CHAPITRE PREMIER
ÉPOCfOB DB L*t7VITÉ DB DORT BT DBS PAT1IIA.RGHBS. LE DIEU DBS YÊDÂS.
G'éBt à ITnâe, à ses théologietta el à seB liTres ttcrés qae toutes les religions du monde ont emprunté lenrs mystères, leurs légendes cosmiques, leurs panthéons et leurs mythologies. Étudier comment le culte des Yédas b engendré le boud» dhisme, le magisme, le sintoo du Japon, la religion des kameûs,knef, fia et fré des anciens Égyptiens, la loi de Moïse, le polythéisme grec et romain, les croyances druidiques et le christianisme^ c*est faire l'histoire de toutes les erreurs, de toutes les superstitions de Thumanité, et démontrer jusqu'à l'évidence, qu'en fait d^ morale et de philosophie religieuse, plus nous avons eu la prétention d'avancer et plus nous nous sommes éloignés du but.
Partis de Tunité de Dieu, nous sommes arrivés, en passant
par la trînité, à une division de lldée suprême qui nous a
bientôt fait tomber dans le polythéisme, à mesure surtout
, que nous nous éloignions du foyer primitif.
I Les émigrations périodiques qui se sont écoulées des plu-
I teaux de l'Hycnalaya et des hauts de l'Indoustan par le dou-
48 LBS FILS DB DIBU.
ble courant de l'Asie, de TËgypte, de la Grèce d'un côté, des pays Scandinaves, Slaves, Germains et Gaulois de l'autre, en venant peupler des contrés nouvelles, ont transformé les dieux et les traditions religieuses de la patrie commune, modifié leurs lois, leurs mœurs, leur langage, mais en lais* saut à ces choses un tel cachet d'origine, que nous pouvons dire aujourd'hui, que toute croyance mythologique, tout système religieux est émané des védas, comme aussi tout langage se rattache au samscrit.
Nous ne saurions commencer mieux ces études sur le dieu des premiers âges qu'en donnant ici, l'hymne la plus ancienne qui ait été faite en son nom. Deux mille ans déjà avant notre ère, les commentateurs indous les plus savants, la regardaient comme contemporaine des Livrée $acrè$, et l'attribuaient au poète ermite Valmiki, dont l'œuvre, à part cette splendide invocation, ne nous est point parvenue.
Certains brahmes théologiens attribuent également à ce saint ermite, l'abrégé des lois de Manou, écrit en slocas de deux vers, tel que nous le possédons. Mais cette opinion n'a d'autre motif de se produire, que celui tiré de l'identité du mètre poétique employé par Valmiki dans cet hymne en l'honneur de Brahma, et de celui adopté par l'auteur in* connu du Manava-dharma-sastra.
HIBANYAaARBA
(A celai qui est sorti de la matrice d'or.) Hymnt dupoUte indou Valmiki, en l'honneur de Brahma.
c La nuit de Brahma s'achève, le pralaya touche à sa fin, l'œuf d'or va se briser, laissant échapper de son sein la pensée éternelle de celui qui existe par lui-même et qui se reposait dans l'obscurité.
« 0 brahmatma (àme divine), toi qui n'es pas à la portée de nos sens, que nul ne peut comprendre, que l'esprit seul
L'iDÉB DB DIBU DANS l'iNDB, 49
perçoit, âme de tous les élres, intelligence suprême» régula teur de l'espace et des mondes, développe ta splendeur, dis* nous les mystères de ton repos et de ton mouvement : pour* quoi le néant, pourquoi la création?
c Astre aux mille rayons qui sème au loin dans les espaces infinis la vie et la lumière, cause étemelle et imperceptible, germe immortel par qui tout est fécondé, et en qui tout doit revenir. Divin Pouroucha (générateur céleste), comme le buffle errant sur les bords du fleuve après une Journée d'o« rage, j*ai soif de te connaître, et de t'adresser mes vœux.
c 0 Narayana (esprit qui se meut sur les eaux), pure essence, esprit subtile, immuable^ volonté 1 à quelle beure de tes nuits a été conçue la nature (pracrita), par quelle force «B-tu peuplé le chaos, illuminé les mondes et créé la vie ?
c Quelle joie dut s'emparer de ton cœur, quel orgueil ce fut pour ta puissance lorsqu'un matin, par le seul effet de ta pensée, ce resplendissant soleil se leva sur les mondes, éclairant l'air, les terres et le vaste Océan ?
c Puis les plantes, les arbres et les fleurs surgirent de toutes parts, les eaux se peuplèrent de poissons, l'air et la terre d'animaux différents, et l'homme naquit avec une portion de ton intelligence; divinité inférieure que tu jetais dans l'espace pour jouir de ton œuvre et se souvenir de toi.
c Tu as donné à l'homme Vahancara (conscience), souve- * raine maîtresse de nos pensées, voix céleste, lumière intérieure ! qui nous dit voici le bien et voici le mal ; ici est la récompense et là est la punition : et tu lui as donné aussi le boud-
Su UtS FJUi D£ DUtV.
dki (intelligenee) d*où émaae les ànq prineipea de perofl|^* kion extérieure.
c Et tu lui as donné encore la volonté, car de la volonté seule peut naître l'action indé|»6iidante et libre, et de l'action indépendante et libre, le principe de justice qui récompense ou punit.
c Et à peine rhomme étaît^il né qu'il sentit en rui na ardent désir de remonter jusqu'à toi, de s'abîmer dans la grande dme, de regagner, rayon oêleste égaré, fimmortel Cvjer dont il était descendu.
f Qmdoree «anwantaras (époques divines) sa sont éetm lées, la terre a déjà nourri mille et mille généntieos *d'hoBmes; de minutes en mmotet les àmeB des jovies ^oai »joiadre le Grand Tout, comme la ^[outte d'eau qui va se perdre dans les fleuves^ comme les fleuves qui vont mourir dans rOoéttu
« L'homme a vieilli sans cesser d'espérer et ds croire en toi. 0 Zeus ! dissipe l'obscurité qui t'entoure, le silence de la vie m'effraye : voyageur perdu au milieu des sables du désert, pécheur égaré dans la vague, j'implore une goutte d'eau^ je cherche le rivage, fais-toi connaître à moll
t J'ai excécuté fidèlement les saints préceptes^ je me su2s retiré dans les forêts, depuis longtemps ma peau é'est ridée, et mes cheveux ont blanchis, je suis maître de mes sens, et j'ai perdu le souvenir des ûls de mes Hls.
c J*al donné tout oe que j9 possédais, ronoueé à %OHtes mes afléi^ons, e(t emportai le feu uonsacré t/t les vmues du SMfl-
L'iDÉB m DCBD DANS l'IKDB. 51
tdWy ie ma rais enfiii loin des liaox habités^ pour qw» rï%u ft^Tittt détocuraer napeoBée de ta cootatnplatioiL
ff J'ai laissé pousser ma barbe^ et mes ongles, et les poik de mon corps, mes cheveux sont rasés, je ne mange que les grains purs^ les herbes et les racines qui servent de nourri* ture aux mounis (personnages sanctifiés), et au vanapras* tha (habitant des bois), et Jamais le soleil, soit qu'il se lève soit qu'il se couche, ne me trouve endormi.
t Je n'ai qne mon bâton et une aiguière, mes vêtements sont faits de l'écorce des arbres, et je fais chaque jour, les trois ablutions prescrites, en prononçant les paroles consa* crées de la sàvitri (invocation ordonnée par le véda), la syllabe mystérieuse aum t
f A la première heure du jour, je dispose le feu consacré suivant le mode vitana, et sur l'autel entouré de fruits de la terre. J'offre à Dieu et à la création le sacrifice du sarvameda, dans lequel Ghristna lui-même est la victime.
c £t le corps dégagé de tout attachement terrestre, l'esprit dirigé vers le ciel, ne songeant qu'à la délivrance finale, Je commente le véda qui est la divine parole du Seigneur de toutes choses Révélée à sa créature.
De môme qu'un tronc d'arbre s'éloigne du rivage, sans soBOi 4U1 courant qui l'emporte, de mèma qu'un oiseau quitte MA nid saxw regretter la branche qui l'a vu naître, de même Je ^piUlarai cette envelojH^ atisôrable qui retient mon àme loin des cieuz.
• 0 Brahmat depuis qu'avec délices^ je médite sur toi,
n'ayant aucuns besoins, inaccessible à tout désir, sans au* tre société que ma pensée, dans Tattente de la céleste béati-» tude^ je ne suis point parvenu à mieux te connaître et t'adorer que l'enfant au berceau dont le vagissement est une
prière.
t £t cependant le véda a dit : • Vivez de l'aumône et c'est « sa main qui vous donnera, pleurez et c'est lui qui vous c consolera, demandez et il vous exaucera, abimez-vous c dans sa contemplation, et il se révélera à vous. >
fl £s-tu réclair qui sillonne l'espace, le tonnerre qui gronde dans la nue, le Gange aux flots sacrés, ou le mystérieux Océan? Es-tu la grande voix qui parle aux orages sur les sommets de THimavat (Hymalaya)?
c Ë3-tu ce vent surnaturel (nirgahta) qui soulève les sables du pays de Madyadèsa, comme les flots en courroux ? Ës> tu la brise des nuits qui gémit sur les eaux des lacs, qui murmure dans le feuillage des grands bois, et courbe sur son passage Therbe divine du cousa.
c Es-tu le swarga (ciel) que les dévas (anges) babitent, que les sages regardent comme le terme de l'exil? Es-tu Téther immense ou s'agitent des milliers d'étoiles? Es-tu la terre, es- tu les eaux, es- tu le feu qui dévore, es- tu le soleil bienfaisant ?
• Es-tu la vie source de toute vie, l'àme de toutes les âmes, le principe de tous les principes ? Es-tu l'amour qui unit tous les êtres, la force qui conserve, détruit et renouvelle? Es-tu la mort, es-tu le néant?...
c Je ne te connais pas, mais je sais que tout n'e$t que par
L'iDâB DB DIBU DANS L INDE. 53
toi» et rien en dehors de toi; que tu existes par ta propre puissance, que rinûni, l'immensité, l'espace ne sont rien pour toi. Je ne te connais pas, 6 Narayana, mais je sais que tu e$,$tastouj(mr$ été, et cela me suffit pour attendre la un, qui sera ma naissance en toi. »
Nous ne pensons pas que parmi toutes les invocations religieuses et poétiques, que l'homme a adressées au créateur, on puisse en trouver une seule, qui donne sur Dieu des notions plus sublimés et plus simples; et l'ermite Valmiki parlait ainsi aux premiers âges du monde historique.
À cette époque de foi simple et ardente où les peuples pasteurs ne disputaient pas sur leurs croyances, ou les prêtres n'avaient pas encore osé paraître, avec leur arsenal de révélations, de mystères et de superstitions, l'idée de Dieu laissée dans la conscience de l'homme comme un souvenir de son origine, engendra tout d'abord, cette unité de l'Être suprême, sur laquelle s'appuient tous les cultes primitifs de rOrient, à laquelle Bouddah voulut revenir lors de sa révolution religieuse dans l'Indoustan, et que Moïse et Mahomet adoptèrent dans leur tentative de régénération.
L'unité voilà la vérité 1 La trinité, ne fut que le commencement de la diffusion , c'est à elle que l'humanité a dû toutes les erreurs du polythéisme mythologique, elle qui donna naissance à Jupiter et à son cortège de dieux, à Isis, Osiris, Horos et leurs compagnons, à Odin ou lodah, Friggah'Thor et tout le panthéon Scandinave, à Hesus, tielenus et Tentâtes des druides, à tous les mauvais génies et au diable»
Pour bien démontrer que l'Inde a été le foyer générateur de toutes les religions du monde ancien, et qu'en dernier lieu le christianisme n'a fait que copier servilement la légende et les traditions brahmaniques, il est nécessaire d'étudier cette contrée au j)oint de vue religieux, sous trois phases qui indiquent également trois situations historiques différentes et que nous nommerons : lo époque dé Vunité di DUu ou des patriarches ; 2o époque de la trinité ou des prêtres brah mes; 3» époque du polythéisme ou de ViUliance des prêtres et des rtns.
64 IsEA FiL6 OdB 01£U»
Époque de Vunité dé Dieu ou des ffah-iardteK
Nous n'avons pour nous renseigner sur cette époque légendaire, qui commence aux premfers pas de Iliomme sur la terre, pour Unir quelques siècles après Tapparition des vé» das ou livres sacrés, que la fable et la poésie. Mais si les traditions qu'elles nous donnent ne seraient que de faiblesautorites en matière historique, il n'en est pas de môme sur le terrain religieux où la légende, en dehors des événements qu'elle raconte et qu'on peut discuter, conserve toute sa force dès qu'il s'agit de croyances et de doctrines qu'elle constate. Ainsi par exemple^ si Je lis dans Swayambhouya la strophe suivante :
c Sache» 6 saint Riehi ^asichtha qu'en plongeant trois fois dans les eaux sacrées du Gange, suivant le mode prescrit, le corps de ton ûls Outtami, qui vient de naître, il sera puriûé de toutes ses souillures et sera sanctiiié devant le Seigneur. »
Oa pourra discuter l'époque où vivait Vasichta, celle de^ la naissance d» son fila, aller môme jusqu'à nier leur existence : on ne m'empochera jamais de soutenir qu'à l'époque eu écrivait le poète Swayambhouva, il était d'usage dans un but religieux de purification, d'ondoyer les enfants dans le Gange, ainsi que fit plus tard Ardjounapour Ghristnadans le fieuve sacré des IndonSy et Jean pour le Christ dans le Jourdain.
Si l'événement historique est nuageux, la coutume reste. Les traditions et la poésie, peuvent donc nous donner des renseignements à peu près certains sur les cérémonies religieuses, et indiscutables sur les notions de la divinité, de l'époque patriarcale et védique.
Qu'était Dieu pour les peuples et les livres sacrés des premiers âges deTlndoustan?
Nous venons de voir l'Hyranyagarba témoigner de sa
l'idéf rm DIEU dans l'inde. 56
Bpten^totrr et de sa puissance, c^est bien devant le dieu unique, le Zeus irrévélé que s'incline le plus ancien poète dont la légende ludoue ait gardé le sourenir, et le chant sacré se termine par un acte de foi en Timmortalité de Tâme.
Le môme soufQe semble animer le Téda quand il définit ainsi ce créateur de toute dtoae ;
c Cèluf qui existe par lui-mdme, et qui est dans tout parce que tout est en lui. Le Gange qui roule c'est Dieu, la mer qui grande c'est lui, les yentsqui soufflent,la nue qui tourne, l'éclair qui brille c'est lui. De même que de toute éternité le inonde était dans l'esprit de Brahma, de même aujourd'hui^ tOfuC ce qui existe est son image. »
La philosophie classique qui a la prétention de définir Dieu et ses attributs, trouverait certainement dans ces quelques lignes matière à reproche de panthéisme, nous pensons pour notre part, que les Indous sont beaucoup plus logiques en n'^êdictant point sur la divinité une science de convention, et que ce n'est pas diviser Dieu à finfini, que de reconnaître sa main dans tous les phénomènes de la nature.
Dans le Prâsada (Poème des poèmes), recueil consacré aux , fragments d'œuvres mutilés par le temps, et tellement anciennes, que le nom de leurs auteurs n'a pas été conservé, on trouve sous forme de maximes, récits et légendes, des pages admirables en l'honneur de Brahma, qui viennent démontrer d'une manière plus convaincante encore, à quel point les croyances primitives des Indous furent pures, simples et dénuées de superstitions.
En Usant ces poésies^ qui sTappliquent aux choses les plus ordinaîzsa ée la vie, où rbomme mêle Dieu amas «n bmgage plein de nolvelé à ses actes de ckaque jo«r, lui racontant ses peines, l'inierrogeaiit sur Tavenir, lui deneandamt ses conseils, on seal que le rapsode qû s'en allait de porte en porte,àl'be«nàQ repM du soûr,. redire caaréciU aux pasteurs émerveillés, n'avait pas ei»eor»ea l'occasion de cha»ter eursafyr^tes «xploils de Bndnna eideadévas, défendant
leur pouvoir, contre les rakchasas les .mauvais génies et le diable.
Ces inventions sacerdotales n'avaient pas encore pu se faire jour.
U ne célébrait point non plus les luttes des conquérants qui, par la grâce de Dieu et l'appui des prêtres, font les peupies s'égorger entre eux comme des bétes fauves, et ont l'audace de donner des fôtes à l'être suprême, chaque fois qu'ils ont massacré cent mille hommes*
Dieu n*avait pas encore songé à se baigner dans le sang de ses créatures.
Nous allons extraire du Pr&sada deux légendes les plus caractéristiques de l'époque primitive que nous étudions, mieux et avec plus d'autorité, elles feront connaître l'Inde ancienne, son culte, l'esprit de ses croyances religieuses, que ne sauraient le faire nos réflexions personnelles.
En ces matières rien ne vaut le texte, et Ton peut voir que nous ne nous privons point, de citer, et de traduire. Le» comparaisons avec les autres théogonies, la discussion de leurs emprunts, l'examen de l'influence subie> et de la filiation qui rattache toutes les religions du globe, à celle de l'Indoustan viendront à leur heure, facilités du reste par ces extraits des livres sacrés.
La première de ces légendes porte le titre de Soudama* Dhàraka, ou Soudama le semeur.
SOUDAlCA-DHARAKik.
c Au pays de Mithila, non loin du Godavery, vivait un homme appelé Soudama, du fleuve à la montagne, aussi loin qu'un éléphant pouvait aller dans un jour, la plaine lui appartenait; il eut compté pendant trois jours sans s'arrêter aux heures des repas et du sommeil, qu'il n'eût point su le nombre de ses troupeaux, et quand venait la récolte, le ris et les menus grains ne pouvaient point tenir dans les dwasthras (en samscrit, réserves).
c Et cet homme avait une nombreuse famille, et son fils
'fe-
VmtB DB DIBU DANS L'INDB. 57
aîné) celui qu'il avait eu d'une vierge,' et qui devait après sa mort laver son corps, l'oindre de parfums^ et accomplir sur Ba tombe les cérémonies funéraires, était déjà en âge de se choisir une femme*
c n avait encore de nombreux serviteurs pour la maison et pour les champs, qu'il conduisait doucement, selon la loi de Dieu.
c Et cet homme était aimé de sa famille et de ses serviteurs car il était pieux et bon.
c 11 était aimé aussi des voyageurs, qu'il recevait dans sa maison en leur disant : — Vous ne trouverez rien ici qui ne m'ait été donné par le Seigneur, et tout ce que le Seigneur m'a donné est à vous!
c Et il était aimé encore des lépreux, des infirmes et des indigents, car il leur donnait toujours un asile pour la nuit, et du grain pour plusieurs semaines, et il ne leur demandait jamais le nom de leur père, ce qui aurait pu les peiner.
c II était si bon que quand ses serviteurs et ses fils avaient retourné la terre, et que le moment était venu de confier au sillon le riz et les menus grains de la récolte prochaine, il se rendait aux champs, et pendant que les ouvriers vaquaient à leurs occupations il jetait au vent, à la manière de ceux qui sèment, du grain que les petits oiseaux venaient en foule ramasser autour de lui en gazouillant, et pour ce qu'il faisait là, il avait été surnommé Dhàraka (le semeur.)
c Et jamais il n'eut approché de sa bouche la nourriture, ni permi que ses fils et ses serviteurs ne prissent leurs repas sans avoir auparavant adressé à Dieu la prière du brabmya* bouta, qui est la consécration des aliments :
c Seigneur, purifiez ces graines et ces fruits, car vous aves dit à votre créature : — Toute plante que je n'ai pas plantée périra, toute pensée qui ne vient pas de moi est maudite, et tout ce qui n'est pas consacré et que la bouche reçoit agit comme un poison ou donne la lèpre.
