CHAPITRE VI
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L'Égjpte, par sa position géographique, a dd être nécessairement une des premières contrées colonisées par les émigrations de Tlnde, une des premières qui reçut Tinfluence de cette antique civilisation dont les rayons sont panrenus jusqu'à nt)us.
Cette vérité devient plus frappante encore lorsqu'on étudie les institutions de ce pays, tellement calquées sur celles de la haute Asie, qu*il est impossible à une autre opinion de se produire, et que les préventions les plus fortes doivent céder devant l'ensemble imposant de preuves que Ton peut présenter sur cette matière.
Je ne pourrai certes les donner toutes dans le cadre restreint que je me suis imposé, aussi bien on a déjà pu voir que, m'en tenant aux principes généraux, chaque chapitre de cet ouvrage deviendrait facilement un volume, si tous les sujets qu'il traite, toutes les questions qu'il soulève, étaient traités avec tous les développements qu'ils pourraient comporter.
Ce que je veux m'attacher surtout à démontrer, c'est ia similitude des institutions civiles et politiques de tous les peuples de l'antiquité, l'unité d'initiation avec l'Inde pour initiatrice, comme je démontrerai plus tard, l'unité de la révélation religieuse avec l'Inde pour point de départ.
Que fut le gouvernement de TÉgjpte, en nous reportant aux époques les plus reculées? Identiquement la copie de
celui de Tlnde, 80us Tinspiration du même législateur, Manou ou Manès, dont les lois avaient été conservées par la tradition émigrante, et servirent à fonder sur le sol nou» yeau une société semblable à celle de la mère-patrie.
Ce nom de Manou ou Manès, nous Tavons déjà dit, n'est pas un substantif s'appliquant à un homme déterminé; sa signification sanscrite est: V homme par excellence y le législateur. C'est un titre ambitionné par tous les pasteurs^ d'hommes de l'antiquité, qui leur a été décerné en récompense de leurs services, ou qu'eux-mêmes ont tenu à honneur de s'attribuer.
Aussi, comme nous l'avons vu, le premier Manou, celui de rinde, exerce-t-il sur les législations antiques la même influence que le Digeste de Justinien sur les lois modernes.
Sous la direction de ce législateur, l'Égjpte fut tout îiaturellemenit théocratique et sacerdotale ; elle eut, comme l'Inde, un culte et une hiérarchie imposés avec la même sévérité, dans un même but de domination.
Au premier rang se trouve le prêtre, protecteur et gardien de toute vérité civile et religieuse, dominateur de^ rois et des peuples, émanation de Dieu, oint du Seigneur, irresponsable dans ses actes, au-dessus enfîn de toutes le& lois, comme il était au-dessus de tous les hommes.
Après lui vient le roi, que le prêtre veut bien laisser régner, à condition qu'il ne gouvernera que par ses inspirations et ses conseils.
Puis au-dessous nous trouvons, de même encore que dans l'Inde, le commerçant, chargé d'accroître la fortune des deux premières castes, de payer son luxe, ses caprices, ses débauches; et enfin l'artisan, ou travailleur, qui doit fournir des ouvriers, des domestiques, des esclaves...
Les prêtres se réservèrent la connaissance exclusive dessciences; c'est par les phénomènes physiques qu'eux seuls comprenaient qu'il leur était possible d'agir sur l'esprit
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des rois et de la foule. Us gardèrent pour eux également les sublimes notions sur Dieu et la Trinité, l'œuvre de la eréation et Timmortalité de l*àme, laissant la plôbe adorer des monstres, des statues, des images, et comme dans Tlnde encore, comme dans llnde toujours, le bœuf, qui, on le lait, fut aussi en Egypte un animal sacré.
J*ai TU, dans Tlnde, les brahmes rire sous cape, quand un pieux et modeste Indou venait s'agenouiller devant le bœuf de la pagode pour lui offrir du riz et des fruits.
Combien ces prêtres de Thèbes et de Memphis devaient, dans les profondeurs de leurs sombres et immenses temples qui étaient aussi leurs palais, sourire de pitié et de dégoût quand il leur fallait s'arracher à leurs hautes études ou à leurs plaisirs, pour promener, en grande pompe et pour la plus grande joie d'un peuple abruti, ce bœuf Apis, qu'ils avaient créé dieu dans l'orgueil de leur force et de leur mépris pour la nation servile qu'ils dominaient!
