‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 26 sur 86 · ÉGISTHE, THYESTE · texte numérisé non relu

ÉGISTHE, THYESTE

( Égislhe s'approche leDlemeat sans élre aperçu de Tbyeste.) THYESTE.

La mort va mettre un terme à ma longue misère; Pour un infortuné, c'est un bienfait des dieux : Elle approche... et déjà cet asile à mes yeux , N'est qu'un vaste tombeau.

ÉGISTUE, à part.

Le trépas l'environne!...

Et son ame est tranquille!...

THYESTE

Érope !...

ÈGISTUE, à part.

Je frissonne.

THYESTE

Mes enfans!

ÉGISTHE , à pan.

Ses enfans?...

TBTB8TB.

C'en est donc fait... je meurs.

Ne me reprochez plus mon crime et vos mnllif^nr*;... Soyex vengés !

àciSTHE, à pari.

Lui-même appelle la vengeance.

Grands dieux ! affermissez mon ninc ({iii balance ! Vous l'avez ordonné... j'obéis.

(Il approche de Thyetle ri semble prêt à le frapper)

ACTt: IV, SCKNK 111. ^»i

THYBSTF . r»*MiriiJanl inarclirr.

I^ mort vient...

(Se loiirnanl vers ÉgUlhe avec calmr et dignité.) Frappe... je le pardonne.

ÉGISTHB.

O ciel !... qui me retient !...

Je ne puis.

THYESTB.

Si tu crains d'immoler ta victime, Donne, donne ce fer, et je t épargne un crime...

(II arradic le glaive des mains d'Égisthe.)

En croirais-je mes yeux !... ce fer !... Ah ! qu ai-je vu 1

ÉGISTHE

Que dit-il!... et doù naît ce transport imprévu ?

THYESTE

Dans mes esprits troublés quel doute affreux s'élève ! Explique-toi... réponds... qui t'a remis ce glaive ?

ÊGISTIIE.

La prêtresse de Delphe en mes mains l'a remis. Si j'en crois son oracle, à moi-même transmis, Mes aïeux l'ont porté... mon père en fut le maître... Ce fer devait m'aider sans doute à le connaître...

THYESTE

A le venger aussi.

ÉGISTHE

Comment !... qu'ai-je entendu !...

Pourrait-il à mes vœux enfin être rendu ?

THYESTE

Quoi ! lu pourrais l'aimer !

ÉGISTHB.

Ah ! dans ce trouble extrême,

tl LES PELOPlDi:S.

Puis-je le méconnaître, et n'est-ce pas vous-même !... Lliorreur de mon forfait semble vous accabler... Vous êtes attendri... je vois vos pleurs couler... Oui , vous êtes mon père... et ce secret murmure Ressemble dans mon cœur au cri de la nature.

TIIYESTE.

Oui , c'est lui, c'est ton père... il te tient dans ses bras... Quoi! dans cet instant même où j'attends le trépas, Cest toi qui m'es rendu î

ÉGISTHE

Si le cruel Atrée Voulut qu'à le servir ma main fut consacrée. Ce choix ne lui fut pas vainement inspiré... Grands dieux ! sur vos arrêts je suis donc éclairé ! Si dans ce jour enfin votre juste colère Est propice à mes vœux... c'est pour venger mon père!

THYESTE

Et comment, dis-le moi, ces dieux ont-ils permis Qu'aux volontés d' Atrée, aveuglément soumis. Ton cœur...

ÈGISTHE.

Epargnez-moi... je le hais dès l'enfance; Et si j'ai cru l'aimer... c'est par reconnaissance. Il obtint par surprise un serment odieux... Ce fer explique enfin la volonté des dieux ; Ce fer explique tout... il va briser ma chaîne.

THYESTE

Qu'il soit contre un tyran le gage de ma haine !

àoiSTHE , M MÎiiiMDt du glaivr.

Il le sera... donnez... je tens à ma fureur Que toute votre haine a passé dans mon cœur.

Aiai. IN, M.L.\i. III. Oi

THYESfE.

O vous, Dieux ! qui semble/ prendre ici ma défense ! A quel prix nioffrei-vous l'espoir de la vengeance ; Et suis-je assez puni d'un criminel amour ! Hélas î des trois enfans qui me doivent le jour; L'un, victime à mes yeux d'une atroce furie, M'a rendu tout le sang qui lui donna la vie; L'autre, en ces mêmes lieux , vient pour m'assassiner... Ma fille enfin... ce coup ne doit plus m'étonner. Mon frère est son époux... tout ici me l'annonce.

ÉGISTHE

Je cours punir le traître... et voilà ma réponse !

THYESTE

Demeure... Écoute-moi...

(II resie quelque temps les yeux fixés sur Égislhe qui le regarde CD sUeoce et qui , remettant son glaive dans le fourreau , se dispow à rentendre. )

Dans ce comble d'horreur, La mort est le seul bien qui reste à ma douleur. Erope , d'un époux fuyant la tyrannie , Érope, tu le sais, à mon sort fut unie. Dans Mycène, avec elle assis au rang des rois. Je triomphais... Lamour m'enchaînait à ses lois; Mais du sceptre bientôt dépouillé par un frère, Je me vis séparé d'Erope... elle était mère. De notre amour commun le gage infortuné , Cruellement proscrit, même avant d'être né, N'a que trop expié sa naissance et mon crime. D'un parjure exécrable, instrument et victime, Sa mort des deux vengeurs ensanglanta lautel; Et ce fils...

ÉGI8THE , avec un cri d'horreur.

Arrêtez!...

THYBSTE.

rétais bien criminel!...

Accablé cependant d'une perte si chère , En horreur à moi-même , à la nature entière , J'étais loin de m'atlendre à des malheurs plus grands; Mais les dieux, je le vois, sont mes premiers tyrans. Cet enfant , dont tu plains le sort et la misère , N'était pas le seul fruit de ma flamme adultère : Avant lui, deux enfans, gages du même amour, Aux temps de ma grandeur avaient reçu le jour ; Et tenant avec soin leur naissance ignorée, Jaloux de les soustraire aux recherches d'Atrée , Je les fis élever loin d'Erope et de moi : Ces enfans malheureux , c'étaient ta sœur et toi.

ÊGISTIIE.

Qu'entends-je !

THYESTE

En ce tombeau reposent votre mère, Et les restes sanglans, les restes de ton frère Au berceau massacré.

ÉGISTHE

Mon père !

THYESTE

C'est ici

Que ton père bientôt doit reposer aussi.

ioiSTHE.

Vous régnerez.

THYBSTE.

C'est là que j'attendrai ma fille.

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