« n ne me verra jamais face à face, il ne sera point reçu
dans le séfoar eëlesfe, eelai qui ne m'offre point hi nonrr^ ture qu'il va prendre, il n^est pas digne de prononcer mon nom, ni de renseigner à ses enfants^ et les cérémonies funéraires accomplies par son ûls n'auront pas le pouvoir à» purifier ses fautes.
c Seigneur, purifiez ces graines et ces fruits, qu'ils soient doux & moncotrps et le fortifient, somme la prière et la vertu fortifient l'âme, et qu'à Theurs de mon dernier repos, mes or^lks paissent entendre votre voix me comvisr à la noutriture sacrée dans la céleste demeure.
t Or un soir que les troupeaux étaient rentrés, que les femmes avaient tracé sur le seuil de la demeure les signes consacrés, qui procurent le repos des nuits et éloignant les mauvais présages, le riz du repas chantait dans les tiselles de cuivre pendant qu'on Tarrosait de beurre clarifié. Un étranger se présenta sous le poyal de la demeure de Soudama.
« Salut, dit-il au padîal, qui après avoir remisé les éléphants gardait lapor te de la maison^ laisse-moi reposer ici quelques instants : puissesntu voir ta vieillesse comblée de jours heureux, et que les cérémonies funéraires soient accomplies sur ta tombe par ton fils aine, entouré des fils de ses fils.
c Et ayant dit cela il s'assit sur une pierre, car il paraissait fatigué.
c — Salut, répondit le padial, tu confonds le serviteur aveo le maître, mais tu peux te reposer, car la demeure de Soudama n'est jamais fermé à l'heure du repas, — et il allait répondre aux souhaits d'usage qu'on lui avait adressé, bien qu'il ne fût pas le chef de la maison, car celui qui ne rend pas par orgueil le vœu du voyageur, de l'infirme ou du mendiant est capable de méconnaître son père.
c Mais Soudama parut.
c Et le voyageur ayant connu que cette fois il ne se trompait pas, il dit à Soudama : -^Salut I puisses-tu voir ta vieillesse
l'idée de dieu dans l'inde. 5D
comblée de jours el qne les cérémonies funéraires soient accomplies sur ta tombe par ton fils aine entouré des fils de ses fils.
t Et Dhftraka luî répondit : — C'est Ici la maison de Dieu, celui qui est fatigué peut s'y reposer, celui qui a foim et soif 7 peut manger et boire, celui qui est loin de sa famiUe et de la terre où il est né, et qui sent sa fin approcher peut entrer y mourir en paix, les cérémonies de la purification dernière seront accomplies sur sa tombe.
f Ayant dit, il guida l'étranger dans Tintérfenr de sa demeure, et s'étant fait apporter de l'eau dans une aiguière de cuivre, il lai lara les pieds et lui versa sur la tôte et sur le corps un parfum délicieux*
c Etayant bu et mangé, le voyageur demanda à continuer sa route, malgré l'heure avancée de la nuit. Et comme on insistait pour le retenir, il reprit sa gourde, son chapelet et son bâton.
€ Et alors Soudama lui dit : — Pourquoi refuses-tu de passer la nuit sous mon toit, ne saurais-tu reprendre ton chemin au lever du jour^ la contrée où tu vas est donc bien éloignée d'ici que tu sois obligé de marcher, & rheure ou tout se repose.
f — Je vais au pays de Gangea; jusqu'à mon arrivée, je ne dois pas prolonger mon repos au delà du moment où le chant des éléphants sacrés indique le milieu de la nuit.
t — Dis-moi ton nom, poursuivit Soudama, afin que je m'en souvienne, le nom d'un hôte est toujours doux à prononcer.
f Et celui-ci prenant laparolede nouveau lui dit: — Écoute, Soudama, toi qu'on a surnommé le Semeur. les temps ne sont pas éloignés ou de grandes calamités vont fondre sur cette contrée, tu verras ta terre ravagée et tes récolles perdues.
c — Louange à Dieu et à son saint nom, répondît Soudama.
€ — Tes troupeaux périront, et au milieu de l'affreuse tempête qui viendra de la mer, les génisses ne reconnaîtront plus la voix plaintive de leurs petits, l'éléphant affolé se sauvera dans les réduits les plus obscurs des montagnes et des bois.
60 LBS FILS DE DIBU.
c — Dieu est Dieu et sa yolontô est la loi.
« — Tesenfants seront tous frappés jusqu'audernier^tune reconnaîtras plus la place où fut ta maison, et il ne te restera pas môme une aiguière pour puiser tpn eau, une tisella de terre pour faire cuire ton riz, un b&ton pour te soutenir dans ta marche, uii$ pierre pour reposer ta tête,
€ — Que Brahma soit béni dans sa colère.
c Et comme l'étranger s'apprêtait à partir, Soudama lui dit :— Qui es- tu, toi, qui après avoir mangé avec mollet t'ètre reposé sous mon toit, viens m'annoncer de pareils malheurs.
c — Je suis celui qui annonce à tous, depuis le pays do Madura jusqu'au pays de Gangea, la venue du grand vent de la mer, qui entraine dans sa course rapide, ma ( la lune) et les étoiles, qui fait pâlir sourya ( le soleil )« et fait voler dans les airs comme des fétus de paille, les arbres vieux de plus de dix générations. (Les cyclones.)
c Depuis quinze jours l'eau du ciel tombe en cascades sur les hautes montagnes de Lanka (Geylan), leSamanta*Kounta est couvert de nuages noirs, l'Océan gronde sourdement dans ses profondeurs, les andharapotama (homme des eaux) m'ont dit : Cest le signe précurseur du vent terrible, va et rapporte cela à nos frères.
c C:k)mmeil achevait ces mots, un son rauque et aigu se fit entendre : —Voilà, dit-il, les éléphants sacrés qui annoncent le milieu de la nuit, je dois me mettre en route, car il y a loin encore du pays de Mithila aux rives ou les cent fleuves (le Gange) se jettent dans l'Océan, et il ne faut pas que les gens du nord disent que les andhara du sud ne les ont point prévenus.
t II dit, et disparut en un instant sur la route poudreuse et blanchie par la lune, et Soudama rentra pensif dans sa demeure, ne sachant comment expliquer les paroles qu'il avait entendues, et ce qu'il devait faire.
t Et il ne manqua pas, avant de s'étendre sur sa natte, d'adresser à Brahma la prière du repos, et de s'en remettre à lui du soin de le protéger.
c Et il arrriva ainsi qu'il avait été prédit par l'étranger.
l'ioéb ds dieu dams l'indb. 61
Un jour sourya ne parut pas à rhorizon, le ciel était noir* et un vent violent^ tel qu'on ne Tavait point encore vu dans ces parages, se leva de l'ouest, détruisant tout sur son passage, et faisant remonter l'eau du Godavery vers sa source.
c £t de toutes parts, les animaux épouvantés fuyaient, la tigre se rencontrait avec Tagneau, la panthère avec labiciie, et les serpents malfaisants qui rampent sur l'herbe, sortaient de leurs trous envahis parles eaux, et cherchaientà s'enrouler autour des jambes des taureaux et des buffles pour échapper à la mort.
c Et Soudama qui s'était prosterné entouré de sa famille, priait, en attendant la mort, vit aussi passer devant lui, ses troupeaux qui fuyaient^ ne connaissant plus la voix de leurs maîtres.
c D'abord, ce furent les chevaux, les taureaux, les génisses qui ruaient pour se débarrasser de leurs petits; puis ce furent les éléphants qui, réunis en masse, semblaient charger dans un combat et faisaient trembler la terre sous leurs pas.
c Quand le troupeau d'éléphants passa prés de Soudama, un d'entre les plus forts, qu'il avait l'habitude de monter, s'arrêta tout à coup devant lui, et son maître l'ayant appelé par son nom, qui était Nourmali, l'animal se précipita sur lui, l'enleva malgré sa résistance, et l'ayant placé sur son dos, il reprit sa course à travers les rizières et les plaines marécageuses, les fleuves débordés, et les bois, jusqu'aux montagnes prochaines, où étant en sûreté, il s'arrêta.
c Et Soudama qu'il avait sauvé, se mit à se lamenter en disant : ~ Rends-moi mes flls,qui étaient la joie et l'orgueil de ma vieillesse, et voilà maintenant que j'ai peur de mourir; qui donc lavera mon corps, entourera mes membres des bandelettes sacrées, et accomplira les cérémonies funéraires : malheur sur moi.
c 0 Brahma, seigneur de toutes les créatures, où sont les fils que tu m'avais donnés? qui perpétuera ma race dans l'avenir suivant ta loi?
c Que me font ces montagnes, que me font ces vallées, que me fait la vie: j'ai perdu ceux que j'aimais t
t Seigneur, pourquoi m'avoir sauvé, en me séparant de
mes âls, YOUB avez coupé Ibs branches et les racines de l'arbre, comment Farbre pourrait«il vivre encore ?
fl Voyez t mes cheveux sont devenus blancs^ sons le poids des ans, mes membres se sont adaiblis, je ne pourrai plus demander ma nourriture à la terre, et si je vais cher^ cher un asile, qui me le donnera parmi les hommes de ce pays?
< Et ainsi il se lamentait, et il priait Brahma de lui donner la mort par le feu du ciel, ainsi qu'il fait pour les saints er« mites dont la fin approche, et qui loin de leurs fils, ne verraient pas s'accomplir les cérémonies de purification.
c Mais le bruit s'étant répandu que le riche Soudama, du pays de Mithila, ayant échappé au vent de la mer, se trouvait en Madura, aussi nu et aussi pauvre qu^un ver de terre, de toutes part, ceux qu'il avait obligé au temps de sa fortune accoururent autour de lui, et chacun lui donna une portion de son bien.
c Et ils vinrent en si grand nombre et de Lanka, et de Jafinat, et de Soumanta, et de Harzpoor, et de Test, et de l'ouest, du c6té des deux mers» qu*en peu de temps Dhàraka fût plus riche encore qu'auparavant.
c Et ayant remercié Dieu, le Semeur épousa une nouvelle femme, qu'il connût vierge et dans la saison favorable, et en ayant eu un fils, il le nomma Devagana (en samsorit, envoyé de Dieu).
c II eut par la suite beaucoup d^autres fils, et des filles tellement belles, que tous les jeunes hommes les désiraient pour épouses ; et ainsi il fut récompensé, car il avait toujours été bon pour tous, et n*avait point maudit le seigneur... i
(PnlMda.)
La légende ne se termine pas ici dans le Pràsada, la poôie iacommi, comme tous les chaatfies primitifs, n'abandonne poîfit si vite son kéros; il noas fait a&aisler à sa mort, aux cérémonies funéraires que ses fils, avec i'ainé coaae sacrifia «ftteur, aceomplifisenisursa tomber puis il continua Tbistoire de la famillle par Devamga, ou Devagana, et «es descendants jusqu'à une époqua qu'au ne peut fizar, lesdamiars
l'idée D£ dieu dans X^'lNDB. 63
! «hants du poôme n'ayaut été conservés ni par le recueil que ' uous citons, ni parla tradition.
L'antiquité de cet épisode patriarcal ne saurait ôtre un instant discutée. On peut dire que la preuve peut s^en faire par le récit lui-même, car il n'y est question, d'une manière formelle, ou môme par simple allusion, ni de prêtre, ni de roi, ni de temple, ni de palais, la triLu ne parait pas encore formée* les villes n'ont point jeté leurs fondations , nous sommes au règne de la famille, tout s'incline sous la puissance paternelle.
Gomme dans l'œuvre de Valmiki, la légende de Soudama accuse nettement la croyance de cette époque primitive ea un seul et unique Dieu créateur et maître de tout, et à l'immortalité de Tàme. Impossible de glisser la plus petite su* perstition, la créature n'a pas encore osé faire apparaître le CSréateuf dans les buissons ardents; si l'honmie naïf et l)on -croit, dans son ignorance des choses de la nature;, entendre la grande voix de Celui qui Mt dans le bruit des orages, le roolement du tonnerre, le murmure de la vague, si les éclipses, les grandes marées, les tremblements de terre lui paraissant des manifestations de sa colère, aucun brahme, dervicbe, hiérophante ou lévite» n'a encore osé placer derrière ^chacun de ces événemenla, des dieux inférieurs, des dévas, 4efi ti^es, des mauvais génies, et le diable qu'il faut apaiser surtout par d'abondantes et xichee ûfTrandea.
Le culte est simple. On ne songe môme pas à offrir à Dieu, autre chose que l'invocation et la prière, et l'obéissance aux lois si sages de la coosciaocd est la seule morale que l'om ^onaais&eu
Pourquoi ces hommes dont l'intelligence et la saine rai- •on n'avaient pas encore été troublés par des contes absur- 4aê, la peur de l'incociBU et de chimériques chàUmeatst «ttsseut-ils offerts sur un autel de pierre, de bois ou d'or, ■des grains, des fruits et des animaux immolés?...
Est-ce que Dieu mange ? est-ce qu'il peut voir avec plaisir là fia^riûce inutile d'un animal que l'on égorge en son nom, «t pour le reiuercier d'avoir donné la vie I ...
Mon, l'idée de cet holocauates ao pouvait retàx aux an*
ciens patriarches, aux hommes primitifs, qui se contentant des sublimes notions sur la divinité qu'ils trouvaient en eux, ne songèrent jamais à faire jouer au Créateur, le rôle indigne que lui ont toujours attribué plus tard^ sans distinc* tion de religion, de pays et d'époque, ceux qui se sont dit ses serviteurs et ses prêtres.
Je ne sais en vérité rien qui soit plus beau dans sa sim^ plicité, que le culte des premiers âges du monde, que nous retrouvons tout entiers dans ces fragments de l'histoire et de la poésie, et à qui les commentateurs indous assignent une antiquité de quinze à vingt mille ans au moins, c'est-àdire remontant aux premiers siècles après le dernier déluge.
Nous ne pouvons donner ici, on le conçoit, toutes les légendes, tous les bymnes, tous les récits et déclamations qui permettent de reconstituer les anciennes croyances de l'Inde avec une certitude historique, cet ouvrage n'y suffirait pas; mais nous pouvons, d'après le Pràsada, Poôme des poèmes, qui est la collection de tous les écrits de cette époque, exposer le cérémonial de ce culte, dont le père de famille était l'officiant.
L'œuvre de Valmiki et la légende de Soudama, nous ont montré le dieu unique que l'on adorait, tantôt sous le nom de Zeus, tantôt sous celui de Brahma, la .foi en une autre vie, et l'idée de récompense et de châtiment. Ces sublimes croyances devaient avoir leur consécration matérielle, établissant le lien extérieur entre le Créateur et la créature, et cette manifestation fut en harmonie par sa simplicité avec la grandeur de l'idée qu'elle consacrait.
A la naissance d'un enfant, le père de famille, entouré de ses parents et de ses amis, se rendait au fleuve ou au ruisseau le plus prochain, près de l'étang des ablutions, s'il n'existait pas de cours d'eau dans les environs de sa demeure, là il plongeait dans l'eau par trois fois le nouveau* né en disant :
c Je vous remercie, 6 Seigneur, de cette nouvelle vie donnée à ma chair et à mon sang. Faites que cette eau bienfaisante puriûe son corps et donne de la force à ses mus-
l'idée de dieu daks l'ikdb. 65
des, c'est une voix de plus dans la maison pour chanter vos louanges, i (Prdsada.)
L'enfant était alors reconduit à la maison, et on attendait pour lui donner un nom, une circonstance, ou un événement favorable* qui put marquer dans la vie de l'enfant, et le nom qu'il recevait alors, était toujours tiré de cet événement, comme un souvenir destiné à le perpétuer.
Dans les premiers jours de sa naissance, un ouragan, après avoir causé partout de terribles ravages, venait-il, par exemple, à respecter les biens de la famille, l'enfant recevait aussitôt le nom de Parjanya : en samscrit, le maître de la tempête.
Avait-on tué à la chasse, ou dans les environs de l'habitation, un tigre qui depuis longtemps décimait les troupeaux, l'enfant était appelé Bukh&ra : en samscrit, le cri du tigre.
Si sa naissance coûtait la mort de sa mère, invariablement on le désignait sous le nom de Paryasyama : en sams* crit, qui a tué sa mère.
D'autrefois le hasard seul présidait à ce choix, les frères ainé^i, les serviteurs, en attendant le don officiel d'un nom par le père de famille qui seul avait ce droit, donnaient entre eux à l'enfant le premier nom venu pour le distinguer dans leurs conversations, et ce nom de hasard était toujours tiré des qualités ou des défauts physiques qu'on avait remarqués dans le nouveau-né.
Ëtait-il beau, il s'appelait Malgalaya : en samscrit, agréa* ble, bien fait.
Se distinguait- il par la force de ses membres, on le nom*^ mait Paryaçamy, par élision de Paryamrçamy, qui signifie en samscrit, faire plier devant soi.
Avait-il, -au contraire, une difformité physique, le nez d*une dimension extraordinaire, par exemple, il recevait le nom de Parkata : en samscrit, le héron, etc.
Si le père de famille, venait à mourir avant d'avoir fait choix d'un nom pour son fils, le surnom qui lui avait été attribué comme un simple signe distinctif , ainsi que nous venons de l'indiquer ci^dessus, lui restait définitivement, et
était considéré eomme aymnt été doané parle père» en Tertit de celte fiction, que ce dernier l'ayant souvent entendu prononcer devant lui, sans le changer, il y avait consentement de sa part à ce qu'il devint le nom de son enfant.
Et cela était très-important, car si par hasard, au décèa de son père, l'enCant n'avait encore reçu ni nom ni surnom, il était connu pendant le restant de sa vie sous le nom da> Âparyasa : en samscrit, Voubliè.
Cette situation était d'autant plus rare qu'elle ne pouvait avoir lieu qu'en cas de mort subite du père, dans les quel^ ques heures qui suivaient la naissance de l'enfant, et encore dans cette circonstance» recherchait-on avec soin dans la mémoire de chacun, si dans les dernières paroles du père, U n'était pas possible de trouver un nom pour le nouveau-né.
