctionnaire ignare, uni à un marchand de goupillons, de faire rayer de la liste du jury, sous prétexte de matérialisme, un savant qui est une des gloires de votre Faculté de médecine... Allons, agenouillez-vous sous la férule de Home, mais ne parlez plus de Washington I... •
274 UBS FILft DR DISO*
CHAJITRE X.
CMTAlVCBi» *• CÈKàmonOB QOOtWSMtnKBBm — U ftàCBUVIQ»
DU SABYAMSDA.
Les brfttaDMfl ittUite eoBmrrAre&t pour eux sauli tes simples et siiblkDes orayaaces de l'àge patriarcaL Ils continuèrent» dans les sanctnaires mystérieux de leurs pagodes et de leurs palais, à rendre leurs hommages au Zeus irrévélé, in-telligenoe suprême, loi éienielle de tous les êtres dont liiamme^ au début de la yjo, avait trouvé dans sa eonscienoa rimage eatempie de superstitions et de mystères ; à œ Diea eiiân dont saint Paul remontrait l'autel à Athènes, et qu'un signe symbolique désignait aux initiés, à Ëphèse, à Thébes, à Denderah, à Esneh, à Memphis, tantôt sous la forme d'una- Q^onne tronquée, e'est-à-dire sans fin, tantôt sous celle du linguam générateur, d'un triangle, ou. d'un œil inscrit dana vm eerele lumineux»
Mais ils comprirent bien vite que ce n'était pse avec un csdte si Binq^ qm'ils tiendraient les peuples dans lenr dé^ pendance, et alors multipliant les aides célestes^ ils divinisé* mt à rittllni tons las attdbuta de dieu en les personnifiant. Du Zens unique, ils avaient fait naître la trinité, représen* tant trois principes : création, — conservation,. — destruc* ttcm* — Brahma, — Yiaehnou, — Siva. Chacun de ces prin« e^pes devint un dieu pour le vulgaire, et de chacune de ces personnes de la trinité, activemeni mêlée 4 la vie des hontmss^ ils firent procéda des milliers d'anges» de chérubins» d'archanges, de demi-dieux et de génies bienfaisants, aux-^ quels ils opposèrent une foule aussi considérable de démons, rakchasas, pisatchas, diables, vampires, souparnas, sarpaa
L'XSBB BftAJMANlQIDB. SA
il laihÊB àm towt» n atamy coBsUmwiiMit an hUte yoar atliier ràomneTei» leBMil^ iuifftmp*râre laréecn^ease promiM^ •irettirainw dasftlm kkfisrnîilftdaoMttre^ Béjoiuréfttotts les maux, de tous les supplices les plus épouvantablM» Feu, s«rpMtis, dragoiM, >ifiwa«nr aax fiMBies les plus effrayantes, «ont coBatABKBieAl occupés^ dans le aomlxe royaume da Vaiaaukiy à totturet le» àaoâB et lescovps des malkftniem. dam- BéSte Delà naqvil ùè mythe mythologicLtte qui a fourni tous leapaathéoiiadtt monde entier»
Tromper et terroriser, tel fut le levier sacerdotal employé par lee brakmea ; ei leurs succeaaeurs» queUa que fût la contrée, l'époque et la secte, ne régnèrent pas par d'autrea moyens.^.
