LUCÉNA, MONTFORT, DESPORCELS, ALBERTI
MONTFORT
Généreux Desporcels , et vous , sage Alberti , Vous dont le zèle ardent ne s'est pas démenti, Justifiez un choix qui tous deux vous honore. Charles, prêt à descendre aux rives du Bosphore^ Veut reconnaître en vous le chef de ses soldats. Le signal est donné. Du sein de ses états, Paléologue en vain nous brave et nous défie , Dieu lui-même à nos coups livre sa tête impie. Déjà, sous nos efforts, aux champs napolitains. Le valeureux Mainfroi vit briser dans ses mains Le sceptre qui pesait sur la fière Italie. Seul et dernier soutien d'une race avilie, L'héritier de Mainfroi, du ciel abandonné , Conradin fut bientôt dans sa chute entraîné. Ainsi doit succomber la superbe Byzance : Cette gloire est promise aux guerriers de la France.
ii8 LES VÊPRES SICILIENNES.
Oui , Dieu même , à la voix du pontife romain , Des États d'Orient nous ouvre le chemin. Chacun s'arme en son nom ; et Lucéna lui-même Nous apporte du roi la volonté suprême. Investi de pouvoirs et d'ordres souverains, B vient des factieux déjouer les desseins : Ses droits seront ici tous ceux dont je dispose.
LUCéifA.
Oui, Charles qui, sur vous, d'autres soins se repose,
Daigne vous rappeler sous ses heureux drapeaux.
C'est là qiie recueillant le prix de vos travaux ,
Vous trouverez la gloire à vos vœux plus docile ;
Et nous pourrons sans vous gouverner la Sicile.
Votre pitié funeste a pu seule égarer
Un peuple qu'à souffrir il fallait préparer ;
Mais vous l'avez séduit par de fausses maximes,
Et sa crédulité nous supposa des crimes.
11 ne s'était au joug plié qu'en frémissant :
Sitôt qu'on l'osa plaindre, il se crut innocent.
DESPORCELS.
N'accusez que vous seul, s'il doit cesser de l'être : Abusez moins surtout de la faveur d'un maître ; Et le faisant aimer, vous le servirez mieux.
ALBBRTI.
Vous qui vous prévalez d'un message odieux, Ministre d'un moment, vous l'esclave de Rome , IJ^che représentant des vengeances d'un homme A qui mon dévoûment se plut à consacrer Tout le fruit des vertus qui pouvaient m'illustrer Transfuge de nos lois, tléau de la Sicile^
Osez-vous prononcer larrét cjui m'en t xàU!... Toi qui lus mon berceuu , déplora l)lc cité , Palais d où Ton me chasse avec indignité , Tombeaux de mes aïeux, terre à jamais flétrie, Remparts déshonorés qui furent ma patrie , Entendez les accens de ce cœur ulcéré ! Pardonnez si mon bras trop long-temps égaré, En servant l étranger, crut vous servir encore I
Ainsi, vous résistez ?...
DKSPORCBL8.
Ce sentiment l'honore ;
El vous trouverez bon que j'ose l'imiter :
Son exemple est trop beau pour n'en pas profiter.
Palerme, comme à lui , ne m*a pas donné l'être,
Et pour elle étranger, je lui dois moins peut-être;
Mais les lois de l'honneur sont les mêmes partout :
Quel que soit mon pays, je suis homme avant tout.
Ce peuple, si long-temps de vos débats victime,
Attend qu'on le gouverne ; et je vois qu'on l'opprime.
Eh quoi! ne serions-nous puissans que pour punir!
Vous parlez de complots qu'il fallait prévenir...
El queb moyens s'offraient à notre impatience
Plus prompts que la pitié , plus sûrs que la clémence !
Ah ! qui méprise ainsi les droits les plus sacrés,
Peut trembler pour lui-même... et vous en répondrez.
LUCÉIIA.
Vous-niénie répondrez d'un tel excès d'audace. Je connais mon devoir et crains peu la menace.
MOIfTPORT.
S'il ne fallait que suivre un penchant généreux ,
lao LES VÊPRES SICILIENNES.
Je pourrais accueillir et partager vos vœux ; Mais l'intérêt de Charle est le seul qui me guide. Puisqu'il est notre roi , sa volonté décide : C'est Dieu seul qui le juge, et nous obéissons.
DESPOnCELS.
Et comptez-vous pour rien l'honneur que nous servons!