Le soin que l'on mettait à faire remonter ce choix au père, ce surnom à*OMià sembleraient faire croire, que celui que ht fatalité avait condamné à porter ce titre d'Aparyasa avait dans la famille une situation inférieure à celle de ses autres frères et sœurs. Nous ne pouvons cependant rien aifirmer sur ce point; aucun des récits, hymnes» et po&mes de l'imisense recueil dans lequel nous puisons» en constatant cette coutume n'en a indiqué les conséquences.
Si l'enfant qui venait à naître était une fille» la cérémo nie de l'ondoiement était aceomplld par l'aïeule» et à son défout par une sœur ou une des proches parentes de la mère.
A celte dernière seule appartenait également le choix du nom qui représentait toujours un parfum» une fieur, une qualité de beauté, de douceur, de chasteté, tels que Tamali^ en snmscrit, itHifflâ embaumé; Rasita, jojmiii rot^; Nimilia, fUl» amx beau» yeux; Koumaritallaja et par abréviation Kouma* /ita, la plus belle entre toutes, etc....
C'est en général dans les cinq jours de la naissance que les parents et les amis se réunissaient de nouveau pour la dation du nom» et dans cette cérémonie mi-religieuse, mi* civile» on voit apparaître les premières formalités destinées à donner de l'authenticité à un acte accompli» comme tous ceux de cette époque, sous la prof a: lion divine.
Si dans cet intervalle» aucun événement heureux ou mal-
l'idée DB DTfiU DAKS L'iNDB. V7
henrenx n'étaft snnrenn inHquant le nom à <}oTiner à ren*' fani, il recevait celui d'un ancôtre ou tout autre que le père choisissait, en prononçant les paroles suitantee:
c Que le nom de Brahma soit béni, eeluf-d est mon fils, et n s'appellera Parjanya, écoutez bien afin qu'on s'en sou- Tienne. •
Puis sortant delà maison suivi de tout le cortège, il plantait dans son Jardin, un palmier on un tamarinier, suivant les contrées, en disant :
c Au nom du puissant et juste Brahma, vous tous qui êtes ici présents, gardez la mémoire de ceci! cet arbre a été planté le jour de Parjanya, en la trente cinquième année du Y« siècle lunaire de la troisième époque divine. >
 la suite de la cérémonie, un grand repas était donné, et tous ceux qui y assistaient recevaient du père de faïuille une coupe en bois de cèdre, ou de sandal, sur laquelle étaient incrustés certains signes, qui devenaient comme le chiffre du nouveau-né.
Si plus tard, dans une famille nombreuse, à l'occasion à'M^ ritage, ou pour toute autre cause, la paretité d'un des membres venait à être contestée, tous les témoins survivants de sa naissance étaient appelés, et se présentaient, leur coupe à la main, et chacun prenant Dieu à témoin, prononçait les paroles suivantes :
c Au nom du puissant et juste Brahma, ce qne ma bouche va dire est conforme à la vérllér Celte coupe m'a été donné par Oupâviti, le jour de Parjanya, en la trente- cinquième année du v« siècle lunaire, de la troisième époque divine. Parjanya est bien le fils d*Oupftviti. *
n pouvait arriver que les témoins de la naissance contestée, fussent tous morts depuis longtc^mps, c'est alors que le chiilre gravé sur la coupe, intervenait comme preuve, et ce-
68 LES FILS DB Dl£U.
lui qui rayait toujours porté sur sa ceinture» était déclaré fils de celui qui avait donné la coupe.
Rien ne saurait rendre TeiFroi et le respect (dont témoi* gnent les écrits de l'époque) qui s'emparaient de celui qui était appelé à déposer^ en prenant le nom de Brahma à témoin. Le faux serment devait ôtred*autant plus rare, que la croyance était plus vive. Cette cérémonie était pleine de grandeur dans sa simplicité,
Plus tard lorsque l'enfant sortait des mains des femmes, et qu'on trouvait son intelligence assez développée pour l'ad* mettre à l'invocation, c'est-à-dire à la prière du matin et du soir Le père lui faisait prendre un bain, lui rasait la tôte, en ne laissant qu'une petite touffe de cheveux sur la nuque, et l'ayant revêtu d'une tunique neuve il disait :
c Voilà, mon fils, que tu viens t'asseoir à côté des hommes, que rien d'impur ne souille ton corps, que ta pensée se tourne toujours vers le bien, car Brahma va commencer à te connaître par tes actions. »
A partir de ce moment, l'enfant âgé de douze à quatorze ans environ, abandonnait les jeux, et les différents autres amusements dont il s'était presque occupé uniquement jusqu'alors, pour se mêler dans la mesure de ses forces aux occupations et aux travaux des hommes.
11 cessait de vivre dans les appartements réservés aux femmes, et recevait une place à côté de ses frères plus âgés pour manger et dormir. Chaque matin et chaque soir il assistait à l'invocation à Brahma prononcée par son père, et s'il était l'ainé le remplaçait parfois dans cet office.
Voici ces prières telles que les ont conservées le Pràsada, et le Nikàra (en samscrit, trésor, essence pure). Ce dernier ouvrage est classique dans les séminaires destinés à former les jeunes brahmes à la profession sacerdotale. Toute la première partie de ce dernier ouvrage est consacrée aux hymnes et prières en l'honneur de la divinité, composés aux épo« ques anciennes que nous étudions.
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Invocation du malin.
t Heureux rhomme qui vit daos la pensée de Brahma, heureux celui à qui la méditation du Seigneur» créateur de toutes choses» est un délassement à ses travaux I
c Heureux celui qui chante ses louanges» qui suit ses préceptes et reste ûdéle à sa loit c'est pour lui que Brahma a créé la lumière» pour lui que les moissons mûrissent.
c Pour lui que Therbe verdit dans les plaines» que les animaux donnent leur croit» les arbres leurs fruits, les abeilles leur miel, et que la terre se couvre de fleurs.
t Celui qui» méditant sur sa puissance» conserve pendant toute sa vie la crainte d'offenser Brahma, s'éteindra plein de jours, au milieu de ses ûls, qui lui ouvriront la céleste demeure par les purifications qu'ils accompliront sur sa tombe.
c n sera sur la terre comme l'arbre sandal qui embaume tout ce qui vient rechercher la fraîcheur de son ombrage, celui qui ne passera pas un seul Jour sans invoquer Brahma. »
(Nikâra).
Invocation du soir.
• 0 Brahma, quel est ce mystère qui se renouvelle chaque nuit, après les labeurs de la journée, quand chacun est de retour des champs» que les troupeaux sont rentrés» et que le repas du soir est terminé?
€ Voici que chacun se couche sur sa natte, que les yeux
70 LES FILS DK DIKa.
se ferment, que le corps tout entier s'anéantit, et que fr&me s'échappe pour aller conver^ej: avec la» âmes de ses ancêtres.
c Veille sur elle, 6 Brahma, lorsque délaissant le corps qui se rer>ose, elle s'en va ûotter sur les eaux, errer daiui i'immensiié des deux, ou qu'elle pénètre dans les sombres et mystérieux réduits des vallées ei des grands bois de l'Hyma* vat.
t O Brahma^ Dieu tout puissant, cfui commaii(!e aux orages, Dieu de la lumière et des ténèbres, fais que mon âme dans cette couri^e vagabonde, n'oublie pas sur le matin de revenir animer mon corps, et me rapporte un souvenir de toi. » {Nikâra.)
Nous n'avons pas besoin de faire reihnrquer, combien est pur le souffle religieux qui anime V invocation du matin, lorsque l'homme priait ainsi, il suivait les données que la saine raison apportait à son intelligence, il n'avait pas encore faussé riustrument admirable qu'il avait reçu de Dieu, et« la conscience en lui révélant l'idée d'un être supérieur créateur des mondes et de tout ce qui existe, ne l'avait point accompagnée de ridicules et grotesques superstitioos
Invoquer le nom da Dieu, de ce Zeus irrévélé, méditer sur Brahma, c'est-à dire la grande àme^ eiûvr» las prescripiioat de sa loi, c'est-à-dire faire le bien, savoir que tout vient de lui, les moissons qui mûrissent, le parfum des fleurs, le ujiel des abeilles, lui offrir ses pensées et son travail, voiià en quoi consistait toute la relij?ion des premiers habitants des plateaux de l'Uliualaya; reZêyto» naturM» que Lee hra.um£B, l6s lévites et les prêtres de tous les pays et de tous les culUes ont depuis proscrite avec acharnement, de leuj» temples et de leurs autels.
Cette religion si simple, dépourvue de ces vaines pompes extôrieure.s qui parlent aux yeux aux dépens du recueillevyuki et delà piété siucèfe : ottia mV<m^ les myslèrei, ies
l'idée DB DIE0 DANS L'INDE. 71
tapparîtlons delà divinité sous la forme mortelle, les diables et son corlége de génies malfaisants, et toutes les inventions du charlatanisme sacerdotal, n'avaient pas encore trouvé l'heure de s» produire. Cette religion accessible à toutes les lntelli<,^nces, se rapprochait trop de la sublime unité de rÉtre suprême, pour que les hiérophantes aient pu espérer Tin seul instant de la faire servir de marchepied à leur ambition et à leur insatiable despotisme.
Un Dieu compréhensible quoique ineomprU dans son essence, pas d'autres mystères que celui de l'existence de ce créateur inconnu, admis comme un indiscutable axiome par un acte de foi, pas d'autre problème que celui de l'immortalité de rftme, auquel on eut continué à croire en laissant à Dieu le soin de le résoudre; quelques prières, accompagnant les travaux de l'homme, et le père de famille pour prôtrel... Ce B*e8t pas avec cela, en vérité qae Ton «ût courbé l«s peuples dans la pov^ière des chemins, qu'on les e^t forcé d'adorer et Si va dieu de la guerre et Kali déesse du carnage, et le panique Jupiter, et toutes les incarnations, et tontes les vierges mères, et les chats, et les serpents, et les bœufs, et les dévas, et les anges.
Ce a*est pas avec cela, pour empêcher le réveil, proscrire la fraternité, et rajeunir leur inûuenoe, que les dominateurs d'hommes euFsent pu de temps en temps lancer les peuples les uns contre les autres^ et eouvrir la terre de ruines et et débris sanglants.
Ce n'est pas avec cela que l'honime eût fait un esclave de 80n frère,... qu'on eût enchaîné des milliers d'ouvriers somaM des troupeaux pour leur faire b&tir des pagodes, des temples, des églises immenses, que la peur remplissait en^ salie d'inneoibrabks et riclies offrandes. Paraissez pauvres paiias, ftk>le8, ae«dras et esclaves de tons les Ages, voin qui portiez au front la aarqae au fer rouge de votre maitn, vous qui avez eoa.slrait à coups de fouet les pagodes d'Ellora, de Jagiigernaib, ei de Ghélambram, les temples de Del* pbes« d'Épbèee, de Thébes et de Memphis, wentz nous dire •«§ que veu8 avt»e souffert, et eemnent le 1er, le leu et les to^tures, avaient raison de vos résistances.
Et TOUS ouvriers du moyen ftge, esclaves conquis à la guerre, serfs attachés à la glèbe, venez nous apprendit aussi ce que vous ont coulé de larmes et de gouttes de sang, ces vieilles cathédrales gothiques aux flèches perdues dans les airs, qu'on vous faisait construire sous prétexte d'y lo« ger Dieu, et qui n'ont jamais contenu, que les richesses arrachées à la complaisance ou à la peur des princes, des empereurs et des rois.
Le dieu juste et bon, père et non bourreau de ses créatures, s'il venait sur la terre, se choisirait une autre maison.
Il ne voudrait point de ce voisinage debrahmes, de bonzes, et de derviches hurleurs, mendiants et quêteurs, qui depuis des milliers d'années» ne vivent que par VexploiUUion de son nom.
c Heureux l'homme qui vit dans la pensée de Brahmat Heureux celui à qui la méditation du Seigneur créateur de toutes choses est un délassement à ses travaux!
c Heureux celui qui chanta ses louanges, qui suit ses préceptes, et reste Mêle à sa loi I... »
Nous ne t'oublierons plus prière sublime^ simple invocation de la créature qui a conscience de sa faiblesse, à l'éternel et puissant créateur ; tu n'as jamais fait verser de sang, jamais fait allumer de bûcher; tu n'as point proclamé l'esclavage et le massacre loi de Dieu sur la terre... C'est vers toi que nous chercherons a revenir, malgré tous ceux qui ont intérêt à te proscrire encore, car tu es une vivante et puissante protestation contre leur ambition sans bornes, leur égoïsme aussi grand que le monde, qu'ils voudraient étreindre tout entier dans leurs serres; leurs haines aveugles, contre tout ce qui veut adorer Dieu en dehors du temple, et sans se courber sous la main du prêtre.
Vinvocation du soir, récitée par le père devant la famille et ses serviteurs, sous une forme plus poétiquement nuageuse, place le repos des nuits sous la protection divine, et demande àBrahina de ne point permettre que le Juste soit frappé de mort subite pendant son sommeil.
l'idêb db dieu dans l'indb. 73
L'idée qui fait voyager Tàme pendant le sommeil du corps» à la recherche des âmes des ancôtres, pour converser avec elles, e8t,ile8tvrai,d*une teinte un peu superstitieuse, mais qui songerait à reprocher au croyant inconnu, auteur de cette prière, cette fiction poétique qui lui fait demander à son ftme, de lui rapporter au matin, un souvenir de Dieu.
Il y a dans l'ensemble de cette invocation, comme un certain efiCroi mystérieux, causé par cet étrange phénomène du sommeil dont l'homme ne s'est pas encore rendu compte. La première idée qui s'est offerte à son esprit, c'est que cet anéantissement du corps était l'image de la mort, et il a cru que pendant sa durée. Tàme se séparait de son enveloppe matérielle, pour errer à la recherche d'autres âmes, ou se rapprocher de Dieu.
Les songes dont il se souvenait au réveil ne pouvaient que le confirmer dans sa pensée ; c'étaient des souvenirs de choses que l'àme avait entrevues pendant ses pérégrinations...
A partir de ce moment l'adolescent assiste son père, dans les cérémonies mortuaires que ce dernier accomplit chaque année sur la tombe où les urnes des ancêtres, cérémonies dont il doit être lui-même le principal ofiiciant, lorsqu'il sera devenu plus tard chef de famille.
Les cèrèmoniei funèrairet, le cuHb des ancêtres ! Tout le monde ancien est là 1 Tous les peuples ont donné au culte des morts la place principale dans leurs coutumes religieuses, tous ont tenu à prouver, par la fidélité du souvenir que le ber« ceau commun de tous les rameaux de la race blanche est bien dans les plaines du haut Bengale et les vallées de l'Hymalaya.
Cette idée est trop importante, ce culte a joué un trop grand rôle dans l'humanité, pour que dans cette revue rapide des mœurs et croyances religieuses des patriarches indous nous ne fassions que les indiquer. Ce sujet, à mon avis, mérite un chapitre spécial je lui consacrerai le prochain.
Deuxautrescérémonies religieuses devaient être accomplies chaque année, aux époques des semailles et des moissons.
Elles avaient pour but : la première, de placer sons la protection divine le» grains conilés à la terre; la seconde, de remercter Brahma de la récolte qa*iL avait accordée.
Dans ces df ux ca% le cérémonial était la même, Tiovoca* tion seule différait
Lorsque les semailles étaient terminées, lorsque les mois* sons étaient renti ées, que les dwastras (en samscrit, ristrves) regorgeaient de riz et de menus grains, le chef de famille réunissait tous les serviteurs qui avaient pris part max travaux des champs, après qu'ils s'étaient baignés et rasés; il donnait à chacun un vétoment neuf de toile de coton pour les serviteurs, de lin ou de soie pour les parents, «t toat s'étant agenouillés, il prononçait la prière consacrée.
Invocation des semailles. ( Niyama-Nelli. )
t Échauffée par les baisers de sourya,la terre a enlr'ouvert son sein fécondé, elle a reçu les grains qu'elle doit rendre au centuple, et tressaillant sous les rayons de son amant céleste, son sein s'est refermé.
c Ainsi la fiancée, quand elle a été conduite à la maison du bleu aimé, sent sa poitrine bondir, et ses flancs qui frémissent; c'est le mystère qai s'accomplit dans l'ivresse et la joie, c'est la vie qui se renouvelle.
€ O Brahma I commande aux vents qui viennent de l'ouest de respecter le travail mystérieux de la terre, fais que l'eau soit toujours abondante, sans que les pluies inondent les rizières, et que les fleuves sortent de leur lit. >
hwoeation det mùisêûiu, ( Niyama-Masa. )
€ Reçois, ô Brahma I les vœux de tes humbles créatures; si jamais l'un de nous oublie tes bienfaits, que frappé de la
l'idée db dtbu dans l'inob. 75
lèpre il soit un objet de dégoût pour sa famille, eï qu'il TOit s'en aller en pourriture sa chair et ses os.
Nous t'avons imploré pour les graines et pour les fruits, et par ton ordre la terre, s'est couverte de verdure ; l'hert^ des prairies et des rizières a jauni faisant éclore les graii» nourrissant, les arbres se sont chargés de fleurs, et les fleurs ont produits des fruits.
€ O Seigneur I créateur de tout ce qui Cîcîste, toi par qui tout se transforme dans la nature pour recevoir une nouvelle existence, fais que ces fruits et ces grains que tu nous a donnés purlûeni notre corps, comme la prière et la méditation de ton nom puriHent l'àme. >
Un festin où tous étaient conviés terminait d^ordînaire la cérémonie, et chaque serviteur recevait en cadeau un sac dé riz et de menus grains.
Si parmi les parents, il s'en trouvait quelqu'un, qu'une inondation, la sécheresse ou un ouragan aient privé cette ftnnée là de sa récolte, tons ses alliés lui donnaient une portion de la leur, et lui constituaient une réserve suffisante pour attendre la moisson prochaine.
Seize ans était fâge où le fils recevait du père de famille la permission de se choisir une épouse, et cet événement était roceasioR de fêtes religieuses dans lesquelles, on voit poirvdre, ainsi que dans celles de Ja naissance, les premières bases d'un acte m^religreur, mi-civil destiné à constater par la preuve testimoniale et le serment, Funion qui s'était accomplie.
Le choix de l'épouse se faisait de plusieurs manières : tantôt le père allait la chercher lui-même, dans quelque famille amie ou alliée de la sienne, et la présentait à son fils en prononçant ces paroles : — t Voilà celle de qui doivent BalLre caax qui perpétuOTOut ton nom. — » Tantôt il se cmi-
tentait de dire à son âls : — c Va de Madura en Malayala, visiter nos amis, tu t'assoieras à leur table et dormiras sous leur toit, et quand tu auras trouvé une belle fille que tu dési* reras pour femme, viens me le dire afin que nous envoyions les présents d'usage, i
Au lieu d'extraire sèchement du Podme det potmes les for* mules et invocations religieuses qui accompagnaient la célébration du mariage, nous allons donner en entier une légende de cet ouvrage qui les contient toutes, et qui fera connaître en même temps au lecteur un des épisodes les plus poétiques de la vie patriarcale.
