‹ Études indianistesChapitre 86 sur 122 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'idée de dieu d'après moïse ET l'époqub patriarcale.

Ea face du Dieu des anciens patriarches de l'Inde, et du culte dénué de superstitions qui lui était rendu, il nous pat rait utile, et plein d'enseignements précieux, de placer le Dieu dlsraôl, tel que Moïse Ta compris et présenté à Fadoration de son peuple.

Nous ne reviendrons pas sur certsûns côtés de l'oeuvre de Moïse que nous avons suffisamment caractérisés ailleurs, mais il est un point sur lequel nous ne saurions trop insister pour le creuser et l'élucider mieux, nous voulons parler du rôle que le législateur hébraïque fait jouer à la divinité, et de la preuve, par ses propres écrits, que pour donner un livre de la loi aux esclaves qu'il avait soulevés, il n'a fait que copier très-hâtivement les anciens livres sacrés de l'Orient dont il avait eu connaissance par les prêtres, à la cour de Pharaon.

Quand on lit avec attention les cinq livres de la Bible attribués à Moïse, examinant froidement ce tissu d'absurdités, de grossière idolâtrie et d'épouvantables massacres, on se demande comment il se peut faire que la raison humaine se soit si longtemps courbée devant un pareil ouvrage.Et l'on a besoin de se souvenir des moyens employés par les prêtres et les rois pour soutenir ce code du mensonge, du vol et du libertinage, si l'on veut comprendre comment de telles turpitudes n'ont pas été, depuis longtemps déjà, mises au ban de la conscience humaine.

Je ne chicanerai point trop Moïse et son Jéovah sur leur création fantaisiste du monde, cela ressemble à toutes les

h'iDÈE DB DIBO DANS L'iNDB. 129

genèses fabuleuses que la poésie et la tradition nous ont transmises. Au Congo, chez les Gafres, les Lapons, ou les naturels de la Nouvelle-Guinée, les prétrds possèdent des données à peu près aussi scientifiques sur ce sujet que le législateur hébraïque; et nous ne consacrerions pas quelques lignes à faire le procès à ces pages vulgaires, si Messieurs de la secte de Rome ne prétendaient pas aujourd'hui que la science et les découvertes modernes sont en complet accord avec la Bible.

Au moyen âge on brûlait ceux qui interrogeaient la nature en dehors de la Bible, et Galilée n'y a échappé que par une répudiation en règle de toutes ses opinions.

Aujourd'hui qu'on ne peut plus brûler personne quelqu'envie qu'on en ait^ on se rapproche de cette science que Ton a proscrite.

Gela est commode^ et tourner sa voile à tous les vents est le plus sûr moyen de faire marcher son esquif... seulement il faudrait ne pas oublier, mes bons pères, que votre Église infaillible après avoir fait pourrir en prison Galilée, pour avoir soutenu que la terre tournait autour du soleil immobile, doctrine contraire à la Bible, est obligée aujourd'hui, avec sa mime infaillibilité, de reconnaître que Galilée avait raison, et que sa sainte infaillibilité se trompait.

Aussi ne pouvons-nous entendre sans grand étonnement MM. de Genoude et de Bonald, s'écrier en chœur : — t Quel abus n'avait-on pas fait des premières notions de la science contre les livres de Moïse t Mais la science mieux étudiée a renversé toutes les théories d'une ignorance orgueilleuse. >

La science appuyant la Bible, et non la science émanant de la Bible 1 Quelle concession. En 1600 cela vous eut valu, Messieurs, une excursion dans les prisons du saint-office, et cela eut été plus juste que pour Galilée, car si ce dernier avait raison de soutenir le mouvement de la terre autour du soleil, vous n'êtes point dans le vrai, vous, en appelant la science au secours des inventions bibliques.

