‹ Études littéraires et morales sur HomèreChapitre 61 sur 138 · Essai sur la poésie épique, t. X, p. 352, éd. de Kehl · texte numérisé non relu

Essai sur la poésie épique, t. X, p. 352, éd. de Kehl

montrer trop intraitable ; il ne faut pas qu’il repousse la réparation qui lui est offerte et qu’il soit sourd à la voix du repentant; car les dieux veillent à tout; quiconque rejette une prière, sincère expression d’un repentir sincère, sera puni de sa dureté et de son opiniâtreté; les dieux écouteront alors celui dont on repousse les prières, et l’offensé inexorable, si, de son côté, il commet une injure envers un autre et s’il prie qu’on lui pardonne,' sera repoussé et on ne lui pardonnera pas. J’insiste sur ces détails, sous peine même d’être prolixe, car tout cela me paraît charmant comme allégorie, délicat comme sentiment et admirable au point de vue de la morale : les dieux encouragent les hommes au repentir des mauvaises actions et au pardon des injures. Homère est partout aussi grand moraliste que grand poète, et l’on comprend toute la vérité de ces vers d’Horace, disant de lui :

Qu», quid sit pulchrum , quid turpe, quid utile , quid non

Planius ac melius Chrysippo et Cran tore dicit'.

Cependant, que répond Achille? On reconnaît bien dans sa réponse lé langage de la passion : ce n’est pas à Phénix à plaider la cause d’Agamemnon ; il lui convient plutôt de s’unir à Achille et d’outrager qui l’outrage. Oui, la passion est éminemment égoïste; nous voulons que nos amis épousent nos querelles et nos ressentiments; quiconque n’est pas avec nous est contre nous: Et Achille va jusqu’à menacer Phénix, qu’il aime tant, de sa haine, s’il persiste à agir de la sorte. Il l’engage ensuite à passer la nuit dans sa

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