‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 6 sur 86 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ATRÉE, ÉGISTHE

ATBéE.

Tu sais que ma puissance, Egisthe, a réparé les torts de ta naissance. Ta sœur, en ce palais, sans famille, sans nom, Victime ainsi que toi d'un cruel abandon, Pouvait-elle espérer que je dusse pour elle Aux devoirs de mon rang cesser d'être fidèle? Appliqué sans relâche au soin de me venger. J'avais juré de vivre à l'amour étranger. Un frère... que j'aimais , le valeureux Plisthène, D'un zèle trop ardent victime dans Mycène, Sous mes drapeaux vainqueurs avait trouvé la mort: Je lui devais le prix du généreux effort Qui rendant à mes vœux le trône de mon père , Me vengeait à la fois d'une épouse et d'un frère ; Et dès lors adoptant ses deux fils au berceau. J'avais du nom de père accepté le fardeau. Qui l'eût dit cependant qu'une femme ignorée Dût marcher mon égale et l'épouse d'Atrée ; Que pour elle parjure au plus saint des sermens , Je pusse associer l'amour à mes tourmens;

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Que je revisse en elle, et sans fureur jalouse , Les traits, les traits vivans d'Erope mon épouse ; Que je misse ma gloire à venger ses appas : Voilà ce que j'ai fait... je ne m'en repens pas. Sur loi , dès ce moment , reposant ma tendresse , D'honneurs et de bienfaits j'ai comblé ta jeunesse. Ton amour , je le sais, fut le prix de mes soins : D'un cœur né généreux je n'attendais pas moins; Mais si j'ai quelques droits à ta reconnaissance...

ÉGISTHE

Expliquez-vous, comblez ma plus chère espérance.

\ThkT..

Ton ardeur , je le vois , m'a déjà prévenu ;

Mais je veux qu'un serment, de ta bouche obtenu,

Me réponde à l'insliint de ton obéissance.

ÉGISTHB.

Seigneur, honorez-moi de plus de conBance: Doutez-vous de ma foi?

ATBàE.

Crains-tu de l'engager ?...

C'est à toi d'obéir et non de me juger.

ÊGISTHE.

J'ose croire qu'Égisthe, à vos ordres docile. Aurait pu dédaigner cette épreuve inutile... Mais, seigneur, devant vous, c'est à moi de fléchir; Et ma soumission ne peut se démentir.

Oui , j'atteste des dieux la majesté suprême , J'en atteste l'honneur et ma gloire et vous-même: Égisthe avec respect soumis à vos desseins , Egisthe accomplira vos ordres souverains.

Croyez qu'à ce serment mon cœur sera fidèle:

Que votre voix enfin daigne éclairer mon zèle.

Je reçois tes sermens : les dieux les ont reçus. Epargne à mon courroux des retards superflus. Je livre à ta fureur un sang que je déteste : Ta main doit me venger... la victime est Thyeste.

ÉGISTHE

Qui P moi, que je devienne un infâme assassin ! Pour un plus digne exploit daignez armer ma main. Au nom des immortels et sur la foi d'Atrée , Verrait-on aujourd'hui ma main déshonorée ; Et dirait-t-on : Egisthe, oubliant sa vertu, A répandu le sang et n a pas combattu ! Ah ! lorsqu'à vous servir j'avais osé prétendre, Etait-ce là l'honneur que j'avais droit d'attendre !

ATRéfi.

Téméraire ! est-ce à toi qu'il convient de braver Et les dieux, et ton roi qui daigne t'éprouver! Je veux bien cependant pardonner à ton âge Le premier mouvement d'un refus qui m*outrage. Tes sermens sont à moi; loin de me résister, Calme ce vain transport et songe à m'écouter. De Plisthène au tombeau relevant la mémoire, Si j'ai dans ses enfans fait revivre sa gloire, 11 est juste aujourd'hui que ta sœur, à son tour; Egisthe, obtienne enfin le prix de son amour; Et je veux, confirmant sa plus douce espérance. De cet amour en toi placer la récompense. Des enfans de Plisthène, Egisthe, heureux rival,

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Aujounl tàiii leur .sujet; mais demain leur égal,

Peut, comme eux partageant les dons de m.» t'MMlreftsc,

D'un titre glorieux s'honorer dans la Grèct

Sois mon fils; et tu peux balancer, sous ce nom,

Les droits de Ménélas et ceux d'Agamemnon.

Tandis que leur hymen , dont le jour se prépare,

Les retient l'un et l'autre à la cour deTyndare,

Ils ont pu, de Thyeste, observant tous les pas,

S'emparer du perfide et désarmer son bras.

C'est à toi maintenant d'achever leur ouvrage,

Et du rang qui t'est dû, ma promesse est le gage.

Dans Sparte, Ménélas au trône destiné.

Par l'heureux choix d'Hélène est déjà couronné.

Au fier Agamemnon j'offre Argos en partage ;

Et Mycène après moi devient ton héritage :

C'est ainsi qu'entre vous, divisant mon pouvoir.

Sur ma haine à jamais j'ai prétendu l'asseoir.

ÊGISTHE.

Le titre glorieux dont votre choix m'honore

Est à mes yeux d'un prix qui le relève encore

Biais puis-je l'accepter couvert d'un attentat Dans l'ombre préparé comme un assassinat. "* Quand je reçois de vous l'honneur le plus insigne. Il importe avant tout, seigneur, que j'en sois digne.

ATRÉE

Quels que soient mes desseins, ta gloire est d'obéir. L'éclat d'un si grand coup ne saurait t'avilir. Elsclave des vertus qu'encense le vulgaire, D'un faux honneur, crois-moi , tu poursuis la chimère. Celui de me servir est la suprême loi.

36 LES PELOPIDES.

Digne des grands desseins que j ai formés sur toi, Tu sauras quelque jour, et j'en ai lassurance, Aimer ainsi que moi la gloire et la vengeance. Dans ton cœur j'ai su lire, et ce n'est pas en vain

Que du trône aujourd'hui je t'ouvre le chemin

Ton anie tout entière à mes yeux se déploie :

Tu brûles d'y monter.... mais il n'est qu'une voie.

ÉGISTHfi.

Seigneur, épargnez-moi; je ne me connais plus. Le trouble où vous plongez mes sens irrésolus. Me révèle un penchant qu'à peine je surmonte.

A ce noble penchant tu peux céder sans honte ; Mais si ton ame encore ose lui résister. Languis près de ce trône où tu pouvais monter. Que dis-je ! ta raison qu'un nouveau jour éclaire A mes désirs pressans déjà n'est plus contraire.... Es-tu mon fils, enfin ?

ÉGISTHE

Que me proposez-vous !

ATRÉE

Ce que déjà le ciel ordonnait avant nous.... N'es-tu pas de ce fer armé pour la vengeance?.... Ah ! sans doute, avec moi les dieux d'intelligence En ont armé ton bras.

àciSTHB.

Seigneur, je l'avouerai, Dans Delphe, à la vengeance il était consacré.

atrAb.

Du ciel, en t adoptant, quand j'accomplis l'oracle,

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