SCÈNE V
THYESTE
Soyez contens, dieux qui me poursuivez!
J'ignore le destin que vous me réservez ; Mais d'un cœur où s'éteint l'amour de la vengeance, D'un cœur où luit à peine un rayon d'espérance, Je n'ai rien conservé, non , rien... que sa douleur... Et grâce à vous, j'arrive au comble du malheur. Le remords, du forfait vengeur infatigable. Qui devant vous pourtant sert d'égide au coupable, Le remords, de mon cœur est à jamais banni. J'ose m'en délivrer.... Vous m'avez trop puni î Me voilà devant vous chargé de tous mes crimes ! Frappez.... dans leur tombeau consolez mes victimes. Que dis-je!... Ah! si pour prix d'un dernier repentir, Vous me laissiez du moins l'espoir de vous fléchir ; Si pour mon fils enfin votre appui se déclare ; Si ce fils pour moi seul, armé contré un barbare,
Obtient le juste appui qu'il n'attend que de vous
Ah ! triomphez de moi !... je tombe à vos genoux
(On entend gronder le tonnerre.)
Qu'entends-je!... tout s'ébranle à la voix du tonnerre...
Le jour fuit.... sous mes pas, je sens trembler la terre
De traits noirs et sanglans ces murs sont sillonnés
Fuyez, spectres affreux contre moi déchaînés!.... Mais je vois parmi vous... je vois... Dieux! c*est Atrëe! Cruel ! épargne-moi ta présence abhorrée : Je ne partage plus tes transports inhumains