Nataliky (en samscrit, la vierge modeste), tel est le titre de cette légende.
Ceux de nos lecteurs qui se sont intéressés à nos premiers essais, doivent se souvenir de la thèse que nous avons soutenu, sur Moïse et les Hébreux, dans la Bible dans l'Inde. Ce prétendu peuple de Dieu, n'a été en Egypte, si les traditions historiques doivent primer les contes apocryphes, que cette quatrième classe du peuple, que l'on retrouve dans toute l'antiquité et chez toutes les nations, sous le nom de parias, d'ilotes ou d'esclaves.
Moïse en entraînant cette caste asservie dans le désert, pour lui rendre la liberté et se créer chef de nation, a été obligé de lui donner un passé, une origine divine, puisque tous les peuples s'en attribuaient une semblable, et un livre de la loi pour régler le culte» assurer la puissance à sa famille en en faisant la classe sacerdotale, et établir quelques lois civiles, sans lesquelles il ne pouvait rien fonder. Et pour cela, il ne fit que copier les livres sacrés que les Égyptiens tenaient des Indous, à l'imitation de Bouddah pour l'ex* tréme orient, de Zoroastre pour la Perse, qui cueillirent à pleines mains dans les védas et Manou, et présentèrent aux peuples émerveillés, leur livre comme une émanation directe de la divinité.
Zoroastre avait prétendu qu'il avait reçu le Zend-avesta, les mains d'Ormuzd sur le mont Albordjeh, au milieu des éclairs et des tonnerres. Moïse ne se mit point en frais d'imagination pour trouver autre chose, et présenta ses copies
l'idéb de dieu dans l'indb. 77
mal faites des livres sacrés de TËgypte et de l'Inde, comme un don do Jéovah sur lemont Sinaï.
Nous allons trouver, dans ce récit du Pr&sada, une nouvelle occasion de signaler les emprunts du législateur hébraïque.
La légende de Nataliky, n'est que la seconde partie de celle d'Adgigarta que Moïse, ainsi que nous l'avons démontré dans la Genèse indoue, a transformé en celle d'Abraham.
NATALIKY (la vierge moleste).
< Adgigarta voyant sa peau se rider et ses cheveux blanchir, sentant que le moment n'était pas éloigné où son ûls devrait accomplir les cérémonies funéraires sur sa tombe, songea que le moment était venu de lui choisir une femme pour perpétuer sa descendance.
c Et rayant fait venir devant lui, il lui dit : J'arrive sur le soir de ma vie, ô Yiashagana, ta mère s'est endormie dans le Seigneur, et il n'y a plus de femme à la maison pour surveiller le travail du nelly. Voilà qu*il te faut choisir une épouse, pour donner une mère à tes sœurs et procréer un Ûls.
f Et Yiashagana répondit : Qu'il soit fait, mon père, selou votre volonté.
€ Adgigarta continua : Prends une couple de jeunes éléphants blancs, charge-les des riches tapis de Kanawer, des vases d'or et d'argent de Népal, des soieries de Dacca, et des parfums qui viennent de l'Iran, et rends-toi en la contrée de Mithila qui borne ce pays, chez Nimi qui en est le chef, et est fils de Pavaca, qui fut le père de ta mère Parvady. Quatre filles jeunes et belles ornent sa maison, qui sont Aiioumaty, Taraary, Anniama et Parvady ainsi nommée, parce que ce fut ta mère, qui à sa naissance la plongea trois fois dans les eaux du Mahaar pour la purifier (mahaar, grande rivière, un des noms du Gange; du samscrit, maha, grand, aar, r/pière).
c Et après avoir maDgô et bu» dans la maison de Nimi^ tu donneras les présents à celle que tu auras trouvé belle dans ton cœur, et Tayant obtenue de son père, tu la ramèneras en celte maUon, aâa que j*aie la joie de vous bénir.
€ Et ayant entendu cela, Viashagana dit à son père ; Et ai je les trouve toutes cinq également belles, et si leur père me dit qu'elles sont toutes également vertueuses et craignant le Seigneur, pourralsje donner ces présents à rune, sans que les autres n*en conçoivent du chagrin et ne pleurent en secret, ce qui ferait dire à Nimi : Pourquoi cet homme est-il venu dans ma maison apporter ht douleur à mes filles ?
€ Alors Adgigarta: Prends cinq fois autant de riches tapis, de vases d*or, de soieries et de parfums, et les leur donne à chacune en cadeau, et elles ne seront point jalouses entre elles, parce qu'il n'y en aura pas eu d'oubliées.
f Mais Viashagana dit encore : Quand je leur aurai donné à chacune des présents, ne seront-elles point fâchées quand j*en choisirai une pour la conduire en la maison de mon pore.
c Remets-t'en au Seigneur du soin d'indiquer celle que sa sagesse te destine, et qne la première que tu apercevras, en approchant la maison de son père soit saluée par toi comme l'épouse que tu auras choisie, et tu lui passeras au cou le tâli des fiançailles.
t Satisfait par ces dernières paroles, Viashagana prit un couple d'éléphants blancs, qui n'avaient point encore porté le haoudah, il les chargea de cinq lots de riches tapis de Kanawer, d'autant de vases d'or et d'argent de Népal, de soieries de Dacca et de parfums de l'Iran, et ayant reçu la bénédiction de son père, il se mit en marche pour se rendro en Mithila, qui était le pays ou le frère de sa mère Parvady était chef.
c Après avoir marché pendant plusieurs jours, Yiasaghana aperçut un matin de vastes champs de nelly bien arrosés, et l'herbe verte de toutes parts s'étendait aussi loin que la vue.
c S'étant adressé à un vaidehâ (en samscrît, cultivateur)^ qui faisait mouvoir en chantant le balancier d'un étangs il
l'idée de Dutu uANS l'indb. 79
il lui demanda à qui étolLeut ces rizières si bien entretenues.
c Et le yaidehà, sans se déranger de son travail, lui répondit : — Ces champs appartiennent à Nimi, ûls de Pavaca.
c Et ayant rencontré plus loin d'immenses troupeaux de génisses avec de grands taureaux aux cornes recourbées du pays de Birmafa, il s'adressa à un kélivala (qui tond la terre, faucheur)^ et lui demanda à qui étaient ces animaux qui paissaient en anssi grande quantité dans la prairie.
€ Et le kéiiyala lui répondit, en contiaant à faucher l'herbe le long des chemins : — Ces taureaux aux longues eomes recourbées et ces génisses appartiennent à Nimi, flia de Pavaca.
c Et ayant aperçu encore an grand nombre d'éléphants qui venaient du nord, chargés de figues sèches, de pistaches, de noix et de grenades, ainsi que de fines étoffes tressées du poil des chèvres de Kaboul, il dit au padial (gardien des éléphants) qui les conduisait : — A qui sont toutes ces richesses et les animaux qui les portent?
c Et le padial lui répondit, en poursuivant son chemin : — Ces éléphants, ces fruits secs et ces riches étoffes de Kaboul sont à Nimi, fils de Pavaca.
c Et Viashagana, émerveillé, se disait en fui même : Que vais-je faire avec mes modestes présents, chez un homme aussi riche, mais peut-être se souviendra-t-il que je suis le fils de sa sœur. Et il s'aperçut bientôt que le bruit de son arrivée s'élait répandue partout, car à mesure qu'il approchait du terme de son voyage, de tous côtés les bergers el les serviteurs de Nimi accouraient sur les bords de la route, rappelaient par son nom et lui souhaitaient la bienvenue.
t Ayant eu à traverser un ruisseau, il rencontra sur la ia rive une dizaine de jeunes filles qui lavaient dans l'eau courante les chombons et les plats de enivre du repas, et une d'elles, qui paraissait les diriger, se leva et dit : Salut à Viafihagana, fils d'Adgigarta, qu'il soit le bienvenu dans la maison de Nimi. Je suis Nataliky et Nimi est mon père.
t Salut à Nataliky, répondit Viashagana, et la v«^yant jeuneet belle, il s'en réjouit et pensant que le Seigneur l'avait ainsi placée sur sa route pour qu'il la choisit pour femme, il
ajouta : Reçois, 6 flUe de Nimi, qui fut ûls de Pavaca, ce tàli, signe du mariage, que ma mère Parvady a porté.
t Je me nomme aussi Parvady, s'écria la jeune ûlle, qui fut dans Le ravissement d'être choisie la première^ quoique .a plus jeune entre toutes ses sœurs. Et quittant ses compagnes, elle se dirigea avec Viashagana vers la maison d« son père.
t Et Nimi les voyant venir tous deux les admira, tellement ils étaient jeunes et beaux, et comme ils s'approchaient, il dit à SOS autres ûlles : Voilà le ûls de ma sœur Parvady qui a choisi Nataliky pour sa femme; et elles en conçurent une grande jalousie.
c Alors Viashagana s'étant incliné et portant la main sur son front dit : Salut, ô Nimi, je t'apporte les paroles d'amitié d'Adgigarta, accorde-moi d'emmener cette femme qui est ta ûlle dans la maison de mon père : c'est Brahma qui m'a inspiré de passer autour de son cou le t&li que mon père donna autrefois à Parvady en la maison de Pavaca.
c Que la volonté de Brahma soit faite, répondit Nimi, je reçois les paroles d'Adgigarta, et tu peux conduire ta femme auprès de lui pour qu'il accomplisse les cérémonies d'usage. Entre dans cetCe maison, qui est la tienne, pour y manger avec nous et t'y reposer pendant quelques jours.
< Cette manière de se choisir une épouse fut observée depuis sous le nom de mode du Seigneur, car il fut reconnu que c'était Dieu qui l'avait instituée.
€ Et Viashagana ayant distribué ses présents selon l'usage, reprit le lendemain le chemin du pays de Gangea, où était la maison de son père, et Nataliky le suivit montée sur un des éléphants blancs qu'elle avait reçu en cadeau.
< Adgigarla les attendait avec tous ses parents et ses amis, car il avait su en songe le moment précis du retour de son Hls; et de ses mains que l'âge avait rendues tremblantes, il les bénit tous les deux, en prononçant Tinvocalion consacrée, car Nataliky ne pouvait entrer comme épouse dans la maison avant d'avoir été unie devant le Seigneur.
l'idée dk dieu dans l'inde. 81
Invocation du mariage.
fl Que Brahma unisse vos âmes d'un lien indissoluble, et que la verlu soit ce lient Que dans vos cœurs n'entrent jamais ni le dégoût ni l'oubli; un mari quidédaigae sa femme est maudit de Dieu 1 Une femme qui dédaigne son mari ne peut espérer d'entrer au séjour célestel
t Respectez dans votre union les époques qui ne sont point favorables, car celui qui se livre en tout temps aux plaisirs de l'amour offense le Seigneur, qui pour ce fait ne lui accorde point une nombreuse postérité.
• Vous consacrerez à Dieu l'aîné de vos fils, car c'est luî qui accomplira sur votre tombe les cérémonies funéraires qui lavent les dernières souillures, et qui vous permettront d'entrer dans le séjour des âmes purifiées.
c Ayant ainsi parlé , Adgigarta offrit à Nataliky , du riz grillé, un jeune cbevreau à toison rouge, et deux jeunes colombes.
€ Et la jeune femme les ayant reçus, mangea le riz grillé avec son mari, rendit la liberté aux deux colombes, puis ayant pris le jeune chevreau dans ses bras^ elle franchit le seuil de la maison en disant :
c Je suis vierge, n'ayant point encore connu d'homme. Que mes yeux se ferment pour toujours à la lumière plutôt que de s'arrêter sur un autre visage que celui de mon époux. Que ma voix se sèche dans mon gosier plutôt que de pro« noncer des paroles d'amour, qui n'iraient point à ses oreilles. Que je meure plutôt que de laisser délier mon pagne par une autre main que la sienne.
c Et le jeune chevreau ayant été égorgé, chacun en mangea en mémoire de cela.
f Adgigarta fit alors cadeau à tous ceux qui avaient assisté à l'invocation et au repas, d'un anneau d'or sur lequel était
incrusté le signe consacré de sa maison^ et dit à tous ses parents et amis assemblés :
• Voici Tanneau du souvenir» que tous nos amis le con« servent comme un témoignage, que nos parents le gardent précieusement en rajoutant à la chaîne de la famille, car c'est ainsi que nos arrlèi'es petits-enfants pourront se dire entre eux : nous sommes issus du môme père.
€ Et ainsi furent unis Viasbafana, fils d*Adg!garta et de Parvady, et la belle NataJiky, ûllede Nimi et d'Annoumaty.
c Leur premier né fut consacré au seigneur en sortant de Teau de la puriiicftlion, et reçut le nom de Pavaea, en Tlionneur de son bisaïeul, car c'est à lui qu'il avait été promis que de sa race naîtrait celui qui devait illuminer le monde.
La poétique histoire de cette famille se continue, dans le Pràsada jusqu'à la naissance de Devanagny, mère de Ghristna, qui fût le rédempteur indou. Nous nous bornons pour le moment à cette citation, qui suffît au but que nous nous étions proposé, d'indiquer les pdèree, invocations et cérémonies du mariage patriarcal. Elles ne sont, ainsi qu'on peut le remarquer, ni moins simples ni moins affirmatives de Tunitéde £^es, ni moins dépcMirvaesilesuperstiUaQS que celles qui les précèdent.
En résumé^ la religioa prindtive des patriarches de Tin* doustan ne fut basée que sur Tunité deDâev, TiMiftortaUbé de Tàme, et la wéoomtpmm os le châtiment pour les bonnes oa mauvaises actions.
Genme ferme extévienro en anMê^ imxt père de lamlUe était le conservateoT de l'idéeireligiaase, et l'offUiamt des eéeémonies.
Les enfants; étaient oodoyés à knr Misaance,. et oas invo* cation à Dieu saluait leur entrée dans la vie. Le mariage el lamort étalent de nou'pteaa eonsaceés par des prières. Dans Tune, on priait Dieu de bénir l'union qui s'aoeomplissai t ei la piM^ité qui allait iMitca; dAas.ra«to, 9m poaiiadi rame du
l'ii^e de dieit dans l'imde. sa
mort des dernières souillures par la prière, et Ton demandait à Dieu de Tadmettre au séjour des bienheureux.
Matin et soir, au coucher et au réveil ainsi qu'avant chaque repas, le père de famille implorait ia bénédiction de Brahma, et deux grandes féies par année, à Tépoque des semailles et des moissons, plaçaient les fruits de la terre soUS la protection divlue :
« 0 Brabma commande aux xnents qui viennent do Touesl de respecter le travail mystérieux de la terre. .. •
Et après la réeolte, remerciaient Dieu de ravoir faite belle et Abondante, et TboMine humble de cœar, lui deniandait d'ôlre puritié par cette nourriture qu'il tenait de sa bonté*
c O Seigneur. •• fais que ces fruits et ces grains, que tu nous as donnés, purifient notre corps, comme la prière et la méditation de ton nomt purlAent l'àme» §
Et c'était tout... Et ces hommes des premiers âges, se trouvaient parfaitement en règle avec leur créateur, en suivant les données que la conscience et la raison leur révélaient, comme les plus simples et les plus dignes do Tidée de Dieu.
On n'avait point encore imaginé, sous le nom d Être suprême, ce fantôme-épouvantail dont toute la joie fût de répandre le sang, qui pour un mot faisait massacrer des tribus entières, qui fit son culte incompréhensible et stupide pour mieux asservir l'intelligence en la faussant, et brûla le» corps quand l'intelligence refusa de se soumettre...
Triste invention du prêtre, qui comme le belluaire, ne peut dominer que par la peur et l'abrutissement.
Combien de siècles se sont écoulés? des milliers de générations d'bomme» ont dispai^u, les bûchers se sont éteints eeifts le sang des victimes, les rois lassés de servir de bourreaux, ou emportés par la tourmente des haines amoncelées, n'ont plus le pouvoir, ou n'osent plus frapper, proscrire, massacrer sur un signe...
Mais lui, l'homme des hécatombes, l'homme des bûchers, l'homme du passé sanglant, celui qui a tué Dieu pour se
Googk
8i LBS FILS DE DIEU.
mettre à sa place sur l'autel. . . Il est toujours là» luttant avec acharnement, disputant pied à pied chaque lambeau de son > pou voir qui s'envole, n*ayant qu'un souci, qu'une idée, qu'un I but, tenir sous sa main le monde assoupli et dompté 1...
Que lui importerait qu'il ràl&t, qu'il fût comme un cadavre sous son pied, pourvu qu'il ne sentit plus ce cadavre très* saillir aux suints noms de raûon, de progrès et de liberté.
£t chose étonnante si tous les Torquemada et leurs séMes couronnés, ne sont plus là pour dire au peuple agenouillé : Crois, obéis ou meurs, si leurs successeurs n'osent plus se faire précéder de tortures et de supplices, au nom d'un Dieu de paix et de pardon, ce n'est pas qu'ils aient renoncé à ces an* tiques moyens de domination.. • c'est qu'ils ne peuvent plot les employer...
Rendez-leur un pouvoir incontesté, rendez-leur la force... et vous verrez de nouveau, les brahmes massacrer les bouddhistes, les bouddhistes et les mages massacrer ceux qui ne voudront point se soumettre à eux, les hiérophantes ensanglanter l'Egypte, les lévites massacrer les Hébreux au moindre signe d'indépendance, et les prêtres de Rome ressusciter les proscriptions y les tortures, le saint -office et les bûchers.
Cela ne date que d'hier :
J'étais à Goa, la vieille ville indo-portugaise des Albuqnerque, je connaissais les sombres et cruels souvenirs laissés par l'inquisition portugaise dans l'Inde, qui, nulle part ne fut plus acharnée, et plus rigoureuse, et dont le pouvoir ne prit fin qu'en 1815, grâce aux Anglais qui ne rendirent Goa, dont ils s'étaient emparés, qu'à cette condition. Je résolus d'aller visiter dans la vieille ville, distante de quelques lieues de Villanova de Goa, ou Pandjim comme la nomment les indous, le palais des grands inquisiteurs, et les prisons du saint-office; je désirais voir par moi-môme, à quarante-cinq ans de distance seulement de sa suppression, s'il ne me serait point possible, de trouver encore quelques restes^ quelques vestiges, parlant aux yeux, de cette épouvantable domination religieuse.