Relisons ensemble le passage suivant de la Genèse :

c Et Dieu dittque la lumière soit et la lumière fut.

ttO LES ril*!» SB jmmJ^

t Dieu vit qud la Inàkiôse était boime> et il la s^ara daa

^ léoébres • £

! € Ce fat le premier jour ;

c Dieu dit aussi : qu'il y ait dax^ le ciel des corps lumineux qui diviseat la lumière d'avec les ténèbres, et qu'ils servent de signe pour marquer les temps, les jours, les années»

c Qu'ils luisent dans le ci^, et qu'ils éclairent la terre*

c Et Dieu ût deux grands corps lumineux : l'un plus graïkl pour présider au jour, l'autre moins grand pour présider à la nuit.

c II ût aussi les étoiles, et il les plaça pour luire sur la terre ; pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres. £t Dieu vit que cela était bon.

c Et du soir au matin, cela ût le quatrième jour. >

U est inutile de pousser plus loin la citation : il serait* difficile en aussi peu de lignes, de laiseer échapper plus de non-sens.

Jéovab cré la lumière 1$ premier j^mr^ et le soleil et le» astres qui la produisent ne sont créés que U fiMlrtéoM.

Jéovab cré la terre tout d'abord, et les autres astres n'arrivent ensuite, soleil, lane, éleilea, etc., que comme satellitea de ce globe pour l'éclairer les jours et les nuits :

U Uipla§a <kMJ le delfOêur luireturU Urre,

Et ausai pour marquer le tempsy le jour et les années delà terrOiM.

Nous voilà bie& averti^ la lumière qéi émana dm soleil et dsa astres, est ^éée quatre jours avant ces derniers, eiquand noua disons quairejoors, nous noua trompons cectainenneni de beaueoup, car suivant M. de Gbenoade :

IL Les jours dont iL est question dans le premier chapitre de la Genèse, sont des périodes indéfinies^ »

Donc, pour être dans le vrai biblic|iiey il faut dire que la lumière a existé dans le monde, ind^[>eodamment du soleil et des aaixes qui la produisent, pendant quatre périodes indéfinies.

D'un autre o6té la même pasanga affirme que la aoleil et la

l'idéb di msn saks l'inde. i^

Inné ont été orées pour éclairer la terre le quatrième jour, ce qni laisse supposer <iud la lamié i indépendante créée le pre« mier jour avait été manqnée, et donaail an éclairage insuffisant.

Se tire qni ponrra de ce galimatias 1

De plus, nous sommes bien et dûment informés que tous ces mondes qui s'agitent autour de nous dans les deux, soleil, lune, étoiles, planètes de différentes grandeurs, n'ont été créés que pour la terre seule ; leur rôle, c'est de Téclairer ^t de mesurer ses années, ses jours et ses mois...

J'en suis à me demander comment notre paurre petit ^lobe n'en éclate pas d'orgueil.

Et ce sont ces contes devant lesquels on a peine à tenix son sérieux, que Ton veut étayer des documents de la science!.. Bt c'est à Dieu qu'on attribue de telles niaiseries!

Lorsque nous nous trouvons en face des premières pages de ce livre, prétendu sublime, nous ne pouvons nous ernpé*cher de nous souvenir de ces admirables paroles du véda :

c O Zeus irrévéléi suprême intelligence, puissance infinie, «*est toi qui a créé ces lois immuables par qui les mondes l^ravitent dans l'espace, par qui la matière se transforme en «'éveillant au matin de la nuit divine.

c Chaque molécule s'unit à celle qu'elle doit féconder, le grand œuvre de la vie s'accomplit, et sous ton regard, 6 Brahma, chaque type se développe et sort du chaos pour vivre et s'agiter encore pendant l'espace d'un jour divin, i

Après avoir créé la terre et les autres planètes, et les plantes et les animaux, Jéovah fait l'homme à son image, lui tire une côte pendant son sommeil et en forme la femme.

On connaît l'histoire de la pomme, ce qu'il advint de la désobéissance d'Adam et d'Eve, et c^est & cette plaisante aventure que l'humanité doit la maladie, la souffrance et la mort.

