CHAPITRE PREMIER
UNE PBBUYB MATHÉMATIQUE.
Lorsque les études orieutales vinrent, au xvra* siècle porter, le premier coup à la religion chrétienne, les adeptes de Rome tournèrent la difficulté par une manœuvre qui leur est familière, et qui consiste à poser leurs croyances comme des axiomes, à nier audacieusement tout fait, tout événement historique, toute découverte scientiûque contraires à leurs principes, et à laisser constamment à leurs adversaires le lourd fardeau de la preuve.
Nous sommes la vérité éternelle, disent-ils tout d'abord, à vous, qui ne partagez pas nos doctrines, de prouver qu'elles sont fausses.
Il serait certainement logique de leur répondre: Vous, qui prétendez les imposer, commencez par nous indiquer sur quelles certitudes elles reposent... Mais la manœuvre a réussi, et au lieu d*ôtre obligés de prouver eux-mêmes qu'ils existent, ils attendent paisiblement dans leur chaise curule qu'on leur démontre qu'ils n'existent past
Ainsi lorsque l'on commença à entrevoir que les idées d'unité et de trinité de Dieu, que les mystères, les cérémonies, les croyances judaïques et chrétiennes avaient une origine commune, et se rattachaient aux mythes religieux de la haute Asie, les écrivains catholiques nièrent énergiquement la possibilité de ces faits. Ils traitèrent de fable, l'antiquité de la civilisation do l'Inde qui suivant eux, ne remontait pas au delà de Porus, le vaincu d'Alexandre; les livres sacrés d'ouvrages apocryphes, le samscrit d'idiome informe,
l'inde brahmanique. 213
et Volney qui avait entrevu, et William Joues qui prouvait d'imposteurs.
Ce n'est pas que le grand indianiste anglais ait touché aux questions religieuses, mais il apportait des choses si merveilleuses en législation, en morale, en philosophie, en science pure; il faisait allusion à tant d'autres qui se rapprochaient du dogme, et qu'il n'avait pas eu le loisir d'approfondir, que Messieurs de Loyola ne pouvaient le laisser passer sans le couvrir de boue; ils sentaient qu'une arme nouvelle était aux mains des philosophes, qu'ils allaient porter une impitoyable lumière dans les ténèbres du passé, renouer les anneaux brisés de la tradition humaine, et pou* voir dire, le doigt sur l'inscription, et la main sur le livre, Ceci vient de cela t
Bientôt la négation pure et simple ne fut plus possible. A William Jones avaient succédé Thomas Strange, Golebrooke, et après eux les Weber, les Lassen, les Burnouf, les Halleci, toute une pléiade d'indianistes enfin vinrent dé* montrer l'existence des vieilles civilisations de l'Orient, et signaler de tels points de contact, de telles infiltrations philosophiques et religieuses, que Messieurs de Rome furent obligés d'abandonner leurs premiers errements. Mais toujours habiles, ils s'écrièrent en chœur : — Koyeaf comme Moïse est bien le législateur le plus ancien qui ait paru. Dans le monde entier c'est sa loi qui a succédé à Vdge patriarcal^ et les décou^ vertes modernes ne font qu'accuser mieux le souffle mosaïque qui a vivifié toutes les nations anciennes.
Ainsi les vieilles civilisations de l'Orient niées il y a un siècle sont admises aujourd'hui, seulement on les fait procéder de Moïse. Et se retranchant dans cet anachronisme, les écrivains de la foi attendent qu'on les en chasse.
C'est au point de vue de Moïse initiateur de l'Orient, que se sont placés tous ceux qui ont attaqué la Bible dans Vlnde^ et notamment M. Pavie, indianiste d'Angers, qui m'accuse positivement de commettre l'anachronisme que je reproche anx catholiques. A nous donc de renverser encore cette barricade nouvelle, la moins sérieuse de toutes, mais à laquelle nous comprenons qu'on se cramponne convulsive*
314 LBft SSLft O^ DWr.
mwrt) «an e'M( la dernièfe. Nous dison» la. moin» aérioiiae de toutes, parce que personne eu dehors des sémmaires^ ne iTeii. ki(}TMète aujourd'hui y et qoe i'aayquUé des -«édas, de MaaMii, et des* cîviliscUions iÂdo-égypileoBes, par rapport i^ Mftii»a''eit f lus à. démontrer» Gela p^avaU se- discutes ily a ^oarante ans.: em «ei#iie#<érieii##^ on u'ose niônie.pki& poser kb <|ae0tii(Hi^ Et aou» ma perdrioas poiot natre lempsi tel à lai doaner quelque importance, si nous ae savions partiaeiamanl,,quee'e8fe à. l'aida de cetargamant vieilli quaTon séduit encore Tesprit de ceux qui n'ont point £ait des sciences orientâtes i'étude particulière de leur vie.
