CHAPITRE PREMIEtt
HÉVÉLATIONS. — INOAENATIOIfS
Dès le début de la seconde partie de notre œuvre, il est on besoin, une nécessité pour nous de dire que nous rejetons toute révélation, aussi bien celle de Manôu, de Zoroastre et de Manès, que celle de Moïse; et toute incarnation, aussi bien celle de Ghristna et de Boudba, que celle do Christ.
Les causes de cette opinion sont faciles à produire.
Dieu, en créant, a donné à la matière, à la nature pAy- Hque des lois fatales qu'il ne peut ni ne veut changer. En créant r&me, Tintelligence, la nature morale y il l'a soumise également à des principes invariables, auxquels il n'est ni de sa dignité, ni de sa sagesse d'apporter la moindre modification.
U a jeté, dans la conscience de l'homme libre et responsable, les notions sublimes de Timmortalité dans la vie future, du mérite et du démérite par le bien et le mal, lui a fait comprendre que la main d'un être tout-puissant dodominait le monde; puis, a laissé sa créature accomplir dans son entière indépendance sa mystérieuse destinée ici-bas.
Yoilà tout ce que je puis tirer de ma raison, de ma raison qui m'est un présent de Dieu lui-même. Mais, au moins, je trouve là une unité de vues de la sagesse éter-
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nelle, dans la natnre physique et morale, qui me satisfait et que je puis comprendre.
"^ Il n'y a, pour moi, pas d*autre révélation.
Manou, Christna, Boudha, Manès, Zoroastre, Moïse et le Christ, qui tous se sont prétendus descendus de Dieu ou envoyés par lui, ne furent que des hommes qui, pour mieux se faire écouter des masses, surent habilement disûmuler leur origine, et appeler à leur aide les prodiges »t les mystères.
Vous consentez à accepter l'origine divine du Christ et de Moïse comme prophète.
Mais oubliez- vous donc :
Que rÉgypte accepta Manès ;
Que la Perse reconnut Zoroastre ,
Que rinde divinisa Manou et Christna;
Que le Thibet, la Tartarie, la Chine, le Japon, adorèrent Boudha;
Et qu^à deux pas de vous, une portion de TEurope, de l'Asie et de l'Afrique, ne s'incline encore aujourd'hui que sous Mahomet?
Oubliez-vous donc que tous ces peuples, qui forment majorité contre vous, rejettent vos prophètes et vos envoyés célestes a^ec autant d'acharnement que vous rejetez les leurs? Qui êtes- vous donc pour retenir le vrai et leur attribuer l'erreur?
Le hasard me fait naitre ici ou là, ]e hasard va dono décider de la vérité ou de la fausseté de mes croyances.
Ici, Dieu recevra ma prière ; là, il la repoussera.
Oh I comme Thomme est parvenu à faire son Dieu à son image ; à lui prêter xoni^es ses faiblesses, toutes ses imperfections; à l'asseoir au seuil de toutes les ambitions, de toutes les intolérances!
Et au nom de la suprême sagesse et de la suprême justice, on fait des nations brahmes et des nations parias. On ouvre aux unes les récompenses futures, et on les ferme
MOSBS OU MOlSB ET LA SOCIÉTÉ HÉBBAIQUB l23
«ux autres. Allons! si les idées sociales et politiques onl marché, pour les idées religieuses nous en sommes encore aux temps brahmaniques.
Et voilà pourquoi je rejette la rérélation, cause de toutes les dissensions humaines, de toutes les guerres reli' gieuses, de toutes les hécatombes, de tous les bûchers, de tous les despotismes sacerdotaux.
La révélation, c*est la croyance en Dieu, la connaissance du bien et du mal, la foi en Timmortalité, et c'est la «onsoience qui est la révélatrice.
. Tout le reste n*est que superstitions engendrées par le prôtre dans un but caché de despotisme.
Quant à l'incarnation :
Si j'étais né dans llnde, je devrais croire à celle de Christna; si j'étais né au Japon ou en Chine, je devrais croire à ceUe de Boudha.
Je suis né en Europe: dois-je croire à celle du Christ?
Non I Je me fais de Dieu une image plus grande et plus vénérée; cette enveloppe morteUe qu'on lui prête n'est digne, malgré toutes les explications de la poésie et des légendes, ni de sa préscience, ni de sa sagesse ; et je laisse à ceux qui l'osent avoir, l'audace de le faire décheoir ainsi!....
Christna, Boudha, Je Christ, ont joué un rôle humain, et Dieu les a jugés, comme tous, suivant le bien qu'ils ont pu faire.
Il est juste, au surplus, de dire qu'il n'apparaît pas qu'aucun de ces hommes se soit prétendu issu de la divinité. Chose remarquable, ils ont passé, donnant aux peuples qui les écoutèrent, l'enseignement de leurs exemples et de leurs paroles, sans donner à leurs doctrines la forme durable de l'écrit, laissant à leurs disciples le soin de conserver leurs leçons.
J'inclinerais facilement à croire que les successeurs, plus habiles que le Maître firent un Dieu d«t ^ dernier, pour
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rendre leur t&che plus facile, se présenter eux-mêmes aux peuples comme des envoyés célestes, et consacrer ainsi leur ambitieuse inâuence.
Et voilà pourquoi je repousse toute incarnation.
N'est-ce pas en son nom également qu^aux quatre coins du globe, dans l'Inde, en Chine et en Europe, on fit couler le sang et dresser des bûchers.
Ah I si Dieu eût jamais pu avoir Tidée de s'incarner, c*est à ces époques maudites où la torture régnait en son nom qu'il fût venu ch&tier les bourreaux qui s'abritaient sous sa loi!....
Les nations sont parvenues à accomplir peu à peu leurs révolutions politiques et sociales; il leur reste à faire leur révolution religieuse.