« Parce que tu as mangé du fruit que je t'avais ordonné de

ne pas manger, la terre est maudite à cause de toi, tu n'en tireras ta nourriture chaque jour qu'avec un grand labeur.

c Elle ne produira pour toi que des épines et des chardons et tu te nourriras de l'herbe de la terre.

c Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front jusqu'à ce que tu retournes dans la terre d'où tu as été tiré. »

Ainsi la terre est maudite à cause de l'homme, et ce dernier retournera dans la terre dont il a été formé. De l'immortalité de l'âme et de la vie future il n'est nullement question. Si Moïse a connu ces croyances, il n'a pas jugé à propos de les enseigner à son peuple, et je suis porté à croire qu'à l'imitation de tous les prêtres anciens, il les réserva pour les lévites dans l'intérieur du temple.

11 est remarquable que chez toutes les nations de l'antiquité il y eut deux religions, l'une pour les initiés et les prêtres, renfermant les croyances sur l'unité de Dieu et l'immortalité de Tâme, légués par l'Inde, et l'autre, pour la plèbe, composée des plus grossières superstitions. Moïse, qui fut un initié des temples de Memphis, suivit les habitudes de son temps, et ne dut dévoiler les mystères qu'il tenait des hiérophantes , qu'à la caste des lévites qu'il institua dans la famille et la descendance de son frère Aaron.

Là est le véritable motif, croyons-nous, du silence des législateurs d'Israël sur Timmortalilé de l'àme.

Mais continuons cette revue rapide de l'œuvre de Moïse pour rechercher l'idée de Dieu qui s'en dégage. Après avoir étudié la domination brahmanique qui s'installa dans l'Inde, à la suite de l'époque patriarcale sur les ruines de la religion naturelle, nous pourrons signaler plus facilement les em- ^ prunts faits par la Bible aux védas^ aux anciens livres sacrés, à Manou et à la religion des Indous, et caractériser mieux l'esprit qui animait Moïse lorsqu'il écrivait son livre.

Après la faute, Jéovah chasse Adam et Eve du jardin de délices, car il craint qu*en mangeant du fruit de l'arbre de vie^ Ui ne deviennent aussi puissants que lui, et il place à la porte du paradis terrestre un chérubin, chargé, l'épée à la main, d'en défendre l'entrée.

l'idée de DIE0 DANS L'INDB. 133

Nous ne savons si les lumiôres de la foi peuvent ouvrir rintelligence à la compréhension de ces merveilles, pour nous, nous avouons humblement n'y rien entendre, et nous ne saurions voir dans tout cela que le produit de la plus grossière superstition.

Voyez-vous ce chérubin montant la garde, armé d'un sabre, autour de ce pommier dont la vertu était de rendre aussi puissant que Dieu, celui qui en mangeait.

Les Pères de l'Ëglise et autres commentateurs de la Bible ont oublié de nous dire à quelle époque cette faction de l'ange a pris fin... peut-être dure-t-elle encore, et qu'en cherchant bien... Passons 1 Voilà donc l'origine de nos croyances, et cette Genèse sublime, pour lesquelles depuis des siècles les gagistes de Rome affectent la plus fanatique admiration. Voilà donc ce Dieu d'Israël et le rôle indigne de sa puissance, de sa bonté et de la prescience qu'on lui prèle...

Que nous sommes loin des croyances des premiers âges de llnde, de ces invocations, de ces prières qui, au lieu de rabaisser l'image de la Divinité, en lui prêtant les actes les plus ridicules, nous donnent d'elle, au contraire, les notions les plus grandioses et les plus simples.

Cette légende du jardin de délices et du séraphin préposé à la garde du fruit défendu, ne vous rappelle-t-elle pas la fable grec du jardin des Hespérides dont les pommes d'or étaient gardées par un dragon ?

Il est si vrai que ces contes mythologiques ont la même origine, que la pomme du jardin des Hespérides n'était autant prisée que par l'immortalité qu'elle donnait à celui qui parvenait à s'en emparer, immortalité que procurait également la pomme du jardin de délices dont Jéovah défendit l'entrée à Adam, par peur qu'il ne devint immortel et aussi puissant que lui.

c Maintenant donc, craignons qu'il n'avance la main et ne prenne aussi des fruits de l'arbre de vie, ce qui le rendrait semblable à nous et le ferait vivre éternellement. »

(Oenke).

