ÉPILOGUE
fNUTILITi KT U1PUI88AN0B DU nSSIONMJLlBB CEBAtIBII DANS l'iNDB
Si, comme Ta dit le R, P. Dubois, la Justice, Vhumaniti, la bonne foi, la compassion^ le désintéressement, toutes les vertus enfin étaient familières auw anciens brahmes;
S*il est vrai de soutenir également avec lui que les In* àous professent les mimes principes de morale que nous, on a la clef du complet insuccès des missionnaires dans rinde, insuccès du reste avoué par un grand nombre d'entre eux, sans qu'ils osent ou veuillent en donner loé motifs.
« Pourquoi cbangerais-je de religion? me disait un jour un brahme avec lequel je discourais sur ces matières.
« Nous avons aussi bien que vous , si ce n'est mieux » et vous ne datez tout cela que de dix-huit siècles, tandis que notre croyance se rattache sans interruption à la création du monde.
« Dieu, suivant vous, et vous le rabaissez, s'y est mis à plusieurs fois pour vous doter d*une religion; suivant nous, il a révélé sa loi en nous créant.
« Chaque fois que Thomme s'est égaré» il s'est manifeste^ à lui pour le rappeler à la foi primitive.
« En dernier lieu, il s'est incarné dans la personne de Cbi'ibtna, qui est venu non point guider l'humanité dans
des lois nouvelles , mais effacer la faute originelle et épurer la morale.
m Cette incarnation, vous nous Tavez prise, comme vous nous avez pris la tradition de la création d*Adima et d'Heva.
« Nous en attendons encore une autre avant la an du monde , c*est celle de Chri:>tna revenant combattre le prince des Rackchasas dég-uisé en cheval, et d'après ce que vous venez de me raconter de votre Apocalypse, vous nous avez emprunté également cette prophétie.
m Votre religion n*est qu'une infiltration, un souvenir de la nôtre, pourquoi voud riez-vous me la faire adopter?
« Commencez donc, si vous voulez réussir, par ne pas m'enseigner des principes que je retrouve dans tous nos livres saints et une morale que nous professions dans rindo bien avant que l'Europe eût ouvert les yenx àla> lumière et à la civilisation. »
Tout cela était de la plus exacte vérité, et il n'y avait rien à répondre.
Et dès lors que voulez-vous donc apporter à ces peuples ? des cérémonies extérieures, la forme d'un culte ; ce sont les manifestations sensibles et non la base d'une religion, et que faire quand les bases sont les mêmes?
Sans doute les Indous ont oublié leurs croyances primitives, la pureté de la morale de Christna dans la pratique, mais leur démoralisation ne vient point de Tignorance; ils connaissent parfaitement leurs dogmes et tous les grands principes de la conscience.
Que l'Europe ne leur jette point tant la pierre ! au milieu ie ses luttes, de ses ambitions de toute nature, elle serait fort malvenue à se décerner une palme de moralité.
Sans doute les Indous actuels ont substitué à leur culte les pratiques les plus superstitieuses. Que voulez-vousf grâce à leurs prêtres, ils ont fini par délaisser Dieu, pour
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adorer les faiseurs de miracles, les anges et les saints, les devas et les richis.
Et après?
Est-ce que nous n*ayons pas aussi nos miracles de U Salette et autres lieux, nos saints qui guérissent les aveugles, les boiteux, les sourds , les écrouelles et les engelures?...
Pourquoi les Indous n*auraient-ils pas les leurs?
Je me trouvais un jour dans un village aux environs de Trichnapoli, grande ville de la pointe orientale de Tlnde, où un missionnaire fraîchement débarqué cherchait à faire quelques prosélytes. Un brahme théologien se présenta à lui, comme cela se pratique toujours en pareille circonstance, et lui proposa une discussion publique sur les matières religieuses qui lui conviendraient.
