‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 27 sur 86 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

iGI8TU£.

O ciel !

THYESTB.

Et c'est à toi de venger ta famille.

ÈGISTHE.

Ah l c en est trop.

THYESTE

Modère et contiens ces transports :

Ecoute et calme-loi... Bientôt du sein des morts, A ton oreille, ici, mon ombre gémissante Apportera les cris de ma fureur absente , Et sans péril au moins ton cœur y répondra. Dans ta baine à jamais la mienne revivra .. Mais avant qu'au tombeau je sois prêt à descendre. Avant de me quitter, mon fils, il faut m'entendre. Apprends de quelle sorte aux soupçons du tyran , Voulant cacher ton nom , ta famille et ton rang, Je te fis élever loin des nuirs de Mycènes. Un seul ami connut le secret de mes peines ; Et, dans un long exil entraîné sur ses pas, Tu fus comme ta sœur arraché de mes bras. De cet ami les soins vous furent inutiles : Il périt. Vainement je parcourus les villes Où le sort avec vous se plut à l'égarer... Je fus bientôt réduit, mon fils, à déplorer Les soins que j'avais pris de cacher votre enfance ; Et coupable envers vous d'un excès de prudence , Au bonheur d'être père il fallut renoncer. Dieux qui l'avez voulu , puissiez-vous m'exaucer ! Dans Delphe, où j'invoquai votre auguste assistance,

Où ma main consacra ce fer à la vengeance, Auriez-vous sans dessein guidé les pas d*un fils !

ÉGISTHE

Il est temps de frapper : vous les avez compris.

THYESTE

Arrête... qu*as-tu dit!... les comprends-tu toi-même; Et peux-tu sans frémir, en ce moment suprême , Au gré de ta fureur expliquer leurs décrets ! Sur moi de leur colère épuisant tous les traits , N'ont-ils pas égaré votre aveugle jeunesse, Et permis un hymen fatal à ma tendresse ! O ma fille ! c'est moi qui suis ton assassin : Immoler ton époux, c'est te percer le sein.

ÊGISTHE.

C'est lui rendre la paix.

THYESTE

Cet hymen exécrable EAt le ciel pour témoin !

àciSTHE.

Le ciel en est coupable.

THYESTE

Et moi, j'en suis puni... que dis-je? ma fierté Revix toujours en moi dans un cœur indompté. Des dieux qui m'ont trahi craignant peu la vengeance, Au destin j'ose encore opposer ma constance. Cherchant dans le remords un reste de vertu , Insensible à l'outrage et jamais abattu , Proscrit, mais dédaignant une pitié stérile, En moi seul, contre tous, retrouvant un asile. J'ai vécu loin des miens, privé de tout, banni.

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