{31 l^* FILS D» Disa.

Signalons, an passant, traiB preuves que oelts sublime- Qeniss n'est qu'une copie écourtée des ouvrages saorôa de rinde su? le mâme s^jeU

c Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. « La terre était informe et nue» et les ténèbres couvraient la faee de Tablme, ûH^Etprit ds DUu r0posait nr Uê 9mx l >

El âpiritus Iki fir^bi^iwr êup^r aquoi^.

D'où a pu venir k Moïse l'idée de faire flotter rjËsprit de Dieu sur les eaux; est-ce une figure poétique sans importance? Non, car elle accuse une idée tbéologique, et détermine la situation du Créateur pendant leobaos.

Quelle est l'origine de cette croyance, quel sens symbolique se cache sous cette expression nua^use? le législateur hébraïque ne saurait nous l'apprendrCt il transcrit à grands traits les souvenirs qui lui sont restés de son sacerdoce dims les temples d'Egypte. U consacre trois pages là où rindea écrit des volumes, et l'on sent qu'il n'a ni la volonté, ni le temps d'expliquer les croyances qu'il impose...

Il venait de quitter l'Egypte avec U borde d'esclaves qu'il était parvenu à soulever, poursuivi par Pharaon; toutle monde s'était enfui pôl^méle vers le désert, mais de toutes parts éclataient des murmures, surgissaient des révoltes... il fallait se hâter de donner un gouvernement à ces nomades, se créer une force par l'intervention de Dieu et le inerveilleux» créer des chefs dont nul ne contestât l'autorité, établir un code de lois religieuses et civiles; les instants pressaient, Moïse, son frère Aaron, sa famille, commençaient à être attaqués dans la camp, on ne leur obéissait qu*avec répugnance, on regrettait les pianda et lu oignons d Egypte, un soulèvement pouvait faire nommer d'autres chefs* Jethro, le beau-père égyptien du législateur, et prêtre de Madian, lui disait ; « Prends garde, tu i e peux mener le peuple ainsi; nomme des chefs, institue dos lois...» C'est alors que Moïse joue la comédie du mont Sinal... Dieu l'a appelé pour lui dicter sa volonté, qu'Israël attende en. paix son retour.

L*n>tt M Bffitr DâMs l'indb. 135

Eq quelques jours il compose son livre et se h&te de redescendre de la montagne où il écrivait sous la dictée de Jéovah, car les Hébreux se sont révoltés el adorent le veau d'or...

Dans cet abrégé rapide des anciennes croyances religieuses de rOrienty suivi de oette histoire apoeryphê des patriarches, Moïse n'a eu qu'un but, celui de se raitaciMr à Dieu en quelques pages le plus rapidement po6eii>le» pour consacrer la plus grande partie du temps qu'il avait à rester sur la montagne à l'organisation du pouvoir saeerdotal dont il ût tout dépendre dans la natioUt et qui devait, en consolidant sa puissance, assurer pour longtemps la domination de sa famille. De là les minutieux détails, sur tout ce qui se rattache aux lévites, aux présents qu'il faut leur donner» aux sacrifices, aux vases d'or et d'argent dont chaque famille doit s'imposer pour le culte, aux cérémonies, et la pauvreté des développements accordés à la création et & l'époque patriarcale ^ copiés dans l'histoire religieuse et civile des Ëgyptieos et des Indous, leurs ancêtres.

Nous pensons aussi que Moïse élevé par les prêtres égyp tiens, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, ne fut qu'un loitié aux cérémonies, un kapural ou officiant, et non un dwidja ou prêtre expliquant l'Écriture sainte etles mystères de la création.

Quoi qu'n en soit, rapidité de transcription ou ignorance de l'esprit des croyances qu'il notait à la hâte, non-seulement Moïse n'explique rien, mais encore prend-il soin de démontrer Jusqu'à l'évidence qu'il n'est que le pâle reflet d'une civftisation religieuse plus ancienne.

