‹ Études littéraires et dramatiques de RenardChapitre 61 sur 86 · PÉR4LD · texte numérisé non relu

PÉR4LD

Oh ! combien cette image.

En ce moment terrible exalte mon courage ! Ordonne... la Sicile obéit à genoux :

Sois notre providence, et dispose de nous.

PROCIDA

Que de grâces, amis, n'ai-je point à vous rendre ! A mes ordres soumis, vous daignez les attendre ; Et déjà cependant, je le dis sans regret , Ce que je vais tenter, sans moi vous l'auriez fait !

ALBERTI

Sans toi!...

pnociDA.

Vous l'auriez fait... Vous le feriez encore,

Toi , Péraldo lui-même , et d'autres que j'ignore...

Écoutez... C'était peu d'immoler nos tyrans,

Si livrés sans retour à des dangers plus grands ,

Nous n'eussions d'un vainqueur ébranlé la puissance

Que pour aigrir sa haine et craindre sa vengeance :

Plus que jamais en butte à son ressentiment ,

Que nous aurait servi la gloire d'un moment ?

ACFË 11, scènf: m. 145

ALBfiRTI.

Cette gloire , il est vrai , pouvait être la nùtre ;

Et sans toi , je le sens , nous n'en aurions pas clautre.

PROCiDA.

Triomphant des périls attachés à mon nom ^ J*ai vu Rome,Byzance et la cour d'Aragon. De votre reine, amis, cette cour est lasile; Et Constance est promise aux vœux de la Sicile.

PàRALDO.

Est-il vrai?

PROCIDA

Vous savez qu'un glorieux hymen Unit à don Pedro la sœur de Conradin.

La race de nos rois n'est pas éteinte, encore

Et, tandis que j'armais, au-delà du Bosphore, Un monarque ennemi de Rome et des Français , Rome a béni les droits du prince aragonais.

PÉRALDO.

Rome!

PROClDA.

Sa politique incertaine et flottante A bien changé depuis sans tromper mon attente!... Eh ! qu'importe après tout, qu'importe à mon projet. Qu'un pontife ait détruit ce qu'un autre avait fait ! Dès qu'il croit nous abattre, il n'est plus infaillible.

PÉRALDO.

On peut se rire en paix de qui veut l'impossible.

PROCIDA

On le peut.... Oui, surtout quand le fer est tout prêt ; Quand le jour est venu d'exécuter l'arrêt; Quand l'Aragon doté des trésors de Byzance ,

i46 LES VÊPRES SICILIENNES.

Attend pour affronter les guerriers de la France , Attend de vous un gage.... et demain l'obtiendra ; Quand je vous livre enfin ceux que Rome égara ; Quand, perdu dans les soins d'une guerre lointaine, Charle au-delà des mers embrasse une ombre vaine, Et ne peut voir, au sein de ses propres états. Le sang qui va bientôt ruisseler sous ses pas.... Amis, vous savez tout, vous êtes prêts.... vous l'êtes! Avant que Lucéna puisse compter vos têtes, Immolez vos tyrans!

PÉRALDO.

Sans les compter.

PROCIDA

Partout Où vous pourrez enfin voir un Français debout... En plein jour et demain... Dans la même journée... Partout où la vertu fut par eux profanée.

C'est-à-dire en tous lieux.

PÉRALDO.

Oui, partout!... Qu'aucun d'eux Ne soit donc épargné !

ALBERTI

Péraldo!... Si mes vœux Sont écoutés ici, j'obtiendrai de toi-même Qu'un Français généreux échappe à l'anathéme.

PàBALDO.

Un Français !...

ALBBBTI.

Desporcels... 11 est digne à mes yeux De cet insigne honneur.

AcriE II, SCÈNE ni. 147

PàllALDO.

Et pourquoi dans ces lieux Puinî nos ennemis le voyons-nous encore?

ALRRRTI.

Témoin des attentats que sa vertu déplore, Français, il ne craint pas d en gémir arec moi : n ose en accuser les conseillers du roi, Blftmer dans Lucéna son esprit de vengeance, Et parler devant lui d'honneur et de rlémence.

PROCIDA

Alberti m'a déjà parlé de sa vertu :

Je sais l'apprécier.... Mais, toi, qu'en penses-tu?

Je ne demande, moi, la grâce de personne.

PROCIDA

Ami, je l'avouerai, ce fier dédain m'étonne.

Eh quoi! dans ce moment, quoi! Péraldo, c'est toi

Qui du noble Alberti récuserais la foi !

Non, je ne croirai point quelle te soit suspecte;

Et ce garant qu'ici chacun de nous respecte

Est à tes yeux sans doute également sacré.

Apprends à te connaître ou je te l'apprendrai.

Desporcels est Français voilà son plus grand crime!

PÉRALDO.

C'est un Guelfe, un sujet du roi qui nous opprime,

ALBERTI

Un Guelfe !... Ah ! cesse au moins de le calomnier !

PROCIDA

Tu le serais toi-même et moi tout le premier Si d*un roi gibelin Palermc était l'esclave.

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