CHAPITRE VIII
IMPOSSIBILITÂ DB l'INFLUBNOB BIBLIQUB 6UB LB MONDB ▲NOIBN
Quelques écrivains catholiques, dans un enthousiasme que je comprends, ont voulu faire de Moïse Tinitiateur des peuples anciens.
On pourrait, Je croîs, sans grand danger, ne pas faire à cette opinion l'honneur d'une discussion ; les hommes sérieux et nourris de l'antiquité seront de cet avis. Cependant, un semblant d'objection peut naître de cette prétention.
Voyons donc ce qu'elle vaut.
Je comprends qu'une grande nation, l'empire romain, par exemple, puisse faire accepter son influence aux peuples qu'elle soumet à ses lois par la conquête.
Je comprends qu'un petit peuple, les Athéniens, par exemple, arrive, par le développement extraordinaire de Bon génie artistique, de son génie littéraire, philosophique
1I0SB8 OU HOlSS BT LA SOCI^É H^BEAIQUE 203
et moral, à serrir de modèle à ses successeurs dims cette grande Yoie du progrès qui sillonne le monde et ne connaît pas de nationalités. En effet, on n'effacera pas de la scène du monde ciyilisé les siècles de Péridès et d'Auguste.
La Judée peut-elle reyendiquer un pareil passé?
Où sont ses grandes conquêtes portant au loin Tinfluence de son nom?
Où sont ses monuments artistiques, philosophiques et littéraires?
Nés de resclavage, descendants des parias de l'Egypte, les Héhreux errent pendant longtemps dans le désert ; repoussés de to3s côtés par les peuplades limitrophes qui ne voulaient ni s'allier ayec eux, ni leur permettre le passage sur leurs terres, ils se précipitent un beau jour, comme une horde de sauvages affamés, sur les petites tribus de la Palestine, brûlant^ saccageant, massacrant, quilesÂmalecites, qui les Ghananéens, qui les Madianites, qui les Amorrbéens, etc....
Voilà leurs conquêtes I
Jamais ramassis de brigands obscurs, d'euTahisseurs no* mades, ne laissèrent derrière eux tant de ruines noyées dans le sang. Il est vrai que ces attaques violentes et ces pillages s'accomplirent au nom de Jéhovah, ce qui, pour beaucoup de gens, est encore aujourd'hui une excuse suffisante
En effet, ce Dieu de paix et d*amour ne trouvait jamais 1 •es adorateurs assez féroces, ... son bain rouge assez profond. Avait-on épargné quelques malheureuses mères et leurs petits enfants, sa colère faisait tressaillir la nue ; il éclatait en menaces épouvantables contre les Hébreux qui n'exécutaient pas entièrement ses ordres,... et vite qu'on égorge toutes ces vieilles femmes et ces enfants, qui ne sont bons à rien : ne conservez que les vierges.
Est-ce assez moral, est ce assez curieux d'impudeur?
Je me suis toujours demandé pourquoi les partisans de
la révélation repoussaient le Coran; ils trouveraient là, cependant, des leçons d'humanité que l'épouyantaii hé-' braïque s'e^t bien gardé de leur donner.
Heureusement que ces scènes de carnage, que toutes cet turpitudes ne dépassèrent pas le. cerclé restreint de la Judée, et que les anciens maîtres de TEgypte, ainsi que les Assyriens et les Babyloniens, se dérangèrent de temps en temps pour venir mettre à la raison ces forcenés, qui ne purent jamais vivre en paix, ni abandonner le goût du pillage et des rapines.
Ce n'est donc point par de tels exemples que ce petit pays, perdu au milieu des nations de l'antiquité et englobé plus tard dans la conquête romaine, a pu exercer son influence.
Si nous nous retournons du côté du progrès dans la littérature, dans la philosophie, dans les arts et les sciences, nous sommes obligé d'avouer, et nous bénirions celui qui nous démontrerait notre erreur, que nous ne trouvons que la nuit la plus obscure et la plus profonde ignorance.
Il n'est pas un peuple au monde qui ait si peu fait, si pea produit, si peu pensé
Nous avons cet ai*t colossal de l'Egypte qui fait rôver par le gigantesque de ses proportions, s'il ne force pas l'admiration par la beauté et la sublimité de ses œuvres, comme l'art arthénien.