Sur ce point les preuves abondent.

Figure poétique ou croyance, à quoise rapporte, ainsi que nous venons de le dire, cette expression de la Genèse hébraïque.

Et spiritui Dei ferébaiur super aqnas.

Et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux.

Puisque Moïse ne peut nous répondre, voyons si nous ne trouverons pas nous -même l'origine de ce souvenir inexpliqué I..,'

Manou dans sa Genèse, appliquant à Brahma créateur,

répiihète de Narayana, donne snr oe nom l'explication sai« vante*

Sloea iO, Livre I«r.

t Les eaux ont été appelées naras, parce qu'elles étaient la production de naraf qui signifie V esprit divin. Ces eaux ayant été le premier lieu de mouvement — en samscrit, aycma — de Nara, Vetprit divin ^ il a on conséquence été nommé Narayana, Veeprit divin qui se meut sur les eaux. • {Manou.)

Nous lisons dans le Pràsada» livre !•', recueil des poésies génésiqueSy ode à Narayana.

c O Narayana, toi dont Vesprit flottait sur les eaux et s'était réveillé pour mettre fin à la dissolution de tous les êtres, ayant résolu de faire émaner les mondes et les créatures de ta substance éternelle, est-il vrai qu'après avoir rassemblé les eauxy le premier acte de ta création fut de faire émerger de la plaine liquide, la fleur bleue du lotus parfumé... » (Prâsada.)

Une des plus belles pièces de vers du poète ermite Valmiki, intitulée Nalika ( lotus )» qui célèbre les vertus, le parfum et la divine origine de la fleur sacrée^ exprime la même image dans sa première strophe.

f Nalika, belle fleur à la corolle délicate, dont le sein ren* ferme les plus suaves parfums, ô toi, qui a supporté le bras du divin Narayana, lorsque flottant sur les eaux après la fln du pralaya ( chaos ), il présidait à la création, je vais chanter tes louanges... • {Valmiki.)

Enfin le Risch-Véda exposant aux croyants le réveil de Dieu dans la nature, s'exprime ainsi.

f Lorsque la nuit divine eut accompli sa dernière heure, l'esprit de Brahma tressaillit en lui, comme au* printemps tressaille l'esprit de la nature; il produisit d'abord les eaux,

l'idéb de dibu dans l'indb. 137

dans lesquels il déposa le germe de tous les animaux qui devaient y vivre, et de toutes les plantes qui devaient y pousser, et comme les eaux furent les premières créées, et le premier lieu du mouvement, Tesprit divin en reçut le nom de Narayana (celui qui $$ meut iur les eaux)^ et c'est Brahma lui-même que Ton honore, quand on invoque ce nom, qu'il a reçu comme créateur, i (Rieh-Vida.)

Ainsi les livres sacrés et la poésie se réunissent pour employer cette expression de Narayana, et lui donner le même sens. Ge nom du Zeus irrévélé quand il n'agit pas, qui devient Bralima à son réveil,'vient de ce que les eaux créées les premières, ont été le premier lieu de mouvement de la puissance créatrice.

Qui pourrait douter, en présence de ces textes formels, que Moïse en écrivant cette parole au début de la Qenèse :

Et spiritus Dei ferebatur tuper aquae,

Et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux,

N'a fait qu'enregistrer soit, sans la comprendre, soit sans vouloir l'expliquer, une croyance des anciens livres sacrés de rinde dont il avait eu connaissance en Egypte.

Nous lisons dans la Genèse également :

c Et Adam donna à sa femme le nom d'Eve, parce que c*ùsi par elle que devait se perpétuer la vie. •

Quelle est la signification de ce nom de Eve qui n'est donné à la première femme que parce que le genre humain doit nal« tre d'elle. On ne saurait soutenir que nous sommes en présence d'une appellation sans importance, et la phrase entière serait vide de sens, si nous ne trouvions point, en remontant constamment aux sources primitives, l'explication que la Bible nous refuse.