L'anachronisme, ce n'eat pas noua c^i le commettons*, et £1 est singulier de voir qu'il existe des gens qui donneat à la Bible une antiquité à laquelle elle ne prétend pas ellamôma^ Molsa a'a-t-il pas été élevé à la eour des Pharaans d'Egypte, — d'après son récit, dont ja na me porta point garant» — et la civilisation égyptienne n'existait-ellapoini d^à de toute pièce, (^uaiid le législateur hébraïque entraîna dans la déseri, lea esclaves révoltés qui Favaient choisi pour leur chef.
JL'argamaat catholique qu.'on nous opposa est à peu près de la valeur de celui-ci : Prouvez-moi que cea'estpas Virgjlle qui a inspiré las rapsodes de l'Uliada et de l'Odysséa. B est certain que si œ livre n'était conçu dans le but da vulgariser y. d'initier la masse des lecteurs, aux découvertes orientales, et aux vérités nouvelles exhumées par la science^ nous ne répondrions pas l
Démontrons-doncauz écrivains catholiques l'impossibilité da leurs prétentions» en les prévenant toutefois que n<Hia na sommes point leur dupe» car, comme nous na faisons cpia rapprocher des faits chronologiques indiscutables» et q^ue ca n'est point noua qui parlons,, maia Thistoire^.* mais la mo* numenL.» mais l'inscription,^ mais le livre, cet anachro» nisme ne peut être la fruit que de l'ignorance ou de la mauvaise foi.
Procédons par citations; le lecteur comprendra qu'en scienca pura il y a longtemps q,ua.le débat aat vidé^ al qui non» n'apportona pas loi une opinion parsonaaila^
L'iKDfi BRAHUANIQ(JB« Si5
c n est évident pour moi^ dit le savant professeur Brugscb, ^qne la langue des anciens Égyptiens a sa racine dans le sémitique. On peut prédire que la philologie sera un jour étonnée de Tétroit lien de parenté qui rattache la langue égyptienne à ses sœurs sémitiques, et du fait positif que toutes ont une mère commune dont on doit chercher le siège sur les rives de l'Euphrate et du Tigre. > Le sam^ criti — L'Egypte a été colonisée par llnde, preuve par la languel
Dictionnaire du lïiêroglypkei^
(latrodmcUon*)
c Les premiers rois de Hnde portèrent le nom de Manou, en souvenir du grand législateur contemporain des védas, ils précédèrent de plusieurs milliers d'années les dynasties Soma-Vansa et de Sourya-Vansa. t
CMma-MaUtu
<ai«lDiH de llnde*)
• Sousle règne deViswamitra,premier roi de la dynastiede Soma-Vansa, à la suite d'une bataille qui dura cinq Jours, Manou-Vefia, héritier des anciens rois, abandonné par les brahmeS) émigra avec tous ses compagnons par TArie (Iran), et les pays de Barrla (AMbie)4usqu'aux rives de Masra (le Nil.)
CoUotM-BMa,
(Btitotre de riadé.) c Masès fat le premier roi de l'Egypte. »
On tait qu'en eamserit MaMQ, Menée, tCinos, sont dei Aoms identiques signlûant k UgkiaUur, h éhêft
Aux preuves tirées de la ttngulstique viennent s'ajouter les présomptions de l'histoire, en faveur de la filiation .tndoue de l'Egypte!
c L'Egypte, dit M. Edouard Dor dans son beau livre dur
rinstructîon publique de ce pays, elle aussi a subi Tin* fluence universelle de TAsie centrale. Si les documents nous manquent pour refaire l'histoire de cette invasion première, la langue et les coutumes sont là pour en tenir lieu. A la base du panthéisme égyptien, il n'est pas difficile de reconnaître une ressouvenance très-marquée du monothéisme asiatique primitif, du Dieu invisible et unique, de l'être par excellence duquel tout découle et auquel tout retourne i. »
Cette invasion que signale M. Edouard Dor, est celle de Manou-Yena ou Manès qu'indique avec tant de précision l'historien indou Gollouca-Batta que nous venons de citer. Quant au monothéUme asiatique, au Dieu invisible et unique duquel tout découle et auquel tout retourne, que l'on retrouve en Egypte comme une ressouvenance du berceau, toute la première partie de ce livre est consacrée à l'étudier.
Ainsi à la linguistique, à l'histoire vient s'ajouter l'idée religieuse, n y a unanimité dans la science pour reconnaître que l'Egypte a été colonisée par une émigration partie des provinces centrales de la haute Asie.