L'Indou est le peuple le plus attaché que Je oonntdsse
L'iDfiB DB DIEU OAN9 l'INDB. 85
à ses croyances et à son Dieu, il est persuadé de rexcellence de son culte, et ce en quoi il a parfaitement raison à mon senSf répond invariablement à toutes les tentatives des missionnaires : Vous adorez Dieu avec des paroles, et moi avec d'autres, mais en résumé, c'est toujours à Dieu que cela s'adresse; à quoi me servirait d'abandonner ma manière de parler à Dieu, qui est celle de mes ancêtres, pour prendre la vôtre qui est celle d'étrangers qui ne sont pas de ma race? Pourquoi ne me demandez-vous pas aussi d'abandonner ma langue pour parler la vôtre, et de quitter mes babits si commodes pour la cbaleur, pour porter les vôtres qui sont faits pour le froid?...
Aussi n'y a-t-il dans l'Inde entière, en dehors des parias à qui leB jésuites servent de petites pensions pour se faire catholiques, et qui ne vont à l'église, bien entendu, qu'autant que les appointements sont payés régulièrement, d'autres chrétiens que ceux faits par l'inquisition portugaise au moyen du fer et du feu.
Le Portugal ne comptait presque, au siècle dernier, dans ses possessions heureusement fort restreintes, que des catholiques. Quiconque était amené dans les prisons du saint-office, n'en sortait que converti ou mortl...
Combien de ces malheureux, après avoir résisté avec courage aux premiers supplices, unissaient par céder aux horribles tortures qu'on arrivait par degrés à leur imposer, et sorUient de là incapables de tout travail et aflfreusement mutilés...
Oui î... mais le Seigneur devait être content! Quand ils étaient entréî?, ils s'appelaient Rama, ou Moutoussamy, et possédaient l'usage de leurs membres...
Quand ils sortaient, ils s'appelaient Joseph ou Pacôme, etélaient estropiés!...
Ignoble profanation de. tout ce qu'il y a de grand et de saint sur la terre, épouvantables folies sacerdotales!... Et cinquante année à peine me séparaient de ces actes, que rhumaiiité d'une nation étrangère avait seule fait cesser.
Je ne trouvais que peu de choses à observer dans les prisons du saiutoffice, cellules, cachots, oubliettes, puits et ca-
f #ftux, étaîeikt «ivabî» par les arbustes, les lianes et les planta de toute espèce, à tel poiat qu'il eut été imprudent à cause 4ee reptiles de se bajBarder à y pénétrer» La main du temps semblait s'être b&tée de YoDer ces lieux sinistres» etderépaor dre k profusion des flots de verdure et de fleurs» là où avaient eoulè tant de lariaee» où evaieiDt éclaté tant de sanglots.
geule la ebambre de U»rtujîe> débiayée sans doute à l'intebtien des visiteurs» petBietUit au souvenir de celui qui s'y égarait ua inâtaat> de rseonellluer quelques épisodes aSftl- Uis des seéues sau^ii^ea qui avaient dû s'y passer,^
Au momeut eu je aartaie de eea ruiaes, je vis venir à hmh cinq ou six malheureux qui me ûrent détourner la tête avec dégoût. Tous étaient aJSreusemeat eetropiés et mutilés^ et à quelques aunéeeprès^ paraissaient du mÀmeàge» de soixantedix à soixante-quinze ans environ. L»'un rampaitplutdt qu'il ne marcbeit» le corps supporté par quatre moignons infox* mes, tenant entre ses. dents une UKHiié de coco en guise de sébille... Un autre n'avait plus de langue ni d'yeux«.. Un Uoisième avait les mains coupés; un autre encore avait eu ks pieds broyés dans le» brodequins de la torture.* • Us étaient là, ne demandant l'aïunûne avec des sons et des cris inarticulés.^, et je laissais tomber mon offrande les larmes éans les yeux» la rage dans le ccaur i...
C'étaient les demiôres victimes des prêtres, de Home à Goa I...
L'heure est venue d'arracber le masque à tous ceux qui se servent de Dieu pour voiler leur ambition, leurs vices et leurs crimes, qu'ils soient brabmea, bouzes, mages ou lévites»
L'heure est venue de leur prouver qu'ils ont une origine commune, et que leur ténébreuse association, eu se trans* mettant d'âge en âge les mômes mystères, les mômes superstitions, les mômes croyances grossières, qu'ils faisaient adopter de la plèbe ignorante, n'a eu pour but que d'éterniser son pouvoir et de faire vivre ses adeptes en dehors des dures lois de travail et de souffiaJice, qui pèsent si lourdement sur le reste des hommes. Para>itt»s dans les sociétés antiques,, parasites dans les sociétés modernes, voilà leur rôle.
L*n>£B DE DIEU DANS L INDE. 87
Ils ont débuté seuls d'abord, ayant arraché par obsession, par habileté, par peur, le pouvoir civil et religieux daus la famille, de la famille dans la tribu, de la tribu dans la peuplade^ ayant appelé autour d'eux tout ce qui préférait à la peine^ la vie plantureuse aux dépens du travail des autres... Puis les rois sont venus, mettant par instant en péril leur domination, mais Talliance a toujours uni par se faire entre gens si bien farts pour s'entendre... Et vous pouvez ouïr dlci les plaintes des peuples qu'ils ont tués... Le monde entier a râlé sous le prêtre. L'Orient est mort, ses peuples ne comptent plus dans la vie humaine. Mais l'Occident a secoué le moyen &ge, les cendres de Jean Huss et de Savo* narole ont fait éclore des combattants. L*heure n'est pis loin où quiconque essayera encore de tailler Dieu à son image, de mendier en son nom, en son nom d'agiter les consciences et les places publiques, ne trouvera plus sur son chemin ce peuple, qui le regardait passer à genoux aux temps de sa décrépitude et de son obéissance servile aux caprices d'une théocratie qui n'a régné que par la corruption, le sortilège et le mensonge*
Bacon disait en son temps : Pourquoi monter au sommet d'une tour pour regarder un brin d'herbe, agenouillez- vous près de lui, tout au contraire pour l'observer de plus près... Et la science moderne était née. On étudia le brin d'herbe de près, on analysa los causes, on comprit les effets, et la nature interrogée parla raison lui livra ses secrots...
Soumettons de même toute science religieuse â la raison, remontons du sorcier au thaumaturge, au magicien, au prophète, aux incarnations, aux fils de Dieu, prouvons jusqu'à l'évidence, que toutes ces choses ne sont qu'inventions de prêtres. Et descendant enân dans notre conscience dégagée de toutes les superstitions, do toutes les ruines du passé, nous pourrons retrouver les vérités immortelles qui y ont été déposées par le Dieu unique, tout de bonté et de miséricorde, qu'ont adoré les hommes des premiers ûges, et que la corruption sacerdotale a si longtemps remplacé, par la superstitieuse image d'une divinité gardienne de son ambition et de ses intérêts. Revenons à la religion naturelle I
68 LMB ruA DM mn.
GHAPITRB IL
D'OU VIBNNBNT LE CULTB DBS ANCÊTRBS ET LB GÉNOBinSMB.
Le culte des ancêtres si fort en honneur dans l'antiquité, conservé jusqu'à nos jours par tous les peuples de l'Orient, est né d'une croyance antérieure aux védas, et remonte aux premiers temps de l'époque patriarcale.
En outre des légendes, prières et invocations, que nous avons données, qu'on interroge les monuments les plus anciens de la littérature religieuse des Indous, les quelques fragments antérieurs aux livres sacrés qui nous restent du premier Manou. Quelques hymnes de Valmiki, et tout le recueil connu sous le nom de Nikàra, partout on retrouvera à côté de la foi en un Dieu unique, et à l'immortalité de l'âme, la croyance que l'homme ne pouvait entrer au séjour céleste et s'absorber dans Isl grande dm$, c'est-à-dire dans la sein de Brahma, s'il ne laissait derrière lui un ûls qui put acomplir sur sa tombe les cérémonies funéraires de la purification, destinées à laver l'àme et le corps des dernières souillures contractés sur la terre.
Le père de famille défunt avait, pendant le cours de sa vie, racheté les fautes qu'il avait pu commettre, par la prière, par la méditation sur Dieu et la pratique de toutes la vertus; mais quoi qu'il eût fait du bien, que la mort l'ait frappé subitement, ou après une longue maladie, il n'avait pas eu le temps de se purifier de ses derniers souillures; et dès lors, comme l'àme ne pouvait retourner au séjour desbiew» hiureux avant que la moindre tache à sa pureté ait été enlevée; le fils aiué ouvrait à son père la porte de Brahma, par le jeûne^ les prières et les cérémonies funéraires qu'il
l'idée db dibu x»i^.,: ''^^ng. 89
accomplissait sur sa tombe, et qui avaient le don d'enlever jusqu'aux péchés les plus légers du défunt.
Ces cérémonies ne pouvaient être accomplies par une autre personne que le ûls du mort, du fait d'un parent, même le plus rapproché, ^Ues eussent été inefficaces. £t comme il se pouvait que des iautes graves que le défunt n'avait pas eu le temps de purifîcir, Talent fait condamner par Brahma à un long exil. Le ûls aîné devait chaque année, à Tanniver» saire du décès de son père, répéter sur sa tombe ou sur l'urne qui contenait ses cendres, les mêmes cérémonies.
Celui qui ne laissait pas de fils, pour le suppléer, et accomplir la purification funéraire, à mesure qu'il avançait en kge, devait veiller avec le plus grand soin à ses actions, afin de commettre le moins de fautes possibles, car il devait s'attendre à subir dans son entier la punition que Brahma lui infligerait pour les dernières souillures.
Telle était la croyance!
Il y a là sans qu'on s'en doute, l'explication naturelle, logique, d'une foule de mœurs, de coutumes civiles et religieuses qui, à travers l'antiquité, sont parvenues jusqu'à nous, et à qui bien qu'elles se soient tranformées, il nous sera (àeile d'assigner leur origine.
Ce fut une nécessité impérieuse et devant laquelle toute autre devait céder, que de laisser après sa mort un fils qui put vous remplacer, et vous ouvrir le ciel par ses morti fications et ses prières. Aussi la femme stérile, allait-elle d'elle-même faire choix d'iine seconde épouse pour son mari, et l'introduisait-elle sans répugnance dans le lit conjugal.
Si la première femme craignait, que la beauté, la jeunesse d'une seconde épouse, put nuire à son influence dans la maison, et à l'affection que son mari lui portait, aa lieu df lui permettre une autre femme légitime, elle lui conduisait une de ses servantes, parmi les plus robastes et les plus jeunes, la choisissant vierge; et le fils qui naissait de cette femme de basse classe, n'appartenait pas à sa mère naturelle ; il était dit Usu dêlafimme légitime de ion père. Cette der- Aièro était considérée, comme n'ayant cédé temporairement
(K) LES FIL«? DE DlKU.
une portion de ses Jrolts à une étrangère que dans son propre intérêt, et pour donni r, pour ainsi dire par procuration, à son mari, un fils qu'elle n'avait pu procréer elle-même.
Dans la primitive société indoue le mari ne pouvait en aucun cas, se choisir une seconde femme et l'introduire dans sa maison, ni môme contracter une union passagère sveo une femme inférieure, il lui fallait le consentement de sa femme légitime, qui dans les deux cas, soit qu'elle admit uno femme comme seconde épouse, soit qu'elle consentit à un simple lien passager, avait toujours le choix de la femme* Et cela n'était que logique. Cette dérogation à la loi n'ayant pas eu en vue les plaisirs de Tépoux, on admettait qu'elle ne pouvait avoir lieu que par une cession volontaire d'une partie de ses droits par la femme légitime.
n est certain que lapolygamie, qui devint une institution reconnue dans tout TOrient, qui fut acceptée des Égyptiens et des Hébreux, que Mahomet sanctionna plus tard, vient delà.
Ce qui rattache l'origine de cette coutume, d*une manière indiscutable, à l'idée religieuse que nous venons d'énoncer, c'est que dans llude, aux lieux où la croyance primitive, cause de la coutume, s'était conservée danà toute sa pureté, la polygamie ne fut jamais qu'une exception admise en cas de stérilité seulement de la femme légitime, et encore fût-il loisible à cette dernière, de n'admettre que temporairement une concubine,
La Perse sous les mages, l'Arabie et rÊgypte, reçurent cette coutume avec la croyance religieuse dont elle découlait, et vous rencontrez à chaque pas, dans les annales anciennes des émigrations qui peuplèrent ces contrées, dans lesinscrip« tions, dans les bas-reliefs des temples, la preuve que le fils aîné était l'officiant des cérémonies funéraires de la famille, le chef du culte des ancêtres.
Moïse en copiant de souvenir les livres sacrés de l'Egypte et de rinde, auxquels il avait été initié par les prêtres à la cour des Pharaons, relate également cette coutume dans la | biographie apocryphe des patriarches, qu'il écrivit à la i hâte en tête de son livre, pour se rattacher par Adam, à
l'idéb de dibu dans l'indb. 91
une prétendue révélation primitive. Mais comme toujoara, il se garde bien de donner l'esprit de la loi, d'expliquer la croyance qui a engendré la loi.
Écoutons ce qu'il dit au chapitre seizième de la Genèse :
f Or Sarah, femme d'Abraham, était sans enfants ; mali ayant une servante égyptienne nommé Âgar.
c Elle dit à son mari : Voilà maintenant que le Seigneur m'a privé d'enfanter, approchez-vous de votre servante, peut-être aurais je des enfants d^eUe^ et lorsque Abraham eut con« sentit à sa prière.
t Llle prit Agar, sa servante égyptienne, dix ans après qu'ils durent commencé d'habiter en la terre de Ghanaan, et la donna pour concubine à son mari.
• Abraham s'approcha d'elle, et Tayant connue, elle conçut; mais Agar voyant qu'elle allait donner un iils à son maître, dédaigna Sarah sa maltresse.
t Et Sarah dit à Abraham, vous a^'issez injustement contre moi, j'ai mis ma servante entre vos bras, laquelle voyant qu'elle a conçu me méprise. Que le Seigneur soit juge entre toi et moi.
€ Abraham lui répondit : Voilà ta servante qui est entre tes mains, fais d'elle ce que tu voudras. Donc Sarah repoussa celle-ci, et Agar s'enfuit.
Voilà bien, saisie sur le vif, la coutume indoue et égyptienne tout entière. Sarah n'ayant pas d'enfant, en désire un par une autre femme, et elle conduit sa serrante à son mari, afin q*ie éCelle lui naisse un fils.
Mais pourquoi celte nécessité d'un fils? pourquoi cette fiction qui faire dire àSarah, peut-être aurais-j^des enfanU émette.
Sans doute on pourra dire qu'Abraham désirait des enfants, pour perpétuer son nom et sa race sur la terre, pour leur laisser les troupeaux, les biens qu'il possédait, et qu'il y a là une explication suffisante de son action... Cela est vrai; mais qu'importait à Sarah un fils qui n'était point sorti de son sein, une descendance qui n'était point la tienne, liaitresse à la maison elle risquait de se donner une rivale, de
perdre son autorité, et tout cela pour donner des héritiers à son mari qui ne fussent point de son sang?
Gela n'est pas dans la nature, et quiconque connaît un peu le cœur humain n'admettra jamais la possibilité d'une telle abnégation de la part de la femme, [à moins des motifs les plus impérieux et les plus graves, surtout, si comme dans ce cas, tout ce qu'il y a en elle de sentiments délicats doit en être froissé.
Dira-ton que c'était dans les mœurs de l'époque? que la femme était esclave des volontés du maître et n'avait qu'à obéir? Une foule de gens n'ont pas d'autre réponse aux textes qui les embarrassent, ils semblent ne pas voir que CQ sont ces mœurs qu'il s'agit d'expliquer.
Nous répondrons que la femme ne fût pas une esclave aux époques patriarcales, et que Sarah se charge elle-même du soin de nous le prouver, en choisissant la concubine qu'elle veut bien permettre à son mari, et en la chassant ensuite au premier acte d*orgueil qui vient blesser sa susceptibilité de maltresse de maison.
Les écrivains catholiques prétendent, it c$la tèrieusemênt, que Sarah, ayant eu par intuition divine connaissance que de la race d'Abraham devait naître le rédempteur promis aux hommes, elle craignait, se voyant sans enfants, que la parole de Dieu ne se put s'accomplir!
Laissons Sarah avec son intuition divine et ne rapetissons point l'idée que la conscience nous donne de Dieu, en le faisant intervenir dans ces contes absurdes, qui trop longtemps déjà ont abusé l'humanité.
A quoi bon faire toujours intervenir le merveilleux dans des choses qui trouvent leur explication naturelle dans l'histoire mieux comprise des époques où elles se sont produites.
Sarah a simplement partagé les croyances religieuses de son temps, croyances apportées de l'Inde par l'émigration qui colonisa l'Egypte. Se voyant vieillir dans sa stérilité, elle se demanda si l'heure n'était pas arrivée de permettre tempo* rairement une femme à son mari, aûn de se procurer un fils qui put accomplir, sur sa tombe et sur celle d'Abraham, les
l'idée' de dieu dans l*indb. 93
cérémonies funéraires qui devaient leur ouvrir le séjour céleste. Et elle choisit Agar que, par deux fois, la jalousie lui ût chasser de sa maison.
Voilà, à l'aide de la coutume indoue l'explication historique et religieuse, que Moïse ne donne pas, de cet acte de Sarah, qui sans cela serait incompréhensible.
S'il n'y avait pas eu nécessité religieuse d'avoir un fils, pour le repos de la tombe et la délivrance dans l'autre vie, jamais Sarah n'eut introduit dans le lit de son mari, Agar qui lui devient immédiatement odieuse pour ce fait, et qu'elle finit par renvoyer à tout jamais de sa demeure avec Ismaôl, le fils né d'Abraham, du jour où un tressaillement de son sein lui apprit qu'elle-même avait cou çu.
Nous allons voir bientôt les preuves les plus convaincant tes s'accumuler autour de cette idée, et accentuer mieux encore la filiation qui la rattache à l'Inde patriarcale. Toutes les conséquences que cette croyance eut pour l'Inde, nous les retrouverons en Egypte, et dans la coutume mosaïque.
Ainsi suivant la loi primitive de l'époque de Tunité de Dieu et des patriarches, le père ne pouvait parvenir au séjour de Brahma que par les prières de son fils, et quand par hasard sa femme légitime se trouvait frappée de stérilité, il pouvait avec son consentement obtenir d'une femme étrangère, ce fils qui appartenait par une fiction de droit religieux non à sa mère naturelle, mais à la femme légitime de son père, et ne pouvait accomplir les cérémonies funéraires que pour cette mère légale... pour le père, cela allait de soi, puisqu'il était réellement son fils par le sang.
La femme frappée de stérilité avait donc un intérêt aus grand que son mari à se procurer un fils.
Une fois cette croyance admise dans toute sa fatalité, — U père n'est sauvé que par le fils, — nous allons voir naître tout un droit nouveau, qui ira jusqu'aux conséquences les plus extrêmes pour veiller à ce que l'homme ne soit point piivé des prières et des purifications funéraires.
Il pouvait arriver que le père de famille ayant connu, du consentement de sa femme, une servante ou une étrangère.
