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« meures d’Ëétionqui m’éleva dès mes tendres an- • nées, père infortuné d’une fille plus malheureuse «encore. Ah! mieux eût valu pour moi ne jamais «voir le jour! Maintenant, tu descends dans les de- « meures de Pluton, sous les abîmes de la terre, et « moi, abandonnée à un deuil affreux, tu me laisses « veuve dans ton palais; et notre enfant encore au « berceau, auquel, malheureux, nous avons donné le «jour. Hector, puisque tu n’es plus, tu ne seras plus « son appui, et lui ne sera jamais le tien'. »
La voilà bien dans la déplorable situation qu’elle a tant redoutée, à laquelle, en vain, elle s’était efforcée de se soustraire, le jour où les yeux baignés de pleurs* devant les portes Scées, et tenant dans sa main la main d’Hector, en présence du jeune Astyanax couché dans les bras de sa nourrice, elle avait «conjuré Hector de ne pas se laisser entraîner par sa bouillante ardeur et « d’avoir pitié de sa femme et « de son fils, de ne pas laisser l’une veuve et l’autre « orphelin. » Mais le courage d’Hector l’a perdu, et voici maintenant Andromaque veuve et son fils orphelin; et la douleur de l’épouse éclate tout d’abord en quelques traits pleins de vivacité et de force. Elle jette sur le passé un regard rempli de mélancolie ; qui aurait dit qu’un époux et qu’une épouse, l’un fils, l’autre fille de roi, unis sous les plus heureux auspices, verraient si tôt les jours de leur bonheur se changer en jours de deuil? Combien maintenant la vie pèse à Andromaque, puisqu’aussi bien elle maudit le joui’ où elle est née! L’idée de savoir Hector dans les sombres demeures de Pluton la remplit de
douleur. Que lui reste-t-il? un deuil éternel; et si elle consent à vivre encore, c’est qu’elle se doit à son fils. Tout cela peint avec autant de charme que de vérité les sentiments de l’épouse et de la mère. L’Àndromaque d’Homère est le grand type moral de l’amour dans le mariage, du dévouement de la femme libre, élevée à la dignité de mère de famille et compagne de l’homme dont elle est l’égale ; type aussi, et par cela même, de pureté et de vertu.
Maintenant qu’Hector n’est plus là pour protéger son fils, Andromaque envisage avec effroi l’avenir; et elle voit déjà son fils exposé à toutes les humiliations de la pauvreté et de l’exil. C’est ici qu’on trouve des sentiments et des détails on ne peut plus touchants.
Je ne comprends vraiment pas pourquoi un critique aussi distingué que Payne*Knight voit dans tout cela une interpolation *. Pour nous, ces sentiments, ces détails nous paraissent tout à fait dans le goût d’Hômère, et marqués au coin dé la plus haute et de la plus belle antiquité. Faisons-le remarquer aussi, de telles pensées ne pouvaient pas venir à l’esprit de l’héroïne des Nibelungen. Tout récemment mariée à Sîfrit, Kriemhilt ne connaissait encore ni les angoisses ni les joies de la maternité. Écoutons donc, dans Homère, la mère après avoir entendu l’épouse.
« Le jour où il devient orphelin, ajoute Androma- « que tout entière à ses terreurs maternelles, le jour * où il devient orphelin, uri enfant n’a plus de jeunes « amis. Les yeux baissés, les joues baignées de larmes,
« pauvre, il va trouver les anciens compagnons de « son père, retient l’un par son manleâu, l’autre par ' / , ' .