Nous avons l'art indou, père de celui de l'Orient tout entier, qui se distingue également par la grandeur et la majesté.
Les fouilles modernes ont retrouvé les sculptures enfouies de Babylone et de Ninive.
Où sont les legs artistiques de la Judée?
Oh! je connais la réponse.
Les Hébreux n'eurent pas d'art. Lisez la Bible etlei descriptions du temple dédié à Jehovah.
MOSBS OU MQlSB BT LA SOCIÉTé HÉBRAÏQUE 205
Les Hébreux n^eurent pas de poésie, pas de littérature. Lisez la Bible.
Les Hébreux n'eurent pas de sciences morales et philosophiques. Lisez la Bible.
C'est toujours la Bible, la Bible encore... Tout est dans ee livre.
Hé bien I là, franchement, cela ne peut me contenter» et, s'il faut TOUS le dire, la page la plus insignifiante de Platon ou de Vyasa, la tragédie la plus simple de Sophocle ou d'Euripide, une scène de Sacountala, un bras tombé d'une statue de Phjdias, ou une sculpture de Dahouta feraient bien mieux mon affaire
Vous ne Tojez donc pas que ce peuple d'Israël, abêti par la servitude et qui avait gardé ses traditions errantes du désert, opprimé par un lévitisme aussi inepte que despotique, constamment du reste emmené en esclavage par les nations ses voisines, n'eut ni l'idée, ni le temps d'iicquérir le goût des grandes choses. Aussi, quand on parle de civilisation hébraïque, prononce-t-on un mot vide de sens.
En quoi la Judée ressemble-t-elle à l'Egypte, À la Perse, à l'Inde, pour qu'on puisse y retrouver son influence. Elle ne se rapproche de ces contrées que par le^ buperstitions que ces dernières n'avaient admises que pour la plèbe.
Les hautes classes, en Egypte et dans tout l'Orient, se livraient à l'étude des sciences, à la recherche des vérités immortelles qui ont été déposées en germe dans la conscience de l'homme. Elles croyaient à l'unité d'un Dieu tout-puissant, protecteur, suprême générateur du bien, image de la puissance et de la bonté, laissant aux esclaves et aux artisans les sacrifices d'animaux, les ofi'randes de graines et de pain^ qui forment tout le bagage de la théologie judaïque.
11 est trop évident que les Hébreux ne firent que continuer leur tradition de servage, et il serait par trop ridi-
bvle de faire naître chez eux le souffle initiateur des tempg anciens.
Est-ce que les sociétés égyptiennes et indoues n*exlstaient pas de toute pièce au moment où ces esclaves s'en*fuirent ou furent chassés dans le désert.
Il y avait longtemps que l'Inde des Yedas avait dit son dernier mot : sa splendeur p&lissait pour faire place à la décadence.
L'Egypte s'apprêtait à secouer le joug sacerdotal pour se jeter dans les bras des rois» si déjà elle ne Tavait fait.
Comment la Judée aurait-elle pu léguer des coutumes, des mœurs, des croyances qu'elle adoptait précisément à l'époque où ces coutumes, ces mœurs et ces croyances se transformaient, se modifiaient chez les autres peuples qui, primitivement, les avaient possédées ?
Est-ce que les Hébreux ne furent pas dans le monde ancien les derniers représentants du régime théocratique pur? Est-ce qu*ils ne furent pas les derniers à conserver ces castes de prêtres et de lévites qui, sur le modèle des hiérophantes d'Egypte, dominèrent le peuple par les mystères et les superstitions les plus grossières, et ne se génèrent point pour déposer les rois qui ne se firent pas les esclaves dé leurs volontés ?
Les Israélites furent le peuple le plus méprisé de l'antiquité; aucune des nations voisines n'avait oublié son origine servile. Aussi, quand eUes voulaient des esclaves, savaient-elles se les procurer par une excursion sur les j terres de la Judée.
Nous avons suffisamment répété que la Bible D*est pas un livre original ; il suffit de la lire attentivement pour s*en convaincre; aucune des coutumes qu'elle impose ne lui appartient; elles se retrouvent toutes dans les civilisatijons plus anciennes de TÉgypte et de TOrient.