Ji LES FILS DE DIEU.
cette dernière ne conçût pas ; une tentative était faite encore avec une autre femme, et si un résultat meUleur n'était pas obtenu, le mari voyant que la stérilité était de son fait, était libre alors, d'autoriser sa femme à concevoir des œuvres d'un autre que seul il avait le droit de choisir, et qu'il prenait d'ordinaire parmi ses parents les plus proches.
Écoutons Manou, conservant et codiûant la coutume ancienne^ 11b. XI» sloca 59 et suivants.
• Lorsqu'on n'a pas d'enfants, la progéniture que l'on désire peut être obtenue par Tunion de l'épouse convenableblement autorisée avec un frère ou un autre parent (sapindha).
t Arrosé de beurre liquide, afin que la chair ne touche pas la chair et gardant le silence, que le parent chargé de cet office, en s'upprochant pendant la nuit de la femme sons enfants, engendre un seul nis, mais jamais un second.
t Quelques-uns de ceux qui connaissent à fond cette question, se fondant sur ce que le but de cette disposition peut n'être pas parfaitement atteint par la naissance d'un seul enfant qui peut mourir, sont d'avis que les femmes peuventlégalement engendrer de cette manière un second fils.
c L'objet de celte commission une fois obtenu suivant la loi, que les deux personnes, le frère et la belle-sœur se comportent, Tune à l'égard de l'autre, comme un père et une belle- fille.
c Mais un frère, soit l'alné, soit le Jeune, qui , chargé de remplir ce devoir, n'observe pas la règle prescrite, et ne pense qu'à satisfaire ses passions, sera dégradé dans les deux cas, s'il est l'ainé, comme ayant souillé la couche de sa belle-fille, s'il est le plus jeune, comme ayant souillé la couche de son père.
< Mais ceci n'est que pour la femme mariée sans enfants, et autorisée par son mari, une veuve sans enfënts ne peut être autorisée par les parents à concevoir du fait d'un autre, car ceux qui lui permettent de concevoir ainsi, violent la loi primitive.
c II n'est question en aucune manière d'une pareille ooill* mission, ni dans la coutume ancienne^ ni dans les livres
l'idée db dieu Dans l indis. 95
sacrés; les lois qui ont rapport au mariage ne disent pas que la veuve puisse concevoir pour donner un ûlsà son mari décédé, sans contracter une autre union.
c £n eUet, cette pratique qui ne convient qu'à des ani* maux, a été blâmée hautement par les hommes vertueux et instruits, bien qu'elle soit dite avoir eu cours parmi les premiers hommes à Tépoque de Vena.
c Depuis ce temps, les gens de bien désapprouvent l'homme qui, par égarement, invite une veuve sans enfants à recevoir les caresses d'un autre bomme en dehors du mode prescrit.
c Que la jeune femme dont le mari vient à mourir, soit épousée de nouveau par le propre frère du mari, et à son défaut par le plus proche parent, suivant la règle suivante :
• Après avoir épousé selon le rite cette jeune veuve velue de blanc, et connue comme étant de bonnes mœurs, que le nouveau mari s'approche d'elle avec respect pendant la saison favorable, et comme si elle était encore la femme de son frère, jusqu'à ce qu'elle ait conçu, et l'enfant qui naît est dit ûls du défunt. »
Comme on le voit, le mari frappé d'impuissance pouvait autoriser sa femme à concevoir des œuvres de son frère, ou d'un de ses parents.
Il n'y a certes que cette croyance religieuse de la nécessité d^un ûls pour racheter les fautes de son père, qui ait pu faire accepter de pareilles coutumes. On ne peut dire que la débauche et la dégralation des mœurs y aient conduit» quand on voit quelles précautions sont ordonnées au frère qui s'approche de sa belle-sœur avec l'autorisation du mari, et dans quel état d'esprit il doit se trouver ; son eorps doit être enduit de beurre pour que sa chair ne touche point la chair de la femme, et il ne doit point songer à satisfaire ses paswins, sous peine d'être dégradé, c'est-à-dire rejeté de sa famille... Sll arrivait que ni l'un ni l'autre des deux époux n'aient pu ainsi se procurer un fils, deux moyens leur restaient de s'as- «urer une mort tranquille et de voir s'ouvrir devant eux les
d6 Lb« vTLi ;;z mto»
portes du séjour des bienheureux. L'adoption ou la vie cénobitique dans le désert.
Par l'adoption d'un fils, les deux époux se ti^ouvaient dans la môme situation que s'il en fût né un de leur union. Nulle différence entre l'adopté et le fils légitime, il recevait un nom de son nouveau père, héritait de lui et devenait chef de famille à sa mort.
Un fragment de SoumUi, qui avait recueilli l'œuvre de l'ancien Manou, depuis abrégé par les brahmes, nous indique d'une manière non équivoque quel fut, à l'origine, le but et l'esprit de l'adoption.
t C'est aux macérations, aux jeûnes et aux prières d'un ermite du nom de Tarpana, qu'est dû ce mode de se procurer un fils par adoption.
I S'étant retiré dans les forêts sur le soir de sa vie, pour vivre seul à seul avec Dieu, méditer sur sa grandeur, sa puissance et la beauté de ses œuvres, parfois il gémissait et disait :
t Seigneur I dans leurs tanières et dans les épais réduits des bois, les fauves ont des petits, et j'entends chaque soir, quand le beau sourya abandonne la terre, les hurlements de la mère conduisant sa nichée à l'abreuvoir, el les cris de joie des petits.
c Si je lève les yeux, regardant dans le feuillage sombre, j'aperçois de toutes part des milliers d'oisiilons qui s'aident à voltiger à la saison nouvelle, sous la direction de leur mère, et j'entends le gouhougou t des colombes, qui rapportent aux nids la nourriture de leurs petits.
c Le long des lacs aux eaux profondes, le long des fleu* ves au cours rapide, et dans les mytérieuses solitudes, les jeunes buffles jouent dans les hautes herbes, sous la surveillance des mâles qui les protègent, et le Jeune éléphant bondit autour de sa mère.
c Si je me rapproche des lieus habités par les hommes, de toutes parts les troupeaux paissent dans les plaines, et partout, après la saison favorable des amours, naissent les petits, que les mères élèvent de leur lait; chaque brebis
l'idée de dieu dans l'inde. 97
a son agneau, pas une génisse qui n'ait son nourrisson.
c Pourquoi Seigneur, la fille de l'homme, qui est issu de toi est-elle stérile ? pourquoi si souvent ne peut- elle concevoir des baisers de son époux ?
t Esl-ce juste, est-ce bon, est-ce suivant la loi, que le frère continue à souiller le lit de son frère pour le féconder ? voit-on deux lions dans la tanière de la lionne, deux sangliers dans la même bauge, deux oiseaux mâles au môme nid!
€ Ayant ainsi prié le Seigneur, et s'étant plongé pendant des jours et des mois dans la méditation de ce sujet, le saint ermite Tarpana, imagina l'adoption pour la sainteté du lit conjugal et la perpétuité des cérémonies funéraires d'expiation.
€ Et le corps courbé vers la terre, s'aidant d'un bâton pour assurer sa marche, il revint vers les lieux habités pour enseigner cela aux hommes... t ( Soumati. )
L'adoption eut donc pour objet de faire cesser cette coutume outrageuse à la dignité conjugale, qui remplaçait le mari par le frère, en môme temps qu'elle assura l'accomplissement des cérémonies funéraires.
C'est de rinde, on n'en saurait douter, grâce à la transmission de l'idée religieuse, que l'adoption a passé dans les mœurs de tous les peuples.
La formule indoue de l'adoption fut celle-ci : — 0 Narada, moi qui n'ai pas de descendants mâles, je me hâte avec sollicitude de t'adopter pour fils, pour l'accomplissement des cérémonies funéraires et des rites sacrés, et la perpétuité de ma race.
Pourrait-on dire, lorsque les Athéniens admirent la formule suivante d'adoption, qu'ils ne l'avaient point reçue de leurs ancêtres indous, et que l'idée du salut du père par les prières du fils, ne faisait point partie de leurs croyances religieuses.
• J'adopte afin d'avoir un fils qui put accomplir sur ma ! tombe les cérémonies funéraires, perpétuer ma race, et
en transmettant moa iiom par une chaîne non interrompue de de^Ge&dants, lui conférer an qualijue sorte Timmortalilé. »
A deux pas de là, les Spartiates ( Spardhata, les rivaux ), autre raneau «Le la même tribu, avaient conservé les deux coutumes : le père de famille sans enfants, pouvait se procurer un fils, soit par radoptioo^ soit en autorisant sa femme à concevoir de son frère, soit en connaissant lui-même sa belle-sœur en cas de slér iliié de sa femme.
Les TyrentiieiiB, les SaUins et les Samnites ( en samscrit tyrana, guerriers rapides ; sabhana, caste des guerriers; aamnata, les bannis ), peuplades issues de la haute Asie, apportèrent en Italie les mêmes croyances, et ce culte des mânes des ancêtres circonscrit dans laiamillâ, dont le fils aîné continua à être le prêtre, eut dans les mœurs de si profondes racines, souvenir vivace du berceau, qu'à lui seul, il forma toute la religion de la Rome ancienne, du jour où Jupiter et Januâ qui^qu'encore debout n'eurent plus d'adorateurs.
Là encorCi nous retrouvons la double coutume indoue, l'adoption, ou l'obtention d'uu fils par une femme étraugère, et l'histoire nous apprend qu'il fut conunun àHome^ d'emprunter la femme de son ami pour en avoir un fils.
Certes, on ne peut pas dire qu'il soit possible à une croyance d'accuser mieuxjBon origine. Sans doute il est naturel à l'homme de désirer des enfajnts et de les aimer, à con« oltion qu'ils soient de son sang, et qufi le père se voie revivre pour ainsi dire dans son fik; mais comment cette affection qui a sa source dans l'amour même de soi aurait- elle pu conduire l'homme impuiaeaiit, à se procurer un enfant par runiondesafemmeetd'unétrangeryûu par adoption. Gomment l'homme qui travaille avec joie pour nourrir et élever un fils parce qu'il est né de lui, aurait -il pu concevoir l'idée de s'imposer des privations, des sacrifices pour prendre à sa charge les enfants des autres, si la croyance religieuse n'était intervenue avec toute sa puissance mystérieuse, si rhomme à Athènes, à Sparte, à Borne, en iSSgypte et en Judée,
l'idée bs jobo oàks l'indb. 99
jk ï'iiiiitfttion des unciois paUriarehas 4e ilade» n'avftil pensé qve l6B cérémcmias mortuaires acoomplies paa* son fila S4ir •« ImnlM, aruMt Ib pomToir de lui eavm le séjour de Bohnie, Zeut, OBiri& om Jfipiter«
Si le père de famille, vaMût à mourir ETaat d'avoir pu se procurer un ûls suivant les difTërents modes que nous Kcnona d'iodAqiiar» Timporteiiee de me point le laiwer privé des seules pôéres qui emeent l'efficacité d'ef^er ses fautes^ el de racheter une oottdanuiaticn de pluaieurs milUera d'a«i6esd'eiilpeat«èire, était teUe qu'en vertu d'une aoa- Telle fictioA^ on trouvait 1* iBoyen de lui donner un héritier.
Le frère, et i son défiant le pilus proche parent» épousait la veuve du défont» et le premier enfant mâle qui venait à naître étiîi dit fils du décédé» héritait de lui, et dés que ses pae pouvaient le porter, et eea lèvres balbutier qaelf fnes paroles, ceaunençait à murmurer des prières, sur la tombe ou l'urne funéraire de celui qu'on lui avait donné pour péreu
Manon qui avait consacrée cette oouluine^ formulait ainsi la loi :
c Que la jeune femme dont le mari vient à mourir, soit épousée de nouveau par le propre frère du mari, et à non défaut par le plus proche parent, suivant la règle suivaate, etc.... et l'enfant qui naît est dit ûls du défunt, t
On voit de pluaen plus, combien était forte eetle oroyanee religieuse des premiers temps de l'Inde, puisque le frère ou le parent le plus proche, étaient obligés de se sacriûer au défunt, d'épouser sa veuve, et de consentir à ce que leur premier né f^lteoustrait & leur tendresse; nécessité d'autant plus pénible, que si apréa avoir engendré nn fils, pour le eompte de son frère ou de eon parent, le mari de la veuv«^ ne pouvait en avoir d'autres héritiers mâles, il était obli|^ pour assurer à son tour l'accomplissement des cérémooiee funéraires de son décès, soit d'adopter un ûls, aoit d'en obtenir un d'une étrangère. Car nul au monde ne voulait se trouver dans cet état dont le véda a dit :
iOO LES FILS DE DIEU.
t L'homme qui passe de cette vie dans les ténèbres mystérieuses de l'autre sans laisser derrière lui, un fils pour prier, ressemble au pécheur qui se hasarde sur rinuuense océan avec une barque sans gouvernail, sans voiles et sans rames et qui prétend arriver au port, t
La Bible hébraïque, dans une foule de passage, témoigne d'une coutume identique, mais comme toujours, elle ne l'explique pas et semble avoir totalement oublié l'idée religieuse qui lui a donné naissance, et seule peut la rendre acceptable. C'est ainsi que les croyances et les habitudes en se transmettant d'âge en kge, perdent leur cachet primitif, n'ont plus ni nécessité ni raison d'être, se conservent à titre de coutumes dont nul ne connaît l'origine, mais qu'on continue d'observer par respect pour la tradition bien que la tradition elle-même soit devenue muette, sur les causes qui leur ont donné naissance.
Nous voyons dans la Bible que Ruth étant devenue veuve, suivit Noémie sa belle-mére de Moab en Bethléem, et comme elle n'avait pas d'enfants, elle se rendit auprès de Booz, proche parent de son mari, et les choses se passèrent suivant les coutumes que nous venons d'indiquer.
Booz épousa Ruth devant les anciens et le peuple en disant :
t Vous êtes témoins que je prends pour femme Ruth la Moabite, veuve de Mahalon, afin que je fasse revivre le nom du mort dans son héritage, et que son nom ne s'éteigne pas dans sa famille, parmi ses frères et son peuple, i
De môme Thamar après la mort de Her, sou mari, n'ayant pu concevoir d'Onan frère de ce dernier qu'elle avait épousé, et qui avait eu recours aux manœuvres les plus contre nature pour ne point susciter des enfants à son frère, semen fundebat in terram, ne craignit pas, sous un déguisement, afin dene point rester sans descendance, de provoquer les embrassements de Juda son beau-père.
Celte coutume n'avait plus de raison d'être à l'époque où
l'idée de dieu DA.KS L'iNDE. 101
nous la retrouvons en Israël, puisque le fils n'accomplissait plus les cérémonies funéraires sur la tombe de son père, que le lévite était prêtre dans le temple et en dehors du temple, commandant in castris, vel extra castra et que pas un verset de Moïse et des différents auteurs de la Bible, ne peut faire soupçonner qu'ils eussent conservé le plus faible souvenir de la croyance religieuse, qui seule peut expliquer et les paroles de Booz épousant Ruth pour faire revivre le nom du mort, et l'inceste de Thamar.
Nous demanderons à ceux qui osent prétendre que de la Bible sont sorties toutes les coutumes religieuses de l'Orient, — comme si les civilisations de Tlnde, de la Chine, de la Perse et de TËgypte n'existaient point déjà de toute pièce, des siècles avant l'apparition de cette copie mal faite des livres sacrés de la haute Asie, — de nous dire, s'il n'y a point là, infiltration de la religion et des mœurs anciennes de rinde, d'où peut venir cette coutume absurde et contre nature...
Cependant, il était possible de parvenir au séjour de Brahma, de s'abîmer dans la grande âme, sans laisser de fils, sans qu'aucune cérémonie funéraire fût accomplie sur sa tombe, mais pour cela, il fallait que la mort vous surprit sans souillures, ou avec une telle provision de prières, invocations, et bonnes-œuvres, que l'on fût immédiatement purifié des dernières fautes que l'on n'avait pas eu le temps d'effacer par le sacrifice expiatoire.
Peu de fidèles osaient tenter l'aventure. Pour être complètement rassurés sur leur sort dans l'autre vie, les premiers patriarches qui n'eurent pas d'enfants, et refusèrent de s'en procurer par un des moyens que nous avons indiqués, ou par adoption, imaginèrent de se retirer loin des lieux habités, où la fréquentation de leurs semblables était une source journalière de fautes, pour vivre au désert, seuls à seuls avec la pensée de Dieu, se nourrissant de fruits sauvages et de racines, et partageant leur temps entre la mortification et la prière.
Nous lisons dans un fragment de Yalmiki conservé au Pràsada :
108^ USB FILS DK Du;a.
« n Qê doit fMU âmbiLionnar lee prieras d'ua ûU^ calul qui id rdtîie daofi les fcorôis pour y vijr% de privatioiui et de sou^ teaces et qui, a'accMdant que quelquee heures au sommeil, fêâm 868 jours et ses nuits à prier et à méditer sur la fiamdettr, la puiaaanee et la bonté de Bndbma. Les priâtes et la uortifieatiMi fM'il aura semées peadaiàt sa vie, le puriJSe^ sont de tontes souillurea^ et son toie s'atoerbera dans la grande àoiecavune la goutte d'eau dans Teoéan. »
(Test de là qnTést née la Tie eéaebitiqne^ qoi ee conserva dans rinde nolgTé la lévolutioA brahmanique, et fut si flort en houneuf' dans l'Orient pendant toute Uantiqnitéu
Le christianisme qui ne fut suivant TopinloQ des gnosti* qn/es, qu'une rénovation des mjrstères de la haute Asie, qui a emprunté à la religion des hrahmee son rédenH>^Mf Ghristna, tous ses sacrements, toutes ses eétémoniee, et la trinité. — » Nous en ésonm^ons bientôt de ttMnbreuses preuves, venant compléter celles déjà apportées au débat par la Bibh dSM l'Imdei. — Le chrisUanisme, disons-nous, à Timitaiiott des Indous, eut ses anachorètes se retirant dans Isb déserts pours^y puEifiec; oomme Iss sectateurs de Brahma, par kl prMre et la mortiâoation de la ebair.
Pour prouver josqn'à cpiel point les asiachorétes chrétienB jRnent les imitateurs des céinobites de la haute Asie, nous f^na eiter d'importants passages du législateur Manousur les devoirs du v&aaprastha, ou dè9ôl aêeétiqÊêê habitant des Ibrôts. Il nous pacafifc utils de donner quelques développements à cette question; tout ce qui touche aux origines du efaristianisme, et tend à prouver sa Hialion brahmanique étant mis par nous en premâère ligne.
