‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 2 sur 86 · DES PEL()PII)I>). K · texte numérisé non relu

DES PEL()PII)I>). K

Granil-Pr^»lre et de Pélopée aux desseins d Alréc; — la reconnais&ance d'Egisthe cl de Pélopée parTIiyeste; — le changement soudain qui s opère dans les dispositions d'Egisthe , et la résolution qu'il prend d'immoler Atrée; — le désespoir et la mort de Pélopée; — le triomphe d'Egisthe et la mort d'Atrée.

Ces faits que je présente ici comme le complément de ma fahle, ou de ceux que j'ai précédemment exposés , sont parfaitement en rapport avec les traditions mythologiques, il y a cette différence remarquable entre les faits antérieurs et les faits propres à l'action, que les premiers sont l'histoire de vingt années en- Tiron , et les seconds celle de quelques heures.

L'action de ma tragédie peut sembler remarquable par une très-grande simplicité, si Ton se borne à la considérer dans les faits qui la constituent. Les élémens de sa complexité n'existent que dans les faits trèsnombreux qui lui sont antérieurs ; elle n'admet rien d'accessoire et d'épisodique, et, sous le rapport de son unité , je ne crois pas qu'elle ait besoin d'être défendue. L'unité de lieu et de temps n'y sont pas moins strictement observées (i). L'action de ma tragédie, telle que je l'ai conçue , pourrait en effet , sous le point de vue de sa durée probable, avoir eu lieu dans le temps

(i) Cett probablement ce qui lui a valu , de la part de M. VioUet-le- Duc, un (le$ membres dii comité de l'Odéon auquel l'examen préalable de cette pièce avait été conGé , l'épithcte iïarchi-classiquf , épithète bien appliquée, sans doute, et que je n'ai pas dû prendre en rnaupart.

ao EXAMEN

consacré à sa représentation. D'un autre côté, cette action se passe exclusivement dans une seule et même partie du palais d'Atrée; mais il ne me suffisait pas que ce lieu pût se prêter sans invraisemblance à la réunion de mes personnages , je voulais que tout y parlât des fureurs d'Atrée, des malheurs de Thyeste, et de la présence des dieux ; je voulais qu'il offrît de puissantes ressources au développement de la terreur et de cette sombre magie qui tient à l'expression de la scène; et j'en ai conçu la disposition de manière à pouvoir y rattacher l'entrée du tombeau d'Érope.

Je dois dire ici que si je me suis conformé strictement à la règle des trois unités, cette soumission n'a point été l'effet d'un aveugle respect pour elles, et qu'en les appliquant à mon sujet, qui me paraissait de nature à les comporter, je n'avais autre chose en vue que de le subordonner au plan qui lui convenait.

De remploi du merveilleux dans la fable des Pélopides.

Bien que l'intervention des dieux dans les événemens qui font le sujet de ma tragédie soit consacrée par les traditions , je n'ai pas besoin de dire ici qu'elle est entièrement fictive et supposée: c'est la part du merveilleux; mais ces traditions ne sont, à proprement parler, que le cadre et le fond du tableau que j'ai présenté: l'un et l'autre sont de coi%^'ention y ce qui n'empêche pas que le tableau, considéré en lui-même, ne puisse être vrai, comme peinture du cœur humain

DES PliLOlUOtS. ai

dans les situations qui sont données. C'est tout ce qu'on doit j chercher. Voilà ce qu'il était bon de distinguer pour répondre d'ahord à ceux dont l'argument banal est que la tragédie n'est pas dans la nature. Elle ne l'est pas, j'en convieus , dans les formes de son dé- ▼eloppenient , pas plus que certains autres genres de drame; elle paraît s'en éloigner surtout dans les sujets dont les anciennes croyances ont défiguré le récit; mais le poète, en les prenant tels qu'ils sont présentés par les traditions, se rapproche au moins, sous un point de vue, de la vérité, puisque ces croyances ont été réelles, et , qu'à ce titre, elles ont dû même exercer une influence très-étendue sur le développement des choses humaines et sur la direction des esprits. Le premier devoir du poète est de donner à ses tableaux l'expression qui leur est propre et la vie qui leur convient.

La vérité charme oomaM la fable , La fable instruit eomme la vérité.

{Art poétique «THoracb , traduction de Chbmike.)

L'intervention des dieux dans les événemens que j'ai retracés, n'a pas besoin, je crois, d'être justifiée. Aucun sujet ne comportait mieux cette intervention que celui des Pélopides et que les sanglantes divisions de cette famille si célèbre dans la mythologie par un enchaînement de malheurs et de forfaits ,

Dont le premier anneau remonte jusqu'aux dieux , suivant l'heureuse expression de M. Soumet.

Je me suis attaché surtout à rendre cette intervention morale et vraisemblable. Elle est morale en ce que

Thyeste est cruellement puni dans la personne de chacun des enfans nés de son adultère avec Erope; elle est vraisemblable en ce que les circonstances de la consécration du glaive de Thyeste à la vengeance et de l'oracle prononcé par la prêtresse de Delphes, amè^ nent sans effort et presque nécessairement tous les événemens postérieurs à cet oracle ; elle est de plus un moyen de justifier certains autres faits propres à Taclion de ma tragédie, qui pourraient ne pas sembler, humainement parlant, porter tous les caractères de la vraisemblance. Ainsi, par exemple, la confiance aveugle qu'Atrée met dans Egisthe et sa retraite soudaine au quatrième acte, au moment si important pour lui de l'exécution des ordres qu'il a donnés , ne peuvent être considérés que comme un effet de la fatalité dont Atrée devait être victime et que les dieux attachaient à sa destinée. Cette explication ne paraîtra point forcée si l'on veut bien considérer qu'elle rentre entièrement dans le système de l'ancienne mythologie grecque, et que non-seulement je pouvais, mais que je devais m'y conformer. Sénèque , interprétant ce système admis par les philosophes de son temps , disait d'une manière énergique , en parlant du destin : Foientem ducunt fata , nolentcm trahunt. Celui qui cède est conduit, celui qui résiste entraîné.

Je sais que pour être admis à présenter de semblables moyens de défense , il faut que le sujet les fournisse et que l'auteur ait pris soin de se les ménager. Je Tai fait aussi de tout mon pouvoir. On' peut remanjuer à ce sujet, dans ma tragédie, des vers extrêmement carac-

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ténstique&, entre autres, les suivans, qui sont prononcés parle grand-prétre, en présence d'Atrée :

Peuple, en ces lieux giiidé par un zèle pieux, PuilM le cid ici ne frapper qu'un coupable • Et fermer derant vous l'abimc inévitable Où de la haine enfin périront les complots! Prépares nxia...». déjà de l'autel , à grands flots, S'élève un encens pur cl les clitMix nous regardent.

An reste , je ne puis me (iissiiiiuler (jue la présence, en quelque sorte inévitable, de ces grands-prêtres et leur emploi, pour ainsi dire , obligé dans les tragédies mythologiques, est un moyen déjà bien usé. Ces sortes de personnages ont l'inconvénient de n'exciter, par eux-mêmes aucun intérêt : ce ne sont que des machinés en terme de poésie dramatique; et quant à celui qu'on voit figurer dans ma tragédie, je conviendrai franchement que les formes de son intervention sont entièrement calquées sur celles des autres personnages du même genre. 11 vient, comme eux , dès le début de raction , lui donner la couleur et l'impulsion qu elle doit avoir; et, de même que tous les autres, il ne peut éviter l'application de ce vers si plaisant, tiré d'une parodie dont le titre échappe en ce moment à ma mémoire :

Adieu..... je reviendrai faire le dénouement.

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