Dira t-on que c est ce livre qui a apporté dana lo monde
M0SE8 OU UOlSB BT LA SOCIÉTfi HBBBAÎQUB 207
les sacrifices d'animaux, rholocauste du bœuf, par exemple? Ce serait mentir à Thistoire ou oublier que TÉgypte, la Perse et Tlnde accomplissaient ces sacrifices bien longtemps avant que Moïse les ait ordonnés.
Le système des purifications par les ablutions est aussi fieux que le monde chez les peuples asiatiques, et là en» eore Tinnoyation est impossible.
Bien plus, la Bible fut si bien un abrégé des anciens livres sacrés» entrevus par Moïse à la cour des Pharaons, qu*à chaque instant elle copie des passages inexplicables i en eux-mêmes et qui se rapportent à des livres entiers de ^ Manou ou des Yédas, qu'elle a oublié de transcrire.
Ainsi vous trouvez constamment cette prohibition :
« Les prêtres ne toucheront ni aux morts, ni aux animaux rampants, ni à tout ce qui a été déclaré impur, car ils deviendraient impurs eux-mêmes. »
Où est le chapitre spécial des choses impures, de tout ce qu'il est défendu de toucher sous peine de souillure?
Il n'existe pas dans la Bible. Elle parle bien çà et là de quelques impuretés de l'homme, de la femme et de certains animaux, mais tout cela est noyé, à droite et à gauche, dans un fouillis de répétitions oiseuses qui ne permet jamais de dégager la pensée, cause de la loi.
Dans les livres sacrés des Indous, au contraire, on trouva une nomenclature complète et spéciale de tous les cas d'impuretés et de tous les objets qui les occasionnent, avec la manière de se purifier, ainsi que de nombreuses explications de l'esprit qui a présidé à ces ordonnances. i
Qui donc doit procéder l'un de l'autre?
Est-ce la doctrine détaillée, rationnelle de l'Inde sur ces matières? Sont-ce, au contraire, ces fragments de la Bible écrits à la hâte, sans ordre, sans méthode et qui ne peuvent s'expliquer qu'en remontant aux sociétés plus anciennes qui nous en donnent la clef.
Cela ne souffre pas l'examen.
Dira-t on que la Biblo a apporté aux peuples cette grande idée de Tunité de Dieu que nul, jusqu'à elle, n'avait su dégager de la superstition et des mystères?
A cela nous répondrons que Moïse n'a fait que défigurer ri.léo première qu'il avait puisée dans la théogonie égyptienne, et que son Jéhovah, irascible, sanguinaire et des* tructour de nations, loin d'être un progrès, n'est que le pprvcrtit'sement de la croyance primitive.
Ce n'est pas ainsi, nous le verrons bientôt, que l'Inde comprit le souverain maître de toutes choses.
Je fais beaucoup plus de cas du Jupiter grec que du Dieu de Moïse, et s'il nous donne quelques exemples qui n'appartiennent pas à la morale la plus recherchée, au moins ne fait -il pas baigner les pieds de son autel dans des flots de sang humain.
Dira-t-on encore que Moïse nous a conservé les traditions de la création de Thomme et du déluge?
Nous prouverons qu'il n'a fait que les obscurcir de fables ridicules, ce qu'il n a pas manqué de faire^ du reste, pour toutes les choses auxquelles il a touché.
Comment trouve-t-on ce conte des Mille et une Nui/s qui attribue au rapt d'une pomme la sortie de nos premiers parents du Paradis terrestre et tous les mauxqui* depuis, affligent l'humanité?
Il faut peu de chose, avouons-le, pour contenter la sagesse humaine. Je m'étonne cependant qu'avec la foi en pareilles choses on ose plaindre les populations ignorantes qui ont conservé la croyance aux sorciers.
j Allons, c'est trop nous arrêter sur un pareil sujet, et )eut-étre n'eussions-nouâ pas dû accorder tant d'importance à cette objection qui, sans aucun doute, ne pourra trouver de souteneurs que chez les gens qui ont inscrit fur leur drapeau cette devise que nous avons déjà reucoQ" trée sur notre chemin :
Credo quia absurdum.
Mcses ou uoïsB XT isk MOd&si BAvsLkiquH 209