Et quel immense sujet de plaisanteries devait leur fournir la mort de ce bœuf, qu'ils étaient obligés de remplacer pour que le dogme de son immortalité ne souffrit aucune atteinte!
Comme ils conservèrent précieusement pendant des siècles le dépôt de leurs connaissances, source de tout leur prestige, et par quels serments terribles ils liaient à eux celui qu'ils consentaient à initier !
Comme dans la société brahmanique, les prêtres égyptiens édictèrent l'impossibilité de s'élever au-dessus de la classe où chacun, par sa naissance, se trouvait placé, frappant ainsi leurs institutions d'un cachet identique d'inertie et d'immobilité.
Le système pénal fut le même, et la répression s'exerça par la dégradation, c'est-à-dire le rejet paHiel et complet de la caste.
De là naquit également une race de déclassés et de parias, dont nous nous occuperons dans un chapitre spécial,.
car notre opinion, forcée par la logique des faits, est que de cette race de parias et de déclassés naquirent les Hébreux» régénérés par Hanses, Moses ou Moïse.
Cependant les prêtres égyptiens ne rencontrèrent pas une r^ce de rois aussi souple, aussi malléable que celle des Tchatrias, qui ne tentèrent Jamais de se soulever contre l'autorité des brahmes.
Soit que les desservants d'Osiris aient fini par devenir trop exigeants, soit que les Pharaons aient rêvé une indépendance qui devait flatter leur ambition, soit encore que la main du temps voulût s'attaquer à ces institutions vieillies, léguées par le brahmanisme, pour en édifier do plus jeunes; après quelques siècles de ce sommeil dont Tlnde n'a pas encore vu sonner le réveil, FÉgjpte se trouva bouleversée par la lutte des prêtres et des rois, qui, appelant à eux leurs partisans, se disputèrent à la pointe de la lance et du sabre un pouvoir qui ne fut plus que Tapanage du plus fort, et pendant de longues années le peuple vit à sa tête se succéder, au gré du hasard et des champs de bataille, des dynasties tantôt guerrières, tantôt sacerdotales.
C'est à cela, on n*en saurait douter, qu'il faut attribuer la disparition de Tancienne civilisation égyptienne de la scène du monde. Le gouvernement théocratique n*avait su faire, comme dans Tlnde, que des esclaves, et de si profondes racines avaient été jetées par toutes les divisions de castes, qu'après le triomphe définitif des rois, ces derniers ne surent pas rompre avec les traditions étroites du passé, et régénérer leurs peuples pour s'appuyer sur eux. Ils devinrent, comme Sésostris, des ei^vahisseurs nomades, portèrent le fer et le feu sur le territoire de leurs voisins, mais ne surent rien fonder, car le pouvoir despotique d'un seul sera toujours impuissant à marcher au progrès, lorsque chaque homme de la nation sera réduit à l'état de rouage au lieu de constituer une individualité.
Vous édifierez des blocs de pierre, éionnement des siè«
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des futurs , tous creuserez des lacs , détournerez dlmmenses cours d'eau, vous édifierez de gigantesques palais» vous traînerez , à Tarrière de votre char de triomphe , cent mille esclaves conquis à la guerre, l'histoire servilo vous tressera des couronnes; les brahmes, les lévites et les prêtres, que vous aurez gorgés d'honneurs et de richesses, chanteront vos louanges, vous présenteront aux peuples prosternés comme un envoyé de Dieu qui accomplit sa mission ; mais pour le penseur et le philosophe, pour l'histoire de l'humanité, et non celle des dominateurs, vous n'aurez été qu'une pierre d*achoppement de plus, à ce travail de progrès par la concorde et la liberté, qui est le but donné par Dieu, et que chaque nation doit s'efforcer d'atteindre. Vous n'aurez été qu'un fait brutal, venant faire mieux eomprendrela faiblesse de la nature humaine, et comment les nations tombent dans la décadence.
C'est ainsi que, sous la main des prêtres et des rois, TÉgypte ancienne s'achemina pas à pas vers la ruine et l'oubli après la chute de son gouvernement théocratique; n'y étant point préparée et n'ayant rien à mettre à la place, elle n'avait plus qu'à mourir.
