ACTE II, SCÈNE IV
lmiu*A-l('s, soigneur, en laissant vivre un trere; Kt ilaignt'/
ÀTRKE.
Epargnons les discours superlins.
S il a pu m ecliapptT , c'est un crime de plus. Kh quoi! faut-il encore, aux dépens de ma gloire, Des dieux qui m'ont trahi célébrer la victoire, Et me féliciter du trouble avilissant Qui rendit devant eux mon courroux impuissant ! Ah! gémissez plutôt d'un écart si funeste, Et songez qu'ici même, ici, j'ai vu Thyesle Insulter par sa fuite à l'effroi d'un moment. Qu'il a bien triomphé du lâche égarement Dont ma haine interdite à ses yeux fut saisie! Tai payé cet affront du tourment de ma vie. Le traître alla cacher parmi mes ennemis L'opprobre de ses jours que j'avais mis à prix. Bientôt à l'impuissance unissant la bassesse , Fier des plus vils secours mendiés dans la Grèce, Contre mon peuple et moi que n'a-t-il point tenté !
PÉLOPÉE
11 a porté le prix de sa témérité :
Songez qu'il fut vamcu.
ATRÉE
Cette gloire stérile N^offirait à mes tourmens qu'un secours inutile, rétais victorieux... Je n'étais point vengé.
PÉLOPÉE
Je sais à quel excès vous fi\tes outragé.... Mais daignez accorder, seigneur, à ma prière,
46 LES PELOPIDES.
A Tous-méme, à l'état dont vous êtes le père,
Cet effort de pitié , ce pardon généreux
Que n'oserait attendre un prince malheureux.
D'un aveugle courroux sachez mieux vous défendre :
Voyez la main des dieux sur vous prête à s'étendre,
Et d'Erope entendez le spectre menaçant
Contre moi s'élever plaintif et gémissant.
Cette image, à mes yeux dans la nuit retracée,
N'est point l'effet d'un songe offert à ma pensée :
Tout est réel , seigneur, et je vois que les dieux
Se vengent d'un hymen qui leur est odieux.
Enchaînée à vos lois , ce nœud sacré m'engage
A braver un péril qu'avec vous je partage;
Mais bien loin d'y courir, hâtez-vous d'étouffer
Un courroux dont le ciel enfin peut triompher.
ATRÉE
Ce spectre révolté , dont l'image effrayante A glacé vos esprits d'horreur et d'épouvante , N'a rien qui m'intimide et soit nouveau pour moi ; Tcxcuse en vous l'excès d'un légitime effroi. Moi-même, ici , d'Erope, au milieu des ténèbres, J'ai reconnu la plainte et les accens funèbres. Combien de fois ce spectre échappé des tombeaux M*apparut pâle, errant, couvert de ses lambeaux , Et la coupe à la main !... c'est du sang qu'il demande... Et lequel, à sa voix, faut-il que je répande? Est-ce le mien ?... parlez... je m'abandonne à vous: Conduisez le poignard au sein de votre époux.
piLOPÀB.
Seigneur, épargnez-moi cet insultant reproche.