Les études de cette preniéte partie sur les patriarches indous, et la nHgion nopuntit des prenais s âges, n'ont, le lenteur ra déjà compris» d'airîre faut «yue de prouver que tous les fondateurs de reli^n elMatmmtéU, vieous à une époque où le patriarche n^existattphuiyOà la lamiUe s'était depuis longtemps fondue dans la tribu, la tribu dans la peuplade, ht peuplade dans la nation,, à vos époque où l'Asie entiéi*eet TËgypte comptaient de grands royaumes dont les peu—
l'idée de dieu dams l'inde. fÛ8
pies asservis étaient divisés en castes sous l'antorîté des prêtres et des rois, où Thèbes aux cent portes, ou Babylone, où Ninive la grande comptaient déjà des siècles d'existence, que tous les fondateurs de religion, et MoUe en tête, disonsnous, forcés de se rattacher & Dieu depuis la création du monde pour être cru des peuples^ ont simplement copié dans leurs livres de la loi les récits sur la Genèse et les anciens patriarches de l'Asie, tels qu'ils les ont trouvés dans les védas^ Manou et autres livres sacrés de Textrème Orient, en les appropriant au degré d'intelligence de leur époque.
Moïse fut de tous le moins habile, et il faut une foi robuste .pour croire à ses inventions, quand on le voit obligé, pour se rattacher à Adam en trois ou quatre générations, de faire vivre des hommes» six, huit et neuf siècles, alors qu'il est constant, par la chronologie des rois d^Égypte, et plus anciennement encore par celle des rois de rinde, qu'à cette époque la vie de l'homme dépassait aussi rarement un siècle qu'aujourd'hui.
Les deux autres époques, de la trinitè et des hrahmee, du polythHsme et de V alliance de$ prêtres et des rois, en nous montrant comment les prêtres confisquèrent la religion naturelle pour lui substituer leurs mystères, nous donneront la clef de toutes les superatitions, de toutes les croyances grossières fui ont donné naissance aux différentes religions du globe ; foyer où le chrislianisme puisa plus que toutes les autres, à ce point qu'aujourd'hui, bien qu'il ait abandonné beaucoup de pratiques anciennes, et qu'il en ait transformé une foule d'autres^ on peut dire qu'il n'est encore qu'une copie servile du brahmanisme.
La retraite dans le désert pour se purifier par la prière, est une de ces coutumes abandonnées, ou plutôt transformées, car il est incontestable qu'elle a donné naissance plus tard^ à tous. ces ordres mendiants, qui préfèrent prélever leur vie sur la crédulité publique, que de la devoir à un travail pénible mais honnête.
Au point de vue de l'origine de cette ancienne coutume, il est intéressant d*étudier, dans Manou, Ls règles de la vie cénobitique cher les Indous qui pourraient, ainsi qu'on va le
lOi LES FILS DE DIEU.
voir, en changeant quelques mots, comme par exemple celui de véda en Écriture sainte, parfaitement s'appliquer aux ermites chrétiens.
Les quelques fragments du primitif Manou ou Vriddha- Manava, que nous possédons, ne contiennent que quelques versets sur la vie ascétique du temps des patriarches, c'est donc au Manou abrégé par les prêtres dans l'intérêt de leur domination, que nous sommes obligé d'avoir recours, en avertissant le lecteur, que dans les lignes qu'il va lire, il rencontrera quelques coutumes superstitieuses, qui n'avaient point cours à la primitive époque dont nous nous occupons.
Les brahmes de la pagode de Cbélambrum possèdent beaucoup de fragments du Vriddah-Manava, et nous sommes convaincu, que si l'on pouvait fouiller à loisir, dans les immensies bibliothèques des pagodes du sud de l'Inde, on parviendrait à reconstituer, en entier cet ouvrage admira ble que Minos a consulté, dont Manès s'est servi pour donner des lois aux Égyptiens, que Moïse a tronqué, et dans lequel nous retrouvons encore aujourd'hui, tout abrégé qu'il est, les sources du droit Justinien et de tous les codes modernes.
Il suffirait pour cela de créer une école de samscrit dans une de nos possessions de l'Inde, soit à Karikal, soit à Pondichéry; les résultats qu'on obtiendrait avant peu de cette institution, pour l'histoire du passé de l'humanité, seraient incalculables,... mais les jésuites veillent : ce n'est pas pour rien qu'ils détruisent dans Tlnde tous les manuscrits qui leur tombent sous la main, et quoique chassés de notre pays par une loi qui n'a jamais été rapportée, ils sont assez puissants pour faire obstacle longtemps encore à toute mesure utile qui les a pour adversaires.
DEVOIRS DE l'anachorète ET DU DÉVOT ASCÉTIQUE. {Manava-Dharma-Sasira, livre de la loi de Manou).
c Le personnage sanctiûé, qui a passé sa vie dans l'étude des livres saints, et qui se voit en sa vieillesse, seul en sa
l'idée de dieu dans l'indb. . 10^
maison doit, pour se purifier et se rendre maître de ses sens, se retirer dans la forêt, et y vivre suivant la règle prescrite.
c II est également permis au chef de famille, bien qu'il ait des enfants, de se retirer dans les forêts pour y mener la vie cénobitique, mais seulement quand ses cheveux ont blanchis, que sa peau s'est ridée, et qu'il a sous les yeux, les fils de ses fils. (Renonçant à tout, qu'il confie sa femme ^ ses fils ou qu'il l'emmène avec lui.
€ Que l'ermite emporte avec lui le feu consacré, et tous les 'objets employés dans les sacrifices, qu'il quitte Fon village, la maison où il est né, et se retire dans le désert pour y finir sa vie dans les privations.
. c Qu'il offre les cinq grands sacrifices à Dieu, à la création, à la rédemption, à la mort et à la vie future avec les grains sauvages, les racines et les fruits, qui sont la seule nourriture permise aux personnages sanctifiés.
€ Qu'il ne se vêtisse qu'avec l'écorce des arbres, ou la peau des animaux, qu'il laisse pousser ses cheveux, sa barbe et ses ongles, et les poils de son corps.
€ Qu'il trouve le moyen sur sa chétive nourriture, de faire des aumônes, et qu'il offre de l'eau, des racines et des fruits à ceux qui viennent le visiter dans sa retraite.
« La lecture du véda doit être sa principale occupation, qu'il endure toutes les souffrances sans se plainlre, qu'il soit bienveillant, compatissant à l'égard des autres, donne toujours, et ne reçoive jamais.
« Qu'avant de cuire sa nourriture, il l'offre à Dieu suivant le mode vitana, et qu'il renouvelle le sacrifice prescrit en l'honneur de la création, chaque jour de nouvelle lune.
t Qu'il ne manque jamais d'offrir le sacrifice des moissons à l'époque du grain nouveau, et accomplisse tous les quatre mois, aux changements, de saison, les cérémonies consacrées.
t Avec les grains purs qui servent de nourriture aux saints personnages, et que l'on récolte au printemps et en automne, qu'il prenne soin lui-même de faire selon le mode prescrit les gâteaux destinés à être offerts sur l'autel.
€ Après avoir offert à Dieu cette nourriture pure, qu'il tire
106 Las FILS im dteu.
de la forôt, qafi la man^ «vec le ael gd"!! a ramasBé, ^ cette nonrritnre purifie son &me et la forliôe.
c II pent offirir ainsi et manger les grnnes potagères, qui Tiennent dans Teau et sur la terre, les fleurs, les racines, les fruits des arbres et l'huile produite par les fruits.
fl Qu*il évite le miel, le beurre, la viande, les végétam qui poussent sur le bois mort, et que dans le mois d^a* souina (août), il jette toutes les provisions de grains, de racines et de fruits qu'il avait faites, ainsi que ses vieux vêtements.
1 Ouand même il souffrirait de la fahn, H doit s'abstenir de tout ce qui pousse dans les champs labourés, bien qu'A eût ^autorisation du x>ropriétaire; il ne doit rien accepter non plus, qui soit fabriqué par la main de l'homme.
c n peut manger ses aliments cuits ou tels qu'il les récolte sur la terre, ou aux branches des arbres, et se servir de deux pierres en guise de pilon pour les écraser.
c H peut faire sa provision pour un an, pour six mois» pour un mois, pour un Jour. Mais il est mieux de ne ramas* ser ses grains que pour un jour.
1 II faut prendre sa nourriture tous les fours, soir et mtrtin, mais il est mieux de »e manger qu'une fois tous les soirs, et môme que tous les deux jours seulement.
c Les personnages qui sont arrivés au plus haut degré de sainteté, ont suivi les règles de la tcfa&ndrayana, qui consiste à manger quinze bouchées le premier jour de la lune, el d'aller en diminuant, de sorte qu'ime seule bouchée soit mangée le quatorsiéme jour et que le quinzième soit oonsacré au jeûne. Il faut agir de même, pour les quinze jours de la lune qui décroît.
c Pour observer strictement son devoir, l'ermite ne doit vivre que de fleurs et de racines sasvagee, et de fmîls tombés des arbres par eux-mêmes, et que le temps a m4ri«
« Que pour prier, il se eeuebe sur la terre nue, ou se relève sur les genouXyOu se tienne incliné sur les ptods; fuyant les positions agréables, et qoll fasse ses abtutiotts trois fois par jour.
€ Pendant la sahron chaitde, qu'il s'expose tout nu aux ar-»
l'idée pe dieu r>KVs l'inde. 107
. deurs du soleil; pendant la saison des plaies, qu'il soit sans
^ abri contre les torrents d*eaa qui descendent du ciel et des
i montagnes; et pendant la froide saison, qu'il n'habite que
1 les lieux malsains et humides.
I c Que trois fois dans le jour, après les ablutions prescrites, n invoque le nom de Dieu, soumette son corps aux aostéri-
] tés les plus rigoureuses et ilagelle jusqu'au sang sa subs-
' tance mortelle.
€ Arrivé à oe degré de mortification, qu'il éteigne le feu consacré et se couvre de ses cendres, qu'il n'ait plus ni demeure, ni abri, ne vivant plus que de racines crues et de fruits aigres.
Exempt de tons désirs sensuels, chaste comme un novice, qu'il n'ait d'autre lit que la terre, d'autre habitation que le pied des arbres.
€ Qu'il ne demande l'aumône qu'aux autres anachorètes et aux pères de famille à qui il a été permis de se retirer dans la forôl, et, si on lui offre quelque nourriture, qu'il n'en reçoive pas plus (|ue ce que contient une feuille on le creux de la main...
€ Celui qui a ainsi dégagé son corps de tout attachement charnel, par l'élude des livres saints, la prière, les mortifications et raumône,peut attendre sans crainte l'heure d'élre admis dans le séjour de Brahma.
€ Lorsque l'anachorète a passé ainsi la iroisiènje partie de sa vie, quand il ne lui reste que peu de temps à vivre, qu'il quitte la forêt voisine des lieux habités, pour se retirer dans les lieux déserts, incultes, habités seulement par les bétes fauves, quTl embrasse la vie ascétique, renonçant même au souvenir de toute affection.
f Là passant ainsi dans ce quatrième ordre, qui est le renoncement suprême à tout, l'homme est sûr d'obtenir après sa mort le plus haut degré de féliché... >
La tradoctiott du chapitre entier, consacré par Manou aux règles imposées à cette seconde phase de la vie cénobitique, nous entraînerait dans d'inutiles redites, nous allons nous borner à citer les passages qui ne forment pas
double emploi avec les recommandations déjà faites aux premiers ermites par le législateur indou.
• Après avoir accompli le sacrifice de pradjâpati, qui est le renoncement à tout, après avoir éteint le feu du sacriûce, n'emportant qu'un bâton et une aiguière, qu'il s'éloigne des régions habitées, qu'il embrasse la vie ascétique, celui qui désire arriver resplendissant de gloire au séjour céleste.
< Qu'il soit toujours seul, sans autre compagnie que sa pensée, car, pour obtenir le suprême bonheur, il doit aban* donner tout et être abandonné de tous, coucher sans vêtements sur la dure, ne parlant pas, fixant son esprit sur l'Être divin, tel est l'état dans lequel doit se trouver le saint personnage deux fois régénéré qui approche de la délivrance finale.
• t Qu'il ne désire point la mort, qu'il ne désire point la vie, et ainsi qu'un moissonneur qui, le soir venu, attend paisiblement son salaire à la porte du maître, qu'il attende que son moment soit venu.
t Qu'il purifie ses pas en regardant où il met le pied, qu'il purifie l'eau qu'il doit boire afin de ne donner la mort à aucun animal, qu'il purifie ses paroles par la vérité, qu'il purifie son âme par la vertu.
t Qu'il supporte avec patience, et sans jamais les rendre» les mauvaises paroles, les injures et les coups. Qu'il se ■ garde surtout de conserver de la rancune à qui que ce soit au sujet de ce misérable corps.
c Méditant avec délices sur l'Ame suprême (Brahmatma), n'ayant besoin de rien, inaccessible à tout désir des sens, sans autre société que son âme et la pensée de Dieu, qu'il vive ici-bas dans l'attente constante de la béatitude éternelle.
c II ne doit jamais chercher à se procurer sa subsistance ea expliquant les prodiges et les présages,;[ni au moyen de l'astrologie ou de la chiromancie, ni en donnant des préceptes de morale casuiste, ou en interprétant l'Écriture sainte.
c Qu'il considère avec attention, pour mieux sanctifier sa vie, les transmigrations des hommes, qui sont causées par
l'idée de dieu dans l'inde. 109
leurs actions coupables, leur chute dans l'enfer et les tourments qu'ils y endurent.
f Celui qui est doué de cette vue sublime n'est plus captivé par les actions d'ici-bas, celui qui est privé de cette vue parfaite, n'étant point assez purifié, est destiné à retourner dans le monde.
€ Ce corps dont les os forment la charpente, à laquelle les muscles servent d'attaches^ enduit de chair et de sang, recouvert de peau et contenant les excréments infects, soumis à la vieillesse, à la décrépitude, aux chagrins, aux maladies et à des souffrances sans nombre, doit être laissé avec bonheur par le juste.
< Tout disparaîtra dans la pourriture terrestre, seules les bonnes actions et l'âme ne passeront point. Mais la demeure céleste ne s'obtient que par la méditation de l'essence divine, car aucun homme ne recueillera le fruit de ses efforts s'il ne s'est élevé à la connaissance de l'Ame suprême.
t La sainte Écriture est un refuge assuré pour ceux qui la comprennent, et pour les esprits faibles qui ne la comprennent pas, tous ceux qui la lisent, sachant que c'est la parole de Dieu, arriveront à une éternité de bonheur.
t Le novice, l'homme marié, le prêtre, l'anachorète, et le dévot ascétique forment cinq classes que l'homme doit parcourir pour arriver, à l'instant de sa mort, à s'identifier avec Brahma.
« De môme que toutes les riviêres.et tous les fleuves vont se confondre dans l'océan, de même tous les hommes de toutes les classes viennent s'absorber dans le sein de la divinité, mais, le cénobite et le dévot ascétique sont les seuls qui n'aient pas besoin d« la purification funéraire par les sacrifices prescrits.
€ Écoutez, ô hommes, quelles sont les vertus dont la pratique vous est recommandée pour obtenir sûrement un bonheur éternel au séjour céleste.
« La résignation, — Vaction de rendre le bien pour le wia/, — la tempérance, — la probité, — la pureté, — la chasteté et la répression des sens, — la connaissance de la sainte Ecriture, — celle de l'Ame suprême, c'est-à-dire de Dieu, — le
iiO LES FILS D£ DIËQ.
culte de la vôrité, — Tabstinence de la colore. Telles sont les dix vertus en quoi consiste le devoir prescrit !
€ Celui qui, connaissant ces vertus, les a pratiquées, qui s'est adonné à l'interprétation du véda et du védanta, peut quitter ce monde sans crainte, tons ses péchés sont efEacés, il n'a plus besoin de prières ni des cérémonies funéraires de son âls. Son âme sera recueillie par Brahma à la sortie ô» son corps, et, en subissant le Jugement, il ne doit point trembler sous le regard de Dieu.
c Lorsque l'heure de la mort a sonné pour lui, qu'il &• fasse étendre sur une natte et couvrir de cendres, et que m dernière parole soit une prière pour l'humanité entière qui va continuer à souffrir, alors qui! sera réuni an père de toute chose. •
Telle fut la loi des cénobites et des anachorètes dans rinde des premiers âges, et celui qui s'y soumettait n'avait nul besoin de purification et de cérémonies mortuaires sur sa tombe; peu importait au personnage ainsi régénéré, de ne laisser derrière lui aucune postérité, de ne point voir se perpétuer sur la terre, et sa race et son nom, puisqu'il avait déjà renoncé à tout, et que par les souffrances imposées à son corps, et l'abandon de toute affection, il était sûr de parvenir au séjour céleste, sans passer par le lieu d'expiation, par l'enfer.
Ainsi nous voyons cette croyance religieuse de Texpiation des dernières fautes» dominer la primitive société patriarcale tout entière, convier Thomme au mariage, à Fétade de la divinité, à la purification par la prière et les cérémonies funéraires, ou, — sublime fiction, — par une vie tellement honnête et pure, que toute cérémonie d'expiation devient inutile.
Et ces vertus recommandées à l'homme, rendre le bien pour le mal, la chasteté, la probité, l'amour de la vérité, la tempérance, la résignation, l'amour de Dieu, où pourrait- on en trouver de plus belles, et quelle est la religion qui en copiant ces préceptes des livres sacrés des Indous, et des croyances des premiers âges, y ait ajouté un mot... Quel
l'idée DB DUSU BJkMB L'INDB. lii
«0t yhoiBXi»» la prophète^ Ift £11& de Dieu, Tixicarnation.. parmi tous les gens qui ont joué à Tenvoyé céleste, qui nous «U révélé us» morale plus pure :
t n tetat purifier ses parolea pw la retiré, et soa àme par Iti vertu.»
Qu'on Kse attentivement oes admirablee preseriptiôos 4e Manon, à part une on deux allusions, à la oroyanee aoper»tîtiense de la tansmigratkm des ftmes, le philosophe le plus spiritualiste, le moraliste le pins sévère en avouant qu'ils nY pourraient ajouter rien, se demanderont avec étonne* ment, sll n'est point vrai que jusqu'ici l'humanité ait tourné perpétuellement dans un cercle, oubliant le lendemain ee qu'elle avait conquis la veille; tanUM meurtrie par les inva> sions, tantôt systématiquement abrutie par les prêtres, et bouleversée périodiquement et fatalement par lee grands eataclysmes de la nature.
Que nous sommes loin de Moïse, qui ne connut même pas Flmmortalité de l'àme, qui n'eut pae la moindre notion du Hien et du mal, puisqu'il ne sut eneelgner au peuple d'e»claves qu'il soulevait, que le v<^ et les rapines par ordre dé Jéovah t et ne parvint à maintenir dans l'obéissance, cette horde de pillards que par des massacres périodiques.
Au moindre murmure contre son autorité, le législateur hébraïque s'en allait derrière quelque buisson, au sommet de quelque montagne un jour d'ora^, car il cherchait toujours à mettre le tonnerre dans son Jeu, puis il redescendait et faisait massacrer dix, quinze, vingt mille hommes, parce que le peuple d'iaraél avaii dansé autour d'un veau, ou s'était amusé avec des femmes ehananéennee.
