SCENE VI
MOMTORT, PROCIDA.
(SokUu au fond du théâtre.) PBOCIDA.
Salut, palais des rois, Murs sacrés de Palerme honorés autrefois, Reprenez à ma voix votre splendeur première !.... Et vous, muets tombeaux, vénérable poussière, Monumens d'un long deuil à nos larmes ravis, Du joug de nos tyrans vous serez affranchis.
MONTFOBT.
Ce langage est pour moi difficile à comprendre ;
i6o LES VÊPRES SICILIENNES.
Et sans surprise, au moins, je ne saurais len tendre. Est-ce à toi de braver?...
PROCIDA
Me reconnais-tu bien?
Te souviens-tu, dis-moi, de ce Sicilen, De ce vieillard en butte aux traits de Tinfortune , Infirme et gémissant, dont la voix importune Un jour, avec instance, aux portes du palais Réclamait ta pitié ?
MONTFORT
Quand je m*en souviendrais !
PROCIDA
C était moi.
MONTFORT
Que m'importe !
PROCIDA
Un insolent cortège , Et dont la foule encore à chaque instant t assiège , Osa me repousser.
MONTFORT
Je l'ignore.
PROCIDA
On l'osa
Mais que m'importe aussi ? nous n'en sommes pas là. MONTPOBT, avec irooic
Voudrais*tu donc enfin m'apprendreoù nous en sommes?
PROCIDA
Nous en sommes au point de nous traifer en bommes... Écoute encore.
MONTFORT
Eh bien ?
ACrK m, SCENE VI. iCn
Te souviens-tu du vœu ijue ce Su iluii vous laissa pour adieu ? Cet adieu fit sur toi l'efl'et d'un** menace ; Et tu parus en6n surpris de mon audace. Ainsi, je me livrais C'était sans doute un tort.
MONTPOBT.
Quel vœu ?
PBOCIDA.
Que Dieu vous aide à l'heure de la mort!
MONTFORT
Après?
PROCIDA
Ne vois-tu pas que ton heure est venue?
MONTFORT
La mienne!...
PROCIDA
Tu pâlis... tu trembles à ma vue!...
Que crains-tu cependant ?„. me voilà désarmé.
MONTFORT
Crois-iu donc a lelfroi Montforl accoutumé? Moi, trembler devant toi !... tu t'égares sans doute ; Et tu pourras connaître enfin ce qu'il en coûte. Il faut bien l'avouer, dans ton égarement, Tu crois pouvoir ainsi braver impunément La dignité du prince et la mienne peut-être... Quand l'état d'impuissance où je te vois paraître Est cependant encore un titre à ma pitié.
Sur ce point , si tu veux, nous serons de moitié : Je crois même en cela mon offre généreuse.
i62 LES VÊPRES SICILIENNES.
MONTFORT
Ah ! c«n est trop !...
FROCIDA.
Pourquoi ?... ta fierté dédaigneuse Est seule ici de trop.
MONTFORT
Ta vie est en mes mains :
Nous ne redoutons plus tes complots inhumains ; Et c'est toi cependant qui menaces ma vie !... Mais ce langage altier rien ne le justifie. Par un hasard heureux , si tu pus , si long-temps , Tromper ma surveillance et mes soins vigilans, Ta criminelle trame est au moins déjouée, Mise au grand jour enfin, reconnue, avouée. D'un triomphe pour toi , ce n'est pas le chemin , Tu dois en convenir.
PROCIDA
Une invisible main Conduit les changemens qu'au hasard' on impute ; Et le plus haut degré n'est qu'un pas vers la chute.
(Les premiers «roiips du beffroi se font entendre. Un saisissement mêlé de surprise du côté de Montfort, et de joie du c6té de Procida, répond à cet incident, dont les soldats eux-mêmes paraissent frappés.)
MONTFORT
Qu*entends-je !... quel soupçon!... quels sinistres accens D'une soudaine horreur ont pénétré mes sen» !
Ce que tu veux savoir , en ta cour on l'ignore.
Eh bien ! c'est donc à moi de te l'apprendre encore.
Contre un lâche oppresseur, ennemi de nos droits,