L'esprit général dea prêtres envers les antres hommes, a été et sera toujours le môme. L'évèque catholique de PtolémalSy Synesius» prend soin lui-même de nous l'apprendre (Is caivU, page 515). c Ls peuple veut abeolument qu*im h trtmpe; <m ne peut em agir auiremêut avec 2iiû«. Lee ancimm pritree d^ Egypte en œU toujaure ueà ainii^ e^eet pour cela qu*Ue e^eufertMieni doM leure Umplee, et y eomposoi^st à «on insu Uure myetèf'es ; ei le peuple eût été du eêerei^ il ee étroit fâché gv'on le tromjNU. Cependant, comment faire autrement avec le peuple^ pute* ga^'il est peuple t Pour moi j/e eerai toujours pkiloeophê avee mot, mmeje eerai PRÊTRE avec le peuple i..^ >
Ainsi, il faut tromper le peuple, ei on ne peut agir autrement jNuifti'U eet peuple t Le père Escobar avait bien tort d'user de ménag^ment et de restriction mentale, le docte évéque Synesius ne prend point tant de détour, il va droit an bttt„ et si avec lui-même il reetera philoeophOf c'est-à-dire, sérieux, rationnel, logique, laissant de côté les mystères, les miracles, et tout l'arsenal de la sorcellerie^ avee ce vil troupeau qu'on appelle le peuple, il «erefrllre, c'est-à-dire devin, magicien, thaumaturge, astrologue^sorcier, etc..«« puieque û peuple veut absolument qu'on le trompe I
Ces messieurs des premiers temps de l'église romaine | étaient parfois d'une singulière franchise, |
Écoutons encore, sur la même matière^ saint Grégoire de , Nazianse, écrivant à saint Jérôme (Hieron. ad Mep.).
276 LB8 FILl DB DBTJ.
a II fiê foui que du babil pour en impot^r au peuple. Moku U comprend, plue il admire.,. Nos pèree et doeteure ont souvent dU^ non ce qu'ils pensaient, mais ce que leur faisaient dire les eirconstances et le besoin, »
Oa ne viendra pas nous taxer de calomnie, et ee n'est certes pas nous qui faisons dire à ces lévites modernes, que le peuple n'est bon qu'à être trompé parce qu'il est peuple I et . que les pères de rÉglise, et les docteurs, ont souvent parlé suivant les temps et les lieux, et non suioanl ee qu'ils pmsaient.
L'évéque Synesius avait peur que le peuple ne se fàchàt, s'il eût été du secret...
Simple question! Voyons, mes bons pères, soyez complaisants Jusqu'au bout, et dites-nous pourquoi, vous tenez tant à tromper le peuple?...
Revenons aux brahmes indous. Le culte de ce dieu unique, auquel s'étaient adressés tous les vœux, tous les hymnes de répoque patriarcale, fut défendu à la plèbe sous peine de mort, et ce nom de Zeus fut environné de tant d'images mya* térieuses et terribles, que les vaysias et les soudras n'osaient jamais le prononcer en public.
Zeus fut le dieu des prêtres de tous ordres. Les brabmes mendiants mêmes, étaient admis à l'adorer, au milieu d'un appareil propre à frapper l'imagination, et à la fanatiser, leur initiation n'allait pas plus loin que cette adoration dans le sanctuaire, on eut craint que dans leurs fréquentations journalières avec toutes les classes, ils ne divulguassent les secrets qu'on leur eût confiés.
Brahma, le principe agissant créateur, fut le dieu des aryas ou xcbatrias.
Viscbnou, le principe conservateur, fut le dieu des vaisyas.
Et Siva, le dieu destructeur, le dieu terrible, fut celui imposé à l'adoration des soudras.
£t voyez, disent les brahmes même encore aujourd'hui quand ils prêchent dans les pagodes, comme ce système de division du peuple en castes est logique, il a été formé & l'image de la divinité : Zeus, souverain mtdtre de toutes choses, mais n'agissant pas par lui-même, c'est le brahme
LIKDB BRAHMANIQUB. 277
prêtre; Brabina, le dieu qui crée, qui agit, qui dirige, c'est î'arya ou le prince; Vischnou, le dieu qui conserve, c'est le vaisya, c'est-à-dire Tartisan, le commerçant qui produit l'impôt, conserve et assure la prospérité de l'État, par son travail et son industrie.
Quant à Siva, le dieu terrible, il contient le soudra dans l'obéissance et dans l'humilité de sa situation.
Gomme on le voit, le soudra fut le vrai peuple, la bote de somme du système t
Le culte rendu par les brahmes à Zeus, ne fut autre que le culte simple des premiers âges, des invocations, des hymnes, des prières pour le matin et le soir, pour les repas, et pour les purifications et ablutions, et c'est à peu près tout ce que nous voyons, qui fut recommandé aux prêtres initiés dans le bréviaire que nous possédons d'eux, sous le nom de Brahmana Sastra.