Où donc était le législateur Molse^ à l'époque où Manou- Vena ou Manès apportait sur les rives du Nil la vieille civilisation brahmanique, et à son imitation divisait le peuple en quatre castes : la caste des prêtres, celle des guerriers, celle des artisans, et celle des prolétaires ? Nous pourrions multiplier les citations et les exemples... mais ce serait accorder à l'argument catholique une importance qu'il n'a pas dans l'état actuel de la science. Arrivons rapidement à la réponse plus spéciale que nous désirons lui faire.
n serait par trop absurde de vouloir rechercher l'influence de la loi mosaïque dans l'Inde, huit ou dix mille ans avant la naissance de Moïse... Voyons du moins, si cette influence a pu chronologiquement s'exercer sur l'Egypte ancienne.
Après Manès, l'Egypte se fractionne en plusieurs États distincts ; il est logique de penser que les principaux guer-
I. L'Initruetùm pubHqué en Egypte, par M. Edouard Dor, docteur en philosophie, inspeetear général da ministère de Tinstraotion publique en Egypte. Paris, Lacroix et G% 1872.
L'INDE BRAHM/LNIQUB, 217
riers qui avaient émigré avec le chef se déclarèrent rois après sa mort. A dater de ce moment, diX'huU dynasties d$ roiSf ayant régné prés de iroU tniUe ans, nous séparent encore d$ Moïse, Gr&ce à l'admirable découverte de Champollion, qui parvint à déchiffrer les hyéroglyphes (écriture des prêtres), ces dynasties ont pu être établies de la manière suivante :
Ire et2« dynasties. Thinite-Thébaines*
3e et 4«
Memphites.
Êléphantite.
6e, 7e et 8»
Memphites.
9e et 10e
Héliopolites.
lie, 12e et 18*
Thébaines.
Xolte.
15e,16eeti7e
Thébaines.
C'est entre la dix-septième et la dix-huitième dynastie que les pasteurs de l'Arabie, sous la conduite de Salatis, envahirent l'Egypte qu'ils occupèrent pendant plus de cinq cents ans; Thoutmas les ayant chassé, commence les dix-huitième, dix-neuvième et vingtième dynasties thébaines. C'est sous le règne de ces princes, que la Bible appelle pharaons, entre la dix-neuvième et vingtième dynastie, que Moïse se mit à la tète de la caste servile d'Egypte.
U ne saurait donc être question de Moïse, que trois mille ans après Manès, le chef de l'émigration indoue, et après que dix-neuf à vingt dynasties eurent succédé à ce premier roi de l'Egypte.
Citons encore un passage de M. Edouard Dor, à ce sujet:
c Aux dix dynasties de l'ancien empire qui ont duré environ dix^ept siècles^ succède le moyen empire; le règne d'Ousertasen, d'Aminemha, de Sébekhoteb. Le siège de la monarchie qui avait été jusque-là plutôt dans le nord, à San, à Memphis, à Xols, ou à Héracléopolis, remonte vers le sud ; Thèbes devient capitale, et pendant des siècles, sous les onzième, douzième, treizième dynasties, etc.... reste avec le Fayoum la résidence des rois. Pois viennent les Hycsos on
^18 L» riLa lUt
roîe pftftiMur» (à 1* un da 1« dhc-teptième d5niiuti«) qui, i iiuéraalft étnotg^fB^ s'aupurent de la Botse-Ëgypte, et e?eil flous leur lègne qu'il favâiait placer l'épisode de Josepki et de ses frères* dooi auea ne preuve historique ne peia oonâmer raulhentieiiléw.. Aprèe Texpolaion dea pasteur», l'KgypIe retrouve une vie aouveUe,. c'est V^oquede Tovtmàe, de Ramsèslor, de Seti, de Ramsès II, de Memphtah; ces deux derniers» les pharaoae eantenqMcainsde Moïse» t
Ainsi aucun doaie «i&poiQt dayue historique^ sur l'épo* que où Moïse a souleva les parias d'Ëgyito suivant nous» les Hébreux suivant la fable biblique. Trois mille ans environ séparent le chef d'istradl du Ugislataat Manès^ qui luimôme était séparé du Manou iAdou , par une période de temps de quatre oucincf mUle an» au nohMk
On ne saurait donc, que par plaisanterie, ou dans le but de tromper sciemment le lecteur^pailer enoere de riafluence de Moïse sur Manèa>, Manou^ les védas et les anciennes eivi* lijsations de rOiieni.
