Oraison funèbre du prince de Condé
car il regrette sans cesse le vaillant Patrocle. La blessure qu’a faite dans son cœur la mort de cet ami saigne toujours. « Il se tourne et se retourne sur sa « couche; il regrette la vaillance et le mâle courage « de Patrocle; il se retrace tous les travaux qu’ils ont * partagés, les maux qu’ensemble ils ont soufferts,
« soit dans les combats, soit en traversant les mers « courroucées. A ce souvenir il fond en larmes, tantôt « étendu sur le flanc, tantôt sur le dos, tantôt sur le « sein. Tout à coup, se levant, il erre tristement sur « le rivage de la mer où l'aurore le surprend lors- « qu’elle apparaît sur l’Océan et sur le rivage. Alors « il place sous le joug ses coursiers agiles, attache « derrière le char le cadavre d’Hector, et trois fois le « traîne autour du tombeau de Patrocle; il retourne « ensuite chercher le repos dans sa tente, laissant « Hector le front étendu dans la poussière *. » Et pendant douze jours il en agit de la sorte. Voilà bien Achille, extrême dans ses passions : ami brûlant et dévoué, ennemi acharné et sans pitié, sans pitié pour le moment du moins. Homère, par ce court passage, éveille à l’avance notre intérêt, et à l’avance aussi excite notre sympathie pour les restes du malheureux Hector, pour ce cadavre, sujet principal de ce chant.
11 faut que ce cadavre soit rendu à qui de droit, et pour cela les dieux interviendront eux-mêmes. Ils * pressent, en effet, Mercure de dérober les restes d’Hector ; mais Junon, Neptune et Minerve qui conservent encore tous leurs vieux ressentiments contre les Troyens, s’y opposent. Apollon leur fait honte de . leur cruelle opiniâtreté. Jupiter intervient; il mande