C'était l'ordre de Dieu!
n est vrai que ce même Dieu si irritable sur la question du veau, et des femmes de Ghanaan quand il était de mauvaise humeur, était de bonne eompeaitien quaad ea savait le prendre, et un peu plus tard, en lançant soa peuple sur les tribus ses voisines, Jéovah lui ordonnait de massacrer toutes les vieilles femmes qui n'étaient plue bonnes à rien,
mais de réserver pour son usage^ toutes les vierges, autêm réservais vohis puellas.
Personne, croyons-nous, ne songera à rattacher à la loi de Moïse, le cénobitisme des premiers temps de TÉglise chrétienne; Tinitiation indoue no saurait être contestée. Il est facile de prouver que les premiers adeptes qui se groupèrent autour des apôtres, et ces derniers eux- mômes, ne furent que des initiés des mystères de TOrient. Philon le Juif, Dosithée, Gérinthe, Simon que Pierre, surnomma le magicien, et une foule d'autres, tous leurs contemporains, le leur ont assez dit. — t Vous ne fondez pas une religion nouvelle renversant les croyances abandonnées à la plèbe, vous ne faites que vulgariser les mystères et les principes religieux, qai jusque-là dans tout TOrient avaient été réservés aux prêtres et aux initiés dans Tintérieur des temples.
A l'époque où Jupiter, Minerve, Mars, Janus et Cybèle, ne trouvèrent plus d'adorateurs môme dans les rangs de la foule, en plein siècle d'Auguste, la grande masse du peuple qui renia ses dieux, ne sut que mettre à. la place, et. s'abandonna avec fureur aux jouissances matérielles, qui seules lui parurent dignes d'occuper les loisirs de sa vie, et de remplir le vide que le scepticisme avait fait dans son cœur. Tout le monde fut épicurien, et dans ce culte des sens oublia Tàme, les sublimes traditions de la conscience, et la vie future...
Prêtez l'oreille : c'est Horace célébrant Lydie, le vin de Falerne et les repas sans un; Ovide chantant l'art d'aimer, et Virgile qui ne voyait plus dans les dieux de la patrie que des machines poétiques, et Properce, et l'élégiaque TibuUe, : et toute cette pléiade de grands hommes qui chantèrent la nature, ne sachant plus ou placer Dieu...
Mais au milieu de l'orgie romaine, quelques grands caractères avaient surgi: Brutus et Gasslus étaient morts pour la République, Gaton pour la vertu, et Gicéron venait d écrire le Devoir. Quelques groupes de stoïciens conservaient dans leurs cœurs, les traditions du bien pour le bien qui leur venaient de l'Asie ; tout ce qui croyait encore aux destinées
l'idée de dieu dans l'imde. il?
futures revenait à l'unité de Dieu et aux croyances primitives, de toutes parts l'œuvre des prêtres s'écroulait avec les milliers de dieux qu'elle avait inventés dans l'intérêt de son despotisme.
* Alexandrie développait les doctrines platoniciennes, prér ludant à rétablissement [de cette école célèbre que le chris-^ tiauisme triomphant ût fermer plus tard par justinien. Et de tous côtés, en Asie-Mineure, en Perse, dans la Thébaïde d'Egypte, une foule d'hommes, après avoir passé la plus grande partie de leur vie dans Tétude des livres sacrés de rinde, se retiraient au désert pour finir leurs Jours selon les prescriptions du véda, dans la prière et la méditation sur Dieu. Les uns venaient parfois près des villages et des villes, et ils ondoyaient à la manière antique, les nouveau-nés que les mères leur apportaient en foule, ainsi faisait Jean • sur les bords du Jourdain; d'autres venaient à de certaines époques de l'année, prêcher le long des routes, aux abords des cités, ils enseignaient l'amour du bien, la croyance en l'immortalité de l'âme, et engageaient les peuples à rejeter les superstitions inventées par leurs prêtres, pour revenir aux pures et sublimes croyances des premiers âges.
Ainsi fit Jésus de Nazareth I qui ne fit que prêcher aux peuples le retour à loi naturelle, et dont les disciples jugèrent à propos de faire un Dieu.
La tentative chrétienne, qui ne fut au début qu'un retour à la loi naturelle, se rattache donc directement à l'Inde par ses anachorèteâ et ses premiers pasteurs. Quand plus tard, la religion nouvelle aura besoin de culte pour enrégimenter ses adeptes, de merveilleux pour les frapper, et de l'enfer pour les effrayer, c'est encore aux mystères de l'Orient qu*elle s'adressera, et les apôtres et leurs successeurs copie* ront le brahmanisme dans ses superstitions, ses cérémonies et ses pompes, comnje ils avaient au début copié l'époque patriarcale, et les védas et Manou.
Revenons aux coutumes patriarcales.
Cette primitive croyance de la libération du père dans l'autre vie par les cérémonies accomplies par le fils, donna à la famille une organisation qui survécut à toutes les révo*
iii L£S VILS DB DISJJ.
Intioiu anciflimeB^ ai dont les traces ne Moni pas eaçore eflà- •ées obez les oAtioas modarnes»
Do moment oà le fils altà ouvrait à ses jiarants le séjour de Brahnia, par ses prières et ses oblations, on doit comprendre combien fut iji^rtanta la place qu'il occiy>a dans la famille, mAmo du vivant de son pâreu
A peina arrivait-il àsa majorité» c'esi-à-dire à l'époque où. Il était introduit dans le conseil des hommest à Tftge do quinze ans environ» qu'on le mariait^ après lui avoir £ût rinvastiture du cordon é^autorité, et qu'il acquéraiti de ce fait» une autorité presque égale à celle de son père dans la ftuniUe.
Bien no se faisait plus sans qu'il ne fût consulté; ses autres fipères et sœurs étaient complètement sous sa domination» et généralement, quand le père entrait dans la troisième période da sa vie (soixante-dix ans), il lui remettait la directîon suprême de sa maison et de^toutes les aifaires de la Cunaie.
Suivant les Indous, la vie d'un homme juste, craignant Dàêu, as sanctifiant par l'aumône, laprièreat la connaissanca de la sainte JSSccitura, se composa de trais périodes de tranta-cinq années, en tout cent cinq ans. Dans la premi^ère^ l'homma arriva à maturité , sa marie, élève ses enfants; dans la seconde, il dirige l'adolescence de ses fil^ leur en* saigna le tûan, hê traditions àa la famille^ les initie aux cérémonies neligieuses qu'ils doivent accomplir plus tard, et ceci fait, alors qu'il las a tous mariés, qu'U a. sous las yeux» comme dit le véda, les fils de ses fils» et qu'il atteint la troisième période de sa vie, il remet son autorité à son fils ainéj pour ne plus s'occuper que de bonnes œuvres et de méditations sur la vie future et l'Être suprême. Parfois même il se retira au désert pour attendra la fin de son axistenca dans la contemplation divine.
Cette situation du fils aîné, réunissant sur sa téta l'autorité civile et religieuse dans la famille, â ce point que ses autres foères ne pouvaient ni sa marier, ni rien entreprendre d'important sans son autorisation, donna naissance, on n'en saurait douter^ à ca droit d'ainaaae 4es civilisations anti-
X'IDÉE 1>S mSa I>AN8 i^'lNDS. tf5
<(ties, Bi strict dans «on «ppîîcatiaii, ^idar pour le« autres membres de la famil1e> quMlne m fàt jamoift %taMi «aotia mroyance religieuse dont il était né.
En face de la néeeesité d'éviter à Tàne du père «t de la mère le supplice d*tin exil prolongé hors du «M, dftns des Hetix de panitioR d'autant {dus effrayante «qu'ils étaient Inconnus, personne ne murmurait, et tous les enfants 9on^ Iteant qu'en^-mtoies pltte tard auraient besoin de maintenir \fL même discipline dans leur d^scemdanoe, dans l'intérêt de» oérémonies funéraires, oemmençaient par s'incliner sons Fantorité de leur aîné*
Ainsi, en remontant à travers les âges jnsqrfan l)ereeau de rhumanité, s'explique par l'idée religieuse, ce droit d'ainesse illogique et contre nature que Tlnde entiéra applique encore de nos Jours, qui est la base du droit social dans tout l"Orient, qu'Athènes, Sparte et Rome gardèrent jusqu'à leur ehute, que la France de 89 a brisé, et qu'une focde de nations européennes, l'Angleterre en iéte, conservent prèoieusement comme le dernier soutien de leur puissante aristocratie.
Le respect et la soumission stupide du bœuf qui trace son sillon, sont mortel Chose horrible, les peuples ne s'imaginent plus, que ceux qui se disent nobles et ceux qui se disent prêtres aient été formés d'une p&te fine, pétrie à part du commun, par Ddeu.
On commence à savoir que leurs ancêtres ont été quelque peu assassins, bourreaux et voleurs de grands chemins.. ,.• On se murmure à l'oreille, dès l'école, toutes les platitudes^ toutes les bassesses, toutes les génuflexions faites par leurs souples échines devant le fouet et les éperons du roy, tous les crimes commis par eux sur un signe du trône, et tout cela pour conserver honneurs, situations et fortune.
On sait, de l'atelier à la mansarde, que leurs femmes si prudes si hautaines, qui traitent de mùérahle la fille du prolétaire, qui tombe par amour ou misère, ont toujours tenu à honneur de pourvoir largement le lit de toutes les Majestés, et que rarmorial, s'il était perdu, se pourrait .reconstituer par les maltresses des rois.
1J6 hE^ FILS DB DIEU.
On sait tout cela et bien autre chose encore, et on ne veut plus obéir, et on ne veut plus adorer, et on ne veut plus travailler pour qui ne travaille pas... Et voilà pourquoi l'Angleterre conserve le droit d'aînesse, qui accumule le capital, la propriété, le fruit du travail de tous dans les mains d'un petit nombre» ce qui permet de dominer encore quand le respect et Tobéissance servile n'existent plus. . . Et voilà pourquoi en France, tout ce qui voudrait encore être obéi, tout ce qui voudrait être adoré... tout ce qui ne veut pas travailler, mais faire travailler les autres... rôve le rétablissement du droit d'aînesse, qui, habilement entendu et habilement dirigé, remplacerait avec avantage le droit féodal.
Nous voilà loin de nouveau des cérémonies funéraires et du culte des ancêtres du monde ancien. Constatons, en terminant, que chaque coutume civile ou religieuse de notre époque, malgré les transformations que lôs siècles et les révolutions de toute nature lui ont fait subir, peut se retrouver, dans son sens symbolique, avec la cause qui lui a donné naissance dans les primitives civilisations de l'Orient.
Aucunes idées, aucunes croyances ne se perdent ou ne sont brusquement interrompues dans le monde, elles ne font que se transformer et se modifier sous la main du temps; chaque siècle est fils de celui qui le précède, et il suffira pour reconstituer une histoire de rhumanité, vraiment digne de nous, de laisser de côté les appréciations personnelles, les divagations des gens qui expliquent tout, le bon comme le mauvais, par le doigt de Dieu, et d'appliquer la méthode scientifique à l'étude du fait particulier et des événements.
Pour expliquer cette idée et ses résultats, supposons que nous adressions des questions identiques à deux hommes, dont l'un serait partisan de la révélation, du sortilège a des miracles en matière historique, et l'antre qui, n'admettant que la méthode scientifique, soumettrait le fait à l'élude de la raison.
Nous obtiendrions la réponse suivante :
l'idée de dieu dans l'inde. 117
La question d'abord !
D'où peut venir le droit d'aînesse, et qui a pu donner au père de famille l'idée d'une injuste distinction entre ses enfants, qu'il devrait confondre dans un môme amour?
L'homme de la révélation répondra : — Le droit d'aînesse vient de Dieu, qui l'établit dans la descendance d'Abraham en Israël^ lorsqu'il annonça que le Rédempteur naîtrait de Juda, qui était fils aîné de Jacob^ petit-ûls du patriarche. C'est pour cela que Moïse établit chez les Hébreux l'ainé chef de la famille (et la conséquence, on la voit de là. Le christianisme doit protéger le droit d'aînesse).
L'homme de science, entendant cette opinion, ne manquera pas de dire dans sa réponse :
— Une pareille assertion est contraire à tous les faits matériels qu'on peut admettre avec quelque certitude. Vous m'accorderez bien qu'avant Moïse et Abraham et les Hébreux^ il existait sur la terre d'autres peuples de beaucoup plus anciens qu'eux, et qui n'avaient pas attendu Moïse pour constituer la famille et se donner des lois.
De l'étude de ces peuples plus anciens, en remontant jusqu'aux tribus qui les ont formés et aux patriarches chefs de familles de qui sont issues ces tribus, il résulte que le droit d'aînesse remonte aux premiers âges du monde, et qu'il est né, et du besoin d'autorité dans la famille, si le père venait à mourir, et de la croyance qui s'était accréditée que le fils aîné seul avait le droit d'accomplir les cérémonies funéraires, qui purifiaient l'âme du père et lui ouvraient le séjour de Brahma.
Cette coutume a dû sa longue existence au prestige de la croyance religieuse qui la soutenait.
Entre ces deux réponses le choix est facile : de la première sont nés les bûchers de Tinquisition et toutes les folies sacerdotales du moyen âge. Dieu règle, Dieu ordonne, il faut obéir quand môme !... Mais vous brûlez, mais vous torturez, et tout cela au nom de la Suprême puissance et de la Suprême bonté?
Il faut obéir! les des-seins de Dieu sont irn])én3trables, répondaient ces sinistres misérables, et ils ont couvert le
UL8l US3 FILS DMi DlSa.
monde de ruines^ et partout, ils ont laissé des traML da saag' qui a'oatfaa encMe disparo.
De la seconde est sorti l'esprit moderme, e*esk*àrdira la U* berté d'examen, et l'indépândance dala raison^ HU a.vaaL p«u^ Dieu débarrassé de tous lea parasites. <|ui vivent da rezfleitation de son nom, retrouvera parmi noas ee aulla p«r et sitfiple de la religioa naturelle^ ea kooneur dans tes premiec» âgee^ alors quaThomofta simple et boià, n'avait pas a&cota iavenké le Ditw des aimées et de la vaogeaiMa» le DÂau de» piètres et das rois..
Nous en avons uni aveeeelleireiHiA dasmoiifs reUg ieusea des premiers temps de rbomaiûté et gréuMi aux dttvrages sacrés de l'Inde, grâce au Pr&sada et à Manou il aous a été possible de reconstruire en eatiar la culte des anciens patriarches de l'Indoustan. Nous ne pensons pas qu'il soit possible de tMUMsevoii uaa idée â$ Diem plua sublime dans sa simi- licite, et de l'bonocar d'une maaière plus: conforme aux révélations que nous leeeMews de ki eansclenoe.
Qu'on relise ces hymnes, ces invoeatiena, ces prières, ces préceptes de morale» ces prescriptions aux anaciborètes, et qu'on nous diise s'il est une seule des sectes religieuses modbirnes qui ait imaginé un prineipe» un. devoir, une vertu, qui nesoit recommandés aux hosanuas^dans h^ extraits que noua, venons de doftfter.
L'amour du. proeliain, la eliasteté> l'aotlen; de rendre W Iftien pour k maU le culte de la vérité et la recoiuMûssanca d« l'Ame suprém^n voilà ce qu'à chaque paa vous rencontres quand vous parcourez les pages spleudidea da ces antiques écrivains» dont quelques-uns remontent aux époques antéhistoriques.
Unité de Dieu, — immortalité de l'âme^ — récompensa et châtiment. Telle fut la croyance; et commei oocoUaire de La croyance, pratique de,toutes.les v^ertusl
Gommeatde l'unité d» JDteii, les nationa sont-elles arrivées au polythéisme, aux panthéons Indoo, Égyptien, Grec, et Romain, à Jupiter, à Isis, au destructeur et sanguinaire îéovali?
Comment de ce culte simple, qui réunissait la famille au-
L'iDfli Ml Wm9 WLUft L'IMDB. 9Êè
lo«r d« Hn^FOOtOon d« pèra» ont ^pa «9f(tr Im «MaradaB superstitieuses, les temples, Im y«go4M» letégUsw, oft éts oentftfnes cThavraws punitiôs oomme destroopean^ vieiRieiit écouter des paroles mafifiies vides prières qtfile n'eirtettdetHpeintt
CSet«mentdelft ero^anee pure, leisinMle, le eeitiiégevtle mensonge sont-ils nés?
C'est ce que nous allons voir par l'étude approfondie des éiffîfiMiiee Jimk\M9mBÊnmdaM9è.
Du jo«r «litopéw datenitte ftktveon^ilaeé pftr 1^ piètn, ramliitiott lettgliaBe Mqoit «I la (iéaK>niiMiUott 4
D« ^ur «« le prdive xoelitwera «npér^ deimaia i voir religlen, lea ttwywiwa ^Aiapîii et lai ûoriront de nouveau.
Brahmes, bonzes, derviches, imans, lévites, hiérophantes, prêtres et pasteurs, vous avez beau vous couvrir de boue les uns les autres, vous avez beau crier : c — C'est nous qui avons le Dieu qui châlie le mieux ses ennemis, c'est nous qui avons l'enfer le plus terrible, c'est nous qui avons le pa« radis le plus agréable, c'est nous qui avons la morale la plus pure, peuples accourez vers nous, laissez tomber le fruit de votre travail, apportez votre or, vos richesses sur le parvis de nos temples,... venez à nous car nous seuls possédons la vérité!
Gesticulez, criez, envoyez ceux qui ne veulent point payer brûler au feu éternel, traitez vos adversaires d'imposteurs et d'athées, parce que s'agenouillant sous la main de Dieu, ils refusent de s'incliner sous la vôtre!
Âssociez-vous avec les rois pour brûler nos corps... vous n'empêcherez pas que des siècles avant que vous n'ayez osé venir exploiter la terre, un homme, qui n'appela point la force à son secours, n'usa ni de miracles, ni de superstitions grossières; un homme dont les peuples ont oublié le nom, mais que dans leur reconnaissance ils ont appelé Manou, c'est-à-dire le législateur, ait dit :
t Écoutez, 6 hommes, quelles sont les vertus dont laprati-
qae vous esl recommandée pour obtenir sûrement un bon« heur éternel au séjour céleste.
— c La résignation, Vaction dé rendre le bien pour le mal, * la tempérance, — la probité, — la pureté, — la chasteté, et la répression des sens, — la connaissance de la sainte Écriture, celle de TAme suprême, c'est-à-dire de Dieu^ ^ le culte de la vérité et l'absUnence de la colère, i
Allons, rentrez dans leurs temples vos épouvantsiils, vos dieux thaumaturges, vos prophètes, vos sorciers. Vos incarnations n'ont plus rien & faire, que voulez-vous qu'elles irieiment révéler et sauver, puisqu'aux premiers âges du MfHAh I^tt PCtflait lUnsi à la conscience de rhumanité.
l'idée de dieu dans l'indjs. 121