Quant aux brahmes mendiants, nous nous occuperons spécialement d'eux dans le chapitre consacré aux fukirs.
Les aryas ou princes, d'où sortirent plus tard les rois, ne furent point non plus soumis aux règles capricieuses impO' sées aux autres castes, chacun eut dans son palais son autel dédié à Brahma, et son cliajielaiii pour dfriger les cérémonies. En quelques lignes, Manou leur trace leurs devoirs.
c Les princes n'offrent pas de sacrifices; qu'ils choisissent un conseiller spirituel (pourohita), et un chapelain (ritwiJj), chargés de célébrer pour eux les cérémonies domestiques, et celles qui s'accomplissent avec les trois feux consacrés. Et, pour remplir entièrement leurs devoirs, qu'ils fassent de nombreux présents aux prêtres^ et leur procurent Jouissances et richesses. > t
Nous n'avons point de détails particuliers des cérémonies et sacrifices accomplis par les brahmes, dans les palais des aryas et plus tard des rajahs; les quelques documents que nous avons pu consulter nous poiient à croire que le culte réservé aux princes, quoi que parlant aux yeux, avec plus de pompe que celui rendu à Zeus par les brahmes, fut
27ft IMê WBuB jD8 DIBV.
•zfimpi 48 la pluj^t des wipecfititloiis InTM^toB pénr Ut
Tout cela appartiaiU aaoare, dans «n eadain Mna, à l'ini^ Uaiioa dont lea l>rahm«es avaient fait pajrt aux aiyas da«i une mesure modérée, et sans dépasser foelqueB vérités éU- ) Aeataires sur Tuniiô de Dieu; aiais les prlAces, pas plus fgue les brahmes* n'étaient dispensés d'assister aux gcandea eérémûinies, aux fêtes imposantes du culte public, et même d'y prendre une part active, pour agir avec plus û'watûôÂà sur Teapfit de la foule.
L'Inde entière s'était peu à peu couverte de pa^edes et de temples gigantesques, dédiés à Vischnou et à Sîva, les seuls dieux fui reçurent un oulte extérieur.
Lorsqu'on contemple aujourd'hui quelques-uns de cas monuments encore debout dans le sud de l'Inde, on iBste stupéfié en face de ces blocs de granit sculptés, dont les proportions sont complètement en debors de toutes les mesures auxquelles l'œil bumain s'habitue.
Nous avons vu des éléphants sculptés dans on seul bloc de granit, s'élevaot à vingt mètres du sol, et supportant oobqjub des cariatides, le couronnement d'une porte d'entrée di temple. Que l'on calcule la hauteur que ^cela donne au bm>* nument?
Nous avons vu une population de plus de quinze mille brahmes parlant encore samscrit, vivre dans une seule pagode, celle de Chélambrum ou de Trichaopc^L-
D'autres temples ne parlent plus qu'aa souvenir, mais par des ruines tellement gi^^aatesques, qu'au lieu de les attci* buer à une pagode seule, on les pn^ndrait pour les vestiges à demi enfouis, de grandes cités ancêtres de Babylone et de Ninive...Ii serait impossible de se faire une idée de leur masse, si d'autres n'étaient restés debout pour servir de point de comparaison.
Du matin au soir, dans oes monuments grandioses, lea autels laissaient échapper la3 parfums et la famée des sacfiûces, et les chants et les hjrmnes en l'honneur de la divinité se faisaieut entendre, interrompus senlenMAt aux heures nécessaires au repos.
L'niBB VIlAHlCA.inQfUE« 279
Chaque jour était employé de la manière suivante par les brahmes officiants.
Au lever du soleil^ ablution dans l'étang sacré, prière à la divinité à laqmelle le temple était consacré, Vischnou ou Siva; saerHiee du sarvameda offert ensuite par chaque brabme prêtre sur tm des autels du sanctuaire, et pour terminer les exercices du matin, bénédiction de tous les fidèles, et aspersion générale d*eaa lustrale, destinée à purifier fftme des souillures légères.
