‹ Études littéraires sue les classiques français des classes supérieures. Refondues, complétées et misés au courant des programmes officiels et des travaux les plus récentsChapitre 104 sur 334 · IL.es provinciales : CIRCONSTANCES DE LEUR GENÈSE. i · texte numérisé non relu

IL.es provinciales : CIRCONSTANCES DE LEUR GENÈSE. i

s«8pect à la Cour. — Tels furent les préludes d^une querelle en apparence dogmatique, mais qui recouvrait des intérêts, des passions et des rivalités de secte ; car il est manifeste que les Jcsaites, jusqu'alors maîtres de Téducation, ne virent pas sans jalousie la renommée croissante d'une école qui attirait les enfants des plus illustres familles. Cette concurrence alarma Vesprit conquérant d'une Compagnie ambitieuse, et elle n'épargna ni la ruse, ni la violence pour discréditer ou détruire l'institution qui lui faisait ombrage. Les circonstances se prêtaient à ces colères; car, durant la Fronde, les Jansénistes avaient plus d'une fois secondé les cabales du cardinal de Retz, et, depuis ses disgrâces, leur plume, comme leur bourse, était au service de ses intrigues. Aux défiances des autorités ecclésiastiques s'associaient donc les rancunes de la Cour, comme le prouva l'empressement avec lequel les lettres patentes du Roi confirmèrent l'arrêt prononcé par Innocent X, le 9 juin 1653, et par Alexandre VII, le 16 octobre 1656, après celui d'Urbain VIII, en 1643. Quand l'orage eut ainsi passé les monts, le péril devint si menaçant qu'Arnauld lui-même jugea prudent de faire le mort; mais cet armistice dérangeait les calculs de ceux qui voulaient le perdre définitivement, lui et ses amis. Aussi le provoquèrentils à de nouveaux éclats par des pamphlets injurieux, qui appelaient une riposte : ainsi, dans une pièce de vers latins qui se débitait au collège des Jésuites, les Jansénistes étaient traités de Grenouilles du lac de Genève {Rana Gebenneis prognata palU' dibus). Déjà, en 1651, le P. Brisacier appelait les religieuses de Port-Royal des t vierges folles, impénitentes, asacramentaires, incommuniantes et phantastiques •. La riposte suivit de près, et ce fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres.

Complots de sacristie. — L'affaire du duc de Liancourt. — Les deux lettres d'Araf^nld censurées en Sorbonne* — Qnestioii de fait. — Nous ne raconterons pas en détail ces complots de sacristie, et ces escarmouches de collège. Signalons seulement l'incident qui donna naissance aux Provinciales. Nous voulons parler du démêlé que le duc de Liancourt eut avec un prêtre de sa paroisse. S'étant présenté, le 31 janvier ^655, à son confesseur ordinaire M. Picoté, vicaire de Saint- Sulpice, ce grand seigneur se vit refuser l'absolution, sous

prétexte qu'il logeait chez lui un janséniste, l'abbé de Bourzeis, et qu'il faisait élever à Port-Royal sa petite-fille, Mlle de la Roche-Guyon. On s'imagine le scandale d'une pareille affaire, en un temps de pratique fervente. Malgré sa promesse de garder le silence, Arnauld ne put se contenir; et, coup sur coup, il lança une Premièi^e Lettre à une personne de condition^ puis une Seconde à un Duc et Pair (le duc de Luynes, 10 juillet 1655), c'est-à-dire deux volumes qui furent une bonne fortune pour le Père Annat et consorts ; car ils ne manquèrent pas d'y découvrir l'apologie de Jansénius; et le factum fut aussitôt dénoncé à M. Claude Guyart, nouveau syndic de la Faculté de théologie, tout dévoué au parti moliniste. Sans désemparer, celui-ci fit nommer, pour l'examen du procès, des commissaires dont il était sûr. Par surcroît de précautions, n'avait-il pas eu soin de recruter un renfort de moines surnuméraires dont les suffrages étaient gagnés d'avance, ce qui fera dire à Pascal qu'on avait asâemblé plus de moines que de raisonsi II est vrai que soixante opposants protestèrent devant le Parlement contre cette manœuvre; mais, l'appel ayant été mis à néant, la cause revint en Sorbonne pour y être tranchée par les intéressés. Cependant, Arnauld luttait en désespéré. Tantôt il dépéchait mémoires sur mémoires; tantôt sa fierté baissait pavillon, et se faisait aussi humble que possible, mais en pure perte; car, le 14 janvier 1656, il finit par succomber sur la question de fait. A la pluralité de cent quatre-vingt-quatre voix contre soixante et onze, quinze votants étant restés neutres, Arnauld qui prétendait que les propositions incriminées n'étaient pas dans Jansénius, et que le pape s'était trompé sur la question de fait, fut mis dans son tort. C'était une flétrissure, et très retentissante ; car ces débats suscitaient alors une ardente curiosité. Pour s'en faire une idée, il faut se figurer les plus chaudes séances de la Chambre, dans les journées militantes de la Restauration. Ce fut donc l'événement de la cour et de la ville. € Vos docteurs parlent trop », avait dit la Reine à la princesse de Guémenée. Le cardinal de Mazarin s'en émut lui-même ; car il pria l'évèque d'Orléans c d'accommoder une affaire dont les femmes ne faisaient que jaser, quoiqu'elles n'y entendissent rien, non plus que lui •.

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