Un demiax mot pour na rien laisser danarembca : mdoas après ces indicatiens historiques, qu'il m.'est permis- ^ pei^ Bonne de mettre en doute aujourd'hui^ nous prévoyons qua les champions de la révélation mosaïque pourraient Mett soulever cette dernière ob]ection : — ' c Qui nous prouve que Moïse et les Hébreux niaient quitté l'ËgypU que sou0 la dix-neuvième ou vingtième dynastie^ et que os d^art a« contraire ne soit pas de beaucoup pkM ancien? »
La réponse se déduit toute seule des faits historiques qjm nous venons d'exposer. Ik moins d'appliquer à l'hiatek» le scepticisme philosophique des Pyrrhoniens, et d'en arriver à nier sa pensée et sa propre existence^ D est des fait» qu'en ne peut révoquer en doute* Cest ua fait étaUi par la Biblei elle-même : que c'est de la Basse-Egypte^ oCt régnaient ka» pharaons des cBx»huitlème^ dix-neuvième et vtegUàne dy^ nasties que les Hébreux et Moïse partiieat pour cheraher u% lieu où. ils pourraient planter leurs tentea;
« Wl llffpartirent d'filfm poctr venfrcm défferC de Sin qui et^mOntiAïm et Slitatf...» (Exoéb.J
LTXHDB MLhMMÂJnOfJE. 219
ûr, cattma et softi les Hyesog ou rois pastaoïs €|ui ont conquis la BaasO'Ëgypte doni ils f ui eoi chasâôs par les plialaoBS de la dix-^ulUème dynastie thôbaine, il s'ensuit que kf Hébreux, n'ont pu s'établir dans la Bas6o4Ëgypte à la suite des Égyptiens, ni la quitter sous la conduite de Moïse» «vaai ^ue cette contrAs n'ait été. conquise et soumise aux pharaons.
Il est impossible» crayonsHaoa% de démontrer d'une manière plus évidente, le peu d'antiquité de là tradition om>flsîqu«> recneillie pur Moïse et ses swceflueuri, et qui m'est qu'un abrégé infirme des vieillea traàitk>nA éi^ptienneg et asiatiques.
Mais nous aurons beau écrire, descendre Jusqu'à prouver, comme en ce chapitre, des vérités indiseiOables; les sectaires romains n'en coi^inuefoni pas moins à placer Moise et leur révélation^ au berceau du monde, et à nier d'antodié tout ce qui pourrait toucher k leurs fétiches.
Leur règne ne unira qu'avec Tignoraj^e des» maeses, qui est leur plua^dèk ailiéo; e'esi pour cela, qu'ils se cramponnait à cette dernière flanc]Mda8alttiyCoinBi*UBmarin.S4ir ma esquif renversé^ ne songeant, en ces heures de tristesse et de deuil pour la patrie, qu'à la réédification d'un passé odieux et au rétablissement de leur inftuenee»
Mais qu'ils le sachent bien, le temps ne remontera pas le cours des ans; la démoUtion est commencée, chaquejour tombe une pierre de leurs temples, un lambeau de leurs bannières; il n'est plus de miracles, il n'est plus de sorciers capables de rajeunir leur révélation, de redorer leur blason, c'est en vain qu'ils essayeront de galvaniser le cadavre, ils ne lui rendront point la viel...
L'homme d'aujourd'hui sait ce qu'il lui en a coûté de parler à Dieu par la voix du prêtre. Tout l'Orient mort sous le brahme et le bonze, et dix-huit siècles de proscriptions, do servages, de bûchers et de ruines, lui ont appris ce que vaut l'alliance du trôn$ et de Vautelt
Répétons-le jusqu'à satiété, le seul, le véritable ennemi des sociétés modernes, c'est la révélation I... L'homme qui croit sincèrement que Dieu a pu apparaître dans des buis*
sons ardents, lutter par la magie avec les prêtres de Pha« raon, parler par la voix d'un àne (Balaam), faire massacrer viDgt à trente mille hommes pour les motifs les plus absurdes, conseiller à son peuple de tuer à la guerre les vieilles femmes, mais de réserver les vierges pour son usage, e mille autres folies, cruautés ou obscénités de ce genre, ne jouiUplus de son libre arbitre: député, magistrat, général, il n'est plus qu'un instrument sacerdotal, d'autant plus dangereux qu'il est plus convaincu,
Sôus de pareilles croyances, l'intelligence s'oblitère, elle n'est maîtresse d'elle-même qu'aux heures où la foi veut bien le lui permettre; et on arrive par d'étranges associa* tions d'idées, à excuser les crimes les plus atroces commis sous le voile de l'intérêt catholique.
J'ai connu des hommes considérables, qui prétendaient que l'inquisition fut une nécessité de l'époque... et que pour apprécier le massacre des Vaudois, il faut se reporter aux mœurs du temps...
Pour nous, qui savons avec quelle facilité certaines gens nous raménerfldent à ces âges bénis de la domination judaleo-romaine, nous poursuivrons courageusement notre œa« vreen signalant toutes les origines superstitieuses de la ré* vélation mosaïque, et tous les emprunts faits par le catholicisme aux religions de la haute Asie.
l'imdb brahmaniqub. 221