Le prêtre , qui parlait parfaitement le tamoul, accepta ; s'il eût refusé, il se fût coulé dans Topinion publique, et tout Indou à qui il eût voulu, dans ce district, parler de religion lui eût infailliblement répondu : « Pourquoi as-tu craint de te mesurer avec notre brahme? »
La réunion fut fixée au dimanche suivant. Les Indous sont très-friands de ces assemblées, de ces tournois de la parole; hommes, femmes, enfants, tout le monde s'y rend, écoute avec intérêt, s' échauffe à la lutte, et ce qu'on ne croirait peut-être pas, poursuit impitoyablement de ses huées le vaincu, et avec la plus grande impartialité, que ce soit le brahme ou le missionnaire.
On trouvera cela moins étonnant quand on saura qu'il n'est pas un Indou, quel que soit son rang et sa caste, qui ne connaisse les principes de l'Écriture sacrée, c'est-àdire des Védas, et qui ne sache parfaitement lire et écrire.
Il est un proverbe indou qui dit : — Celui-là n'est paa un homme qui ne sait pas fixer sa pensée sur une elle (feiiille de palmier préparée pour écrire}.
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Le dimanche venu, le village entier se réunit sous Tombrage de vastes multipliants, qui faisaient une salle natu« relie pleine de fraicheur. Je me plaçai à quelques pas des deux antagonistes, et la joute commença.
Dès les premières paroles échangées, je compris ce qui allait inévitablement arriver.
Le brahme, esprit fin, subtil, s'empara immédiatement le la discussion pour la diriger, et voici le curieux dialogue qui s'établit entre eux :
LE BBAHMB
Qui es-tu? d'où viens-tu? que veux-tuT
LB MISSIONNAIBB
Je suis prêtre, et je viens de par delà les mers pour tous enseigner le vrai Dieu
LB BBAHMB
Pour avoir pris la peine de venir de si loin, tu dois nous apporter d'excellentes choses. Mais pourquoi dis-tu le vrai Dieu? Est-ce que tu en connais plusieurs? Pour moi, il n'y en a qu'un seul pour tous les mondes et pour tous les
peuples.
LB MISSIONNAIBB
Je n'en connais qu'un seul également, et c'est au nom de celui-là que je parle et que je viens combattre les faux dieux engendrés par la superstition.
LB BBAHMB
Puisque tu viens prêcher parmi nous, à ton avis le Dieu que nous adorons n'est point le véritable?
LB MISSIONNAIBB
Tu l'as dit.
LB BBAHMB
Mais alors quel est donc ton Dieu? Le nôtre, Manou b
définît ainsi : m Celui qui existe par luî-méme de toute éternité, que l'esprit conçoit, mais ne peut percevoir, qui est sans parties yisibles, échappe aux organes des sens, nfini et omnipotent, créateur de tout ce qui existe, et dont a mystérieuse unité est composée de trois personnes Brahma, Vischnou et Siva. » Ce n'est pas notre Dieu, je me trompe en l'appelant ainsi; Dieu n'appartient pas à un homme, à une caste, A une contrée, c'est le Dieu de toutes les créatures, ôseras-tu dire que c'est la superstition qui me fait parler ainsi?
LK MIS8I0NNAIRB
Non, et si tu crois au seul et unique Dieu, maître de cet univers, nous sommes bien près de nous entendre. Seule,ment l'idée que tu te fais de Dieu n'est point complètement la mienAe.
Vous ne parlez sans cesse de l'unité dà.Dieu que pour ensuite la diviser à l'infini. D'après vos li -es saints, votre Dieu n'agit pas, il délègue sa puissance à droite et à gauche, aux devas d'abord ; ces derniers à leur tour se donnent des mandataires, ce sont les personnages appelés Maharichis, Atri, Angiras, Poulastja, Poulaha, Cratou, Pratchitas, Vasichta, Brigou et Narada. Je le répète, votre théologie ne semble reconnaître l'unité de Dieu que pour la renverser après.