L'HORACE FRANÇAIS
les Essais, comme les Èpitres d'Horace, ont été composés à son intention, pour lui seul. A cet Horace français, qui fut le premier de nos écrivains populaires, nous pourrions donc appliquer réloge si tendre qu'il fit de La Boétie : t A nostre première rencontre, qui fust par hasard, nous nous trouvasmes si prins, si cogneus, si obligez, entre nous, que rien dès lors ne nous fust si proche que l'un à Taultre. •
PORTRAIT BIOGRAPHIQUE
L'Auvergnat. — Né le 19 juin 1623, à Clermont-Ferrand, dans une famille pleine d'intelligence et de vertu, Biaise Pascal avait trois ans quand il perdit sa mère. Ce fut alors que son père, Etienne Pascal, président à la cour des aides, craignant pour la santé fragile de son fils le rude climat de l'Auvergne, vendit sa charge, et vint s'établir à Paris, avec ses deux filles, Gilberte, qui fut depuis Mme Périer, et Jacqueline, qui mourut religieuse à Port-Royal, en 1661.
Précocité de son génie. — On sait les prodiges de son enfance, si tant est qu'il fut jamais enfant. Élevé librement par un esprit supérieur, il étonna les siens par ses questions ingénieuses et profondes ; il les effraya par une curiosité qui déjà voulait savoir et trouvait d'intuition la raison de toutes choses : car à l'âge où l'on balbutie encore les éléments, il lui était presque plus facile de découvrir par lui-même les vérités les plus abstraites que de les étudier, ou de les apprendre dans les livres.
A douze ans, écarté des mathématiques par la sollicitude paternelle qui redoutait des secousses trop vives pour des organes trop frêles, seul, sans guide, avec t des barres et des ronds •, il aurait — si nous voulons en croire sa sœur — deviné la géométrie, jusqu'à la trente-deuxième proposition du premier livre d'Euclide. Surpris par son père, qui en versa des larmes de joie, et ne résista plus à une vocation irrésistible,