Les Indous des deux castes inférieures, ne pouvaient var quer à leurs occupations qu'après avoir assisté à ces différentes cérémonies.
Dans le courant du jour, les prêtres étalent tenus de lire un certain nombre de prières^ au Brahmana-Sastra, ou bréviaire.
Les sannyassis, mendiants, fakirs, et en général tout Indou des quatre classes, récitaient l'invocation à Siva ou à Yischnou, autant de fois dans le jour qu'il y avait de grains à leur ofaapelet.
Le soir au coucher du soleil, nouvelle ablution générale dans rétang sacré, puis réunion dans le temple pour la prière en commun, terminée par le timirami^ ou chant des morts.
Après 008 cérémonies, la journée religieuse était terminée pour le menu peuple, chacun rentrait dans sa demeure prendre le repas du soir, et se reposer des fatigues du Jour, on éooutant sous la vérandah, les interminables récits dee oxploits des dieux, des géants, des bons et des mauvais génies que les rapsodes chantaient dans les villages, en s'ao* compagnant sur la lyre à trois cordes en bois de citronnier, qat la fable grecque, écho des .poésies asiatiques, noua montre entre les mains d*Orphée« que nous retrouvona gravée sur les murailles d'Esneh et dans les sarcophages de l'Egypte, et sur laquelle les prêtres Scandinaves d'Iodah eC de Thor, et les druides entonnaient leurs hymnes mystérieux dans les sombres forêts du nord*
Le sacrifice du sarvameda, dont nous venons de parlai^ ^xige quelques explications spéciales ;
Sacrilice du Sarvanuda.
Le sacrifice du sarvameda que chaque prôtre ordonné, tonsuré et sacré dwidja (régénéré), devait offrir et offre encore aujourd'tiui dans Tlnde tous les matins à Dieu, est 11mage de la création.
Les védas considèrent Brahma comme se sacrifiant perpétuellement pour la création. Tout ce qui naît vient de lui» est une portion de son âme; tout ce qui meurt retourne à lui et se régénère en lui; c'est de celte croyance figurée, autant que du désir de frapper rimaj^ination des peuples pour la consolidation de l'autorité sacerdotale, que vont naître bientôt les différentes incarnations qui viendront, à période fixe, rajeunir le vieux système brahmanique chaque fois qu'il sera près de s'écrouler.
L'oflice du sarvameda représente donc le sacrifice de Dieu s'immolant pour ses créatures et venant les rappeler à la foi primitive, et les régénérer par des incarnations successives.
c J'ai trouvé cette sublime idée, dit M. de Humboldt, dans tous les livres sacrés de l'antiquité. »
Suivant les livres saints :
ff Brahma, dans ce sacrifice, est tout à la fois sacrificateur et victime, t
N'est-ce pas là le symbole catholique de la messe?
Ajoutons, pour compléter la similitude et accuser mieux l'emprunt, que le prêtre brahme mange à l'autel le pain azyme et les offrandes sur lesquelles il a appelé la bénédiction de Dieu.
Cette nourriture céleste, qu'il partage avec les assistants aux jours des grandes fêtes, maintient celui qui l'a reçu dans un état de pureté parfaite pendant un certain temps, car, ainsi que le dit le verset du véda que le prêtre prononce en donnant cette communion :
c Celui qui mange la nourriture de Dieu, devient semblable à Dieu, i
L'INDE BRA.HMAKIQUB. 281
Les catholiques auront beau dire, ils ne prouveront à per* sonne que leurs croyances, qui ne datent que de dix-huit siècles, ne sont pas des copies serviles des anciens mystères de l'Orient. A chaque pas, comme on a pu le voir, nous ren« controns les plus étranges rapprochements, et si nous ne les faisons point plus amplement ressortir, c'est que, pour ne pas entraver la marche de cette revue du passé brahmanique, nous en réservons l'examen et la comparaison plus approfondis à une étude soéciale sur Christna et le Christ.
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