‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 115 sur 138 · Oraison funèbre du prince de Condé · texte numérisé non relu

Oraison funèbre du prince de Condé

car il regrette sans cesse le vaillant Patrocle. La blessure qu’a faite dans son cœur la mort de cet ami saigne toujours. « Il se tourne et se retourne sur sa « couche; il regrette la vaillance et le mâle courage « de Patrocle; il se retrace tous les travaux qu’ils ont * partagés, les maux qu’ensemble ils ont soufferts,

« soit dans les combats, soit en traversant les mers « courroucées. A ce souvenir il fond en larmes, tantôt « étendu sur le flanc, tantôt sur le dos, tantôt sur le « sein. Tout à coup, se levant, il erre tristement sur « le rivage de la mer où l'aurore le surprend lors- « qu’elle apparaît sur l’Océan et sur le rivage. Alors « il place sous le joug ses coursiers agiles, attache « derrière le char le cadavre d’Hector, et trois fois le « traîne autour du tombeau de Patrocle; il retourne « ensuite chercher le repos dans sa tente, laissant « Hector le front étendu dans la poussière *. » Et pendant douze jours il en agit de la sorte. Voilà bien Achille, extrême dans ses passions : ami brûlant et dévoué, ennemi acharné et sans pitié, sans pitié pour le moment du moins. Homère, par ce court passage, éveille à l’avance notre intérêt, et à l’avance aussi excite notre sympathie pour les restes du malheureux Hector, pour ce cadavre, sujet principal de ce chant.

11 faut que ce cadavre soit rendu à qui de droit, et pour cela les dieux interviendront eux-mêmes. Ils * pressent, en effet, Mercure de dérober les restes d’Hector ; mais Junon, Neptune et Minerve qui conservent encore tous leurs vieux ressentiments contre les Troyens, s’y opposent. Apollon leur fait honte de . leur cruelle opiniâtreté. Jupiter intervient; il mande

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