La encore la copie est de toute évidence, et Moïse ne fait qu'adopter le nom donné par les védas à la première femme, et ce nom fut tiré du rôle qui lui était attribué par Dieu dans la création. Le nom d'Hèva, la femme d'Adhimadans la Genèse indoue, signifie en samcrit :

Ce qui eomplHê la vtt t

Et voilà pourquoi MoiM a pti éorire qn'Adam ayait appelé ta femme Eve, parce que (fê$i par êUe qm diooil u pêrpHuêr U vie.

Même remarqne pour le nom d'Adum, même explication tirée des traditions de Tlnde ancienne et de la linguistique.

Le premier homme d'après la Genôsa indoue fat nommé par Brahma, Adhima !

Adhima en samserit signifie le ftêmier homme t

Quant à la légende tout entière de la création mosaïque, on a pu voir qu'elle n'est qu'une pftle oopie de la légende Indotte que nous avons dontièe dans \SiBible dameVInde.

Un dernier exemple pour en finir avee ee qui a trait à la création proprement dite.

Après la faute originelle, qui attira sur Adam la colère de Jéovah^ Moïse s'exprime ainsi :

c Et le seigneur chassa Tliomme du jardin de délices, et il plaça à l'entrée de ce jardin un chérubin armé d'un glaive flamboyant, qull agitait constamment pour garder Tarbre dévie. »

Nous prions le lecteur de se rappeler, en relisant la Bible au besoin, que Jéovahn'a encore créé queleseaux, lalumière, le ciel, la terre et les astres, les plantes, les animaux et l'homme. Donc conséquence logique... où Moïse peut-il prendre le chérubin ou ange qu'il place à la garde de l'arbre de vie, dans le jardin de délices ?

Le législateur hébraïque n'a connu, ceci est d'une incontes» table vérité, ni la création des anges, ou divinités inférieures, ni leur révolte contre Dieu, ou s'il a eu des notions de ces choses, il ne les a point racontées dans son livre.

En différents passages il fait apparaître un ange à Abraham, à Loth, à Jacob, et pas un mot, pas un verset x>our nous expliquer Torigine et la nature de ces apparitions.

Quelle preuve plus frappante que Moïse, en écrivant son ; livre de la loi était sous l'empire d'une théologie toute faite, \ et de croyances religieuses qu'il empruntait à l'Egypte et à rinde, et qu'il abrégeait en les copiant.

l'idéb de dieu dans l'inde. Id9

DemandoM encore aux vèdas et à Mawm de non» éclairer Bur ce sujet.

c Brabma avant de créer le monde quand le pralaya eûl pris fin, divisa les cieux en douze parties et dit :

< Je veux que les deux se peuplent d'esprits inférieurs qui témoigneront ma gloire et m'obéiront.

c Et les dévas Jaillissant de sa pensée vinrent se ranger autour de son trône.

c Mais bientôt de terribles querelles éclatèrent parmi eux, et un certain nombre, ayant mis à leur tête Vasoukl, se révoltèrent.

c Mais Indra prit le commandement de ceux qui étaient restés ûdèles, et il terrassa Vasouki dins un combat singulier.

c Après la lutte^ Brabma chassa du ciel Vasouki et ses compagnons et les précipita dans les enfers, où ils devinrent les rakcbasas ou esprits mauvais.

c Indra et ses compagnons reçurent la garde du séjour céleste. » (Rich-Véda.)

Sur le même sujet le législateur Manou s'exprime ainsi :

c Le souverain maître produisit de sa pensée une multitude d'eprits doués d'une âme supérieure, messagers toujours agissants de sa volonté, et il les nomma dévas. Il créa aussi une troupe invisible de musiciens célestes, préposés aux réjouissances des cieux et ils furent appelés les s&dhyas et les gandharbas. >

Souraati, auteur du Vriddha-Manava, ou ancien Manou, dont celui que nous venons de citer n'est que labrégé dit, dans un des rares fragments de son œuvre qu'il nous a été possible de consulter :

« Les dévas chassés du ciel pour s'être révoltés contre l'autoritô de Brabma, n'eurent d'autres occupations que de troubler los pieux sacrifices des hommes, de les induire en tentalions pour les pousser au mal, et de troubler leurs derniers

instants par l'aspect de fantômes terribles, et de visions étranges.

