‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 62 sur 138 · Epist., lib. I, 2, v. 2 et · texte numérisé non relu

Epist., lib. I, 2, v. 2 et

tente; demain Achille verra s’il doit retourner en Grèce ou rester sur ces bords.

Ulysse et Ajax se sont aperçus que leur présence commence à Importuner l’inexorable Achille. Alors l’impétueux Ajax, qui n’avait pas encore parlé jusqu’ici : « Noble fils de Laërte, dit-il, ingénieux Ulysse, » partons; je ne crois pas qu’en poursuivant cette « voie, nous puissions atteindre notre but. Il faut « rapporter sans retard cette réponse aux Grecs, « quoiqu’elle ne soit point favorable ; assis dans le « conseil, ils l’attendent avec impatience. Achille « porte en son sein un cœur féroce et superbe ; le « cruel, il ne fait aucun cas dé l’amitié de ses com- « pagnons , de cette amitié dont nous J’honorions « près de nos vaisseaux, plus qu’aucun autre. Cœur « sans pitié 1 On voit des hommes accepter une ran- « çon pour le meurtre d’un frère ou d’un fils; le « meurtrier lui-même, après avoir payé une somme « considérable, demeure avec lui dans sa patrie, et « l'offensé, satisfait,- réprime les mouvements de son « âme irritée ; quant à toi les dieux te donnèrent « un caractère dur et inflexible, à cause d’une seule « captive. Mais nous t’en offrons sept de la plus rare « beauté, et avec elles de nombreux présents; prends « donc des sentiments plus doux, respecte ce toit « hospitalier; du milieu de l’armée, nous sommes « venus sous ta tente, et plus que, tous les autres « Grecs, nous désirons rester tes amis les plus dé- « voués et les plus chers ‘. »

Ainsi Ajax, avec un noble dépit, rompt la conférence et ce n’est pas à Achille, mais à Ulysse, que

s’adressent ses premières paroles. La fierté et la dignité du personnage irrité du refus d’Achille, se peignent admirablement dans ce début. Ce premier moment d’indignation passé, Ajax apostrophe enfin Achille lui-même avec le ton de l’amitié blessée; et pourtant il supplie encore, mais en quelque sorte sans le laisser voir, sans s’abaisser surtout, en gardant pour lui les avantages de la situation. L’exemple cité ici par Ajax est un trait de mœurs en même temps qu’il est un argument puissant. On voit que, dans ces temps reculés, les lois pénales étaient encore dans l’enfance, puisqu’on pouvait racheter un meurtre à prix d’argent. On dirait du Wehrgeld si longtèmps en ^gueur dans la législation des barbares. Les dernières paroles d’Ajax sont non moins habiles. Il se retranche derrière sa double autorité d’hôte et d’ami.

Chose singulière et pourtant naturelle 1 Celui des trois envoyés qui a fait entendre à Achille le langage le plus fier et le plus sévère, c’est Ajax, et c’est lui pourtant qui aura produit le plus d’impression sur le héros. A Ulysse, Achille avait répondu qu’il gardait sa colère et qu’il s’embarquerait dès le lendemain; à son vieux gouverneur Phénix qui lui avait fait honte’ de son inflexibilité, il avait dit de passer la nuit avec lui afin d’aviser ensemble, au retour de l’aurore , pour savoir s’ils devront retourner dans leur patrie ou rester. Voyez comme le poète soutient le caractère de cet homme inexorable. Après avoir entendu Ajax, Achille reconnaît que ses discours sont dictés par la raisori, et il le charge de dire aux Grecs, dont l’injustice l’irrite encore au plus haut degré , qu’il ne s’éloignera pas de la Troade,

mais qu’il continuera à demeurer dans l’inaction, qu’il ne prendra aucune part à la guerre. Il ne sortira de son repos que le jour où Hector, victorieux et la flamme à la main, songera à incendier les tentes et les vaisseaux des Thessaliens.

Ce jdur, hélas! ne tardera pas à venir; et alors nous verrons la valeur d’Achille se réveiller comme la foudre, et comme la foudre, tout ravager sur son passage. .• .

Ulysse et Phénix s’éloignent, la tristesse dans l’âme, et ils vont rapporter aux Grecs consternés le refus d’Achille.

Telles sont les différentes harangues qui donnent au neuvième livre de l'Iliade un caractère tout particulier. De tout temps on a rendu justice aux rares beautés dont elles étincellent. Cicéron avait sans doute présent à la mémoire ces divers morceaux, quand il disait d’Homère, que les harangues dont il avait enrichi ses œuvres font de ce poète « un véritable orateur 1 2 3 . » Quintilien avance qu’Homère « a « donné l’exemple accompli de tous les genres d’élo- « quence et qu’il ne brille pas moins par ses qualités « oratoires que par ses qualités poétiques*. » La Mothe lui- même, vaincu par l’évidence, est forcé d’admirer la parfaite disposition de ces discours, leur suprême convenance comme aussi la vérité des caractères qu’ils font ressortir *. Aussi bien, il faut le reconnaître, l’éloquence d’Homère est simple, grande, forte. Chez Homère, point de procédés, point de combinaisons, point de subtilités; tout cela sera bon pour

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