Payne-Knight, .Vot. in lliad . , XXII
* sa tunique; et si, ému de pitié, l'un d’eux lui pré-
* sente un instant sa coupe, ses lèvres seulement en « sont humectées, mais non son palais. L’enfant qui « possède encore son père et sa mère le chasse du « festin, le frappe de ses mains, le pique par d’a- « mères paroles : «Sors d’ici, ton père ne partage « pas nos festins. » Ainsi notre enfant, tout en pleurs, « reviendra auprès de sa mère, veuve délaissée, As- « tyanax, qui autrefois, sur les genoux de sa mère, se « nourrissait de la moelle et de la graisse de nos suc- « culentes brebis; puis, quand le sommeil s’emparait « de lui et suspendait ses jeux enfantins, alors, s’en- « dormant dans son berceau, sur une couche moel- « leuse,,dans le sein de sa nourrice, son cœur goûtait « une douce joie. Désormais, privé de son père, il « souffrira mille maux cruel s.... Ainsi parlait Andro- « maque en pleurant, et ses femmes gémissaient au- « tour d’elle *. »
Il avait un cœur de femme où vibraient les cordes les plus délicates, le poète qui a su trouver de tels accents. Ce morceau renferme toute la gamme des sentiments, depuis les plus joyeux jusqu'aux plus déchirants. Le contraste entre le bonheur dont jouissait autrefois le royal enfant et les tribulations qui sans doute l’attendent, est aussi gracieux que touchant. Partout, des traits d’une adorable naïveté. Cet.Astyanax, caressé et nourri sur les genoux de son père, couché avec une tendre sollicitude dans son doux berceau, s’endormant sous les yeux de sa mère et de sa nourrice, est d’une parfaite et familière vérité. C’est là un charmant et riant tableau. Et puis,
sous quelles sombres couleurs la mère envisage maintenant l’avenir de ce même enfant 1 Sa mère est veuve et lui orphelin. Donc, il sera abandonné, rebuté; il tombera dans la misère; en vain, quelle peinture!' en vain, les regards fixés à terre et le visage inondé de larmes, il ira trouver les anciens amis de son père, « arrêtant celui-ci par son manteau, l’autre par « sa tunique, » il ne rencontrera partout que froideur et insensibilité; demandant peu, il obtiendra moins encore. On ira même jusqu’à le chasser de la table devant laquelle il viendra mendier un peu de pain; et s’il ne se retire, on le frappera Aussi bien, on n’a plus rien à attendre de son père. On le lui dit sans déguisement. De tels speciacles n’ont pas .dû être rares dans ces temps reculés.
Ce n’est point là un fait isolé, mais bien un trait général qui nous peint les mœurs d’une époque encore barbare. Ici, il s’agit des Troyens; mais, chez les Grecs, Y Odyssée en fait foi, les choses rre se passaient pas autrement ; dès que l’enfant n’est plus protégé par la présence de son père, que ce dernier soit mort ou seulement éloigné, il doit s’attendre à tout de la société qui l’entoure ‘. Aussi n’est-ce pas de la religion des Grecs et des Troyens que sont sorties ces belles paroles , inscrites dans le plus sublime des codes par le plus humain des législateurs : « N’oppri- « mez pas la veuve et l’orphelin. Si vous les oppri- « mez en quoi que ce soit et qu’ils crient vers moi, «j’entendrai certainement leurs cris. Et ma colère « s’embrasera, et je vous ferai mourir par l’épée, et «je rendrai vos femmes veuves et vos enfants or-
i. Odyssée, IV, v. 161 163.
« phelins *. » Chez les anciens , nous l’avons déjà dit ailleurs, le cri de triomphe était væ victis! Vaincu, il fallait subir toutes les hontes et toutes les misères.
Tel est ce vingt-deuxième chant, rempli du plus sublime pathétique. Il ne renferme, à proprement parler, que deux situations dans lesquelles tous les autres événements viennent se confondre. D’abord, la lutte suprême entre Achille et Hector. C’est un tableau vif et animé où l’on nous retrace dans Achille la rage avant le combat, la féroce ironie des paroles, l’enivrement après la victoire, et l’acharnement contre le cadavre d’Hector. Et comme, d’autre part, on s’intéresse au noble Hector! Hector, grand cœur, touchant caractère ; pendant dix ans il a combattu pour sa patrie, et il meurt maintenant en défendant son père et son roi 1 2 .
La seconde situation de ce chant est celle de la douleur de Priam, d’Hécube et d’Andromaque, rendus témoins de l’outrage qu’Achille vainqueur inflige au cadavre de son ennemi. La désolation d’Andromaque surtout, assistant, elle aussi, à la barbare vengeance d’Achille, et pleurant ensuite comme nous venons de le voir son cher Hector pour ne plus reparaître après, cette douleur, cette désolation, sont dé la plus attendrissante et de la plus déchirante éloquence. Homère, nous l’avons dit, peint non-seulement les Grecs, mais les hommes de tous les temps. C’est pour cela qu’aujourd’hui encore il nous émeut, nous in-