c Ils se nomment iakchas (on gnomes), pisatchas (vampires), asouras (titans), nagas (dragons), sarpas (serpents), souparnas (oiseaux de cadavres), rakchasas (chefs des mauvais).

c Ainsi furent appelés ces esprits mauvais, suivant le rôle qu'ils jouaient d'habitude auprès des pieux ermites, et des saints personnages qu'ils cherchaientà tromper, ou la forme des animaux qu'ils prenaient pour venir plus facilement sur la terre accomplir leur funeste besogne. >

( Vriddha-Manava.)

Voilà sans doute ce que Moïse eût écrit, s'il eût eu le temps ou la volonté d'expliquer les coutumes et les croyances auxquelles il faisait allusion dans son livre.

A chaque pas que nous faisons, nous pouvons dire que la lumière se fait plus éclatante autour de cette opinion, qui ne voit dans le libérateur de la caste asservie des parias d'Egypte qu'un abréviateur des croyances de la haute Asie.

Quoi de plus naturel du reste, Molsô n'a agi que comme tous les chefs religieux, qui ne fondent qu'avec les débris de ce qu'ils renversent, et empruntent, en les transformant les doctrines de leurs prédécesseurs.

Voilà Adam chassé du paradis terrestre, sa descendance va peupler le monde.

La première chose dont Moïse s'inquiète, c'est de se mettre en communication avec Adam, en faisant arriver la tradition jusqu'à lui par quatre ou cinq générations d'hommes seulement, qu'il fait vivre chacune de huit à neuf cents ans; ainsi Noé né neuf cent six ans après la création du monde aurait vécu vingt-quatre ans avec Adam, puisque ce dernier ne mourut qu'à l'âge de neuf cent trente ans.

Mais ce qu'il y a de plus fort, c'est que Noé, pour les besoins de l'histoire mosaïque, ne connaît les douceurs de la paternité qu'à l'âge de cinq cents ant époque où il engendre Sem, Gham et Japhet.

Quel tissus d'insanités !... et dire qu'aux yeux de Rome ce

l'idéb de diku dans l'ikdk. 141

n'est rien de croire en Dieu, si l'on ne consent à courber ssi raison devant ces rôves insensés.

C'est ainsi que Moïse répondit d'avance aux objections de son peuple : Mais d'où peut-tu savoir les choses merveilleuses que tu nous enseignes? — Non content de faire parler Dieu, il rapprochait la tradition.

Cependant en détruisant un obstacle, il en dressait un autre. Un sceptique pouvait se lever; l'Israélite, par exemple, qui, menacé par lui, un jour lui dit : — t Crois- tu me tuer comme hier l'Égyptien? » Cet insoumis pouvait lui demander pourquoi l'homme ne vivait plus neuf cent ioixanteneuf ans ainsi que Mathusalem t

Moïse s'en tire par un détour vraiment charmant, écoutez plutôt :

c Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre, et qu'ils eurent engendré des ûlles,

c Les enfants de Dieu, voyant que les ûlles des hommes étaient belles prirent des femmes choisies entre toutes les autres.

ff Et Dieu dit : Mon esprit ne demeurera plus à jamais dans l'homme, parce qu'il n'est que chair ; et 86$ jours ne seront plus que de cent- vingt ans.,, »

Après cela, il n'y avait plus rien à répondre, et l'incrédule le plus endurci ne pouvait que se rendre à de pareilles raisons.

De plus, souvenons-nous que Moïse avait un dei^nier argument, décisif celui-là^ c'était de massacrer ceux qui ne vou« laient pas se laisser persuader.

Après avoir puisé la légende du déluge ^ dans les croyances brahmaniques, le chef des Hébreux laisse de côté la tradition de la haute Asie, et établit une généalogie imaginaire remontant à Noé, de tous les peuples qu'il pouvait connaître parmi ceux qui habitaient l'Egypte et l'Arabie; nous prou-

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