‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 53 sur 138 · Saint-Marc Girardin, loc. cil · texte numérisé non relu

Saint-Marc Girardin, loc. cil

timents qui s’y trouvent exprimés. Les mœurs et les habitudes de ces personnages des temps héroïques n’ont eu certes rien de commun avec les nôtres, et des milliers d’années ont passé sur leur cendre fabuleuse ; et pourtant, aujourd’hui encore, ils nous touchent et nous attendrissent grâce ah génie du poète, qui a su dégager des nimbes de la fable, la saisissante expression de l’humanité.

Sommaire : Résumé du chant VII et VIII. — Le neuvième livre de Vlliade. — Grandeur et moralité du caractère d’Agamemnon. — Les ambassadeurs dans la tente d’Achille. — Hospitalité; l’hospitalité chez les Grecs, dans le monde biblique et chez les Arabes. — Réfutation des objections de la Mothe et de Perrault; opinion de Napoléon; — Les harangues, harangue d’Ulysse; opinion de Rollin. — La réponse d’Achille; passage curieux. Napoléon et Achille. — La harangue du vieux Phénix au point de vue des anciens et au point de vue des modernes ; naïveté de la poésie homérique ; l’allégorie des Prières ; Rollin ; Mme Dacier, Voltaire ; Homère aussi grand moraliste que grand poète. — La harangue d’Ajax; traits saillants. — L’éloquence d’Homère.

Après avoir pris congé de sa noble épouse, Hector, accompagné de Pàris, qui l’avait rejoint, regagne le champ de bataille où l’attendaient les siens. La lutte recommence terrible, sanglante. Elle n’est suspendue un instant que pour laisser aux deux armées le temps d’ensevelir leurs morts qui jonchaient la plaine. Sur l’avis de Nestor, les Grecs élèvent devant leurs vaisseaux et devant leurs tentes un mur de retranchement flanqué de tours et percé de portes ; et en avant de ce mur, ils creusent un large fossé garni

de palissades. Cependant Jupiter, fidèle à la promesse qu’il a faite à Tliétis, continue de favoriser les Troyens au détriment des Grecs et au grand désespoir de Minerve et de Junon. Les efforts héroïques des Grecs sont vains. Le souverain des dieux tonne du haut du mont Ida, soutient les Troyens qui sèment autour d’eux le carnage et la mort. Hector et son armée ne sont plus qu’à une courte distance de la flotte des Grecs. La nuit seule vient interrompre leur succès. Hector se promet d’exterminer au retour de l’aurore les Grecs et d’embraser leur flotte. En attendant, il campe avec les Troyens victorieux dans la plaine, en face de l’ennemi. Des feux sont allumés de tous côtés; les chevaux sont dételés, les troupes rafraîchies. Du fond de son camp, Hector, pourvoyant à la sûreté des siens, surveille les Grecs. Parmi ces derniers régnent maintenant le découragement et la terreur. Tel est le résumé du septième et du huitième chant de Ylliade.

Nous touchons au neuvième, dont nous allons étudier les scènes principales, scènes où Homère fera briller à nos yeux des beautés d’un nouveau genre. Mais suivons l’ordre des événements. Agamemnon, le cœur dévoré de chagrin, ordonne aux hérauts d’armes de convoquer à voix basse — sans doute pour ne pas alarmer les troupes — les princes, chefs de l’armée. Ils arrivent en toute hâte. Debout, au milieu d’eux, le roi verse des larmes abondantes et propose sérieusement le retour dans la patrie, puisque aussi bien Jupiter donne la victoire aux Troyens et que Troie paraît imprenable. Le vaillant et fougueux Diomède s’oppose à une proposition qu'il regarde comme une lâcheté; il est résolu, lui, à demeurer

devant Troie jusqu’à ce que soit arrivé le jour fatal d’Ilion. Dût Agamemnon retourner en Grèce, dût l’armée fuir à sa suite, lui seul et Sthénélus resteront. Ainsi, pour le faire remarquer en passant, s’exprime quelque part, et dans une situation analogue, Y Achille de Racine. Le poète français a emprunté la pensée et le mouvement d’Homère :

Ah ! ne nous formons point ces indignes obstacles :

L’honneur parle, il suffit; ce sont là mes oracles. *

C’est à Troie, et j!y Gours; ,

Et quand moi seul enfin , il faudrait l’assiéger,

Patrocle et moi, seigneur, nous irons vous venger’.

Les Grecs applaudissent au discours du prince. Alors Nestor intervient pour concilier les choses avec sa sagesse accoutumée : qu’on obéisse à la nuit, qu’on prépare le repas du soir, qu’on échelonne des gardes en avant du mur du retranchement, le long du fossé, pour observer l’ennemi, et qu’ensuite le roi réunisse autour de sa table, dans sa tente, les princes présents, et là, on avisera. On suit les conseils de Nestor. Les gardes, revêtus de leurs armes, se rendent aussitôt à leur nouveau poste sous le commandement de Mérion et du fils même de Nestor, Thrasymède. Le roi rassemble dans sa tente les chefs de l’armée. Le repas terminé, Nestor, en vertu de l’autorité que'lui ont acquise, dans l’armée, son mérite, son expérience et son grand âge, ouvre un avis qu’il croit salutaire. Il s’agit de faire comprendre au roi qu’il a été injuste envers Achille, quand, il y a quelques jours, il lui

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