Ainsi, en mettant face à face ces deux antiques contrées pour en faire le parallèle, l'Inde et l'Egypte, nous voyons le même gouvernement, les mêmes divisions de castes, les mêmes institutions produire un résultat identique, et interdire à ces peuples tout rôle dans l'histoire do l'avenir.
En présence de pareils rapprochements, nul ne viendra, je crois, contester à l'Egypte une origine purement indoue, À moins d'admettre que le hasard ait fait éclore dans ce pays une civilisation calquée sur celle de l'extrême Orieni ou, ce qui serait plus absurde, que ce soit l'Egypte qui ait colonisé l'Inde, et Manou qui ait copié Manès.
Je conçois qu une pareille opinion puisse germer dans l'esprit de gens intéressés à nier, ou ne connaissant pas rinde; je me bornerai à leur répondre : Vous n'avez à votre
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service qu'une affirmation, et cette phrase banale que j'ai déjà entendu prononcer : «. Et qui vous dit que ce n'est pas rinde qui a copié l'Egypte ?» et vous demandez que cette affirmation soit combattue à l'aide de preuves, ne pouvant laisser place à l'ombre d'un doute.
Pour être alors complètement logique, enlevez à l'Inde le sanscrit, cette langue qui a formé toutes les autres, mais montrez-moi une feuille de papjrus, une inscription de co* lonne, un bas-relief de temple qui vienne me prouver qu'elle a pris naissance en Egypte.
Enlevez à Tlnde tous ses monuments de littérature, à% législation et de philosophie, qui sont là encore debout, conservés dans la langue primitive et défiant les âges et la main des profanes, mais montrez-moi quelles furent leurs sources en Egypte.
Détruisez, je le veux bien, ce grand courant d'émigration par l'Himalaya, la Perse, TAsie Mineure et l'Arabie, dont la science a retrouvé les traees. Mais montrez-moi rÉgypte colonisatrice, faisant rayonner ses fils sur le globe. Quelle langue, quelles institutions |i-t-elle légué au monde que nous puissions retrouver aujourd'hui ?
Est-ce que l'on ne voit pa« que l'Egypte de Manès, l'Egypte sacerdotale n'eut des institutions identiques à celles de rinde que dans les premiers âges ; qu'oubliant peu à peu la tradition qu'elle avait reçue, elle secoua par ses rois la domination des prêtres, et qu'à partir de Psamétieus elle renversa l'idée théocratique pure pour lui substituer l'idée monarchique, qui désormais allait dominer lesf civilisations nouvelles ? l^e savons-nous pas que les divisons de castes furent abolies sous les Ptolémées?
Le mérite de TÉgypte est là tout entier, mais ce serait errer que de lui en prêter d*autres. La première dans l'antiquité elle eut la force de renverser ce gouvernement du prêtre qui avait pris naissance dans l'extrême Orient sans
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1 pouvoir toutefois éviter la chute, aue rinfluence délétère et corrompue de ce dernier lui avait préparée.
Au surplus, si nous pouvions nous laisser aller à creuser ce sujet dans ses détails, si nous ne trouvions point que cet ^andes similitudes dans les principes, qui sont la base de l'existence des nations, sont suffisantes pourétajerla thèse que nous soutenons, nous prouverions avec la plus grande facilité que Tunité de Dieu, admise par les prêtres de Memphis, que Knef, Fta et Frè, qui sont les trois dieux démiurges, les trois créateurs par excellence, les trois personnes de la trinité dans la théologie égyptienne, sont de symboliques importations indoues; que les croyances aux animaux, à l'ibis ou au bœuf, par exemple, sont des superstitions venues de llnde par une tradition dont il est facile de suivre la marche. Que la matière ou limon primitif appelée Bouto par les initiés et représentée sous la forme fécondante d'un œuf, n'est qu'un souvenir des Vedas et de Manou, qui comparent le germe de toutes choses à « un 4xjuf brillant comme de Tor. »
Qu'il nous suffise d'avoir indiqué ces grands points de contact qui, pour nous, expliquent TÉgy pte ancienne par rinde et rinfiuence brahmanique, et soulèvent logiquement, dans la mesure du possible, un coin de ce voile olwcur qui couvre le berceau de tous les peuples.
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